Le parcours de la femme normale (Le parcours de la femme normale.pdf)

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1 Le parcours de la femme normale et l’anormalité de la femme virile Céline Huyghebaert L’homme représente aujourd'hui le positif et le neutre, c'est-à-dire le mâle et l’être humain, tandis que la femme est seulement le négatif, la femelle. Chaque fois qu’elle se conduit en être humain, on déclare donc qu’elle s’identifie au mâle. […] C’est mal poser la question que de demander pourquoi elle refuse [les limitations imposées par son sexe] : le problème est plutôt de comprendre pourquoi elle les accepte. Simone de Beauvoir, Le deuxième sexe II,Folios essais, Gallimard, pp 197-199 Dans son discours sur la féminité1, Freud revient sur les diverses théories qu’il a élaborées par le passé pour dresser un parcours de la sexualité féminine, depuis la période préoedipienne jusqu’à la mère. Pour Freud, la période préoedipienne de l’enfance est asexuée – c'est-à-dire masculine. Durant cette période, le petit garçon comme la petite fille ont un attachement actif à la mère. Au stade phallique, la petite fille a également une masturbation active : elle se sert de son clitoris comme le petit garçon de son pénis et ignore l’existence de son vagin. En résumé, selon Freud, tous les enfants pensent que les êtres humains ont un pénis. C’est à l’œdipe que les enfants découvrent la différence homme/femme, et donc que la construction sexuelle et identitaire de la femme diffère. Le petit garçon découvre que la petite fille est castrée et vit sous la menace de cette possible castration. Quant à la petite fille, la découverte de « son manque » fait voler en éclat son narcissisme. Elle se découvre lésée, châtrée, et réalise que l’homme a été mieux servi qu’elle par la nature. Dès lors, « l’envie du pénis s’empare d’elle, envie qui laissera dans son évolution, dans la formation de son caractère, des traces inneffaçables2. » Elle ressent une hostilité envers la mère privée de phallus, non seulement car elle lui renvoie l’image de sa propre mutilation, mais aussi parce qu’elle l’en rend responsable. Pour résoudre son « complexe de castration », la petite fille se voit alors contrainte « de changer et de zone érogène et d’objet [pour évoluer…] de la phase virile vers la phase féminine à laquelle 1 2 Freud, la feminité, dans Nouvelles conférecnes sur la psychanalyse, Gallimard, Idées. Freud, la feminité » cité par Irigaray, Luce, p. 53 2 elle est biologiquement destinée3. » En d’autres termes, pour devenir une femme normale, la petite fille doit admettre son infériorité naturelle, qui implique plusieurs déplacements. Elle doit transférer ses intérêts sexuels de la mère au père : elle attend, passivement, de lui un phallus puis un enfant – pénis de substitution selon Freud – et attendra de l’homme qu’elle aime ce phallus et cet enfant aussi, si possible un garçon. Elle dépasse ainsi ses ressentiments pour sa mère en s’identifiant à elle. Elle doit également abandonner son plaisir actif avec son clitoris, puisqu’il est insatisfaisant et inférieur au pénis de l’homme, pour passer au plaisir passif avec le vagin dont la sensibilité s’éveillera à la puberté. L’aboutissement de la voie vers la féminité normale implique que la femme reconnaisse sa castration. Cette acceptation est périlleuse et la femme est menacée à tous moments de tomber dans la voie névrotique : la femme ayant admis qu’elle était castrée continue néanmoins de vouloir un pénis. Elle tente tant bien que mal de refouler son envie mais elle peut à tout moment tomber dans la frigidité, l’inhibition et la haine des femmes et de la condition féminine. L’œdipe de la fille est seulement la phase pendant laquelle la femme acquiert les qualités grâce auxquelles elle pourra plus tard exercer sa fonction sexuelle et assurer son rôle social. Si elle parvient à surmonter toutes ces épreuves, la femme aura remporté sa… féminité. Un savant cocktail en cinq points : Le masochisme : la femme doit refouler son agressivité et ses pulsions contre elle, contrairement à l’homme qui garde ses pulsions actives; La passivité : elle reçoit le pénis; La vanité : pour compenser son manque de pénis et d’estime d’elle-même; La jalousie : l’envie du pénis, omniprésente; Un sens limite de la justice : sentiment d’injustice, surmoi peu développé et jalousie l’empêchant d’avoir une juste vision des choses. Impressionnant parcours, digne d’une épopée homérique et dont le Saint-Graal allie dépression, inhibition, jalousie et envie et perte d’estime de soi que la femme devra

    



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