Keyloane (keyloane.pdf)
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Keyloane Automne 444. A cette époque de l'année le ciel était souvent voilé par les nuages, ne laissant apparaître que trop rarement la lumière des étoiles ainsi que des deux lunes. Mais, ce soir là, suite à une longue et intense pluie le ciel finit par se dégager. Une fillette de six ans, aux longs cheveux noirs et aux yeux couleur azur, vint à s'allonger dans l'herbe humide pour profiter des dernières lueurs du jour. En face d'elle coulait un ruisseau se jetant dans un lac en contre bas. A sa gauche se dressait la plus haute, la plus vaste chaîne de montagnes au monde appelée Esunor, signifiant : le rempart des civilisations. On raconte que par delà ces montagnes vit un peuple en parfaite harmonie avec la nature. La petite fille ne pouvait s'empêcher d'y songer et de se demander à quoi pouvait ressembler la vie de ces gens dont elle ignorait quasiment tout. A sa droite d'immenses plaines dans lesquelles l'humanité avait élu domicile. Situées à près de mille mètres d'altitude, sur le flanc Est de la montagne, elle ne pouvait qu'admirer ces lointaines et pourtant si intrigantes cités dont on disait que leur beauté n'avait d'égal que leur corruption. Derrière elle, également situé sur le flanc de la montagne, se tenait un village paisible appelé Alkoran, principale route de commerce entre les deux cotés d'Esunor qui, par le passé, fut bien souvent le théâtre de conflits et autres querelles en raison de sa situation géographique hautement stratégique. Paisiblement la fillette contemplait les cieux. Son regard s'attarda tout d'abord sur une constellation lointaine. Celle-ci étincelait de mille feux lui rappelant la légende que son père lui avait conté à son sujet : « Notre monde dépend des étoiles et chacune d'entre elle t'observe à tout instant qu'il fasse jour ou nuit, que le temps soit ensoleillé ou non. Chacune d'entre elle est là pour t'aider, te protéger et te soutenir dans les moments de doutes. Si jamais un jour un malheur venait à se produire tu devras demander de l'aide à ces quatre étoiles disposées en losange parce qu'elles ne sont pas seulement les plus brillantes, mais ceux sont aussi les plus influentes. Chaque étoile peut te venir en aide mais seules ces quatre là ont le pouvoir de changer le cours des choses. Il s'agit des reines stellaires dominant et contrôlant chaque chose en ce monde. Rappelle toi toujours de ces mots et souviens toi que la constellation du losange sera toujours là pour toi. ». Ce fut avec émotion qu'elle tourna son regard vers l'une des lunes de Keyloane. Celle-ci dégageait une intense couleur violette donnant au ciel cette même couleur délicate et reposante. Cette lune, nommée Cristalis, était constituée de milliards de cristaux lui donnant cette couleur étincelante. Néanmoins depuis le sol était visible un cratère immense vestige d'un violent impact passé. Aujourd'hui encore il est possible de retrouver ses fragments un peu partout sur la surface de Keyloane. La jeune fille reposée s’asseyait et observait, au loin, la seconde lune de Keyloane. De nombreux reflets étaient visible sur sa surface. La fillette ferma les yeux et se souvint des paroles de son père: « On raconte qu'à l'aube des temps Givrania était un monde habité par de très nombreuses créatures aquatiques. Mais Givrania n'était pas dupe, elle vit que ces habitants ne lui étaient pas reconnaissants de tout ce qu'elle apportait. Tous l'exploitaient sans se soucier de ce qui pouvait leur arriver. Mais un jour Givrania demanda conseil à Keyloane et à Cristalis. D'une seule voix les deux lui conseillèrent de transformer son eau en glace afin de punir ces êtres vivants qui ne la respectaient pas. Ce fut avec une certaine amertume qu'elle s'exécuta et condamna des milliards de créatures. Tous périrent à jamais prisonniers des glaces sans avoir la moindre chance de pouvoir se racheter. Tu devras donc toujours te souvenir que jamais tu ne dois mettre notre monde en colère car il faudrait alors en subir les conséquences. Nous ne sommes que des invités en Keyloane. ». Tout en écoutant le ruissellement de l'eau sur les rochers à seulement quelques mètres de là, elle pensait à sa mère dont elle avait vu le ventre grossir jour après jour. Elle n'était pas sans ignorer ce -1- que cela signifiait et, bien que ce fut un choc