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EUROPEAN STRATEGIC INTELLIGENCE
AND SECURITY CENTER (ESISC)

LE FRONT POLISARIO
PARTENAIRE CRÉDIBLE DE NÉGOCIATIONS
OU SÉQUELLE DE LA GUERRE FROIDE ET OBSTACLE
À UNE SOLUTION POLITIQUE AU SAHARA OCCIDENTAL ?

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Novembre 2005

OBSERVATIONS MÉTHODOLOGIQUES

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notamment aux Etats-Unis, en Europe, au Proche-Orient et en Asie du Sud.
 Sur des rencontres régulières avec des responsables politiques et militaires,
des membres de la communauté du renseignement.
 Sur des missions de terrain ponctuelles effectuées par des chercheurs de
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géographiques, thématiques et, en matière de terrorisme et de criminalité organisée,
par « groupes auteurs » et par « groupes cibles ») e
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Pour tout contact : esisc@esisc.org
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Copyright © 2005 ESISC
All rights reserved
For public release

1

RÉSUMÉ ET RECOMMANDATIONS

A) RÉSUMÉ
Trente ans après le départ du colonisateur espagnol, le conflit du Sahara occidental
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2005, de proroger pour six mois le mandat de la MINURSO (Mission des
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Les trois parties en cause, le Maroc,l

Algérie (qui abrite et soutient le Front
Polisario) et le Front Polisario campent sur leurs positions. Sil

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ndépendance
du Sahara occidental est toujours inacceptable pour le gouvernement de
Rabat et la société marocaine, le Front Polisario, lui, ne veut entendre
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on. Pour des raisons de géostratégie régionale, il est
soutenu dans son intransigeance par le gouvernement algérien. Ce soutien et de
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Le Maroc, de son côté, semble prêt à trouver une solution politique qui
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regards se tournent désormais vers les Etats-Unis qui, dans le cadre de la
« guerre contre le terrorisme » et de leur plan de démocratisation du
monde arabo-musulman, ont tout intérêt à stabiliser le Maghreb mais
doivent, en même temps, concilier les intérêts de leurs deux alliés
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plusieurs centaines de prisonniers de guerre marocains dont certains étaient détenus
depuis plus de trente ans et qui semblent avoir subi, outre unedét
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durée injustifiable au regard du droit international, des sévices massifs
et répétés. Le Front entendait sans doute ainsi se refaire une virginité et enterrer les
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Par ailleurs, le Polisario, dirigé par le même groupe depuis trois décennies,
reste en déficit de démocratie interne. Il est accusé de garder, contre leur gré,
des milliers de Sahraouis dans les camps de Tindouf, en Algérie, et ce avec la
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mauvais traitements contre ces populations sahraouies ont été portées contre la
direction du Front Polisario. La même direction a régulièrement été accusée de

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subsaharienne et donc la sécurité de plusieurs États africains et, à terme,
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Europe.
En tout état de cause, le Front Polisario ne semble pas, faute de réformes en
profondeur, pouvoir jouer un rôle dans une éventuelle solution politique négociée.
Seule une organisation régénérée, ayant réglé ses comptes avec le passé et qui assume
ses responsabilités pourrait être partie prenante à une telle solution.

B) RECOMMANDATIONS
► Concernant le statut du Sahara occidental
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parties. Elles devraient donc pousser les parties à la cause à prendre la voie
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3) Les États qui ont reconnu la RASD devraient prendre conscience que cette
entité, sans existence réelle et sans avenir, est davantage un obstacle à toute
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4) Les Etats-Unis devraient user de leur influence régionale pour appuyer une
solution négociée et donner à chacune des parties –y compris, si nécessaire, à
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e–des garanties que leurs intérêts fondamentaux seront respectés.
► Concernant les anciens prisonniers de guerre marocains
5) Une enquête internationale indépendante devrait être menée pour étudier les
conditions de détention qui furent celles des détenus marocains, civils et
militaires, du Polisario.
6) Il est nécessaire que ces anciens prisonniers soient reconnus comme des
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déférés devant des tribunaux.
► Concernant le Front Polisario
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manière à ce que toute personne ou famille désireuse de regagner le territoire
du Sahara occidental soit libre de le faire.
9) Le Front Polisario devrait accepter le fait que toute solution ne peut être que
politique et négociée. Il devrait, par conséquent, renoncer définitivement à la
lutte armée et désarmer et démanteler ses troupes.
10) Pour éviter que les anciens combattants du Polisario ne se tournent vers la
criminalité ou le terrorisme, il serait souhaitable que la communauté
internationale prenne en charge la relocalisation et le reclassement des
anciens combattants du Polisario.
11) La direction du Polisario devrait accepter de fonctionner de manière
démocratique et, donc, se soumettre à de véritables élections. Il devrait rendre
des comptes pour sa gestion des trente dernières années.
12) Les responsables des crimes et détournements commis sous couvert du Front
Polisario devraient être identifiés et déférés devant les tribunaux.
13) Dans leurs contacts avec le Front Polisario, les responsables politiques
étrangers et les ONG devraient insister pour que le Front se conforme aux
recommandations précédentes.

4

TABLE DES MATIÈRES

I. INTRODUCTION

8

II. LES RACI
NESHI
STORI
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UN CONFLI
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11

II.1. Le contexte géographique

11

II.2. Le contexte historique

11

III. GENÈSE ET IDÉOLOGIE DU FRONT POLISARIO

18

III.1. Unac
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par des adolescents

20

III.3. Un mode organisationnel de type communiste, une obsession
de la sécurité

23

IV. LES QUINZE PREMIÈRES ANNÉES (1974-1991) :
DU TEMPS DES VICTOIRES À CELUI DE LA STAGNATION

25

IV.1. D’
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limitée

25

IV.2. Des débuts militaires prometteurs

27

 IV.2.1. De 1974 à 1980 : les offensives victorieuses
 IV.2.2. De 1981 à 1987 : fixation et reflux
 IV.2.3. De 1987 à 1991 :r
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27
29
30

V. LES CONSÉQUENCES DU CESSEZ-LE-FEU POUR LE FRONT
POLISARIO

33

V.1. Au plan militaire : démobilisation partielle et reconversion des
combattants

33

V.2. Au plan diplomatique :l

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36

V.3. Au plan organisationnel :s
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38

V.4. Au plan civil : la vie dans les camps de réfugiés de Tindouf

40

5

V.5. Défections et ralliements

42

VI. LA DÉRIVE DU FRONT POLISARIO : UNE ORGANISATION
ORPHELINE DE LA GUERRE FROIDE ET EN VOIE DE
DÉCOMPOSITION

44

VI.1. Le Front Polisario est-il une simple couverture des ambitions régionales
algériennes ?

44

VI.2. La situation des femmes et les accusations de « procréation forcée »

48

VI.3. La situation des enfants envoyés « étudier »àl

é
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ange
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t
« forcés à travaille ou à se prostituer »

49

VI.4. Les accusations de travail forcé

50

VI.5. Les accusations de détournement systématique des aides internationales

51

 VI.5.1. Ledé
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 VI.5.2. Ledé
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aide des organisations internationales

51
52

VII. LE DOSSIER DES PRISONNIERS DE GUERRE MAROCAINS

56

VII.1. Le non respect de la 3ème Convention de Genève par le Polisario
(
e
tl

Al

r
i
e
)

56

VII.2. Les observations du Comité international de la Croix Rouge

58

VII.3. Les observations de Human Rights Watch

58

VII.4. Le rapport de « France liberté »

60









La torture
La participation des militaires algériens aux mauvais traitements
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Le travail forcé

60
61
61
61
62
62
62

VII.5. La réponse du Front Polisario à « France Liberté »

63

VIII. QUEL AVENIR POUR LE POLISARIO ?

64

VIII.1. Un bilan qui demeure médiocre en matière de respect des droits de
l

homme

65

VIII.2. Une absence patente de volonté de dialogue

66

VIII.3. Une force de déstabilisation toujours active

67

6

VIII.4. Le Polisario est-il menacé par une dérive islamiste ?

68

VIII.5. Une dérive terroriste du Polisario est-elle possible ?

