La fin.pdf
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All our times have come Here but now they’re gone Seasons don’t fear the reaper Nor do the wind, the sun or the rain...we can be like they are Come on baby...don’t fear the reaper Baby take my hand...don’t fear the reaper We’ll be able to fly...don’t fear the reaper Baby I’m your man... Blue Oyster Cult (Don’t fear) The Reaper 1 Il est des fins préférables aux commencements, comme les soirs sont souvent plus doux que les matins. Les matins sont pénibles avec leurs réveils difficiles, leurs lots d’inquiétude et leurs perspectives des tâches quotidiennes. Les soirs au contraire amènent l’apaisement, l’abandon aux délices du repos, du sexe et du sommeil. Quand Sylvia eut croisé les yeux bleus de l’homme, elle compris que c’était le commencement de la fin. La première rencontre qui décida de son destin fut celle d’Agnès Prat, lors d’une garde ordinaire, avec ses petits bobos et ses problèmes plus graves. De la nuit extérieure, harcelée par le crachin persistant, surgissaient les véhicules blancs où rouges surmontés de leurs tournoiements bleus. Sylvia se sentait à l’aise aux urgences, dans leurs lumières vives et leur air surchauffé. Ce lieu de passage et de souffrance était sa deuxième maison. Elle était belle, mince, blonde aux yeux verts. Médecin assistant à moins de quarante ans, on la pressentait comme future chef de service. Un coup d’oeuil sur la fiche d’admission lui appris que la patiente dans le box avait été victime d’une agression sexuelle avec violence de la part de trois hommes, dans St Antoine, un quartier périphérique très « chaud » de la ville. Elle vit aussi qu’elles avaient le même age. Quelle différence, néanmoins ! Cette femme, lui semblait de dix ans son aînée, avec ses cheveux, noirs à l’origine mais majoritairement poivre et sel, ses yeux cernés et la chair flasque de son corps maigre. Elle la salua, se présenta. Elle était le médecin de garde, mais vu les circonstances, elle allait faire appel à sa collègue légiste. La patiente leva ses yeux gris. Ils étaient beaux et exprimaient une sérénité qui ne convenait pas à la victime d’un viol. Sa voix était empreinte de tristesse mais tout aussi calme. - Je croyais que les légistes ne faisaient que des autopsies. - Non, ils s’occupent de tout examen qui concerne la justice. Je présume que vous allez porter plainte. Le certificat d’un médecin légiste établira de façon officielle les sévices qu’on vous a fait subir. Ce soir là, c’était Anne, une amie de longue date de Sylvia qui était le légiste de garde. - Non, répondit Agnès Prat. Ce ne sera pas nécessaire, je vous remercie. Elle eu un geste de la main qui balaya l’espace Son regard se perdit, loin… - Tout ira bien… - Mais enfin, repris Sylvia, vous n’allez pas laisser ces salauds s’en tirer comme ça ? Je sais que c’est difficile comme démarche, vous vous sentez salie, vous ne voulez plus en reparler… Agnès sourit. - Ce n’est pas ça. Je voudrais juste téléphoner chez moi pour qu’on vienne me chercher… - Oui, on va vous faire prévenir votre mari. 1 - Non, mon patron. Je suis employée de maison, mon patron est ma seule famille. Il me ramènera chez nous… Désorientée, Sylvia n’insista pas. Elle se contenta de l’examiner et ce qu’elle constata la remplit de dégoût. Les agresseurs, prudents, avaient utilisés des préservatifs. Non contents d’avoir forcé le vagin et l’anus de leur victime, ils lui avaient écrasés des cigarettes sur le ventre et les seins, marquant d’un trou noir la rose qu’elle avait tatouée sur la poitrine. Un petit raffinement sadique, si elle n’en avait pas eue assez. Ils la trouvaient « trop vieille ». Elle n’avait pas vu leurs visages, masqués par des cagoules. Un autre tatouage, trois lettres, était incrusté sur son bras - « E.D.M .?» Lu Sylvia à haute voix - « Enfant du malheur » traduisit Agnès. En effet la vie semblait ne pas avoir épargnée. Son corps était plus usé encore que son visage. Des cicatrices en forme de barreau d’échelle indiquaient plusieurs tentatives de suicide. Ses veines étaient sclérosées aux bras et au cou de pied. - Je me suis shootée à l’héroïne longtemps, expliqua-t-elle du même ton détaché. Mais j’ai arrêtée. 2 Une heure plus tard une Mercedes noire s’arrêtait devant les urgences. Lorsque Agnès ouvrit la portière, la lumière éclaira un instant le chauffeur, un homme de haute taille, ses cheveux noirs ramenés en queue de cheval. Sylvia l’observait à travers la porte vitrée. La voiture démarra, se fondit dans la nuit. - Hé bien ça ! S’écria l’infirmière, à coté d’elle. - Quoi ? - Je me disais que je la connaissais. C’est l’employée de la maison Duaruz, une des plus anciennes bâtisses du bord de mer. Et celui qui est venue la chercher c’est Elias Duaruz, le propriétaire. On ne le voit presque jamais, je croyais qu’il vivait ailleurs. C’est une famille bizarre, de toute façon. - Bizarres ? - Oui, y’a plein d’histoires qui circulent sur eux. Ma grand-mère disait que les Duaruz ont pactisés avec l’Ankou. - L’Ankou…La mort ? - Oui ! D’après ma grand-mère on ne les rencontrait que de nuit et que c’était mauvais présage. Elle en connaissait des légendes, ma Mamie, toutes plus sinistres les unes que les autres! Des histoires de fantômes, sur les lavandières de nuits, les esprits qui attirent les marins sur les récifs, etc…Mais pour arranger le tout cette femme qui garde la maison a la tête de l’emploi ! On la voit en ville faire des courses mais elle ne fréquente personne. Pas étonnant qu’elle se soit faites violer ; se balader le soir à St Antoine ! Moi j’y vais même pas le jour. Ca n’a pas l’air de l’avoir tellement commotionnée, d’ailleurs. - Oui, elle est étrangement froide, peut être psychotique, répondit Sylvia. La nuit continuait avec l’arrivée d’un homme d’une cinquantaine d’années qui se plaignait d’une douleur dans la poitrine et qui fut dirigé vers la réanimation. Une jeune fille qui dans un raptus avait avalé un tube de Lexomil reçut des charbons et Sylvia lui conseilla de rencontrer un psychiatre. Elle fit quelques points de sutures. Une aide-soignante lui parla longuement de sa fille. Vers neuf heures, le soleil automnal était encore bas et rouge. A l’ouest le ciel se dégageait sur la mer, bientôt le beau temps gagnerait les terres. Même si ce n’était pas le chemin le plus court Sylvia aimait prendre la route de la côte pour rentrer. Elle avait baissé la vitre et l’air frais iodé la revigorait après sa nuit. Comme d’habitude elle avait éteint la radio
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