Traits desprit.pdf
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Rune de http://e-i-3.skyrock.com/ pour merveilleux fantôme. Il était à peine huit heures du matin, mais j'étais déjà prête. Comme à mon habitude je m'étais proprement vêtue, je portais une robe fluide aux couleurs aussi chaudes que sobres. Je n'aimais pas attirer l'attention, mais j'appréciais que les gens qui posaient les yeux sur moi me trouvent jolie. Cela faisait bien des années que je ne m'approchais plus des miroirs. J'ignorais pourquoi, mais c'était ainsi, j'avais peur de mon reflet. Je ne savais plus vraiment à quoi ressemblait mon visage et je ne m'en souciais pas. Malgré cela j'avais pleinement conscience que mes voisins me trouvaient exquise et envoutante. Je devinais que mes cheveux aux reflets du soleil étaient la cause de leurs radieux sourires. Mais je n'avais jamais posé plus de question. Était-ce réellement utile ? Je n'en était pas certaine, et puis je détestais échanger avec d'autres personnes que Marc. Et je l'attendais patiemment, assise, bien droite sur mon lit parfaitement fait, sans le moindre pli. J'observais le mur qui me faisait face, je le rêvais coloré et chatoyant. Mais il était simplement blanc, pour mieux me permettre d'imaginer les ravissantes choses qui auraient pu s'y trouver. La porte s'ouvrit, il était là, il me souriait. Sa belle chevelure brune ondulait au rythme de ses mouvements de tête. Ils me paraissaient doux, mais je n'avais jamais osé lui demander la permission de les toucher. Il aurait pu mal le prendre. Il s'approcha de moi et me tendit sa délicate main. Je n'avais jamais compris pourquoi elles étaient si fines. Les doigts de Marc étaient de sveltes et longues danseuses, puissantes et souples à la fois. J'étais obnubilée par son charme et sa gentillesse. - Nous y allons Violette ? J'acquiesçai discrètement de la tête, chaque jour la même question, chaque jour la même réponse. Nous abandonnâmes la minuscule pièce pour quelques heures, le temps de s'évader loin de cette funeste réalité qui m'épouvantait et me torturait sans relâche. Nous avancions dans un espace que je n'étudiais même pas, cela avait-il réellement de l'intérêt ? J'en doutais. Rien n'était plus captivant que Marc. Parce qu'il était tout et que je n'étais rien. Il était ce que j'aurais rêvé être, mais ne serrai jamais. Il n'était pas seulement beau, il était bienveillant et complaisant. Il savait se montrer autoritaire quand je défaillais, et tendre lorsque je n'avais plus de repère. Pourtant il ne m'avait jamais pris dans ses bras. Comment avais-je réussi à m'attacher à ce garçon qui ne parlait que lorsque le besoin s'en faisait sentir ? Peut être parce qu'il était toujours là et que même noyée dans son silence, je savais qu'il ne m'abandonnerait pas. Comment pouvais en être aussi sûre ? Je l'ignorais totalement. Les pas défilèrent, les minutes s'égrainèrent lentement et mes yeux poursuivirent leur incessante danse, Marc était tout ce qui importait, le seul qui ait jamais su la faire fuir. Lorsqu'il était à mes côtés, Elle ne l'était plus. J'observais ses vêtements, toujours les mêmes. Pourquoi ? Éternellement habillé de blanc. Étrange, incompréhensible, mais guère dérangeant à vrai dire. Nous arrivâmes à l'entrée d'une petite chapelle. Marc s'arrêta devant la porte et m'invita à y pénétrer. C'était un rituel entre nous, je devais être la première à entrer en ce lieu. Car nous y venions pour moi et non pour lui. Ici se trouvait le berceau de mon salut, de ma délivrance, ici elle n'aimait pas s'engouffrer. Encore un mystère que je ne résolvais pas. Une fois les hauts montants de bois franchis, même mon ami n'avait plus d'intérêt à mes yeux. Comme chaque jour, je levais la tête en direction des modestes vitraux qui ornaient la galerie et nimbaient la minuscule nef de couleurs venues d'un autre monde. Baignée par des tons divins, j'avançais en ces lieux qui étaient les miens. Six bancs de petite dimension m'encadraient. Je n'y prêtais pas attention, ils étaient insignifiants. Marc s'installa sur le deuxième à ma gauche et ne fit