de l'apprendre, elle ne passait plus un instant sans se demander si il s'agirait d'un frère ou d'une sœur. Lentement elle se plongea dans ces pensées en se demandant ce à quoi allait bien pouvoir ressembler sa vie à venir. Le calme omniprésent, le champ des oiseaux, et le son d'une douce brise d'automne la fit s'assoupir. Les images réelles et les songes ne firent plus qu'un. La sérénité était absolue quand soudain un hurlement retentit, la fillette se réveilla en sursaut. Apeurée elle courut en direction d'Alkoran afin de retrouver au plus vite ses parents. Elle allait aussi vite que ses jambes pouvaient la porter. Dans la précipitation elle ne se rendit pas compte qu'elle était encore trempée, à cause de herbe dans laquelle elle s'était allongée, trébucha sur un rocher et s'écorcha le genou droit. A la vue du sang qui s'écoulait lentement, suite à cette légère égratignure, la jeune fille fondit en larme appelant ses parents pour qu'ils lui viennent en aide. Aucun ne vint à son secours. Les hurlements se faisaient de plus en plus nombreux et oppressants. Tout en continuant à pleurer elle ferma les yeux, se boucha les oreilles et implora les étoiles de faire cesser tout ceci. Plusieurs minutes passèrent sans que cela ne s'arrête. Tout à coup elle sentit des mains se poser sur les siennes. Il ne s'agissait pas de celles de ses parents, elle ouvrit les yeux mais ses larmes lui troublants la vue ne laissèrent que vaguement apparaître un visage carré, usé par le temps et portant un bouc noir. Il s'agissait de monsieur Garstolr, le chef du village d'Alkoran. Il s'agissait d'un ami de la famille et elle savait qu'elle pouvait lui faire entièrement confiance. Garstolr lui dit : « Inaya, vient avec moi le bébé est en train d'arriver. ». La fillette sécha ses larmes et se laissa porter par les forts bras de monsieur Garstolr. Il l'enveloppa d'un tissu de fortune grisonnant et rugueux au confort plus que rudimentaire et colla le visage encore humide de Inaya contre son torse comme pour éviter qu'elle ne puisse regarder autour d'elle. Inaya ne vit rien mais elle sentit que la situation était grave. Monsieur Garstolr ouvrit une porte et entra à l'intérieur d'une maison. L'odeur semblait familière à Inaya, il s'agissait de sa maison. Dès que monsieur Garstolr eut fini de fermer la porte elle se propulsa hors de ces bras et partit en direction de la chambre de ses parents. Des hurlements de douleurs provenaient de cette pièce mais celle-ci était fermé. Elle s'appuya alors sur la porte tout en se mettant sur la pointe des pieds afin de regarder par un trou de cette porte rongée par des insectes, mais son écorchure au genou lui fit de nouveau mal. Elle se remit à pleurer et se laissa tombé au sol. Monsieur Garstolr la releva et lui dit « Attends moi sagement ici, j'en ai pas pour longtemps. ». Lorsqu'il entra dans la chambre la fillette aperçut deux hommes près du lit. L'un était son père, grand, mince aux cheveux d'or, l'autre un ami de la famille, toujours habillé de noir à l'air mystérieux, il prétendait toujours tout savoir mais Inaya n'avait jamais vraiment eu confiance en lui. Les minutes passèrent dans les cris et les hurlements, quand tout à coup, il n'y eut plus un bruit. Le silence régnait dans toute la maison laissant entendre la souffrance des personnes qui étaient à l'extérieur. L'agitation gagna la chambre, Inaya n'entendait pas distinctement ce qu'il se passait. Elle s'approcha de la porte, colla son oreille mais ne comprenait toujours pas. Soudain, les cris d'un bébé retentirent. Monsieur Garstolr sortit de la chambre en disant qu'il devait partir aider d'autres personnes. Avec lui, l'homme en noir sortit de la chambre. Il se pencha sur Inaya et lui fit : – Tu as un petit frère, il s'appelle Heoni. – Dom, dit-elle d'un air timide à l'homme en noir, est ce que je peux le voir ? – Soit patiente jeune fille, tes parents doivent d'abord se reposer. Dom la conduisit à l'extérieur de la maison mais une fois sortie elle assista à un spectacle des plus macabres. Face à elle, dans la place du village, des dizaines de corps recouverts de pustules gisants sur le sol. De nombreuses personnes qu'elle connaissait étaient soit mortes soit à l'agonie. Seuls les enfants avait l'air de ne pas être atteint par la maladie. Terrorisée, elle se retourna pour entrer dans sa demeure mais la porte en était