INTERVIEW MICHAEL GREGORIO (mg-itv.pdf)
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L’Observateur de l’Arrageois : Avant toute chose, essayons de vous définir. Vous savez qu’en France, on aime étiqueter les artistes. Le problème, c’est que vous êtes insaisissable. Qu’est-ce qui vous convient le mieux : imitateur, chanteur ou humoriste ? Michael Gregorio : Pourquoi choisir ? C’est un spectacle musical, un véritable concert. Il y a des imitations, évidemment, mais il n’y a pas que ça. Le public interprète le spectacle comme il le souhaite. Moi, je ne me définis en aucun de ces termes. L’Obs : Il faudrait presque trouver une appellation spéciale pour vous puisque vous avez trouvé un créneau très original et éloigné de ce qui se fait habituellement. J’imagine que, même si vous n’avez pas fait d’étude de marché au préalable, c’est important de se démarquer et ne pas être un énième imitateur qui épingle les hommes politiques… M.G : Oui, sauf si cela peut apporter quelque chose au spectacle. Et, en ce moment, il y aurait de quoi dire avec nos amis politiques. Ceci dit, c’est vrai, je n’ai pas fait d’étude de marché (rires). Je ne me suis pas dit « Tiens, il y a une place à prendre là ». C’est ma passion pour la musique et le théâtre qui m’ont amené, un peu par hasard, à l’imitation. L’Obs : Aujourd’hui, c’est nécessaire pour vous de conserver cette originalité, cette différence sur la forme ? On sait, par exemple, que vous n’aimez pas beaucoup reprendre une imitation qui a déjà été réalisée par un autre… M.G : Vous êtes bien renseigné, vous (rires) ! C’est vrai, mais, évidemment, j’y suis parfois contraint. Il y a des artistes qui ont déjà été imités et que je reprends dans le spectacle. Je ne vais pas me cantonner à ne faire que des gens qui n’ont jamais été imités. Sinon, je vais rapidement être obligé d’imiter mon prof d’histoire de 3e (rires). Je ne peux pas passer à côté des grands classiques comme Brel, comme Piaf ou comme Hallyday. Après, quand je travaille une voix, j’essaie de le faire sous un angle différent. Quand j’ai bossé sur Johnny Hallyday, j’ai essayé d’être au plus proche de celui des grands stades, avec une voix très puissante. Mais, c’est exact, je préfère, et d’ailleurs je me sens plus à l’aise, quand je dois imiter une voix qui n’a pas été galvaudée ou que l’on n’a pas encore trop entendue. L’Obs : Vous avez débuté à la fin de l’année 2009 avec ce spectacle « Michael Gregorio pirate les chanteurs », vous terminerez par l’Olympia à la fin 2011. Quel sera votre programme ensuite ? Pensez-vous déjà au prochain spectacle ? M.G : A vrai dire, oui, j’y pense sérieusement. C’est difficile. Je me sens tellement bien actuellement dans ce spectacle avec le groupe, mais aussi avec l’ensemble des techniciens. J’ai plaisir à le jouer, à le défendre. Je vais avoir du mal à m’en séparer. Alors, bien sûr, ce n’est pas comme one-man-show, je ne vais pas tout détruire et recommencer à zéro. On retrouvera dans le prochain spectacle quelques numéros déjà présents, mais ils seront réactualisés. Il y aura des voix nouvelles, et quelques anciennes que je traiterai différemment. Quelques numéros ont été crées au Bataclan, en décembre dernier, ce serait idiot de s’en séparer si vite. L’Obs : Ce spectacle est, déjà, dans la continuité du précédant (NDLR : J’aurais voulu être un chanteur). C’est difficile, voire impossible, dans le domaine qui est le vôtre, de tout révolutionner d’un spectacle à l’autre ? M.G : Bien sûr. Personnellement, lorsque je vais voir un artiste sur scène, j’aime qu’il interprète les chansons que j’ai aimées, les tubes. Si je vais voir les Rolling Stones et qu’ils ne chantent pas « Satisfaction », je sors de la salle un peu frustré. Je n’ai pas envie