plus un bruit. Plus, jusqu'à ce que je lui autorise. Trois pas encore et je m'agenouillai face à l'autel de fortune qui me faisait face. Il ne valait pas grand chose, mais il était suffisant pour recevoir mes prières. Je m'intéressais à l'impeccable tissu blanc, pur, immaculé qui le recouvrait. Admirais de mon regard embué de terreur la statuette patinée d'or de celle qui porta l'enfant de souffrances. Celui qui endura tous les maux. Je n'avais jamais cru en rien, mais depuis qu'elle était là, j'offrais mon âme aux croyances qui savaient l'apaiser. Je me perdais à contempler les colonnettes et leurs chapiteaux. Corinthiens, composites, qu'en savais-je. Tant qu'ils m'inspiraient la force et la tranquillité, je me moquais de leurs origines. Ma respiration ralentie, mon souffle s'allégea, je me sentis sereine. Les murs sombres de la chapelle me rassuraient et me protégeaient. Mon esprit se sentit libre l'espace de quelques instants. Mes épaules s'affaissèrent, mon dos se vouta. Mon être n'était plus mien. Et dans un murmure que Marc ne connaissait que trop bien, j'invoquai la toute puissance du bienfaiteur. Seigneur, mon être craint toujours cette créature. Elle attire à elle tout mon courage. Je ne supporte plus de ne savoir y faire face. Et puis, la peur me brule mon corps, anéantit mon cœur. Aujourd'hui encore j'aimerais que tu la rappelles à toi. Je t'en supplie, prends cette croix qui est la mienne. Te prier et t'offrir ma crainte et tout ce que je peux faire. Chaque jour me terrorise, chaque nuit m'épouvante. Elle est ton enfant, comme je le suis. Rappelle la à toi. Mes dernières paroles s'apparentèrent plus à des gémissements qu'à une prière. Combien de mois avais-je passé à implorer cet homme du bien, sans que jamais rien ne se passa ? Mon cœur me criait de tout lâcher. De ne plus venir ici. De faire face seule à ce fléau, ce démon qui se cramponnait à mon bras. Je soupirai d'aigreur et d'amertume. Comment avait-on pu croire autant de siècles durant à un être qui jamais ne s'était manifesté ? Étais-je condamnée à lutter éternellement contre elle ? Elle, s'était un fantôme. Un esprit. Un spectre qui me poursuivait sans cesse. Je n'avais jamais vu son visage, mais j'entendais sa voix. Elle parlait fort, elle criait, hurlait même. Mais je ne la comprenais pas toujours. Je savais qu'elle attendait dans l'ombre, elle patientait tel un fauve. Et lorsque j'étais vulnérable elle apparaissait et vociférait des paroles insensées. - Tu crois toujours que Lily va venir ? Interrogea mon ami derrière moi. - Comment sais-tu qu'elle s'appelle Lily ? Je lui posais sans arrêt cette question. Et il n'y répondait jamais. Un matin je crois, en venant ici, il m'avait avoué qu'elle lui avait chuchoté. Mais qu'il n'était pas heureux d'en connaître autant sur elle. Ce que je ne comprenais pas, c'était pourquoi elle lui avait avoué son nom à lui et non à moi. C'était pourtant moi qu'elle torturait, qu'elle malmenait continuellement. Et j'étais celle qui en savait le moins à son sujet. - Pourquoi n'as-tu pas peur d'elle ? Demandai-je une fois de plus. - Parce qu'elle ne s'intéresse qu'à toi. Tu le sais très bien. Dit sa voix angélique. - Mais elle me fait peur. Larmoyai-je. Je m'efforçais de lui tourner le dos. Je savais que son regard m'inspectait, me toisait, évaluait l'énergie qui me restait et mes yeux auraient trahi mon accablement. - Violette. Susurra-t-il. Je tournai légèrement la tête dans sa direction, de manière à lui prouver qu'il avait toute mon attention. Mais il ne pouvait observer que mon oreille. - Lily te protège. Je sais qu'elle t'épouvante, mais c'est ainsi. En réalité elle ne te veux pas vraiment de mal. - Tu voudrais me faire croire que c'est...un merveilleux fantôme. Une sorte d'ange gardien. - On peut dire ça comme ça. Mais ce n'est pas pour autant qu'elle doit rester. Elle n'est pas à sa place ici. Elle pourrait finir par te blesser. - Elle crie fort, mais elle ne tape pas. - Non, mais elle pourrait. Je demeurai silencieuse. Cherchant à intégrer les propos de mon tendre Marc. Mais je ne réussissais pas à