69

VIII.6. La gangrène du crime organisé

71

VIII. EN CONCLUSION

73

ANNEXE
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tRabat: la Guerre des Sables

75

INDEX

77

TABLE DES CARTES
Étapes de la décolonisation du Maroc

16

Le Sahara occidental

17

Principales batailles livrées par le Front Polisario

32

Le Mur de défense marocain et les régions militaires du Front Polisario

35

Carte des camps de réfugiés de la région de Tindouf

55

7

I
INTRODUCTION

Dans le courant de l’
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r«les plus anciens prisonniers de guerre du
monde », la question du Sahara occidental a, à nouveau, brièvement, occupé le
devant de la scène. Elle est ens
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conflit de basse intensité dans lequel la guerre des mots et des slogans a remplacé
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-le-feu intervenu au début des années quatrevingt-dix. Mais le conflit du Sahara occidental est aussi et surtout un conflit non
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Maroc et risque, potentiellement, de déstabiliser toute la région.
A la fin du printemps, quelques émeutes et manifestations à Laâyoune, Dakhla et
Smara (région désignée comme Sahara occidental parl

ONU,l

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Polisario et comme Provinces du Sud par le royaume du Maroc), dont une partie de
la population, notamment de jeunes adolescents, ont été habilement manipulés par la
propagande indépendantiste, ont été présentées comme une quasi-insurrection. Nous
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é2005,M. Mohamed Abdelaziz, Secrétaire général du Front
Polisario et président de la République arabe sahraouie démocratique
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Ét
at
s
)
,annonç
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t
dans une interview aux quotidiens français Le Monde et espagnol El Pais1 la
libération « imminente » de plus de 400 prisonniers de guerre marocains, détenus,
souvent depuis plus de vingt ans, par son organisation.
Échaudés par de multiples annonces ayant entouré le sort de ces prisonniers depuis
plus de dix ans, et surtout par le « saucissonnage » qui avait caractérisé les
précédentes libérations, les médias et les experts de la région doutaient, pour la
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aux Etats-Unis où elle avait rencontré plusieurs personnalités politiques de haut
niveau, dont le Sénateur républicain John McCain, lui-même ancien prisonnier de
guerre au Vietnam2. M. McCain avai
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pour obtenir la libération des derniers prisonniers.

1

Le Monde et El Pais, 13 juillet 2005

2

Voir, notamment, le magazine Jeune Afrique-L’
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, 24 juillet 2005.

8

Par ailleurs, on savait que le Maghreb et la zone subsaharienne étaient, depuis
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américaine, qui souhaite stabiliser la région et surtout réconcilier les frères ennemis
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A la mi-août, le Sénateur Richard Lugar, président de la Commission des Affaires
étrangères du Sénat et envoyé spécial du président Georges Bush, entamait une
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Bouteflika et avec le Roi Mohamed VI. Le 18 août 2005, enfin, à 19h 30 un avion
spécialement affrété par le gouvernement américain se posait sur le tarmac de
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-Massira, à Agadir. A son bord, les 404 derniers prisonniers marocains
du Front Polisario.
Ces libérations, étape indispensable à tout règl
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pourtant pas la condition suffisante, tant les positions des différentes parties en cause
restent éloignées les unes des autres. On peut donc penser que la diplomatie
américaine va continuer, dans les mois à venir, à s

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crise honorable et acceptable par tous.
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20063. Un vote automatique et quasi rituel qui, tous les six mois, occupe, depuis des
années, quelques minutes du temps de travail du Conseil. Le Secrétaire général,
toutefois, estimait que « L'absence de progrès a de plus été aggravée par le climat
politique généralement tendu dans la région » et que « la situation pourrait se
détériorer encore en l'absence de solution4 ».
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ant- et même indispensable - de
nous intéresser au Front Polisario, cette organisation indépendantiste née pendant
la dernière phase de la décolonisation du Maghreb et durant la Guerre froide –elle
est un pur produit de ces deux phénomènes –, qui survit tant bien que mal dans le
Sud de l

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et présentes du Front Polisario e
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Le présent rapport est le produit de ces recherches, des dizaines de rencontres que
nous avons e
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témoignages. I
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occidental, à laquelle de nombreuses publications ont déjà été consacrées ces
dernières années – nous entendons toutefois revenir sur ce problème dans les
prochains mois afin de tenter de déterminer les conditions qui permettraient
On trouvera le communi
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http://www.un.org/apps/newsFr/storyF.asp?NewsID=11318&Cr=Sahara&Cr1=conseil
3

4

Idem.

9

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on«ni gagnant ni perdant » et de stabiliser la région - mais
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été très médiatisée à certains moments, peu connue en Europe et aux
Etats-Unis.

10

II
LES RACINES HISTORIQUES D’
UN CONFLIT

Avantd’
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eduFront Polisario et à son évolution, il est nécessaire
(même si, répétons-l
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matique du Sahara
occidental dans son ensemble) de rappeler brièvement quelles sont les bases
géographiques et historiques du conflit.

II.1. Le contexte géographique
Le Sahara occidental (nous emploierons cette désignation internationalement
reconnue pourdé
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265.000 km² de territoire désertique regroupant les régions de la Saguiet al-Hamra
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Oued al-Dahad (anciennement Rio de Oro) au Sud.
Les villes principales sont : Laâyoune (Al-Ayun), Dakhla et Smara. La population est
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Hassani (ou Hassaniya) également parlé en Mauritanie.
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sphosphate, cuivre, fer - et ressources halieutiques accessibles depuis les quelque
1.400 kilomètres de côte. Par ailleurs, des travaux de prospection pétrolière seraient
toujours en cours dans la région.

II.2. Le contexte historique
Les Sahraouis étaient organisés en tribus de nomades et pasteurs se déplaçant sur
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assemblée tribale, le djemaâ, permettait aux chefs de fractions de se concerter avec le
Cheikh dirigeant chaque tribu. La plupart des tribus faisaient allégeance aux sultans
du Maroc.
En 1884, durant la colonisation partielle du Maghreb, le Sahara occide
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occupé par les Espagnols, qui débarquèrent des troupes à Dakhla (rebaptisée Villa
Cisneros)
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halieutiques intéressaient Madrid). Administrativement, le Sahara espagnol était

11

partagée en une zone sous occupation militaire (Saguiet al-Hamra, au Nord) et une zone
colonisée (Rio de Oro, au Sud). Les frontières seront fixées par Madrid et Paris en 1886
et 1934. La colonisation espagnole se caractérisait par la volonté de pousser vers le Nord
(occupation de Tarfaya, en 1919) et de contrôler totalement les côtes (
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détachement militaire à Laâyoune en 1935). Cette période fut marquée par différents
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puissance occupante et à se placer sous la protection des sultans.
Peu avant la colonisation espagnole, le Maroc avait déjà perdu une partie de la frange
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françaises, en 1830, le Sultan Moulay Abd al-Rahman avait en effet entrepris de
soutenir l

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Abd el-Khader qui trouvèrent refuge
au Maroc, la France déclara la guerre au royaume chérifien et, le 14 août 1844, le
Général Burgeaud défaisait les troupes marocaines commandées par Moulay
Muhammad (
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Oued Isly. La défaite marocaine ouvrait la voie à
une révision des frontières concrétisée par le Traité de Lalla Maghnia qui, le 18
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845,anne
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ançaise Tindouf, le Touat, la Saoura et Tidikelt.
Parallèlement à cette évolution dans la région saharienne, la fin du dix-neuvième
siècle était marquée par un net affaiblissement du pouvoir des sultans.
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chands européens, les famines
et les épidémies minaient le pouvoir et la base sociale traditionnelle du Makhzen (le
Makhzen ou Maghzen désigne le système politique complexe basé sur le serment
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de finances saines, Rabat ne peut plus continuer à résister à la pression coloniale
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ras, signé le 7 avril 1906, place le
royaume du Maroc sous protectorat international. Six ans plus tard, à quelques
semaines près, le 30 mars 1912, le Traité de Fès remplace le protectorat
international par un protectorat purement français, un « Résident général »
assumant la réalité du pouvoir.
Durant la seconde partie du vingtième siècle, des milliers de Sahraouis participèrent
à la lutte du Maroc –not
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aJaïch at-Tahrir, l

Armée
de libération nationale, (ci-dessous ALN-Sud) pour recouvrer son indépendance
et, dès que celle-ci fut acquise, le 3 mars 1956, le Roi du Maroc, Mohammed V,
faisait valoir des droits historiques et réclamait le retour des territoires sous contrôle
espagnol dans le Makhzen.En1
963,c

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ALN-Sud, qui harcelait les forces
espagnoles, notamment autour de Tarfaya, avait été anéantie par une offensive
combinée franco-e
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Opération Écouvillon.L’
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provoquait un nouvel exode sahraoui vers le Nord.
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de plus en plus intense de la communauté internationale, commençait à rétrocéder
les territoires occupés au Maroc :
 1956 : Rétrocession de la région du Nord (Tétouan, Nador).
 1958 : Rétrocession de la région de Tan Tan et Tarfaya.
 1969 : Rétrocession de Sidi Ifni.
12

