Des ongles dans la terres (Des ongles dans la terres.pdf)
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Des ongles dans la terre Chapitre 1 Je suis né, j'ai vécu... Et puis y'a eu la peste. Elle en a mis du temps à s'intéresser à moi. A me libérer de mon destin tout tracé de ramasseur de merde, de la douleur qu'était ma vie. Je me souviens que de mon vivant, je balançais toujours un peu de crottin d'un coup de balais sur les bottes des hommes d'armes que le hasard amenait parfois dans notre village, en me disant qu'avec un peu de chance, ils me fracasseraient le crâne d'un coup de gourdin, et que ça s'arrêterait là pour moi. « Je chasse ce que je mange avec cette arme, pas question que j'la salisse sur toi». Voilà ce qu'ils me disaient les hommes en armes. Qu'est-ce que je les détestais... Avec leurs cuirasses cabossées, leur manière de vous regarder de haut, perchés sur leur canassons. Et toutes ces histoires qu'ils racontaient à la taverne, une main sur leur bière, l'autre sur le cul de ma mère. Les Orcs, bla bla, les nains, bla bla. Les elfes. Qu'est-ce qu'on peut bien en avoir à foutre de leurs oreilles ? Le seul que j'ai trouvé un peu plus sympa que les autres, on l'a pendu. Il avait une arbalète. Lui n'aura pas peur de se salir les mains, que je me suis dit en lui envoyant une belle portion de fumier sur les bottes. Mais j'étais tellement obsédé par l'arbalète, que j'ai pas vu qu'il louchait. On l'a pendu. Pas parce qu'il avait essayé de me tuer, non. Juste parce que son carreau avait touché le chien préféré du Maire. Merde. Heureusement, y'a eu la peste. Le fléau. La chtouille. Des tas de noms. Mais pas un seul remède. Tant mieux. Quand j'ai craché mes premières gouttelettes de sang, j'ai su que le calvaire ne serait plus très long. Et puis je me suis rappelé de ce que racontait un de ces tocards d'hommes en arme. Qu'il fallait mourir l'arme à la main pour rejoindre le repos éternel des guerriers. Que les anciens rois reconnaissaient les leurs comme ça. Moi, avec un balai crotté dans les mains, j'allais rejoindre quoi comme repos éternel ? Et puis je me suis souvenu du loucheur à l'arbalète. Le Maire, qui était vraiment très attaché à son chien, l'avait fait enterrer sous l'urinoir du village. L'urinoir du village? Un type avait dû prendre l'arrivée de la mort pour une envie pressante. Je l'ai trouvé là-bas, les yeux révulsés, le kiki a l'air libre. Je l'ai poussé, et j'ai commencé à creuser dans la terre pisseuse, à main nues, en me demandant quel repos il allait bien pouvoir rejoindre, lui, avec les mains serrées autour de son engin. J'y ai laissé mes ongles mais j'ai fini par retrouver mon loucheur, du moins ce qu'il en restait. Et surtout, ce que j'étais venu chercher. Son épée. Je me suis allongé, j'ai serré ce morceau de métal rouillé. Et j'ai attendu que la peste fasse le reste. Des mains dures, glaciales, qui vous tâtent. Un doigt osseux qui s'enfonce entre vos côtes. Et puis une voix glaireuse, une haleine fétide. « Un guerrier de plus pour la cause des réprouvés » « Tu as vu ses ongles ? » « Brokenail, le guerrier aux ongles cassés, pour l'éternité » Vous avez déjà tué un centaure ? Vous avez déjà tué deux centaures ? Vous avez déjà tué trois centaures, en vous disant qu’il y en a encore une dizaine qui grouillent autour de vous, et que, cette fois-ci, vous allez y rester ? Un coup de feu. Les centaures n’ont pas d’armes à feu, si ? Vous avez déjà J’ai eu un cafard. Un cafard géant, de la Fossoyeuse. Puis une Grenouille. repris espoir ? Vous avez déjà tué quatre centaures ? Je sens qu’on se bat aussi dans mon dos. Je n’ai pas le temps de me Puis un chien de prairie. Puis un perroquet. retourner, ça claque trop du sabot devant moi. Je sais juste que c’est massif. Et que ça sent l’étable. J’essaye de rester concentré, mais j’arrive pas à Je peux passer des heures à les regarder dormir, à la lumière du feu de m’empêcher de me demander ce qu’il peut bien y avoir derrière moi. Je camp. glisse sous un centaure, je l’éventre, distingue une paire de sabot plus Le perroquet monte la garde sur mon épaule, a tout un vocabulaire orc à grosse que les autres, roule sur le côté, éventre un autre centaure. débiter en cas de danger. Le cafard, il aime frotter ses antennes contre ma cheville. Prends garde à ne Les centaures sentent bien qu’ils sont attaqués par en dessous. C’est leur point faible lorsqu’ils sont en meute. Ils m’envoient des jets d’urine, pas faire un pas en arrière, Brokenail. La grenouille, elle est peinarde. Elle sautille quelques mètres devant moi. s’écartent. Le chien de prairie, il creuse des terriers dès que je fais la moindre pause. Je me relève tant bien que mal, sens mes os frotter contre de la fourrure. J’en suis gaga, de mes bestioles. J’ai confiance. Ca n’a pas la même odeur qu’un centaure. De mon vivant, je torturais tout ce qui était plus faible que moi et qui avait D’autres coups de feu alors que je vise avec mon arbalète. le malheur de croiser ma route. Je m’en voulais quelques heures, et puis je Je tire. Le centaure dévie le carreau d’un coup d’épée. recommençais. Pourquoi a-t-il fallu attendre que je meurs pour apprendre à Le sol tremble alors qu’ils chargent. Trois centaures devant moi. Mes doigts se referment sur un nouveau carreau. respecter la vie ? Pour aimer ? Pourquoi est-ce qu’il ne tire pas, derrière moi ? J’ai cru que mes os tombaient en poudre, lorsque j’ai vu cette harpie surgir Mon œil, le bout de mon carreau, la cible. Non. Mon doigt reste ferme sur la gâchette. Ne tremble pas. de nulle part et emporter mon cafard dans les airs. Le perroquet a hurlé Loktar, et je suis revenu à la réalité. J’ai attrapé mon Je me baisse, tire. Le carreau transperce la patte arrière d’un centaure. Il glisse, bascule sur celui qui galope à ses côtés. arbalète, et comme on ne peut pas loucher quand on a plus d’yeux, j’ai Je fais un pas de côté, évite le troisième centaure qui me fonçait dessus, dégommé l’emplumée. On avait échappé au pire. Mais c’est là que j’ai compris que je ne pouvais sent que sa main se referme sur le tissu de ma chemise. Il me traîne en arrière. Ce foutu centaure me traîne en arrière. Tiens, un plus les emmener avec moi. Je les ai laissé en pension près de roche soleil, à un vieil élémentaire d’eau Tauren. Et un lyon. Hein ? Lâche moi, sale centaure. Mes pieds tracent qui les observe avec curiosité. Mon cœur se serre à chaque fois que je dois deux sillons dans le sol. Se soulèvent. repartir à l’aventure, défendre notre existence. Mais je sais aussi qu’ils se Je vole. Une main qui se referme sur ma cheville. Là, c’est mon front qui trace un sillon. J’ai du sable plein les orbites. J’ai entendu mon épée plaisent là-bas.
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