verrouillée. Elle criait à s'en casser la voix, elle frappait de toute ses forces à la porte mais personne ne vint. En larme, elle entreprit de traverser la place mais chaque nouvelle personne qu'elle voyait à terre était une connaissance, un ami, voire même quelqu'un de la famille. Lorsqu'elle vit son oncle au sol, parmi tant d'autres, elle ne put s'empêcher d'aller le voir. De longues minutes s'écoulèrent alors qu'elle restait au dessus de ce corps sans vie en l'implorant de -2- la libérer de ce cauchemar. Neuf mois plus tôt. Alors qu'Inaya s’apprêtait à faire des dessins sur les murs de l'intérieur de sa maison, à l'aide d'une pierre rouge trouvée aux abords du lac, elle fut interrompue par sa mère qui lui dit : « Papa et maman on à discuter de choses importantes, ça te dirais d'aller jouer dehors avec les autres enfants ». La fillette fixa les yeux bleus en partie voilés par la chevelure brune de sa mère, puis elle commença à gribouiller le mur. Mécontente, sa mère ordonna : « Arrête moi ça tout de suite ! ». Tout en continuant ses dessins Inaya demanda : « Pourquoi ? ». Exaspérée sa mère saisit la pierre et fit : – Je n'ai pas à me justifier devant toi ! – Ah bon, répondit Inaya d'un air intrigué. – Parfaitement ! Alors si tu veux récupérer ta pierre tu sort cette maison ! Inaya ne comprenais pas où voulais en venir sa mère mais sans poser plus de questions, elle accepta de sortir. Surprise par l'attitude d'Inaya, sa mère décida de lui rendre son objet. Inaya saisit un petit sac en lanière usé et y mit sa pierre rouge. Une fois qu'elle eu fini de remplir de le avec de nombreux objets inutiles, elle sorti de la maison et se rendit sur la place. Sans aucune raison apparente, elle se mit à courir en riant sans se soucier du reste du monde. Elle courait, courait sans se préoccuper de tous ces gens qui, sur la place, la regardait d'un air étonné. Mais à force de ne pas regarder où elle allait elle finit par heurter quelqu'un. Elle leva la tête et vit qu'il ne s'agissait que de Dom. – Inaya, tu sais où sont tes parents ? – Ils sont dans la maison je crois... mais chut, il faut pas les dérangés, répondit-elle d'un air espiègle. – Tu pourras leur dire que je voudrait les voir ? C'est important. – C'est pas mon problème parce que... ah oui, j'dois aller au lac pour prendre d'autres pierres, répondit-elle avec un grand sourire. – Écoute moi bien sale morveuse tu vas faire passer ce message à tes parents, je dois absolument leur parlé, exigea Dom d'un ton agressif. Face à une telle débauche d'agressivité Inaya commença à sangloter en se demandant pourquoi tout le monde était si méchant avec elle. Soudain retentit un cors de chasse, c'était celui de son oncle. Au seul son de cet objet elle sécha ces larmes et, comme si de rien était, partit en courant en direction de l'entrée d'Alkoran situé un peu en contre-bas. Une grande partie des villageois s'y était rendu et Inaya due se frayer un chemin à travers ce qui lui paraissait être une foule compacte. Une fois arrivé à destination elle vit son oncle accompagné de trois autres chevaliers en amure. Tous revenaient victorieux et avaient, une fois de plus, ramener le plus gros de tout les gibiers de Keyloane ; un tarneck. Cette créature pouvant mesurer jusqu'à dix mètre de haut vivait dans d'immenses plaines au pied de la montagne. Recouverts d'épaisses écailles les tarnecks comptaient parmi les proies les plus difficiles à appréhender mais une fois cette carapace traversée sa chaire tendre, délicate et savoureuse se dévoilait pour le plus grand plaisir de tout un chacun. Une seule de ces créatures pouvait suffire à nourrir le village pour plusieurs mois. Il était donc de coutume de célébré la victoire de ces valeureux guerriers au travers d'une fête de trois jours durant laquelle la vie du village basculait dans l'ivresse des chants et des danses endiablés. Alors que tout Alkoran admirait le corps du tarneck tracté par cinq puissantes créatures quadrupèdes à poils longs, Inaya s’élança hors de la foule et se jeta dans les bras de son oncle. – Inaya, t'es pas un peu grande pour que je te porte, fit l'oncle épuisé par le port de son armure depuis plusieurs jours de marche. – Non j'pense pas ! Répondit-elle avec malice. – Bon dans ce cas... -3- Il la reposa au sol dos à lui puis, en un éclair, la souleva afin de la mettre sur ces épaules. Fière d'elle, Inaya