en saisir la portée. Pourquoi Lily me protégeait-elle ? Mon ami semblait le savoir, mais refusait de me l'avouer. Dans sa bouche flottaient des mystères sans mots pour les conduire jusqu'à l'extérieur. - J'ai rêvé d'elle cette nuit, marmonnai-je comme si c'était une bêtise. Je lui ai imaginé un visage. - Et à quoi ressemblait-elle ? Me questionna mon beau compagnon. J'inspirai profondément et vint m'asseoir à ses côtés. - Elle avait de longs cheveux blonds. Rayonnant comme les blés irradiés de lumière. Elle portait une veste noire et avait de grands yeux bleus, aux reflets changeants. Comme la mer lorsqu'elle est agitée. Et ses traits, ils étaient presque félins. Je n'arrive pas à savoir pourquoi mais c'est ainsi. Elle ressemblait à un chat. Non ! Une lionne, pleine de force ! M'exclamai-je. - Et que faisait-elle. - Elle jouait. Elle s'amusait avec une petite poupée. Et là poupée s'appelait Lily. C'est bizarre non. - Pas vraiment. Répondit-il l'esprit embrumé par les nuages obscurs qui y flottaient. Marc me donnait souvent des réponses très nébuleuses, qui pour moi n'avaient pas le moindre sens. C'était comme si nous vivions dans deux mondes différents. Que nous pouvions communiquer mais que nous ne voyions pas les mêmes choses. Encore un fait étrange et sans explication qui peuplait mon univers. - Depuis combien de temps n'as-tu pas regardé ton corps dans un miroir ? Demanda-t-il subitement, comme s'il s'agissait de quelque chose d'important. - Depuis longtemps. Répondis-je sans plus m'attarder sur les détails. - Tu devrais essayer de nouveau. Retirer le drap noir qui recouvre la glace de ta chambre. - Pourquoi ? - Comme ça. Un nouvelle fois il se mura dans le silence, pour ne pas devoir affronter mes questionnements. Il était très doué à ce jeu là. Son regard aux éclats de jade croisa le mien. Je ne saurais dire ce que j'y lus. De la tristesse, de la déception, du chagrin. De la compassion peut être. - Nous devrions partir maintenant. Proposa-t-il. M. Martin doit surement t'attendre. - Sommes-nous déjà en retard ? - Quelques peu. Mon grand Marc se leva et m'incita à le suivre. Je ne dis mot et marchais derrière lui comme s'il avait été le messie. Après tout il n'était pas mon ami sans raison, je savais que quoiqu'il advienne je pouvais compter sur lui. Mais cette relation ne fonctionnait que dans ce sens. Jamais il ne m'avait parlé de lui. Je ne connaissais que son prénom. Pourtant j'avais toute confiance en lui. Nous revînmes sur nos pas. Cette fois je prenais conscience du monde qui nous entourait. De ces longs et interminables murs blancs qui séparaient la sainte chapelle de ma misérable chambre envahie de cauchemars. Lily n'aimait rien tant que venir m'y trouver. Nous marchâmes vite, Marc ne supportait pas d'être en retard et de faire attendre M. Martin. Et moi, je détestais M. Martin, alors je fis de mon mieux pour ralentir l'allure. Mais le charisme de mon ami fut le plus fort, et il m'entraina derrière lui, sans plus de résistance. La porte se dessina devant nous et à côté d'elle se tenait l'effroyable Monstre Martin et sa moustache dissimulant de lourds secrets. Il sourit en nous voyant arriver. Je savais qu'il était faux, mais il était pourtant si crédible, si bon menteur. Je le redoutais presque autant que les venues de Lily. Marc le salua, pas moi. Il se dégagea de l'encadrement pour me laisser entrer. Et alors qu'il allait me suivre, j'entendis mon compagnon lui demander quelques secondes d'intérêt. L'horrible moustachu en blouse blanche tira un peu plus le battant de bois vers lui. Sans doute pour atténuer les murmures de la conversation. Et c'est une oreille distraite que je leur accordai. J'avais entrepris de suivre les conseils de Marc. J'approchai à pas de loup de mon miroir. Ma main trembla, puis se fut mon corps tout entier. Mes doigts se refermèrent sur l'épais tissu qui le recouvrait. Je respirai fortement et arrachai le voile opaque. Aucun son ne s'échappa de ma gorge et pourtant. J'aurais voulu crier toute ma terreur. Face à moi se
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