de crée ce sentiment de frustration chez les spectateurs, mais, en même, je veux de la nouveauté et de la fraicheur. Je pense qu’on va continuer dans la même lignée pour le prochain, en travaillant toujours sur le décalage, l’humour et l’interactivité avec le public. L’Obs : Vous le disiez, certaines voix resteront. Mais sous une forme différente… M.G : Oui, sous une forme différente. Mais, ce qui est difficile également, c’est lorsqu’un personnage est crée dans le spectacle existant, comme c’est le cas pour Christophe Maé. Avec ce personnage, je ne vois pas ce que je peux dire d’autre. Après, on peut aller plus loin dans le délire et continuer l’histoire, mais je ne me vois pas raconter quelque chose de différent de ce qui se fait actuellement sur scène. Pour en revenir au prochain spectacle, à-priori, même si rien n’est figé, on le présentera à partir de décembre 2012… L’Obs : On peut avoir le sentiment qu’il sera difficile de vous renouveler tant les numéros sont extrêmement originaux. C’est, par exemple, le cas de « l’opérap » (NDLR : Michael Gregorio y interprète quelques textes de rap à la manière d’un chanteur lyrique). M.G : Il faudra proposer autre chose. Pour « l’opérap », qui est un numéro assez récent, il est certain qu’il figurera dans le prochain spectacle. Ca ne sera pas le même, évidemment. Déjà, depuis la captation du DVD en mai dernier, il a évolué. L’Obs : Vous y avez intégré quelques nouveautés, comme un morceau du groupe « Sexion d’assaut » qui a cartonné en cette fin 2010… M.G : Exactement, l’actualité joue son rôle, on ajoute quelques petites surprises. C’est quelque chose que j’ai toujours fait et que je continuerai à faire. Les spectateurs peuvent venir trois ou quatre fois dans l’année, ils ne verront jamais le même show. Dans le numéro acoustique, on a rajouté les Bee Gees ou encore Simon and Garfunkel qui n’étaient pas présents au Bataclan en mai 2010. Il n’y avait pas, non plus, Gorillaz, Placebo et Stromae. J’ai toujours besoin de nouveautés. Le prochain à intégrer le spectacle sera sans doute Ben l’Oncle Soul. Voilà, je n’ai pas besoin d’attendre un nouveau spectacle pour évoluer. L’Obs : Vous aimez créer jour après jour et faire évoluer le spectacle tout au long de la tournée. M.G : C’est important pour moi, c’est important aussi pour mon équipe de ne pas jouer la même partition tous les soirs. Tout ça doit rester vivant. Je ne pourrai pas m’enfermer dans un spectacle, j’ai vraiment besoin de liberté. L’Obs : Vous dites souvent que l’imitation n’est qu’un prétexte, vers quoi souhaitez-vous aller principalement dans le prochain spectacle ? M.G : Je veux continuer dans l’humour, ce qui a toujours été le cas, et même encore plus avec ce spectacle là. Continuer aussi dans le décalage. J’adore jouer avec ça, que ce soit dans l’opérap, dans le numéro Prince/Vincent Delerm. On va également continuer dans les parodies, mais aussi les hommages. Jongler avec les émotions en passant d’un moment très drôle à un moment plus touchant. On ira sans doute plus loin dans le choix des voix. C’est déjà un peu le cas depuis quelques temps. Pourtant, beaucoup m’ont dit « Ne prends pas cette direction, le public ne connaitra pas ». Je pense que j’avais raison car ça fonctionne très bien même si tous ne connaissent pas Gorillaz, Placebo ou encore The Clash que je souhaite intégrer prochainement dans le spectacle. J’ai envie d’aller vers ça tout en conservant des artistes populaires comme Cabrel ou M. L’Obs : Pour le futur, la seule certitude, c’est que vous allez continuer avec ce groupe ? M.G : Effectivement, si j’ai bien une certitude aujourd’hui, c’est celle-là. L’Obs : Votre voix va être amenée à évoluer, vous allez peut-être perdre certaines imitations, mais