saluait le village alors que le convoi se remettait en marche. À la nuit tombé l'oncle d'Inaya rassembla tout les enfants d'Alkoran dans sa maison afin de leur faire part de son aventure : « Cela faisait déjà deux jours que nous marchions en quête du tarneck. Nous allions jusque dans les contrées les plus reculées de ce royaume afin de rencontré les kénoïs. Pour ceux qui ne le savent pas, il s'agit des plus nobles prédateurs de Keyloane. Tous, sans exception, sont dotés d'une intelligence rare ainsi que de corps puissants taillés pour la chasse. Nul doute qu'ils auraient pu nous dévorer, à l'aide de leurs puissantes mâchoires, ou même nous tailler en pièce, à l'aide de leurs griffes acérés, mais il n'en firent rien. Ne vous fiez pas aux apparences, malgré leurs airs de grand reptiles, bipèdes, couvert de plumes, ils vous traiterons avec respect et courtoisie si vous en faites de même. ». Intrigué, un enfant demanda pourquoi ils devaient aller voir les kénoïs. L'oncle d'Inaya dit alors : « Vois tu, chaque chose en ce monde à son importance mais celle-ci est capitale. Les kénoïs sont les prédateurs naturels des tarneck et, par conséquent, il est de notre devoir de ne pas détruire l'espèce qui les nourrit. Aussi, il faut savoir qu'ils respectent un code de chasse est qu'il est de notre devoir de le respecté. Leur credo est de toujours protégé les jeunes tarneck et de les laisser évoluer en paix jusqu'à ce qu'il soient assez grand. Pour les kénoïs il est crucial de maintenir le cycle de vie de cette espèce. C'est pourquoi lorsque nous venons leur prendre un tarneck il est de notre devoir de les informés. Souvent il nous arrive même de nous faire faire choisir une proie par les kénoïs. Inutile de vous dire que si l'on ne respecte pas ces chasseurs, les conséquences pourraient être terrible pour notre village. ». En écoutant ces histoires Inaya se voyait déjà voyageant vers de lointaines contrées alors inexplorées pour y découvrir de nouveaux trésors. Une jeune femme ronde, aux cheveux couleur de feu, entra dans la pièce et fit, en s'adressant à l'oncle d'Inaya : « Eos, tout est prêt pour le grand buffet. Nous n'attendons plus que toi pour le célébrer. ». Sur ces mots Eos dit aux enfants d'aller rejoindre leurs parents et qu'il finirait cette histoire un autre jour. Sur la place tout Alkoran était présent, ou presque. En effet Inaya avait beau chercher ces parents cela ne faisait pas la moindre différence. Elle alla voir son oncle et lui demanda : « Tonton Eos, ils sont où papa et maman ? ». Perplexe, il regarda aux alentours et dit : « T'es allé voir dans ta maison ? ». Sans plus de question, et alors que tout le monde commençait le repas, elle rentra chez elle. Une fois à l'intérieur elle vit ces parents, ainsi qu'une dizaine d'autres adultes dont Dom et monsieur Garstolr, en train de parler de choses importantes dont elle ne saisissait pas vraiment le sens. – Dom, es tu sur que c'est la meilleur solution ? Demanda le père d'Inaya. – Je sais bien que c'est un parie risqué mais après tout, qui sommes nous pour en juger ? Dit monsieur Garstolr. – Je doit bien admettre que c'est un choix difficile, fit Dom, mais nous n'avons pas vraiment d'autres alternatives. Une fois que le débat fut clos, Inaya se rendit auprès de ces parents tandis que chacun des protagonistes rentraient chez eux. Aucune des personnes alors présente à cette entrevue ne se rendit au banquet des héros. Alors qu'Inaya pleurait toujours la mort de son oncle, monsieur Garstolr s'approcha d'elle et lui demanda : « Qu'est ce que tu fais dehors ? Tu ne devais sortir sous aucun prétexte ! ». Inaya, en larme, le regarda droit dans les yeux mais n'eut pas la force de répondre à cette question. Inquiet, Garstolr pris Inaya dans ces bras et parti en direction de la maison. Le court instant qui s'écoula lors de ce trajet parut être une éternité aux yeux d'Inaya. Elle observait la scène et ce fut ainsi que dans son désespoir elle se demandait pourquoi les étoiles et Keyloane permettait de telles atrocités. Pourquoi punir ceux qui les respectait, cela n'avait aucun sens. Une fois à l'intérieur, Garstolr déposa Inaya. Il lui dit : « Inaya, sèche tes larmes... On va retrouver tes parents et tout vas rentrer dans l'ordre. » Elle lui répondit d'une voix tremblotante : « Mais... -4-
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