Semi-liberté (Semi-liberté.pdf)

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Semi-liberté Que signifie ce pouvoir entre mes mains? Objectivement, je suis suspendu par une barre en fer au-dessus de 200 mètres de vide. Subjectivement, il ne tient qu'à moi de résister ou bien de ne pas me battre pour ma survie. Alors, dans quelle mesure suis-je responsable de mon destin? Loin au-dessus des nuages, vole cet étrange oiseau. Je distingue parfaitement ses courbes et ses reflets changeants. Quand il traverse un rayon de soleil, une étincelle me fait croire qu'il y a encore de l'espoir. Mais cet espoir est perdu depuis longtemps... Chapitre 1: dans la prison. Je n'avais fait que me défendre. Cet homme que je pensais connaître. Cet homme avec qui j'avais vécu m'avais soudainement attaqué. Je n'avais fait que me défendre. Je suis ici depuis longtemps. Je ne me souviens plus très bien de mon séjour car entre le choc de la condamnation et le manque cruel de drogue, mes rares moments de lucidité étaient teintés de remords. J'étais condamné à 6 ans. En attente de transfert, je me retrouvais donc dans une maison d'arrêt. Peu importe le nom, je savais que c'était aux alentours de Paris. La distance qui s'opère entre l'homme et le numéro est infime. Dehors, j'étais Manu Guérin. Ici, je suis 442037. Plus besoin de nom. La seule ressemble qui pourrait exister entre moi et un autre serait une combinaison de chiffres identiques. Même pour recevoir son courrier, nous devons donner notre matricule. Cet sensation d'isolement est omniprésente en prison. A l'intérieur des murs comme à l'intérieur de soi-même. Dehors, je me souviens de moments heureux, passés avec mon épouse ou avec des amis dans des appartements miteux. Peu importe le luxe tant qu'on à la dope. Quand j'y repense, l'échange amical ne se faisait qu'avec l'échange de seringue. Et chacun partait dans son trip. Alors que me restait-il comme attache? Anna était mon attache. Elle, avait su s'arrêter à temps. Elle, continuait à me mettre en garde. Dès fois j'aurais vraiment pu me stopper au bord de la route. Demain j'arrête. Juste ce soir, ce sera la dernière. Encore une petite pour m'en souvenir plus tard. Encore une petite mais c'était trop tard. Je l'ai tué. L'abus de drogue n'est pas bon pour la santé des autres. Sans m'en rendre compte, je l'avais agressé. Au début verbalement, sa confiance en moi me faisait horreur. Elle ne savait pas comment arrêter de m'aimer. J'étais en pleine descente et l'irritation de me voir clean surpassait ma passion pour elle. Je l'ai plaqué au sol et j'ai commencé à me venger. Tout était de sa faute, finalement. Ce raisonnement m'avait paru logique sur le coup. 6 ans était la conséquence de mon acte. Bien peu à mon goût, comme pour ma belle-mère. En prison, la vie est terriblement plus simple. Cette infantilisation n'a pour but que de vous laisser du temps pour penser. Et souffrir. Tout était de leur faute. Anna et mon compagnon de cellule. Je n'ai pas envie de me rappeler son nom. Je ne l'avais pas tué, lui. Simplement, il était dans le coma. Un lavabo peut être une arme efficace. 3 semaines de mitard était la conséquence de mon acte. Trop a mon goût. La sensation de rester plongé dans le noir et de ne pouvoir crier ou me battre que contre moi-même m'obligerait à repenser encore plus profondément à ma vie, aussi désastreuse et sans relief soit-elle. Je me représente ,encore aujourd'hui, Anna, comme un phare qui m'aurait guidé des années durant. Cette lumière s'était éteinte à jamais. Parfois, je la revois en songe. En colère, non parce que j'étais un junkie mais parce que je l'avais tué. Et je riais devant cette contradiction de voir un mort me parler. C'était la fièvre qui me faisait délirer. Les médicaments qu'on donne aux détenus sont bien dérisoire. Quand on a la chance de pouvoir aller à l'infirmerie. Après une semaine passée dans le quartier disciplinaire, je n'étais plus que l'ombre de moimême et rares étaient les gardiens qui pouvaient m'approcher sans tranquillisant. Anna revenait me hanter tous les jours. Et tous les jours je riais aux éclats. On me laissait seul dans ma bulle d'autodestruction. Mon coeur était un champ de ruine et ma tête, une institution commandant une ville fantôme. Je crois que je serais mort là-dedans si le destin ne s'en était pas mêlé. J'avais perdu le décompte des jours. J'étais ici depuis deux semaines? Trois peut-être? Ma porte s'était ouverte. Ou du moins avais-je entendu le loquet électronique se déverrouiller. J'avais dû passer une heure à hésiter avant de me lever et de voir si la liberté m'était gracieusement rendu. Une heure d'attente pour tenter d'entendre ne serait-ce qu'un son dans le couloir. Mais rien. J'ouvris la porte, et mes yeux se sont meurtris avec l'abondance de lumière. Je suis resté face à l'entrebâillement pendant un long moment. J'ai passé ma tête dehors, regardé à gauche et à droite. Rien. Pas un bruit, pas un courant d'air. Je suai à grosse goutte et l'adrénaline survoltait mon corps. Je remarquai que toutes les portes étaient ouvertes. Je compris que l'électricité ne marchait plus. Mais qu'en était-il du générateur de secours ? Il possédait une autonomie de 24h. Cela faisait-il plus d'une journée que le courant ne passait plus? J'ai ouvert toutes les portes et j'étais le seul résident du quartier disciplinaire. Je me suis glissé au-dehors et j'ai pu aller jusqu'au quartier des nouveaux arrivants sans rencontrer âme qui vive. Seulement des feuilles par terre, et une fine couche de poussière. Je me rappelle avec amusement que je suis resté à me faire un steack dans les cuisines. Cela faisait un moment que je n'avais pas mangé et pour une fois, la viande fut saignante. La prison n'a rien à envier au plateau repas des avions. Je pris mon déjeuner dans la cellule A3 avec un autre homme. Il était pendu et rythmait mon repas par ses balancements. Morbide? Non... curieux. C'était la première fois que je voyais un mort, et par politesse je l'invitais à déjeuner. Je ne fus dégouter que lorsqu'une mouche sortis de sa narine. Je pris mes affaires dans l'entrepôt, toujours sans surveillance, et je me dirigea vers la porte d'entrée. J'avais toujours pensé que, au bout de 6 ans, ma sortie me provoquerait un profond bouleversement. Seulement, j'imaginais cela avec des gens autour de moi. Ainsi, je sortis d'un endroit désert pour un autre endroit, certes plus grand, mais désert aussi. Pas vraiment de changement. J'avais pris les clés de l'un des gardes et mon premier salut de la journée me parvint d'une peugeot à ma droite. Je lui souhaita une bonne journée en souriant. Je saluai aussi Anna qui me regardait du mirador, tendrement.

     



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