Correction RP (Hordes correction.pdf)
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Ma respiration est forte, rapide, tremblotante. Mon cœur bat la chamade. Je sens que c'est la fin pour moi aussi. Le sol pavé sur lequel je repose est froid et engourdit ma joue collée dessus. Mes jambes tremblent sans que je puisse y faire quelque chose et je ne peux plus bouger les mains posées sous mon corps. Oui c'est la fin, je le sais. Vic passe dans mon champ de vision. Il titube lentement. Il a dû prendre ma balle dans le bide, vu que sa chemise blanche est couverte de sang. Il jure un instant dans ma direction, mais je ne comprends pas ce qu'il me dit. Je n'entends que les grognements des monstres qui nous bloquent là depuis des heures. Un flot sanguinolent sort de la bouche de Vic puis celui-ci s'écroule à quelques pas de moi, sur le ventre, immobile à jamais. Ça va être bientôt mon tour. Ce n'est qu'une question de temps. Mais au moins ce traître a payé. Maigre consolation, je vous l'accorde, mais il faut ce qu'il faut. Comment tout cela était arrivé, allez-vous me demander ? Comment nous étions nous retrouvés là, enfermés dans cet entrepôt, cerné par des centaines de zombies, réduits à nous entretuer mes compagnons et moi ? Je vais essayer de survivre encore un peu pour vous raconter tout ça. Tout a commencé une dizaine de jours plus tôt. Quand il était déjà trop tard pour se mettre à l'abri. Pourquoi si tard ? Depuis des jours, les infos diffusaient en boucle des messages d'alerte. "Enfermez-vous chez vous ! N'ouvrez à personne ! ...". Mais bien peu de new-yorkais y ont cru sur le coup. Rien ne peut arriver à New-York, la Grosse Pomme. Toute personne ayant habité au moins une fois dans cette cité bénie des dieux ne peut pas imaginer qu'il arrive quoi que ce soit. C'était impossible. Ce sentiment était encore plus fort pour ceux qui vivaient ou bien travaillaient à Manhattan. C'est la raison pour laquelle des millions de personnes continuèrent de vivre normalement sans réaliser ce qu'il se passait dans le reste du pays. Et quand les premiers massacres ont commencé à New-York, il était déjà trop tard. En fait ces rumeurs folles à propos d'attaques sauvages, de meurtres horribles ayant lieu dans tout le pays ne touchaient personne. Croyez-vous que cela aurait pu changer quoi que ce soit dans la vie des New-Yorkais ? Bien sûr que non. Quand on habite la ville qui ne dort jamais, ce qu'il se passe dans le reste du monde n'est pas intéressant. Le summum dans cette volonté collective de tout ignorer a été atteint quand les infos se sont mis à parler de morts qui se réveillaient. On se serait cru dans un de ces mauvais films de série Z diffusés sur le câble. "Des morts qui marchent ? Pourquoi pas des vampires avec leur cape pendant qu'on y est !?", s'est écrié mon chef. Je crois que j'ai ri à ce moment-là. Il y avait de quoi sur le coup. Et puis le rire permet de déstresser un peu. J'étais au boulot, depuis des heures. J'étais en train de me griller une petite clope pendant ma pause. "5 minutes, pas plus, hein ?!", avait ajouté le chef. Il n'est pas tout le temps marrant mon chef : ça faisait des heures que je m'échinais à assurer tout seul le service. Essayez vous, de satisfaire les demandes de dizaines, voire de centaines de courtiers affamés. La pause devient un moment sacré qu'il ne faut pas négliger. Je bossais comme serveur dans un Dunkin'Donuts, dans la rue Nouveau, non loin de Wall Street. C'était un lieu stratégique pour tous les traders de Manhattan. En effet, on y mangeait vite et bien. Et il y avait une réputation à défendre. Alors, qu'importe s'il manque du monde pour garantir le service, il faut assurer. Oui ce jour-là, quand j'ai entendu les infos et la remarque de mon chef, j'ai ri de bon cœur. Déjà parce que ça me soulageait de mon travail ultra-difficile de ces derniers jours et parce que je trouvais la nouvelle complètement loufoque. Si j'avais su... Wall Street... Tout le monde connait le nom de ce quartier d'affaires situé à Manhattan. Ses rues serrées cernées de hauts buildings ainsi que ses monuments grandioses font la fierté des NewYorkais. Il abrite un bon nombre de sièges de grandes institutions et de banques, c'est le cœur du commerce national et international. En fait, on peut dire que Wall Street régit le monde. Enfin... plus maintenant. J'ai commencé à travailler dans ce quartier deux ans plus tôt. Oh, c'est sûr, c'est pas le genre de job que j'aurai souhaité faire quand j'étais môme. Mais quand j'ai débarqué ici de mon Maine natal, j'ai tout de suite pensé que ce boulot allait m'offrir des opportunités. Ou du moins me permettre de rencontrer des personnes influentes, qui sauraient me guider. J'ai tout fait pour me rendre utile, voire même un élément essentiel de la vie de Wall Street. Imaginez-moi plutôt : sans moi, des