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et la Tunisie appuyaient cette procédure) et celle-ci rendait un jugement
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Roi Hassan II lançait, en octobre 1974, la Marche verte, rassemblant pacifiquement
350.000 hommes et qui devait hâter le retrait espagnol qui se termina en février
1976 : en 1975, la puissance coloniale quittait la Sakia El-Hamra (Laâyoune, Smara)
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Oued Eddahab (Dakhla)
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Maroc en 1979.
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ndantiste, soutenue par le bloc communiste et les
non-alignés, entendait transformer en État souverain.
Voilà pour les faits bruts. Reste à les interpréter. Notre but, répétons-l
e
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tpasde
nous livrer à une étude exhaustive de la question du Sahara occidental, mais bien de
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eFront Polisario. Deux
arguments sont, en général, avancés par le Front et ceux qui le soutiennent pour
justifier la revendication indépendantiste : c
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epas
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un«royaume du Maroc »
qui aurait eu quelques pouvoirs sur la région.
Nous ne trancherons pas, ici, ces deux questions, mais nous contenterons de
souligner que ces affirmations sont, pour le moins, sujettes à discussion. Ainsi, pour
ce qui est de la « nation sahraouie »,l

é
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s
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eAnthony Hodges, qui travaille
depuis vingt ans sur les problèmes de développement et de minorités en Afrique,
estime que : « Le Sahara occident
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Par ailleurs, on remarquera que si la « nation sahraouie »e
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nation formée de tribus nomades, la question de son « autodétermination » ne peut
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Sud du Maroc, du Nord de la Mauritanie ou du Sud-Oue
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moins difficile à imaginer.
Quant à « l

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antqu’
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ons
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i
t
ué», cet argument est
régulièrement avancé par le Front Polisario et ses alliés. Ainsi, le 22 juillet 2002,
Mme Martine de Froberville, Présidente du Comité sur le Sahara occidental

Anthony Hodges : The origins of Saharawi nationalism, in Richard Lawless et Laila
Monahan, War and Refugees, The Western Sahara Conflict, Pinter, London, 1987, page 31.
5

13

(France) écrivait : « Par ailleurs tous les africanistes et politiques savent
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cette affirmation péremptoire :l
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sf
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s
et dynasties depuis le Moyen Âge, et la dynastie alaouite à l
aque
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souverain, Mohammed VI, règne sur le Maroc depuis le dix-septième siècle. Le
nom même de Maroc « apparaît, semble-t-il, sous les Saâdiens, dynastie ayant
régné de 1554 à 1659. Il serait le résultat de la contraction du nom de la ville de
Marrakech, la principale de leurs capitales. Auparavant, pour désigner le Maroc,
on parlait de Maghreb al-Aqça ou Maghreb extrême7 ».
Le Général Lyautey,pr
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le remarquait Lyautey, de représentations diplomatiques. Nous n’
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américaine. Témoignage de la nature particulière des relations entre les Etats-Unis et
le Maroc, Tanger abrite la plus ancienne propriété diplomatique américaine au
monde. Et le seul bâtiment se trouvant en sol étranger inscrit au registre national
américain des lieux historiques : la légation américaine à Tanger10 ».
In : LeRappor
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http://sahara_opinions.site.voila.fr/Frob22002.htm )
6

Fiche Histoire du Maroc, des origines à nos jours, Ambassade de France au Maroc,
http://www.ambafrance-ma.org/maroc/histoire.cfm?print=1
7

8

Cité par Georges Vancher, Sousl
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In Histoire des peuples arabes, Éditions du Seuil, Paris 1993, pp. 324-325. Pourl

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e: A
History of the Arab peoples, 1991, rééditée en 2002, Faber and Faber, London, page 243.
9

In U.S. Department of State, Bureau of Near Eastern affairs, Background Note : Morocco
http://www.state.gov/r/pa/ei/bgn/5431.htm ) mise à jour en juillet 2005.
10

14

Mais si État marocain il y a eu, celui-ci englobait-i
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sous le nom de Sahara occidental ? On l

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passés entre chefs de tribus sahraouis et sultans du Maroc. Le professeur Bernard
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(caïds, pachas et gouverneurs). Elle se limitait en revanche à une influence
religieuse, économique et culturelle quand le pouvoir des sultans était affaibli.
Cependant, à aucun moment, les régions composant le Sahara occidental ne
cessèrent de faire partie de la marocanité12 ».
Le même auteur remarque encore que « Dernière preuve et non la moindre dans le
système constitutionnel marocain, la prière du vendredi était dite au nom du Sultan
du Maroc13 ».

11

Bernard Lugan, Histoire du Maroc des origines à nos jours, Paris, Éditions Perrin, 2000.

Bernard Lugan, La Marocanité du Sahara Occidental, communication au colloque « Le
Sahara occidental est-il prêt pour une solution politique ? », 3 mai 2004, New York.
12

13

Idem.

15

16

17

III
GENÈSE ET IDÉOLOGIE DU FRONT POLISARIO

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Nouakchott (Mauritanie) prenait, le 10 mai 1973, le nom de Frente Popular de
Liberación del Sagía el Hamra y Río del Oro, ou Frente Polisario. Lors du
deuxième congrès du Front, Mustapha Sayed Ouali en devenait Secrétaire
général et le Front s
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APLS (Armée de libération
populaire sahraouie). Il est important pour mieux comprendre la genèse du
Polisario des
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en effet, complètement appréhender ce que fut le Polisario dè
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(aux rangs duquel figuraient plusieurs pays socialistes plus ou moins proches de
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régulièrement la Guerre froide à se « réchauffer » dans le tiers monde. Susciter ou, à
tout le moins, soutenir les « mouvements de libération nationale » qui allaient créer,
pensaient-ils, autant « d’
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on» destinés à épuiser le « camp occidental »,
faisait partie de la stratégie soviétique.
Au plan idéologique,l
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agitait et, quand elle le pouvait, dans la foulée
de la grande crise politique qui avait secoué une partie de la planète à la fin des
années soixante et au début des années soixante-di
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radicaux ou rejoignait en masse les rangs des organisations combattant pour un
« monde nouveau ». Sa générosité et son aveuglement étaient largement exploités par
le « bloc soviétique » et ses alliés, qui trouvaient, principalement en Europe, de très
utiles relais logistiques et de propagande dansl
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14

Sur la Guerre des Sables, voir la première annexe de ce rapport.

18

sur son rival marocain. Idéologiquement, les deux adversaires campaient sur des
positions diamétralement opposées qui contribuaient à accroître leur antagonisme.
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monde en marche, dressé contre « l

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me» occidental. Le Maroc, lui, était
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France. Pour les Soviétiques comme pour les Algériens, il représentait la quintessence
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quelques moyens, basculer entièrement dans le « camp progressiste ».
Ajoutons encore, pour que le paysage soit plus exactement décrit, deux autres
er septembre 1969, un comité de 12
facteurs régionaux. Le facteur libyen d’
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« Officiers libres » avait, sous la conduite du Colonel Muammar al-Kadhafi,
renversé le Roi Idriss et établi à Tripoli la « République arabe libyenne », fortement
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Khadafi déclenchait une « Révolution culturelle » visant à accélérer les réformes.
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les niveaux de la société. Rapidement, Kadhafi s
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régime qui, en mars 1977, allait devenir la Jamahiriya (« État des masses ») arabe
libyenne socialiste et populaire. Pe
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les États « réactionnaires » au rang desquels le Maroc.
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occidental. Les Cubains étaient déjà présents en Algérie depuis 1963. Ils y avaient
dépêché un bataillon blindé équipé de chars soviétiques T33, des conseillers
militaires et des membres de leurs services de renseignement. Entre autres choses,
ces « conseillers » assistaient les organisations indépendantistes qui commençaient à
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plus de vingt ans. Juan Vivés était présent e
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mémoires récemment publié, il écrit : « En tout cas, à la suite de cet assassinat, Fidel
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Juan Vivés, El Magnifico, 20 ans au service secret de Castro, Paris, Éditions Hugo Doc,
2005, page 153.
15

19

Polisario : « L’
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a donc
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ePolisario, ont été développées par
Cuba, et la seconde, en particulier, par le Che en personne16 ».
Le dernier facteur à prendre en compte est purement marocain : la fin des années
soixante et le début de la décennie suivante avaient été marqués par quelques années
noires pour Rabat. Le régime du Roi Hassan II avait connu une dérive autoritaire17
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du champ politique sur un fond de mutation profonde au niveau sociologique et à
celui de la culture politique18». La jeunesse scolarisée (essentiellement les lycéens)
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certains crurent que leur heure était arrivée. En juillet 1971, quelques dizaines
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anniversaire. Ce fut un massacre :unec
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autres blessés. Deuxième tentative, le 16 août 1972 :l
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voyage officiel en France, est mitraillé par des chasseurs. Homme de confiance
19. Le climat
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politique était donc particulièrement lourd au royaume du Maroc au début des
années soixante-dix.
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eFront Polisario voit le jour en mai 1973.

