La Corruption (La Corruption.pdf)
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La Corruption , symptôme d’un mal profond Nous savons que la corruption sévit au Liban, nous la subissons, et les médias la dénoncent régulièrement ; elle serait, malgré les associations qui tentent de la combattre ou certaines initiatives gouvernementales, en pleine expansion. L’indice de perception du niveau de corruption qu’obtient notre pays le classe 130e sur 180, en 2009. Cet indice, IPC, élaboré par l’O.N.G. Transparency International, désigne la perception du niveau de corruption affectant l’administration publique et la classe politique dans un pays donné. Nous occupions la 97e place en 2004 et la 99e en 2007! La corruption existe partout, dans nombre de pays développés, mais à quelque niveau que ce soit, ce sont en définitive les citoyens et la société toute entière qui en sont victimes, a fortiori dans les pays en développement où ses effets sont dévastateurs. Aussi, pour une prise de conscience de la gravité de ce fléau et de ses conséquences dramatiques dans notre pays, c’est par celles-ci que le problème sera abordé. Seront ensuite rappelées quelques-unes des figures que prend cette corruption qui est en réalité un symptôme. Le symptôme de quelle maladie? Maladie ayant quelles causes premières? Questions auxquelles je tenterai de répondre. Bien que la corruption ne soit pas mesurable, l’IPC n’en reflète que la perception, des progrès immenses ont été réalisés pour quantifier son impact et son coût sur diverses grandeurs économiques et sociales et ces coûts sont très réels. Si la corruption n'est pas la seule cause de la pauvreté et des inégalités sociales et humaines qui règnent au Liban, chiffres à l’appui, avec le niveau de corruption qu'atteint notre IPC, elle en est un déterminant majeur. Derrière les chiffres présentés, il y a des hommes, des femmes et des enfants qui endurent les méfaits de cette corruption dans leur vie de tous les jours. Que toute une « petite corruption », bien qu'elle crée un climat délétère qui la banalise, prospère n'est pas pour étonner, il faut survivre, et l'exemple vient d'en haut. Car, qui dit corruption au niveau de l'État, dit abus d'une fonction publique à des fins d'enrichissement personnel, donc le détournement de fonds dont nous, citoyens de ce pays, devrions être les premiers bénéficiaires. Des milliards et des milliards de dollars, depuis une vingtaine d’années, sont empochés par certains, dilapidés par les mêmes ou par d'autres, et ce au détriment de notre peuple, sans compter les subventions importantes de pays et institutions internationales que nous avons reçues. Quelles figures prend cette «grande corruption» sous nos cieux? Elle apparaît comme un véritable système où se mêlent, interfèrent, se combinent des illégalités en tous genres. Trois exemples ruineux caractérisent cet enchevêtrement : l'électricité du Liban, le téléphone mobile, les ramassage et traitement des ordures. Trois exemples auxquels est ajouté le cas particulier du Conseil pour le Développement et la Reconstruction, instance extrabudgétaire comme 81 autres institutions publiques, où l’on ne sait ni où ni comment l’argent est dépensé. Ils débutent sous une tutelle syrienne qui y participe grandement, ils se poursuivent sous le signe des liens tissés entre le monde de la politique et celui des affaires, faussant ainsi l'attribution des marchés et leur renouvellement, confiant les rôles à des affidés dont les capacités à gérer, prévoir, décider, surveiller laissent à désirer, le tout aboutissant à une gabegie des fonds publics, un enrichissement de quelques-uns et une « maltraitance » du concitoyen lésé dans les prestations qu'il est en droit d'attendre et obligé de payer injustement d'importants surcoûts. Et ce tout, comme si ni contrôle interne ou institutionnel ni justice n’existaient. Quel diagnostic poser? Ne s’agit-il pas d’une déficience, voire d’une absence de gouvernance? Il est reconnu que la corruption est en soi le symptôme d’un problème de gouvernance fondamental. Ce terme de gouvernance recouvre «les coutumes et institutions par lesquelles le pouvoir s'exerce dans un pays, notamment le processus par lequel les gouvernements sont choisis, surveillés et remplacés, la capacité du gouvernement d'élaborer et d'appliquer des politiques saines, et le respect des citoyens et de l'État pour les institutions qui régissent leur action économique et sociale ». Ne reconnaît-t-on pas là les domaines « défaillants » de notre pays? Les explications à cet état