aussi en découvrir d’autres. Sur quelles voix travaillez-vous en ce moment ? M.G : Concernant votre remarque, c’est exact, ça m’ait déjà arrivé. En ce moment c’est The Clash, Ben l’Oncle Soul et Gainsbourg. L’Obs : La presse est unanime, elle est même souvent dithyrambique à votre sujet. Comment réussit-on à garder les pieds sur terre quant on lit régulièrement qu’on est un génie ? M.G : Le secret est simple : un bon entourage, une bonne éducation et des valeurs. C’est vrai, j’ai eu une bonne presse. Ça m’a beaucoup touché, aidé même. C’est important que les journalistes se déplacent et voient le spectacle. La meilleure pub, c’est vraiment de venir le voir sur scène. Entre ce que je fais à la télé en 2 minutes et le spectacle qui dure 1 heure et demie, il y a un monde. Parfois, les gens n’aiment pas, pensent que le spectacle n’est pas drôle parce qu’ils m’auront vu quelques minutes à la télévision. L’Obs : Il y a un phénomène qui vous est bien particulier. Les gens sortent de la salle et s’empressent d’en parler à leur entourage. C’est aussi pourquoi les salles ne désemplissent pas au fil des mois. Beaucoup d’artistes fonctionnent grâce à la promo, vous, c’est essentiellement dû au bouche-à-oreilles. M.G : Je préfère ça que l’inverse (rires). Tant pis s’il existe un déficit sur la promo en télévision. Ce qui est difficile, c’est qu’on n’a pas toujours les moyens de faire du live sur un plateau de télé. Et puis, tout va très vite. Heureusement, il reste la scène qui est un formidable espace de liberté. L’Obs : Il y a quelques mois, L’Express annonçait que vous étiez courtisé par l’étranger et notamment par le Japon. Avez-vous été surpris de constater cet engouement en dehors de vos frontières ? M.G : Oui, j’étais ravi d’aller jouer au Japon. Et surpris, aussi, dans un premier temps. En réalité, je le dois à internet car une vidéo a fait le tour de YouTube. Celle de la « battle » guitares. Du coup, ils se sont dits « Tiens, on voudrait bien le voir en vrai » (rires). L’Obs : Allez-vous développer cette carrière à l’étranger ? M.G : Pour l’instant, c’est compliqué. Il y a un énorme travail à faire là-dessus. Sur un plateau télé, l’espace de 10 minutes, je peux trouver de la matière en interprétant des chansons internationales, ou, en allant plus vers de l’imitation de genre. Après, monter un spectacle d’imitation, c’est plus difficile. Financièrement aussi. Mais, à vrai dire, j’adorerais… L’Obs : Pour finir, une question inévitable. Avant de devenir imitateur, vous rêviez surtout d’être chanteur. Une carrière musicale avec vos propres morceaux est-elle envisageable à long terme ? M.G : A l’époque, c’était d’ailleurs plus comédien que chanteur. J’étais, c’est vrai, passionné de musique. Je ne savais pas très bien où aller. J’avais un projet professionnel très sérieux, je voulais faire du droit. La musique, c’est vital. J’en faisais avant de faire de l’imitation, et je continuerai. Je compose, j’écris, mais, de là à le proposer au public, je ne suis pas certain d’en être capable. Pour le moment, ce n’est de toute façon pas compatible avec le spectacle d’imitation que je prends énormément de plaisir à jouer. Autre problème, la musique que j’aime est totalement différente de celle que je joue sur scène actuellement. L’Obs : Vous parliez de la comédie, vous pourriez en parallèle mener cette carrière sur les écrans… M.G : Si j’ai des propositions, évidemment. Récemment, j’ai fait du doublage et je me suis éclaté làdedans (NDLR : Dans « Gnoméo et Juliette » actuellement à l’affiche). L’Obs : Et devant la caméra ? M.G : Je n’ai pas eu de « vraie » proposition pour le moment. Faire l’imitateur au cinéma, ça ne m’intéresse pas…
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