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partie dirigée par des adolescents

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eFront Polisario se positionne clairement comme une organisation
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Hametti Rabani qui
sera, plus tard, ministre de la Justice et des Cultes de la République arabe sahraouie
16

Idem, page 154.

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eÉquité et Réconciliation, voulue par le Roi Mohammed VI pour faire toute la
lumière sur ces années troublées, a été installée le 7 janvier 2004 :
www.ier.ma/_fr_sommaire.php
17

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,«Les années de braise », in le numéro spécial « 19052005 : Un siècle marocain » du magazine Le journal, 30 juillet 2005.
18

Sur cette période troublée, voir aussi Ignace Dalle, Les Trois Rois, la monarchie marocaine
del

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, Fayard, Paris, 2004.
19

20

démocratique et celui de Mustapha Bouh, qui deviendra « Commissaire politique »
del

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Hametti Rabani : « Mon père était un notable de Dakhla. Il avait écrit plusieurs
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un jeune homme de 21 ans, sans expérience autre que celle du militantisme et qui a à
peine terminé le lycée, que le Polisario confie la tâche délicate entre toutes de veiller
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chargé des Relations extérieures à 21 ans et responsable de la formation politique
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qui caractériseront ce mouvement. La révolte de la jeunesse sahraouie est certes une
révolte contre la tutelle de Rabat, mai
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« générationnelle ». Le sociologue belge William Racimora, qui a travaillé, ces dix
dernières années, sur de nombreuses questions touchant la jeunesse maghrébine,
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é – y compris celles,
particulièrement pesantes, de la tribu, de la fraction, du clan et de la famille. Cette
révolte était très similaire à celle qui se déroulait au même mome
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régions du monde, y compris en Europe ; la jeunesse cherchait à secouer la tutelle
des adultes et, tout simplement, à exister. Les contextes marocain et sahraoui étant
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20

Entretien avec Hametti Rabbani, Rabat, 4 août 2005.

21

Entretien avec Mustapha Bouh, Rabat, 5 août 2005.

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leur influence a été plus importante et déterminante sur la population dans laquelle
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Extrémiste, idéologiquement parlant, le Polisario des premières années ? Pour nous
en assurer, revenons aux premières années du Front et écoutons Mustapha Bouh :
« Devenus adolescents ou jeunes adultes au moment où le colonisateur espagnol se
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furent durement réprimées par Oufkir. Il y eut des morts. De nombreux jeunes gens
se réfugièrent en Mauritanie. Le Colonel Kadhafi faisait alors une tournée dans le
pays pour y défendre ses thèses tiers-mondistes et « révolutionnaires ». Son
discours séduisit les jeunes et les premiers contacts furent pris. Les premières armes
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castristes, les marxistes-léninistes, les partisans de la voie libyenne, les tenants du
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…23 ».

22
23

Entretien avec William Racimora, Bruxelles, 7 septembre 2005.
Entretien avec Mustapha Bouh, Rabat, 5 août 2005.

22

III.3. Un mode organisationnel de type communiste, une obsession
de la sécurité
Cette idéologie « gauchiste » va, bien évidemment, fortement influencer la façon dont
le Polisario vas

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Dès 1976, le Front Polisario s
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uxmêmes à un « Bureau politique » de 21 membres dont trois sont plus
particulièrement chargés des « organisations de masse » encadrant trois
« catégories » de Sahraouis : les ouvriers, les paysans et les femmes. Avec 19 élus des
« Comités de base du peuple », les membres du Bureau politique forment un
« Conseil national du peuple ». A la base, chaque groupe de dix personnes est
organisé en cellule et chaque camp a sa propre hiérarchie militaire et politique.
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rangs sahraouis et que les « paysans » ne soient pas réellement une classe très
représentée chez ce peuple de pasteurs nomades à peine sédentarisés, la vulgate
marxiste-léniniste exigeant que la révolution ne puisse être faite que par une classe
ouvrière renforcée par la paysannerie pauvre, le Polisario s
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faire son entrée en force dans la communauté syndicale mondiale, en participant à
une conférence internationale des syndicats réunie à Rome à la demande de trois
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court lorsque plusieurs syndicats importants (dont Force ouvrière et la CFDT pour la
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gauche, toutes celles que nous avons pu étudier au cours des dernières années
souffrant de la même tare originelle. La direction du Front est donc tout
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formée et encadrée par la SM algérienne. La surveillance de la SM –qui compterait
environ 3.000 membres - e
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étrangers et sur les Sahraouis résidant dans les zones contrôlées par le Polisario qui
sont en contact avec eux. La surveillance des étrangers se fait entre autres via le
« service du protocole » dont les fonctionnaires seraient tous plus ou moins liés aux
services de sécurité.
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membres de sa famille. Ici aussi, la méthode est de pure inspiration soviétique.
Cette atmosphère pesante se traduira notamment par plusieurs purges, dont le but
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du « réseau des Tekhna » en 1974, du « réseau des Rguibat El Foula » en 1977, de la
« Chabaka » en 1982. Ces tensions mèneront à un véritable soulèvement dans les
camps, en 1988, soulèvement durement réprimé par une direction qui refusait tout
dialogue. Ces quatre grandes vagues de répression interne feront des centaines de
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Sahraouis dont beaucoup seront soumis à la torture . Ces abus provoqueront des
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[le président de la RASD et Secrétaire général du Front Polisario] pour lui demander
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la Justice, je suis devenu Commissaire politique de la quatrième région militaire.
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les formes et structures dont devait se doter le Polisario, et en 1995, je suis redevenu
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…26 ».

Témoignages, déjà cités, de Hametti Rabani et de Mustapha Bouh ; témoignage de Sidati El
Ghallaoui, ancien ambassadeur du Polisario, Rabat, 4 août 2005; nombreux témoignages
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2005.
25

26

Entretien avec Hametti Rabani, Rabat, 4 août 2005.

24

IV
LES QUINZE PREMIÈRES ANNÉES (1974-1991) :
DU TEMPS DES VICTOIRES À CELUI DE LA STAGNATION

Les premières années du Polisario seront celles qui le verront engranger quelques
victoires militaires et de nombreux succès diplomatiques.
Dans la foulée de la création du Polisario, ou presque, la naissance de la
République arabe sahraouie démocratique (RASD) est proclamée, le 26 février
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esse près de Tindouf27, en Algérie. Dans la réalité,
les structures de la RASD se confondent, à peu de choses près, avec celles du
Polisario et son existence est exclusivement théorique :l

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omètres carrés, en Algérie, autour de
Tindouf où sont regroupés les camps de réfugiés et les principales infrastructures de
la RASD/Polisario. Mais cette existence virtuelle va donner une autre dimension à
la lutte du Front Polisario.

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solidarité se créent et le « pèlerinage » à Tindouf devient un must de la gauche antiimpérialiste.
Au plan diplomatique, la RASD va rapidement engranger les succès. Dès mars 1976,
soit quelques jours à peine après sa proclamation, voire le lendemain, plusieurs États
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Algérie (06.03.76), de
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Angola (11.03.76), du Bénin (11.03.76), de la Guinée Bissau (15.03.76), de la
Corée du Nord (16.03.76) et du Rwanda (01.04.76). Dans les années qui suivront,
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sÉtats emboîteront le pas à ces précurseurs. Tant et si bien que, au plus fort
de sa « popularité », la RASD sera reconnue par 79 États. En 1976, elle est admise à
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RASD aient participé.

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27

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Succès diplomatiques28, donc, mais de portée somme toute assez limitée. A quelques
exceptions près (Inde, Iran, Mexique, Pérou)
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ne reconnaît la RASD. Même déception du côté des pays socialistes. Hormis la
Yougoslavie « non-alignée », les seuls pays à régime marxiste à reconnaître la
RASD – malgré son idéologie affirmée – sont les parents pauvres du camp
socialiste : des pays du tiers monde aux dirigeants parfois assez peu fréquentables
(
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Afghanistan, la Corée du Nord, Cuba, l

Éthiopie de Mengistu, le
Mozambique du Frelimo, le Nicaragua sandiniste, le Vietnam, le Yémen du
Sud). Et que dire du monde arabe et musulman ?Out
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RASD s
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Algérie (bien entendu), la Libye, la Mauritanie (en 1984) et la
Syrie.
Aucun pays européen et, surtout, aucun pays du bloc socialiste ne reconnaît
officiellement la nouvelle République, même si certains Ét
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soutiennent en sous-main. Écoutons Mustapha Bouh : « Il faut être clair, même si
le nombre faisait illusion – près de 80 États nous avaient reconnus – cette
campagne diplomatique était un échec relatif. Dans le monde arabe et au MoyenOrient, leur espace géopolitique naturel, le Polisario et la RASD étaient très faibles.