de fait sont nombreuses. Si de certaines nous ne sommes pas responsables, d’autres relèvent de nous. Il est regrettable qu’à la fin de la guerre, au lieu de se pencher sur ce corps blessé, meurtri, de répondre à ses besoins vitaux, on ait paré non pas à l’essentiel, mais au plus apparent, effaçant à toute allure les stigmates matériels de la guerre. Il est regrettable que depuis, selon la même démarche, celle de passer l'éponge rapidement pour faire place nette, sans doute dans un esprit d'apaisement, on n'ait pas cherché à engager un travail de réflexion sur nous-mêmes, non pas pour faire le procès des hommes, mais pour éviter de pérenniser méfiance mutuelle, ressentiments et pour chercher sérieusement ensemble à poser les fondements d’un État qui nous unisse. Une guerre tombée aux oubliettes ! Or on ne peut jamais prétendre effacer ce qui fut et demeure une réalité. « Enfin seuls », depuis cinq ans--- en apparence ! Les habitudes ont été prises ; le même climat règne dans le pays où nos dirigeants continuent de se tourner vers l'extérieur, de se quereller dans une course au pouvoir et à l'argent, dans une confusion totale des genres et le mélange des intérêts. Laisser-aller, laisser-faire ont été érigés en système, et la gestion des affaires publiques est reléguée aux calendes grecques. Ne faut-il pas nous interroger sur les causes premières de cette maladie, de cette gouvernance déficiente? Ce sont à mes yeux, étroitement imbriquées, notre système politique, notre système communautaire confessionnel et notre absence d’éducation nationale. Notre système politique nous offre le spectacle chronique de blocages et d’une paralysie récurrente de la vie publique. Ne faudrait-il pas réfléchir à une manière harmonieuse dont le pouvoir devrait s'exercer dans notre pays ? Réviser sa Constitution afin que les responsables puissent accomplir ce pourquoi ils occupent leurs fonctions, c'est-à-dire gouverner réellement et oeuvrer dans l'intérêt général. Prévoir les rouages qui vont empêcher la machine de « se gripper, coincer, frotter, freiner ». Trouver nous-mêmes, sans besoin de tuteurs ou de parrains, la meilleure formule, la plus adaptée à la complexité de notre pays. Notre système communautaire confessionnel empêche toute cohésion nationale. Il signifie favoritisme, clientélisme, réseaux d’influence. Il est à l’origine d’insuffisances criantes dans le vaste domaine politique et administratif des élections, recrutements, nominations, promotions. Ne serait-il pas temps de le reconsidérer? Enfin notre absence d’éducation nationale explique bien de nos dérives. Nous avons besoin, pour nous structurer, d’un noyau dur obligatoire d'enseignement, à la fois d'une seule et unique Histoire nationale, et d'une éducation civique dispensée dès le plus jeune âge. Une Histoire nationale, qui nous donne la force mentale qui nous fait défaut, nous rende solidaires, nous évite de nous tourner vers l’étranger à la recherche de soutiens. Une éducation civique qui forme les citoyens d'une véritable République démocratique, qui amène les hommes et les femmes qui prétendront à diriger ou à administrer le pays à comprendre que s'ils sont élus ou nommés, c'est dans un but précis et exclusif, celui d'être au service de l'intérêt général ; que la fonction qui leur a été octroyée n'est pas leur propriété , qu’elle les charge d’une lourde responsabilité : responsables de ce pays, de ce peuple; responsables devant ce peuple qui leur délègue le pouvoir et auquel ils ont à rendre compte de leur gestion; responsables dans un État de droit, un pays d'institutions et de lois qu’il s'agit de respecter, toute transgression appelant une sanction par une magistrature forte, une justice intègre et intraitable. Combattre la corruption est une entreprise difficile. Elle nécessiterait une volonté politique qui transcende les frontières des communautés, des partis, des alliances, et qui s’engage dans un travail de fond. Est-il possible que cette volonté se manifeste un jour dans notre pays? Qui parmi nos responsables serait résolu à remettre en cause un système qu’il n’a aucun intérêt à changer? A nous, citoyens de ce pays, conscients du caractère pernicieux du mal, de nous mobiliser auprès de tous ceux qui ont entrepris de le combattre. Amplifier leur action et réveiller l'opinion publique, par tous les moyens d’information existants, pour qu'elle sache ce qu'il nous en coûte dans les domaines social, moral, politique, économique. Salwa Nsouli-Lalardrie. Janvier 2011
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