dizaines et des dizaines de courtiers n'auraient pas leur café ou leurs repas en moins de dix minutes !! Il est bien connu que dans un Dunkin 'Donuts, on est servi rapidement. Idéal pour tous ces loups de la finance qui jouaient avec des millions de dollars tous les jours, comme d'autres jouent aux cartes. C'était donc à moi de leur apporter leur commande tous les jours, sept jours sur sept. Quand je m'attribue la rapidité du service, j'exagère un peu tout de même. Mais ce n'est pas grave, ce n'est pas ça que vous voulez savoir n'est ce pas ? Il faut bien que je positive le fait que je n'étais qu'un simple serveur dans une chaîne de restaurants rapides et que mes principaux clients n'étaient que des traders qui ne me voyaient même pas ! Deux ans de Dunkin'Donuts après... ras. Pas de contacts. Rien. Nada. Mais quand je vois ce que mon monde est devenu, je me mets à regretter ce bon temps. Finalement, je n'étais pas si malheureux que ça avant. Vivre à Manhattan étant pour moi hors de prix, je louai une petite chambre pourrie dans Brooklyn. Tous les jours, je m'engouffrai dans une rame de métro qui m'emmenait dans l'île. Près d'une heure sous terre, dans ces tunnels bruyants et malodorants. Eux aussi ils me manquent quand j'y pense. A chaque fois que je sortais à la surface, je restais un instant impressionné par l'enchevêtrement de tous ces gratte-ciels qui m'écrasaient du haut de leur imposante taille. Ils étaient si rapprochés que la lumière peinait à passer. Et lorsque que je marchais dans la rue, j'avais toujours cette impression d'être au crépuscule, même si le temps était très lumineux et ensoleillé. Parfois les soirs d'été, quand je faisais le chemin inverse, j'aimais prendre le temps d'observer les rais de lumière glissant lentement le long des buildings vitrés. Oui finalement j'étais bien content de travailler à Manhattan. Perdu dans ce monde, lui-même coupé du monde, les événements qui agitaient le reste du pays ne me touchaient pas beaucoup. En fait, je ne suivais pas vraiment ce qu'il se passait. Je n'avais pas de télé et les nuits étaient bruyantes dans mon quartier, il valait mieux ne pas laisser de lumière allumée le soir. De toutes façons, j'étais si claqué que je ne veillais pas vraiment tard. Ma vie c'était le boulot finalement. Ce sont les traders eux-mêmes, qui dans leur conversation, m'ont prévenu des troubles. La Bourse était extrêmement agitée et la panique financière menaçait Wall Street. Mais en aucun cas, les mots zombies, chaos ou même apocalypse n'ont été à un seul moment prononcés. Tout ce qui leur importait, c'était cette chute de la bourse des taux d'intérêt. Le pays allait mal mais personne ne s'attendait à une telle crise. Du moins ici. Car dans le reste du pays, j'imagine que tout le monde s'en foutait bien de savoir que ces taux de crédit avaient augmenté de 400% ! Pourquoi s'inquiéter de ne plus pouvoir payer ses traites, d'avoir un compte bancaire vide ou le dollar sans valeur quand des morts-vivants se baladent dans le pays ? Tout ce qui comptait maintenant, c'est d'avoir un bon fusil et les cartouches qui vont avec !! Ils sont arrivés un lundi matin, peu de temps après l'ouverture du marché. Les rues étaient pleines de monde à cette heure-là, des traders désabusés qui ne savaient pas comment expliquer à leurs employeurs qu'ils étaient ruinés. Les cours du Dow-Jones étaient en chute libre. C'était fini du dollar surpuissant. Des feuilles de papier sans valeur jonchaient le sol, actions abandonnées par tous ces hommes qui venaient de voir leur fortune disparaître en fumée en moins de deux heures. Est-ce que certains songeaient au suicide à ce moment-là ? Je l'ignore. En tout cas, ils n'ont pas dû y penser bien longtemps. Vic, celui-là même que je viens de plomber était parmi tous ? ceux-là. Lui pensait au suicide, ou à quitter le pays précipitamment, m'a-t-il dit une fois. Il y a des employeurs qui n'aiment pas voir leur argent disparaître comme ça sans raison. Pour lui, c'était fini. Il s'attendait à finir dans l'Hudson, les pieds dans du ciment. Vic les a vus débouler des sorties du subway. Et c'est là qu'il a compris. Il était un des rares à avoir survécu à cette première apparition de morts-vivants à Manhattan. Sûrement parce qu'il a fui aussitôt. On n'a jamais su comment les zombies étaient arrivés là, en plein Manhattan aussi rapidement. Quand on en a parlé entre nous, quelques jours plus tard, à l'abri dans notre cachette, aucun d'entre nous n'a réellement su émettre une hypothèse correcte. Comment de telles créatures avaient-elles pu apparaître en différents points de la ville en une nuit, sans qu'elles soient auparavant remarquées ? L'hypothèse la plus envisageable que nous avons soulevée ce soir-là ça a été qu'elles ont été aidées, guidées jusque là.
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