Archétype d'une roulette russe (pages intérieures.pdf)

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Chapitre 0 L’épitaphe « Ci-gît ma tête et ci-gît ton corps. Camisole sur la nudité du festin. À la recherche des quatre saisons, j’étreins l’hiver sous une viole de gambe, des arabesques qui se développent comme des chenilles dans mon ventre. Je suis un cintre sans vêtement à soutenir ; exosquelette perdu, j’ai froid de toi. Justine… Plus qu’un reflet dans ce miroir : c’est Dieu, ces Moi. Et ces couloirs sans numéros : « N’OUVRE PAS LA PORTE ! » J’ai tiré la poignée… elle est cassée ! Ils ont éteint cette ampoule qui me servait de boîte crânienne, ont réussi à m’égrener. J’ai perdu le langage des corridors, ton oreiller. Pourtant, j’avais fait le décompte : « 1… 2… 3… que la balle s’échappe et vous écharpe ! En joue… FEU ! » Marre de ces échoppes sans cordonnier, de ces cimetières sans giroflées, de cette absence d’identité. J’avais rempli le barillet, m’étais vidé le cœur des lambeaux qu’il en restait. Les chargeurs sont des trompe-l’œil, je le sais mais bifurque vers les flashs. 3 Archétype d’une roulette russe Les drontes et la question… « Qui ? » Les chevaux de bois qui me dévisagent, le regard vide ; ça tourne dans les lumières dorées, dans ces voûtes argentées. Tous les jours carnaval, même plus besoin de changer de masque. « Poupée de cire cherche son ventriloque » les flammes LES FLAMMES !!! La fin du manège, cendres de papier. Ça pue, me pique le nez. Ici les longues femmes sans visage et à robe noire saignent entre les jambes, duvet défait, et les électrodes hachent tels des égrappoirs. Les poules ont des dents et j’ai la mâchoire cassée, comme cette Marianne lépreuse, déculottée, offerte délibérément à une horde de primates stériles. Apatride, j’ai jeté le drapeau transpercé, dévoré par les mites ; autant laisser les friches aux vagabonds, ça les réchauffe sous les lanternes mortes. Comme les églises, vides, sans échos, les sermons désagrégés. Malgré l’odeur insupportable des médicaments, il règne ici un empire putride, malade, s’extasiant du chant du cygne. Tout est bleu. Les saisons s’envolent avec les fous. Je martèle les barreaux de métal. Ça ne leur suffisait pas d’avoir enfermé ma tête dans une cage à oiseau, quelques minutes après leur feu d’artifice salvateur : maintenant mon corps est scellé sous du grillage. Presque comme toi. Mais je ne dors pas, rien ne s’amenuise, les flashs n’y feront rien ; en plus de l’idiotie, la naïveté les 4 L’épitaphe gangrène tous. Si tu voyais leur laideur, Justine… Origine du monde obstruée. La craie ne tracera plus sur cette ardoise brisée. Avant, notre Père portait des échasses, parce que tout paraît microscopique vu de haut : tout s’écrabouille plus facilement, sans encombres. Fourmi je fus et resterai, collée aux semelles d’une prison géante, sans frontières. J’aurais voulu être la blatte. À chaque monstre son déguisement ; verrats à sabots noirs, drontes au parloir. Pastille blanche sur la langue, le doigt sur la détente. Créatures mouvantes dans mon fantascope, blackout, syncope. Il est des contes qu’on ne voudrait plus vivre. Pourtant, j’aimais bien les convois, les présidents troués dans des décapotables, shoot, le bruit des balles et les cris débiles. Propreté acouphène chez ceux qui prétendent tout connaître jusqu’à imposer leur savoir, leurs dogmes ; moi j’aime les baobabs car ils abritent du vent trop fort, et il y a de la place ! Justine : les mains scellées, lit vert, je m’ennuie… Jusqu’où doit-on aller pour payer ses dettes, et à quel saint les payer ? Pieds nus sur la braise, il faut faire semblant de marcher, feindre une expression que nous n’emploierons plus. Au moins pour le prestige de l’image. Sauf que mon image à moi est floue, pellicule tachée : photo en noir en blanc qui aurait échappé à l’objectif. Les genoux qui ceignent mes narines en sang… Je demain : jeu d’assassin ! 5

     



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