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eux que nous avons déjà cités, outre des pays très éloignés du
conflit et peut-être assez mal informés de ses tenants et aboutissants (on pense
notamment aux Ét
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plupart des capitales qui ouvriront des relations diplomatiques avec la RASD le
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ou gelé leurs relations avec elle.30
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cette vague de reconnaissance et de la sympathie que suscite la cause sahraouie pour
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Des dizaines de milliers de Sahraouis ayant quitté la région après la Marche verte
organisée par le Roi Hassan II e
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Polisario va déployer ses activités militaires.
La liste des États ayant reconnu le Poli
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28

29

Entretien avec Mustapha Bouh, Rabat, 5 août 2005.

Ces défections ne seront compensées que par de rares ralliements, les deux plus importants
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du Kenya, le 25 juin 2005. Au 1er septembre 2005, 54 États reconnaissaient la RASD.
30

26

IV.2. Des débuts militaires prometteurs
Mais dans les premières années, le Polisario, s

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diplomatiques, accumule surtout les victoires sur le terrain des opérations. De ce
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976-1980) ; puis une période de reflux et de
combats de retardements face à la nouvelle stratégie marocaine (1981-1987) ; ensuite
une phase de réorganisation (1987-1992) et, enfin, de 1992 à nos jours, une phase
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 IV.2.1. De 1974 à 1980 : les offensives victorieuses
Après quelques coups de mains réussis, le Polisario, dans la deuxième moitié des
années soixante-di
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populaire sahraouie) applique alors avec justesse et détermination la stratégie de
la guerre du faible au fort et fait de la guérilla son arme maîtresse. Il peut compter
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unités ou en colonnes de véhicules tous-terrains, le Polisario apparaît là où on ne
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x-Sahara espagnol (la région de Dakhla) et, bien entendu, le
Maroc qui en occupe les deux tiers nord.
Le combattant emblématique de cette époque est le commandant Lahbib Ayoub,
que la presse surnommera le Giap Sahraoui, par référence au stratège vietnamien qui
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Mohammed Bassiri et qui combat pour la libération du Rio de Oro. En juin 1971,
il est arrêté tandis que son ami Bassiri meurt sous la torture aux mains des
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1973, voit naître le Front Polisario.
Le 30 septembre 1973, il dirige un audacieux coup de main sur un petit poste
espagnol. Ce militaire autodidacte se retrouve, du jour au lendemain, commandant de
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-major du Front. Au début de 1975, il appartient
à la première promotion de combattants du Polisario à recevoir une formation
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opérations contre les troupes marocaines qui commencent à se déployer au nord du
Sahara occidental, Ayoub prend en charge la guerre contre la Mauritanie, le maillon
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expliquera-t-il dans la première interview accordée après son ralliement au Maroc, en
2002, mais elle était inférieure en combativité et en organisation31 ».
A compter de 1976, le Polisario commence à diversifier ses fournisseurs en
armements qui, jusque-l
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entre autres, vers la Corée du Nord32 . Désormais, et surtout à partir de 1978, les
combattants sahraouis pourront compter sur des canons sans reculs, des ZPU de
14,5 mm, des mortiers de 120, des lance-roquettes multiples (« orgues de
Staline »), des missiles portables SAM 7, des armes anti-chars RPG 7, etc.
Bientôt viendront les blindés T 55, les missiles anti-aériens SAM 6 Gainful
autotractés et les transports de troupes blindés BMP et BTR. Dès 1976,
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k-up vont accroître la force de frappe
du Front.
En juillet 1976, Lahbib Ayoub –qui doit une grande partie de son autorité naturelle
non seulement à son charisme personnel mais aussi au fait que sa famille forme le
clan le plus influent de la fraction des R’
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hat- fait la démonstration
de la bonne utilisation de ces matériels. Pour venger el-Ouali, tué devant
Nouakchott le 6 juin 1976, il opère un raid de 400 kilomètres dans le désert, descend
de Nouadhibou et occupe brièvement les faubourgs de l
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attaques contre le train minéralier blindé de la SNIM (Société nationale de
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omètres allant de Zouérate
à Nouadhibou, transporte le minerai de fer extrait dans le pays vers la côte atlantique
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edeZouérate où vivent plusieurs centaines de
coopérants français avec leurs familles. Elle est défendue par une garnison de 1.500
hommes, mais avec moins de 300 combattants, il bouscule les lignes de défense,
franchit tranchées et fossés anti-c
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tle centre de la ville et
écrase les militaires mauritaniens. Deux Français sont tués, six autres pris en otages.
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Liamine Zéroual (qui deviendra président de la République algérienne le 31 janvier
1994) que Ayoub at
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rendu compte du déroulement de la bataille33 ». Les Algériens se mêlent très
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Le harcèlement des hommes de Ayoub finit par porter ses fruits. En août 1979, la
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Interview de Lahbib Ayoub par François Soudan, Jeune Afrique-L’
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, 21 octobre
2002. Ci-dessous, « interview Ayoub ».
31

Entretien avec Mustapha Bouh, Rabat, 5 août 2005 ; entretien avec un officier supérieur de
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t2005.
32

33

Interview Ayoub, déjà citée.

28

Eddahab. Dès le 11 août, les Forces armées royales (FAR) du Maroc occupent la
ville. De fait, les FAR ne contrôlent que quelques agglomérations : Boujdour, Dakhla,
Laâyoune, Boucraa et Smara. Dans le désert, le Polisario f
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En janvier 1979, Lahbib Ayoub s
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en prenant à Lemseid puis
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directement aux trois colonnes blindées envoyées du nord pour sécuriser la région et
leur inflige de lourdes pertes.
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officier supérieur des FAR, la stratégie appliquée, la supériorité des armements des
Sahraouis et leur connaissance et utilisation du terrain nous ont occasionné des
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stratégie. Plutôt que de disperser nos forces en tentant de protéger chaque ville et de
nous épuiser en poursuivant les kataëb del

APLSdans le désert, nous avons décidé
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… ».
 IV.2.2. De 1981 à 1987 : fixation et reflux
Le choix de la construction du mur de défense –en fait, une levée de sable pouvant
atteindre trois mètres de haut reliant des positions fortifiées et des « sonnettes »
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double. Dans un contexte de guerre non conventionnelle entre une armée classique et
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rarement remporter la victoire, mais ses frappes incessantes et souvent imprévues

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lignes de communication, les FAR vont donc adopter une autre approche : rendre le
Sahara occidental « étanche »e
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empêchera les incursions des kataëb ennemies. Ne pouvant plus harceler les troupes
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APLS en sera réduite à tenter de percer le mur, ce qui nécessite la
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contraire aux règles de la guérilla. Les FAR bénéficient ainsi non seulement du choix
du champ de bataille mais aussi de celui de la forme que prendra cette bataille : une
guerre de pos
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importante et dotée du meilleur appui (artillerie et aviation).
Commencée en janvier 1980, la construction du « mur » se poursuivra en six tranches
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987.Une fois achevé, en 1987, le « mur »s

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internationalement reconnues du Maroc) à Guergarat, sur la côte atlantique. Sur
34

Entretien avec un officier supérieur marocain, Rabat, 8 août 2005.

