Les Cahiers du CERLI n°4 (Cahiers-CERLI4.pdf)
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LES CAHIERS DU CERLI n°4 Janvier 1982 Université de Toulouse le Mirail Page 1 AVANT PROPOS Les articles réunis dans le présent cahier sont les communications présentées en Mai 1981 dans le cadre de l'atelier "POETIQUE DU FANTASTIQUE" au Congrès de la S.A.E.S. de Lyon. Conformément au thème exploré par le congrès, ils traitent tous de la poétique du récit, qu'on entende le terme au sens propre, étude des systèmes qui fondent un genre par exemple, ou dans un sens plus large, statut de l'étrange, tonalités subtiles de la narration : de la mise en œuvre codifiée à la question de l'effet. La fonctionnalité du texte fantastique dans son originalité, ainsi que par rapport aux genres voisins, merveilleux et même littérature enfantine, anticipation et science-fiction, récit de l'absurde voire "new fiction" est un vaste sujet qui comporte, outre la définition respective de ces genres, les problèmes fondamentaux du vraisemblable et de la réception, des stratégies narratives, de la connotation entre autres. Et ceci jusqu'à la question de l'effet, ce mécanisme de l'aliénation qui s'inscrit dans l'histoire littéraire depuis les surcharges vertigineuses du baroque jusqu'aux malaises de la surréalité, depuis les excès du gothique jusqu'à la "rigueur totalisatrice" de la S.F., depuis la mythologie tragique jusqu'aux silences du nouveau roman. Cet état de malaise que Jean-Paul SARTRE avait pertinemment décrit comme "la conscience transparente aux choses mais opaque aux significations" émane du remarquable texte de Patricia Highsmith – "The Empty Birdhouse" – choisi et présenté par Madame Hélène AUFFRET. C'est selon ses dires "une psychanalyse faite texte" et cela pose le problème inéluctable de l'incidence de ce type de connaissance ou de recherche sur des textes d'auteurs qui le possèdent comme atout majeur dans leur bagage culturel. L’héroïne de la nouvelle, Edith, est aussi celle d'un roman – Edith’s Diary – dans lequel elle narre l'histoire banale et déroutante de sa névrose de femme américaine socialement émancipée et moralement aliénée. Tout le processus de ce genre de fiction se trouve en germe dans ce court récit et il est remarquable que le même thème – phobie d'un animal insaisissable et omniprésent – resurgisse, encore lié à une hantise de la naissance chez le jeune auteur anglais Ian McEwan. Page 2 Madame Monique CHASSAGNOL, spécialiste de la littérature enfantine, fera découvrir au lecteur William Mayne et les subtilités des jeux sémantiques qui se fondent sur une déroute discrète de l'esprit de rationalité en une poétique de l'étrange de demi-teinte. C'est cette fois l'étrange devenu essence poétique aux confins de l'humour. En citant M. Chassagnol : "l'étrange ne doit pas contaminer le quotidien... s'il déconcerte il n'est le fait d'aucun désordre... déguisé un instant en Fantastique, il n'est Fantastique que par ce déguisement". Avec l'étude du narrateur dans les écrits de H.P. Lovecraft, Gilles MENEGALDO nous ramène à un type de texte plus conforme aux canons de la littérature dite fantastique et se concentre sur la tension caractéristique entre l'alibi de vraisemblance et l'insistance sur la fictionnalité. Ce sont "les stratégies narratives et leurs implications" qui retiennent l'attention, c'est-à-dire le problème des rapports qu'entretiennent auteur et lecteur en un savant jeu de cache-cache où l'on dispose de nombreux relais. Le fameux plaisir dans la peur pourrait bien trouver là, partiellement au moins, son origine. Quant à Christian COMANZO et Jean RAYNAUD, ils renouvellent beaucoup la question pourtant souvent abordée de la comparaison des genres. Le premier, auteur d'une thèse sur le féerique victorien, s'est interrogé sur l'hypothétique spécificité du langage propre à chacun des genres apparentés. Il est amené à évoquer le statut de l'énonciation, les modalisations du discours, les questions de lexique. La langue du merveilleux relèverait plutôt d'une langue morte, celle du Fantastique serait voisine de l'hystérique ; avec la S.F. reparaissent les registres descriptifs et connotatifs. Il y a là ouverture d'une perspective intéressante dans l'approche des genres. Le second qui a travaillé sur la science-fiction américaine, se livre à une réflexion fort argumentée sur la qualité de la vraisemblance que mettent respectivement en œuvre F. et S.F. et dégage une fonction "antithétique" inhérente au Fantastique – opposition thétique/non thétique – face à une fonction synthétique méta-réaliste propre à la S.F. – synthèse de l'hypo-thétique. Par la riche variété de leurs interventions, les participants de l'atelier du Congrès de Lyon ont fait avancer la réflexion menée sur la littérature de l'imaginaire et témoignent de sa vitalité. Max DUPERRAY
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