Petit journal (Petit journal.pdf)

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Petit journal N° 13 Salut à vous Vous êtes quelques-unes et quelques-uns à vous être abonnés à ce petit trimestriel. Salut au Canal Historique et bonjour à la bleusaille. (La métaphore militaire va s’arrêter là, pas d’inquiétude !). Vous êtes un peu plus de 170 ! C’est déjà pas mal. Ça commence à ressembler de loin à la quatrième internationale … De loin quand même … Tout ça pour dire qu’il est pas si minus que ça, le Petit Journal, pas si nabot. Et je le précise à chaque fois, mais comme on dit, ça va mieux en l’écrivant, que ce soit bien simple entre nous, si vous en avez assez de ces promenades douteuses, artistiquement idéologiques, vous le dites et je vous ôte de la liste. Voilà que l’été nous a fait son gala en place du printemps. C’est parfois comme ça en spectacle, la première partie nous réchauffe plus que la deuxième. Le rituel, la hiérarchie de ces affiches qui annoncent en plus gros l’artiste connu, et en tout petit le plus débutant est très archaïque. Pourtant c’est encore le cas presque partout. Et voilà qu’aujourd’hui il pleut. Il en faut de la pluie. Nous sommes le 23 juin. Pas trop en retard ce coup-ci, mais toujours un peu. C’est le côté cabotin de ce canard boiteux. Tiens, à ce propos, vous l’avez peut-être su, vous l’avez peut-être lu, dans le Canard Enchaîné justement. L’histoire du gars qui a chanté Hécatombe à la barbe des flics voilà quelques jours et qui a chopé pas moins de 40 heures de travail d’intérêt général et de 200 € d’amende. Pour avoir chanté Brassens ! Celui-ci solidairement soutenu à son tour à Toulouse par un chœur de joyeux compères, ( une chorale qui s’appelle La Canaille du midi) qui entonna comme il se doit la susdite chanson, dans les rues, et pour finir devant les cognes. Et qui se retrouvent tous convoqués maintenant dans les bureaux des pandores. On vit une époque formidable. Ils nous rabâchent à la télé, à la radio que la censure n’est plus de mise. Menteurs ! Ça me rappelle, parenthèse dans la parenthèse, qu’il y a deux ou trois ans, nous avions, avec « La Poudre » (une sorte de chœur révolutionnaire improbable, qui chantait d’ailleurs relativement faux, des choses justes) participé à la fête de la musique, et que les sonos s’étaient arrêtées à notre passage, en descendant la rue principale de Bourg-en-Bresse, et que nous avions chanté Craonne devant le monument aux morts et Ni Dieu ni flotte devant l’église Notre Dame. Revenons à nos Mérinos. Nous étions donc avant-hier le 21 juin, jour de la fête de la musique. Je n’sais pas comment c’est chez vous, mais ici, à Bourg-en-Bresse, c’est une grande foire, au demeurant sympathique, avec pas mal de décibels et de vendeurs de frites. On y croise des copains, des voisins. On laisse traîner ses oreilles et ses pieds et on déambule. C’est festif quoi. Moi, le festif me lasse assez vite. Nous sommes quelques-uns à nous en lasser assez vite du festif. Sauf si l’on y met un grain de sel, de poivre, un piment nouveau, un zeste d’esprit libertaire, d’espièglerie, de provocation. Nous étions donc sept bonnes dizaines de fêtards à pousser Hécatombe devant le commissariat de Bourg-enBresse avant-hier. Voilà du festif qui m’intéresse mieux... C’était bien bon. A l’heure ou j’écris ces lignes, aucune interpellation en vue. Il y avait là des Brassensophiles mais pas que, des militants mais pas que non plus, des défenseurs de la liberté d’expression, tous, à coup sûr. J’ai bien aimé la fête de la musique cette année. Depuis le numéro 12, y'a eu l’été donc, et maintenant c’est l’été encore. Y’a eu des révolutions qui piétinent ou qui avancent comme elles peuvent, et d’autres qui baignent dans le sang. On voudrait tant qu’ici et là-bas tout se passe pacifiquement. Mais les gens qui manifestent pour la démocratie, pour des sous, pour de la liberté ne sont pas armés que je sache. Ils ne veulent plus travailler pour des salaires de misère. En face, oui, ils sont bien armés. Leur réponse ne parle pas, n’a pas de programme, ne propose rien. Elle tire, elle tue, elle terrorise. A coups de chars et de fusils. « Travailleurs croisez-vous les bras, Pour que la bataille ici-bas Soit brève, Laissant reposer les outils, Arborez devant les fusils, La grève » Ce sont des paroles de chanson de Jules Jouy, et le texte s’appelle La Grève Noire. Y’a eu des interventions militaires impérialistes, encore. Même l’indignation est réprimée dans le sang. Le jasmin est interdit. J’ai lu qu’en Chine, des gens s’étaient retrouvés sur les places, avec un brin de jasmin dans la main. Le gouvernement a interdit le jasmin, il a interdit aux fleuristes d’en vendre, le mot même ne doit plus être prononcé ! Comme quoi même le symbole est dangereux. Le jasmin est une arme. Le mot « jasmin » est une arme. Et le parfum, il reste à interdire le parfum et si ça ne suffit pas juste après, il sera interdit de respirer ! Côté urnes, le schéma qui se dessine ici déjà pour l’année prochaine me donne plutôt la nausée. On tentera de profiter de la période pour faire entendre une autre voix ( une autre voie, ce serait encore mieux). Tout ce qu’on nous a volé, il faudra l’arracher à nouveau. Tout, la retraite à 60 ans, les hôpitaux et l’école publiques, il faudra qu’on récupère l’outil de travail qui nous appartient et tant d’autres choses. Les artistes suivront, ou au mieux accompagneront. La chanson en parlera forcément. Et pour le jasmin, c’est pareil, faudra le planter et le semer nous-mêmes, c’est pas eux qui vont le faire. Le semer à l’air libre, dans les jachères, dans des terrains boueux, sur le fumier, ( dans la fange dirait Richepin), sur la tourbe des bois ou dans les caniveaux des rues, dans les flaques d’eaux croupies, sur les talus, aux bords des champs, sur les terres caillouteuses des vignes. Essayez de le semer dans des pots, ou même dans des urnes, je tiens le pari qu’il crèvera très vite. Bon . Voici maintenant la rubrique que vous attendez tous.

     



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