29

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distance pouvant aller de quelques centaines de mètres à plusieurs dizaines de
kilomètres, et définit ainsi deux zones : un Sahara occidental « de l

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sécurisé par le « mur », et une étroite bande de terrain de plusieurs dizaines de
milliers de kilomètres carrés constituant un noman’
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andde fait où les troupes du
Polisario peuvent se déplacer à leur gré. On notera toutefois que celles-ci, pour
descendre du Nord au Sud, ne peuvent faire autrement que de passer, parfois assez
longuement, par le territoire mauritanien. Pour éviter de se trouver confrontée à
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accompagnera la construction puis la garde du « mur » d’
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APLS
tentent le franchissement des portions du « mur » qui sont en construction, tuent ou
enlèvent les militaires participant aux travaux ou les protégeant, et posent des mines
pour gêner leurs mouvements quand elles se retirent.
En mars 1981, à Guelta Zemmour, les batteries de missiles anti-aériens autotractées
SAM 6 Gainful dont sont désormais dotées certaines kataëb commandées par
Lahbib Ayoub abattent un gros porteur C-130, deux chasseurs bombardiers F-5
(surnommé Freedom Fighter parce que les Etats-Uni
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APLS lancera des attaques sur
les brèches séparant les différents tronçons du « mur », mais ne pourra empêcher
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unités légères de harcèlement et de sabotage. Les Algériens continuaient à nous
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souhaitaient prendre leur revanche sur leur défaite de la « Guerre des sables »,
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e: le
mur nous imposait un autre type de guerre. Les Marocains avaient adapté leur
stratégie et, à notre tour, nous devions faire de même », se souvient Mustapha
Bouh35.
 IV.2.3. De 1987 à 1991 :réorgani
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honneuretcessezle-feu
Après 1987, seules de très rares incursions derrière le « mur de défense » réussiront
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APLS change alors de stratégie et en vient, comme le souhaitaient les FAR,
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directement aux fortifications marocaines en concentrant des forces importantes.
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eduPolisario compte désormais une dizaine de milliers de combattants et
est organisée en 7 régions militaires, 3 au Nord, 3 au Sud et une à Tindouf. Au Nord,
on trouve la 5ème r
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a4ème région (près de Meres)

35

Entretien avec Mustapha Bouh, Rabat, 5 août 2005.

30

appuyée, au centre, par la 2ème région « renforcée » et mécanisée de Tifariti. Au Sud,
ce sont la 3ème région (Mijeh) et la première (Zoug), appuyées au centre par la 7ème
région « renforcée » et mécanisée de Sellâourich. Près de Tindouf, enfin, la 6ème
région militaire du Polisario regroupe le commandement et la logistique générale36.
Aux attaques nocturnes (rendues possibles par des moyens infrarouges) et
accompagnées de poses de mines, font succéder quelques opérations spectaculaires
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mais aussi en Yougoslavie et à Cuba, le Polisario t
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conventionnelle que lui impose désormais le Maroc. La dernière grande bataille du
Commandant Ayoub aura lieu à Guelta Zemmour, en octobre et novembre 1989 :
avec plusieurs dizaines de blindés, il attaque le « mur », le perce mais doit se retirer
face aux contre-at
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Le 6 septembre 1991, enfin, intervient le cessez-le-f
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officier supérieur marocain, Rabat, 8 août 2005.
36

31

32

V
LES CONSÉQUENCES DU CESSEZ-LE-FEU
POUR LE FRONT POLISARIO

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pourtant favorable. En existant sur le terrain militaire, le Front était devenu un
acteur régional incontournable. C’
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existé sur le terrain diplomatique37 ». La fin de ceux-ci aura des conséquences
importantes pour le Front Polisario et sa cohésion.
Au début des années quatre-vingt-dix, en tout état de cause, les observateurs
militaires et civils de la MINURSO (Mission des Nations Unies pour le Référendum
au Sahara occidental) se déployaient dans la zone contestée.

V.1. Au plan militaire : démobilisation partielle et reconversion des
combattants
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APLS avait été en déclinant. Epuisés par plus de dix ans de
guerre, les combattants comprenaient bien ce que le « mur » signifiait pour eux et
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es pas faite pour les réconforter. Certes, la lutte armée
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Ceux qui avaient quitté le Sahara espagnol, entre 1973 et 1976, croupissaient toujours
dans les camps de la régiondeTi
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récompensés. Quant aux familles des morts, elles subsistaient dans le dénuement.
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ils voyaient aussi, en revanche, que les chefs du Polisario, eux, vivaient bien. Et
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consentis en vain ou, pire, pour permettre à une clique de dirigeants de se pavaner
dans les colloques internationaux et les capitales étrangères en dissertant sans fin sur
une République sahraouie qui, le « mur » aidant, devenait chaque jour un peu plus
virtuelle38.
37

Interview Ayoub, déjà citée.

33

Une partie notable des combattants choisira alors, plutôt que de rentrer dans les
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adonneront au commerce. Certes, ces départs ne sont pas des désertions, des
discussions ont eu lieu avec la direction, et ceux qui privilégiaient « l

adi
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armes » ont promis de revenir sous les drapeaux au cas où la situation justifierait une
nouvelle mobilisation. La direction, elle, a préféré fermer les yeux :d’
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nouvelle situation née du cessez-le-feu ne nécessitait pas le maintien sous les armes
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APLS, soit 6.000 hommes,
ont alors choisi de se replier vers la Mauritanie. Moins de dix ans plus tard, en 2000,
lorsque la direction sonnera le tocsin et appellera à la mobilisation générale des
effectifs pour s

oppos
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agedur
al
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ePar
i
s
-Dakar par le Sahara occidental,
moins de 50% de ceux qui étaient partis après 1991 répondront présents39.
Mais il fallait malgré tout compenser certains de ces départs volontaires, ne fût-ce
que pour que les « Régions militaires » puissent faire illusion et être dotées des
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APLS, au plan militaire, reste à ce jour un secret bien gardé par la
direction du Polisario.Se
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eduFront, qui a compté
au moins 10.000 hommes –et peut-être, selon certaines sources, près de 20.000 à
son heure de gloire - serait aujour
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Certaines estimations font état de 2.000 à 4.000 hommes40. Mustapha Bouh
souligne que « En1
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tdonc de100 à 120 combattants.
Auj
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français familiers avec les questions du Maghreb.
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situation dans le Maghreb.
40

41

Entretien avec Mustapha Bouh, Rabat, 5 août 2005.

34

35

V.2. Au plan diplomatique :l

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sement des tentatives de
règlement international
Politiquement, une étape importante semblait avoir été franchie lorsque le Maroc et
le Polisario avai
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totalement sur les étapes intermédiaires devant conduire à celui-ci et, surtout, sur le
nombre de personnes à consulter. Tout tournait autour de la question « qui est
Sahraoui ? » et, donc, « qui peut voter ? »
Tant bien que mal, il fut admis que cinq catégories de votants pouvaient être
acceptées :
1) Les personnes mentionnées dans le recensement espagnol de 1974 (qui
comptait 74.000 noms, portés à 80.000 par le méticuleux travail de la
MINURSO).
2)Le
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3) Les parents et enfants des deux premières catégories.
4) Les personnes pouvant prouver que leur père était né sur le territoire.
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pendant 6 années consécutives ou 12 années par intermittence.
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En fait, dès le départ, le Polisario ne souhait voir participer au référendum que les
personnes inscrites sur les listes de 1974 confectionnées par les Espagnols à la fin de
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certain laps de temps.
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mettre en doute cette solution (nous aborderons cette question dans la conclusion de
la présente étude).
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nJames Baker. En juin 2001, M.
Baker proposait son plan de règlement (Plan Baker 1) qui prévoyait une période
intermédiaire de cinq ans avec autonomie interne du Sahara dans la cadre du
royaume du Maroc puis un référendum. Alger et le Polisario rejetaient cette
proposition, pourtant faite sienne par M. Annan, qui avait le désavantage, à leurs
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Deux ans et demi plus tard, en janvier 2003, James Baker proposait un deuxième
plan de règlement (Plan Baker II) : durant 5 ans, le Sahara serait géré par une
Autorité du Sahara occidental (
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commerce, des transports, etc., mais Rabat conserverait la souveraineté sur le
territoire et garderait les compétences relatives à la Défense nationale et aux
Relations extérieures. Nouveau blocage, du côté de Rabat cette fois, qui considère que
le plan proposé est inapplicable et propice à la déstabilisation de toute la région. Le 11
juin 2004, James Baker,c
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Bref, depuis 1988, le cheminement vers un règlement négocié sous égide
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retour pur et simple à la « case départ », chacun campant sur des positions
inconciliables.
Certains experts (encore fort discrets pour le moment) commencent donc à explorer
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encore : le respect des droits des Sahraouis passe-t-il obligatoirement par la création
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Sécurité et de Coopération en Europe (OSCE) : « I
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souvent des difficultés telles que, par exemple, la création de nouvelles minorités au
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37

impropre à la zone méditerranéenne où, depuis toujours, ont coexisté très
étroitement différentes ethnies42 ».
On constatera, en tout cas, que cette voie semble être, depuis quelques années, celle
que souhaite emprunter le royaume du Maroc. En septembre 1999, le Roi Hassan II
mettait en place une « Commission royale de suivi des affaires sahariennes » à
laquelle participaient des personnalités du Sahara. Par ailleurs, depuis les années
quatre-vingt, de vastes programmes de mise en valeur des « Provinces du Sud » (pour
utiliser la terminologie en cours à Rabat) ont été lancés et plusieurs milliards de
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logements, de dizaines d’
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V.3. Au plan organisationnel :scl
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Au plan politique et au plan social, le Polisario a énormément souffert de ces années
où il a vu la concrétisati
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et la rigidité de la direction du Polisario/RASD.
Pierre Olivier Louveaux remarque que « LeFr
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rapidement une solution au problème sahraoui. Depuis la chute du mur de Berlin,
les soutiens des pays amis et la motivation idéologique au sein des camps se sont
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désormais gouverné par quelques personnes qui visent prioritairement leurs
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dirigeants, tous ou seulement une partie, profitent largement de la situation actuelle
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, qui peut être trouvé
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e: http://medea.be/print.html?page=&lang=fr&doc=1568 . Désigné cidessous comme « Rapport Louveaux ». Voir aussi, du même auteur Self Determination and
Autonomy : a contradiction ? in Third collection of essays on Mediterranean security,
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OSCE,2004.
42

43

« Rapport Louveaux », déjà cité, page 3.

