Erasmus.pdf

Nom du fichier: Erasmus.pdf
Ce document au format PDF 1.5 a été généré par Conv2pdf.com, et a été envoyé sur fichier-pdf.fr le 03/11/2011 à 18:36, à partir de l'adresse IPv4 86.74.***.***.
Taille du document: 64 Ko (3 pages).



     


Aperçu du fichier

Il est de manière entendue que le Temps amène la sagesse. Je visualise — avec une touchante naïveté je le conçois — une haute spiritualité parée d’une longue et blanche barbe emblématique… une sagesse, une maîtrise de soi susceptibles d’être dévoilées aux Élus, aux initiés… à ceux sur qui l’Éternité n’a aucune emprise. Je pensais que le Temps était une somme d’ennui, de doute et de remords ; le tout bien tapi sous une chape morbide et poussiéreuse. La pénombre me cache les limites étroites de la pièce où je me trouve. Je ne suis pas seul. Le peu de raison qu’il me reste n’a pu encore définir les subtilités de cet énorme gâchis, de cette vilaine et misérable expérience dont je suis le sinistre pantin. Mais je m’égare ! L’oisiveté et le désœuvrement dont je fais corps troublent mes instincts, mes sens et occultent une retenue qui me fût pourtant coutumière. Permettez que je présente dans ce simple préambule. Je m’appelle Van Doyen… Erasmus Van Doyen. Comme la consonance de mon nom l’indique, je suis Hollandais ; natif du Sud des Pays-Bas, le Brabant septentrional… j’y ai passé une enfance heureuse et cossue. Arpentant sans cesse les sentiers herbeux des grandes plaines de mon pays, la solitude devint une alliée, une compagne, une présence nécessaire à mon équilibre. Au fil de mes mélancoliques promenades, je vis un homme me scrutant silencieusement, tout en gardant une limite respectueuse. Habillé chaudement d’un loden fourré et d’un pantalon côtelé, l’homme arborait une magnifique paire de bottes de cuir marron et cirées avec un soin qui rassurait sur le statut de l’homme. Son visage altier, cerné d’une chevelure soigneusement peignée, inspirait la confiance et ce n’est qu’après trois semaines que je me décidai de l’aborder. Je m’accorde, à cet instant de ce récit, un moment de réflexion car je ne désire point entacher la chronologie de ma mésaventure par un oubli fâcheux dans la concordance et la logique de mes souvenirs. Aussi concise que peut l’être ma conscience, cette histoire remonte déjà à plus d’un siècle et les détails s’estompent malgré la farouche détermination que j’alloue à ma mémoire. Mais reprenons ce récit à son prologue. J’accostai le personnage le plus franchement possible, la main tendue et la respiration contenue. Après les civilités d’usage, nous débattîmes sur la flore environnante et les bienfaits de la marche et les bonheurs qu’elle procure. Il devint un ami et nous décidâmes, au bout d’un mois, d’un dîner. Il habitait à Zundert, à la sortie du hameau et je n’eus aucun mal à trouver sa demeure. A l’image de cet individu auguste et cérémonial, je me représentais une maison cossue, bourgeoise et meublée avec soin et ostentation. Quelle ne fût ma surprise en y pénétrant ! Le salon où il me fit entrer était un paradoxe, un désaveu qui me fit sursauter. Mon camarade surprit ma réaction et se mit à rire à belles dents. « Vous n’imaginiez pas un tel chambardement mon ami ? » se mit-il à dire en levant les bras devant ma face ahurie. Les murs étaient couverts d’une multitude de livres aux reliures dépareillées et crasseuses. Une large table supportait des outils d’écriture, des statuettes d’ivoire, des masques démoniaques, des armes, des cartes de lointaines contrées, des symboles gravés sur des opales, des reliefs de repas avalés en hâte… et tout me fit penser que mon hôte était un explorateur ou du moins quelqu'un qui voyageât beaucoup. Il dut surprendre mon étonnement et me tapota l’épaule en esquissant un sourire. Son regard gris et profond me fixa intensément et, tout en désignant la pièce par un mouvement latéral de la paume, me délivra des éléments susceptibles de satisfaire ma curiosité naissante. « Mon ami, comme vous le devinez, j’ai connu les joies et les dangers d’une vie nomade et riche en péripéties dans tous les continents, durant une bonne trentaine d’années. J’ai affronté des hordes en Mongolie, navigué dans les chaudes mers du Sud, parcouru la Muraille de Chine, nourri les singes hurleurs en Amérique centrale mais je ne vis rien de plus exceptionnel, de plus exaltant que l’Afrique ! Ses plateaux arides et jaunis, ses peuplades et un ciel immense couronné d’un brasier intense. Vivant avec la tribu des N’Bamta durant l’été 36, je m’aperçus que le sorcier local portait un intérêt majeur pour le pouvoir de l’esprit, la domination des êtres et ainsi d’initier un Européen aux sources noires de l’occultisme. — Et vous fûtes comblé ? — Bien au-delà de mes espérances mon brave… bien au-delà ! Sans doute désirezvous voir le résultat d’une assiduité en la matière, après un laborieux apprentissage. Je ne vous cache pas une aptitude personnelle à l’anatomie et au contrôle de la pensée où je décidai d’orienter mes recherches. — Quel est votre but enfin ? dis-je en sautillant, maîtrisant avec peine une impatience. » L’homme pouffa en me réfrénant par un coup dans l’épaule. « Doucement mon ami ! Ne soyez pas si pressé diantre ! Ma vision, le choix d’une vie de labeurs, d’échecs sont consacrés à… l’immortalité ! — L’immortalité ? dites-vous. Qu’entendez-vous par là ? Vous me parlez d’immortalité… c’est impossible ! Tout simplement impossible ! — Je vous propose de participer à mes travaux si cela vous enchante mon cher. Je crois discerner au plus profond de vous une capacité à comprendre les aboutissants de mes travaux. » Mon récit s’achève à cette conversation précise et altérée. La nuit commence à tomber et bientôt je ne verrai plus mes compagnons d’éternité. Des rangées de têtes baignées dans un concentré de formaldéhyde et d’essences tropicales se font face sur une dizaine d’étagères. Nous ne pouvons communiquer mais nous avons instauré un code par de subtils clins d’œil et de mouvements de lèvres, des tics ordonnés en quelque sorte. Je contrôle ma respiration autant que possible car l’oxygène se raréfie à l’obscurité et les bulles ont tendance à nous brûler la rétine lors de leur montée vers la surface. Nous attendons la nuit avec soulagement car il nous est enfin permis de nous reposer… et de fermer les paupières. Il est l’heure de s’endormir. Nous aurons un nouvel occupant demain ou dans les prochains jours.

   



Télécharger Erasmus.pdf


PDF - Télécharger le fichier     [DOWNLOAD]   Télécharger le fichier  (PDF, 64 Ko)




Faire un lien vers Erasmus.pdf

  Lien vers la page de téléchargement (lien court)



  Code HTML - Pour partager votre fichier PDF sur un site Web, un Blog ou un profil Myspace



  Code BB-Code - Pour partager votre document PDF sur un forum compatible avec les tags BB



  Lien permanent vers la page de téléchargement du document - Facebook, Twitter, ou partage direct




Partage Facebook