S18 coup de poignard posthume.pdf


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Aperçu texte


Elle aurait pu leur dire, à tous les autres, que c’était inutile de se rassembler stupidement pour déclamer des prières
molles à un dieu qui manifestement se payait leur tête. Sans le voir de ses propres yeux, elle avait perçu la chute de Ash,
sa perte. Il était mort, elle le savait au plus profond d’elle-même. Mort avec ses promesses, mort avec tous ses projets,
mort avec son enthousiasme et son beau sourire. Il ne restait plus aucune trace de lui.
Sauf le texte de cette lettre qui se répétait indéfiniment dans son esprit :
« Pauline, si tu es en train de lire ceci, c’est qu’il a du m’arriver des bricoles. Je ne veux pas que tu t’inquiètes :
j’arrive toujours à me sortir d’un mauvais pas. Mais l’hostilité ici est très forte. Depuis l’arrivée d’Elisabeth, je suis
encore moins sûr de qui est qui. J’ai découvert des choses, beaucoup de choses. Malheureusement, je ne peux pas tout
dire ici. Il n’est pas exclu que le brave Osmund lise quand bien même cette lettre ou qu’elle tombe entre les mains de
quelqu’un d’autre que toi avant que tu ne puisses la détruire. Il faut tout prévoir.
Ne t’attends donc pas à grand-chose de fracassant dans ces quelques lignes. Le plus important est dissimulé ailleurs.
Tu sais lire entre les lignes : tu sauras où trouver.
Ce que je veux par-dessus tout, c’est que tu ne te fasses pas de mouron pour moi. Je regrette simplement, puisque tu lis
ceci, de ne pas avoir eu le temps de t’en apprendre plus. Tu dois rester forte face à l’adversité. Ne cherche pas à me
retrouver, je me charge de cela. En temps voulu, je suis certain que cela sera fait. Tu dois agir normalement, montrer
que tu as de la peine, montrer ta faiblesse pour cacher ta force. Tu peux te confier à Osmund, mais autrement, ne
cherche pas de l’aide sans faire preuve du maximum de prudence.
Et si jamais tu sens le moindre danger, Pauline, tu ne devras pas rester à Camp Darwin. J’ai déjà prévu cette
éventualité. J’avais déjà prévu la possibilité de disparaître… Pour un temps. Camp Darwin n’est qu’un simple maillon
dans une chaîne que j’essaie de remonter, anneau par anneau.
Dans le cas où Maverick survivrait, ce que je ne sais pas à l’heure où j’écris ces lignes, tu ne dois pas non plus lui
accorder toute ta confiance. Cherche un refuge sûr loin des militaires. Il y a un ennemi à l’intérieur de Camp Darwin,
qui n’est ni lié aux contestataires, ni un agent de la Bête aux yeux jaunes. Autre chose même qu’une personne liée à
Elisabeth- je ne lui fais pas entièrement confiance non plus. Ne place même pas Eléonore dans ton cercle de confiance,
elle agit bizarrement depuis quelques temps. Je crois que tu devras affronter un fantôme du passé.
Dans cette atmosphère d’apocalypse, j’ai réussi à passer de merveilleux moments avec toi, petite blonde. Sans toi, je
n’aurai sûrement pas eu le courage d’aller jusqu’au bout de mon entreprise… Et il reste pourtant tant à faire. Je ne
peux pas te demander de terminer mon projet, cela te mettrait en danger et tant que je devrais paraître mort, je veux
que tu sois en sécurité. C’est ce qui m’importe le plus. Tu as été comme la petite sœur que je n’ai jamais eue…
Prends soin de toi et surveille l’horizon. Je reviendrai.
Baisse le chagrin, le cœur haut bras au ciel de bleu pur, la chance sourira, statue neutre bienveillante du temps et
pèlerin des âmes perdues.
- Ash. »

Elle n’avait pas essayé de lire entre les lignes. Plus rien ne l’animait, elle ne croyait pas à son retour. Personne d’autre
que lui ne pourrait le remplacer. La solution la plus simple était de rester dans la petite maison de son esprit, bien
tranquille, bien seule, loin des tourments de ce monde. Sans joie, mais sans souffrance, dans une apraxie cotonneuse.
Bientôt, on ne penserait plus à la nourrir, on la laisserait dans un coin, et après une dernière onction, on la laisserait s’en
aller en paix rejoindre Ash qui devait l’attendre quelque part dans l’Au-delà. Peut-être trahissait-elle sa mémoire en
agissant ainsi, en se laissant mourir, mais quelle importance ? Les simples souvenirs ne sont pas une raison suffisante.
Les symboles ne remplacent pas tout.
Elle se confortait ainsi, brisant une à une les amarres qui la retenait dans la réalité, jusqu’à ce qu’on frappe à la porte de
la petite maison de son esprit. Elle sursauta, et se recroquevilla psychiquement un peu plus loin dans la chambre sans
tangibilité.
On frappa plus fort. Qui pouvait vouloir la tirer de sa léthargie avec autant d’insistance ? Personne ne tenait
immodérément à elle. On avait même plutôt tenté de la tuer affreusement. On ne déployait pas tellement d’efforts pour
mettre la main sur l’assassin raté, peu importait ce que pouvait dire le Colonel.
On frappa encore. Elle se cacha sous le lit de son refuge intérieur.