38

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dualité sur laquelle ceux-ci jouent adroitement44 ».
Les anciens dirigeants, ralliés au Maroc, du Front Polisario, font le même constat.
Hametti Rabani, ancien ministre de la Justice : « Malgré le semblant de dialogue
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ère opaque. Les décisions vitales sont
prises en petit comité, sans réel dialogue. Mohamed Abdelaziz, président inamovible
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proches et prenant ses conseils ou ses ordres à Alger. Ceux qui le contestent sont
écartés ou soumis à des « enquêtes de sécurité ».Ce
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le pouvoir reste concentré entre les mains de quelques-uns qui n’
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…45 ».
Sidati El Ghallaoui, ancien diplomate de la RASD,qu’
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autres, à Rome et à Malte : « Cet exercice solitaire du pouvoir par une direction
confinée dans ses villas et dont certains membres ne mettent même plus les pieds
dans les camps de réfugiés, a induit une grande méfiance de la part de la population
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…46 ».
Mustapha Bouh, ancien Commissaire politique des armées47, estime que ce divorce
et les dissensions au sein de la direction ont commencé dès la fin de la construction
du « mur de protection » : « C’
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il y a eu des troubles graves dans les camps, qui ont été réprimés avec sauvagerie. Il
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…48 ».

44

Idem, page 4.

45

Entretien avec Hametti Rabani, Rabat, 4 août 2005.

46

Entretien avec Sidati El Ghallaoui, Rabat, 4 août 2005.

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travailleurs sahraouis, etc.
47

48

Entretien avec Mustapha Bouh, Rabat, 5 août 2005.

39

Pour autant, le Polisario faisait tout pour convaincre sympathisants, bailleurs de
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Bouh se rappelle : « Lor
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deux ou trois différentes. Aux communistes, je montrais des femmes à
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venait le tour de la délégation iranienne, je leur faisais voir des femmes voilées et
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Mensonge et opacité, telle est également la conclusion du commandant Lahbib
Ayoub : « Abde
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renseignement et sur une gendarmerie à sa dévotion. Le secrétariat national ne se
réunit que tous les six mois pour entériner les décisions prises par le président.
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V.4. Au plan civil : la vie dans les camps de réfugiés de Tindouf
Alors que la direction du Polisario est concentrée au camp de Rabouny, à 23 km au
Sud-est de Tindouf, les réfugiés, eux, sont abrités dans quatre camps distants
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on20à25km deRabounyet rebaptisés du nom de villes du Sahara
occidental. Du Nord au Sud, ce sont les camps de Al-Aayun, Aousserd, Smara et
Dakhla.
Plusieurs observateurs et travailleurs humanitaires ou de sympathisants du Front
Polisario qui ont pu se rendre régulièrement dans ces camps depuis une quinzaine
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voire de désespoir qui y est palpable.
Certains ont également constaté de criantes inégalités. Selon Pierre Olivier
Louveaux,qui s

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humanitaire, et qui confirme la différence de traitement entre réfugiés, le Polisario
a mis en place un « système de clientélisme qui permet aux dirigeants de garder une
emprise forte sur la population. Les personnes ont très peu de droits établis. Tous
doivent quémander les faveurs des dirigeants. Ces faveurs peuvent consister en, par
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49

Idem.

50

Interview Ayoub, déjà citée.

40

Front Polisario, le droit de sortir des camps et, probablement également des faveurs
économiques 51».
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réelles conditions de vie. Le Front Polisario limite au maximum les contacts que les
étrangers pourraient avoir avec cette catégorie de la population, réelle victime de ce
conflit, otage du Front Polisario52 ».
Les étrangers de passage, rappelons-l
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les services de sécurité du Front de même que par la Sécurité militaire algérienne.
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facilités que, comme le souligne Louveaux : « Etant donnée la situation de
paranoïa généralisée suite au conflit qui les oppose au Maroc, certaines zones ou
certains mouvements sont considérés comme de « sécurité nationale ». Le Front
Polisario manie habilement ce concept de situation de crise pour éviter de clarifier
certains points ou pour justifier certains de leurs contrôles ou surveillances53 ».
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Rights Watch (HRW) notait en 1995 : « Il y a des points de contrôle du Polisario
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est située dans une zone militaire algérienne. Bien que la représentante de HRW fut
encouragée par les membres du Polisario à se déplacer librement dans les camps et
à parler à qui e
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déplacements54 ».
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camps du Polisariopr
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51

« Rapport Louveaux », déjà cité, page 5.

52

Idem.

53

Idem, page 4.

54

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e:http://www.hrw.org/reports/1995/wsahara.htm

U.S. Department of State, Bureau of Democracy, Human Rights and Labor, Country
Reports on Human Rights Practice, Western Sahara, 23 février 2001. Ce rapport peut être
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e: http://www.state.gov/g/drl/rls/hrrpt/2000/nea/825.htm
55

41

Même constat dans le rapport 2002 : « Le Polisario aurait limité les libertés
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proches de Tindouf. En juin, des membres de deux ONG représentant des Sahraouis
qui ont quitté les camps du Polisario ont rencontré, à Laâyoune, des diplomates
étrangers et leur ont fourni des photographies de victimes de torture et des
documents alléguant que des abus avaient été commis dans la région de Tindouf56 ».
Une affirmation répétée dans le rapport 2004 (rendu public le 28 février 2005) du
U.S. Department of State, Bureau of Democracy, Human Rights and
Labor57.

V.5. Défections et ralliements
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aux frères égarés pour regagner la patrie clémente et miséricordieuse ».

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notre chance de vraiment faire bouger les choses dans le bon sens pour les
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au que nous recevions en temps et en heure à
U.S. Department of State, Bureau of Democracy, Human Rights and Labor, Country
Reports on Human Rights Practices, Western Sahara, 2002, rendu public le 31 mars 2003:
http://www.state.gov/g/drl/rls/hrrpt/2002/18292.htm
56

Country Reports on Human Rights Practices, Western Sahara. Ce rapport peut être trouvé
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e: http://www.state.gov/g/drl/rls/hrrpt/2004/41735.htm
57

58

Entretien avec Mustapha Bouh, Rabat, 5 août 2005.

42

chacun qui en avait besoin. Pire :dé
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fallait pour quelques dizaines de milliers de réfugiés, comment pouvions-nous
prétendre être efficaces pour diriger un immense territoire peuplé de centaines de
milliers de personnes ? Nous ne pouvions que faire le malheur de notre propre
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…59 ».
Depuis la fin des combats, pour une raison ou pour une autre, des milliers de réfugiés
sahraouis ont décidé de quitter Tindouf et de regagner le Maroc ou, pour une
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de tous niveaux et des dizaines de dirigeants et de responsables en vue.
Au nombre de ces derniers (
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 Ahmed Moul
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Hamed, dit Ahmed Cherif, ancien chef des services de
sécurité.
 Le commandant Ayoub Lahbib, membre fondateur du Polisario.
 Baba Mustapha Sayed, représentant du Polisario au Canada.
 Bahir Dkill, membre fondateur du Polisario, ancien représentant de
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 Brahim Hakim, ancien ministre et représentant du Polisario en Amérique
du Nord.
 Ghaouta Mohamed Ahmed Baba, un des responsables du recensement.
 Ghoulam Najem Mouichame, représentant en Allemagne.
 Guajmoula Bent Ebbi, anc
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députée marocaine.
 Mohamed Salem Khatri, ancien membre de la direction nationale du
Polisario.
 Hametti Rabani, ancien ministre de la Justice et des Cultes.
 Mus
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 Keltoum Khayati, ex-r
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.
 Omar Hadrami, membre fondateur du Front et membre du Bureau
politique.
 Sidati El Ghallaoui, ancien représentant du Polisario à Rome et à Malte.

59

Entretien avec Hametti Rabani, Rabat, 4 août 2005.

43

VI
LA DÉRIVE DU FRONT POLISARIO :
UNE ORGANISATION ORPHELINE DE
LA GUERRE FROIDE ET EN VOIE DE DÉCOMPOSITION

Le rapide profil du Front Polisario tel que venons de le tracer, de sa naissance au
cessez-le-feu de 1991 et à son retrait du champ des opérations militaires, définit le
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les premières années du 21
siècle. Cette évolution a été marquée par de graves
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en revue et examiner en détail. Nos enquêteurs se sont livrés, pour se faire, à une
large collecte de documents et de témoignages qui ont été soumisàl

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résulte que si certains reproches adressés au Polisario ne reposent manifestement
sur aucune base solide –et sont parfois manifestement non fondés –,l

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générale de cette organisation a de quoi inquiéter.

VI.1. Le Front Polisario est-il une simple couverture des ambitions
régionales algériennes ?
Régulièrement, depuis 30 ans, le Front Polisario a été présenté par ses détracteurs
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seule fin de miner les positions du Maroc e
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Algérie
au plan régional et en Afrique.
M. Ahmed Lahlimi, alors ministre délégué marocain auprès du Premier ministre et
chargé des Affaires générales du gouvernement, déclarait le 23 novembre 1999, en
recevant une délégation de parlementaires français : « L’
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…60 ».
Même si le propos peut sembler lapidaire et peu nuancé, plusieurs éléments viennent
appuyer cette thèse :

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Nationale, Onzième législature.
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début de cette étude.
 Depuis la Guerre des Sables (voir annexe 1), Alger à un compte à solder avec
Rabat.
 Si elle souhaite amplifier son rôle en Afrique, notamment du point de vue de la
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à la merci de troubles civils comparables à ceux que le pays a connus dans les
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la dernière décennie du 20
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sécuritaires et politiques internes aigues (terrorisme dit « résiduel » mais qui
demeure actif, tensions sociales provoquées par le mauvais partage de la rente
pétrolière, rivalités politiques au sommet du pouvoir, absence de

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rappelé par la direction du Polisario : les camps de Tindouf sont situés en Algérie,
ce pays a armé, entraîné et financé le Polisario sans interruption depuis plus de
trente ans. Il a permis que plus de deux milles prisonniers de guerre marocains soient
retenus sur son sol dans les camps du Polisario, pour la plupart durant vingt ans.
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prenante dans ce conflit vieux de trente ans, et cela contrairement aux allégations de
ses dirigeants qui se veulent de simples défenseurs des droits des peuples à disposer
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ux-mêmes. Il ne nous semble toutefois pas possible de définir le Polisario comme
une organisation exclusivement au service de la politique algérienne. Comme nous
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permanente des « conseillers » algériens dans les opérations militaires avant 1991, de
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le sort des populations concernées.
Ainsi en a-t-il été, après la mort de el-Ouali Mustapha Sayed, de la désignation de
Mohamed Abdelaziz comme Secrétaire général du Polisario et président de la
RASD alors que celui-c
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considéré comme leur homme61 ». Et non sans raison, du point de vue tribal,
Mohamed Abdelaziz appartenant à la fraction minoritaire des R’
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les R’
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Autre élément de réflexion : constatant le blocage résultant du rejet du Plan Baker,
Alger proposait, début 2003, la partition pure et simple du Sahara occidental entre le
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une interview explosive consentie au quotidien marocain La Gazette du Maroc, en
mars 2003, le Général Khaled Nezzar, anc
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-major et ancien ministre
de la Défense algérien, déclarait, évoquant la question sahraouie : « J’
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de nous, ce qui implique la nécessité de créer coûte que coûte notre propre espace
maghrébin63 ».
Le Général évoquait ensuite une solution « ni perdant ni gagnant », permettant
« d’
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s», de leur permettre de « rejoindre le pays dans le cadre
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61

Interview Ayoub, déjà citée.

62

Idem.

Interview du Général Khaled Nezzar par Samir Sobh, La Gazette du Maroc, 10 mars 2003.
Ci-dessous, « interview Khaled Nezzar ».
63

64

Interview Khaled Nezzar, déjà citée.

46

A en juger par les récentes déclarations du Président Bouteflika65 sur la question et
par la lecture de la presse algérienne, la vision de Khaled Nezzar est pourtant
minoritaire, même si elle fut partagée par le Président Mohammed Boudiaf auquel
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Dans le cadre des tensions qui continuent à miner les relations entre Rabat et Alger, il
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persistance de la menace terroriste (matériel de vision nocturne, systèmes de
détection), le reste semble davantage destiné à des opérations extérieures : blindés
sud-africains, lanceurs FROG 7 (
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sSCUD-C (
d’
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portée de 600 km) et No-Dong 1 (1.000 km) achetés à la Corée du Nord. Chasseur
Sukhoï 24, chasseurs-bombardiers SU-24MK, chasseurs multi-tâches
Mig 29MT,e
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quelle utilité réelle lui seront ces matériels.
A ce propos, nous citerons le Dr William Zartman, directeur du programme de
Management des conflits à la Paul H. Nitze School of Advanced International
Studies de la John Hopkins University (Washington), qui estime que « la question du
Sahara [
…] e
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obtenir cet armement lourd67 ».
En conclusion, même si la création du Polisario ne nous semble pas avoir
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avons recueillis et la documentation que nous avons compilée nous
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Abdelaziz Bouteflika réitérait son soutien totalàl

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Cette interprétation nous a été confirmée par plusieurs diplomates européens traitant des
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é2005.
67 Intervention du docteur William Zartman, le 3 mai 2004 lors du colloque « Le Sahara est-il
prêt pour une solution politique ? », à New York.
66

47

VI.2. La situation des femmes et les accusations de « procréation
forcée »
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s, depuis des années, que le Front Polisario
poursuivait une politique de « procréation forcée » imposant aux femmes de
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on«vaches reproductrices » a même été utilisée par certains
médias pour qualifier les femmes sahraouies qui, selon eux, seraient les victimes de
cette politique.
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divorce, elle garde tous les biens donnés par son père comme ceux offerts par son
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marie, la femme passe de la tutelle du père à celle de son mari. Une fois divorcée,
68 ». Quant à la polygamie, elle
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est inexistante, le contrat de mariage des Sahraouies comprenant depuis des
décennies une clause stipulant que « la sabiqa wa la lahiqa, wa ida tamma dalika fa
amrouha biyadiha » (approximativement : « ni précédente, ni suivante et si cela se
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Les « preuves » de la politique de procréation forcée –s
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tsont difficiles à obtenir. Nous nous sommes entretenus, en Europe et au Maroc, avec
plusieurs femmes de tout âge qui avaient vécu dans les camps de la région de Tindouf
et avec des travailleurs humanitaires qui avaient fréquenté ces camps69. Rien dans
leurs dires et dans leurs témoignages ne nous a permis de conclure que cette politique
continuait de nos jours.
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naissances dans les camps ont répondu : « Auc
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utilisent. Mais il est vrai que le Poli
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Polisario, expliquait il y a quelques années que les jeunes filles « sont obligées de se

68

Cité dans le magazine Tel Quel, 1er novembre 2005.

69

Entretiens effectués en juillet et août 2005.

Western Sahara keeping it secret, The United Nations Operation in the western Sahara,
HRW, October 1995, http://www.hrw.org/reports/1995/wsahara.htm
70

48

marier dès le plus jeune âge et se voient refuser tout accès aux moyens de
contraception moderne ».Lebutr
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camps, la direction « oblige les femmes à accepter la polygamie ». En octobre 1996,
Mme Gamoula Bent Ebbi, ancien membre du Bureau politique du Front Polisario,
notait71 : « Les femmes sont exploitées par le Polisario, elles ne sont pas respectées et
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VI.3. La situation des enfants envoyés « étudier »àl

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Cuba pour y poursuivre leur scolarité étaient, en fait, victimes de travail forcé voire
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dans les plantations de cannes à sucre et de tabac tandis que des jeunes adolescentes
seraient forcées de se prostituer.
Plus de 5.800 enfants et adolescents sahraouis vivraient actuellement à Cuba,
souvent en dépit de la volonté de leurs parents, et sous prétexte de « scolarisation ».
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et la décolonisation, le 10 octobre 1996.
72 Juan Vivés, op. cit., page 153.
71

73

Entretien avec Hametti Rabani, Rabat, 4 août 2005.

49




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