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1

La crise en Russie :
Un phénomène d’une durée limitée et aux causes diverses
Jacques Sapir1
Janvier 2010
La crise économique est en train de s’estomper en Russie. À l’exception du taux de croissance
des investissements fixes, qui continue d’être déprimé, quoique en progrès relatif, les autres
indicateurs témoignent de la sortie de la phase de dépression brutale que le pays a connue.
Ces résultats correspondent par ailleurs à l’ensemble de l’économie mondiale, même si ils ont
été plus marqués à la baisse mais aussi à la hausse. La crise a pris en Russie la forme d’un
« V » particulièrement brutal, mais dont la durée n’a pas excédé une année.
Ceci pose alors la question des causes de la crise.
I. Une crise brutale, mais de courte durée.
La crise a frappé la Russie très brutalement à partir d’octobre-novembre 2008. C’est donc
bien la crise de liquidité sur les marchés internationaux qui a eu le rôle de déclencheur,
accompagné par la chute importante des flux commerciaux.
Graphique 1
Impact de la crise sur l'économie russe

130%
125%
120%

Glissement annuel

115%
110%
105%
100%
95%
90%
85%
80%

Taux de croissance du fret ferroviaire

Taux de croissance des investissements fixes

Taux de croissance de la production agricole

Source : GOSKOMSTAT et Banque Centrale de Russie.
Directeur d’études à l’EHESS-Paris. Directeur du CEMI-EHESS.

1/11/09

1/09/09

1/07/09

1/05/09

1/03/09

1/01/09

1/11/08

1/09/08

Taux de croissance de la production industrielle
Taux de croissance du PIB

1

1/07/08

1/05/08

1/03/08

1/01/08

1/11/07

1/09/07

1/07/07

1/05/07

1/03/07

1/01/07

1/11/06

1/09/06

1/07/06

1/05/06

1/03/06

1/01/06

75%

2

Cette crise a touché en premier lieu l’industrie. À cet égard, il est intéressant de noter que,
dans la phase descendante de la crise, le taux de croissance du fret ferroviaire a sensiblement
anticipé le mouvement, alors que dans la phase de récupération, qui commence en juin 2009,
cet indicateur anticipe la reprise. Ceci confirme que la crise a d’abord été celle de l’industrie
manufacturière et qu’elle a été amortie par les industries extractives, et en particulier les
hydrocarbures.
On le constate ainsi dans le graphique 2.
La chute de l’industrie manufacturière est beaucoup plus brutale et rapide que celle du secteur
des matières premières. À l’inverse, la reprise est elle aussi nettement plus marquée. Ce
phénomène vient confirmer ce qui se passait avant la crise où l’on peut constater que
l’industrie manufacturière avait un taux de croissance moyen d’environ 10% alors que le
secteur des matières premières se situait plutôt autour de 3%.
Graphique 2
Décomposition de la croissance industrielle
120%
115%
110%
105%
100%
95%
90%
85%
80%

1/01/06
1/02/06
1/03/06
1/04/06
1/05/06
1/06/06
1/07/06
1/08/06
1/09/06
1/10/06
1/11/06
1/12/06
1/01/07
1/02/07
1/03/07
1/04/07
1/05/07
1/06/07
1/07/07
1/08/07
1/09/07
1/10/07
1/11/07
1/12/07
1/01/08
1/02/08
1/03/08
1/04/08
1/05/08
1/06/08
1/07/08
1/08/08
1/09/08
1/10/08
1/11/08
1/12/08
1/01/09
1/02/09
1/03/09
1/04/09
1/05/09
1/06/09
1/07/09
1/08/09
1/09/09
1/10/09
1/11/09
1/12/09

75%

Production industrielle, (glissement annuel)

Industrie manufacturière (glissement annuel)

Matières premières (glissement annuel)

Services publics (électricité, gaz et eau) glissement annuel

Source : GOSKOMSTAT

Le secteur de ce que l’on appelle les « utilities », et qui correspond en partie aux services
publics, a connu une évolution intermédiaire entre les matières premières et le secteur
manufacturier.
Pour ce dernier, si la chute de production a été très forte, le rythme de récupération apparaît
comme lui aussi exceptionnellement rapide. Il faudra cependant attendre le premier semestre
de 2010 pour voir si ce secteur maintient sa dynamique et redevient le moteur réel de la
croissance de la Russie.

3
Cette évolution est à rapprocher de celle de la demande des ménages. Si le revenu monétaire
disponible se maintient, ce n’est pas sans des fluctuations extrêmement importantes.
Cependant, la crise marque de manière très nette un changement dans le comportement des
ménages. Alors que la croissance de la dépense en biens en services excédait largement celle
du revenu disponible avant la crise, c’est l’inverse que l’on constate depuis le début de 2009.
Graphique 3
Consommation des ménages
120%
115%
Revenu
monétaire réel
disponible

Glissement annuel

110%
105%
100%

Dépenses en
biens et
services

95%

1/10/09

1/07/09

1/04/09

1/01/09

1/10/08

1/07/08

1/04/08

1/01/08

1/10/07

1/07/07

1/04/07

1/01/07

1/10/06

1/07/06

1/01/06

85%

1/04/06

90%
Indice du
commerce de
détail

Sources : Banque Centrale de Russie.

La chute de la dépense est sensible et elle ne se stabilise qu’à la fin de l’été 2009, soit après
que le creux de la crise soit passé dans l’industrie. Si l’indice du commerce de détail remonte
quelque peu, il reste encore nettement déprimé.
Tout porte à croire l’existence d’un écart très fort entre le mouvement des revenus et celui de
la dépense.
Il est ainsi possible que les ménages aient brutalement accru leur épargne de précaution. Les
insuffisances de la protection sociale en Russie, et en particulier des allocations chômage peut
en être la cause.
Mais il est aussi possible que ce phénomène soit a relier à un autre facteur, et plus
précisément le renchérissement des taux d’intérêts réels que l’on a connu en Russie, à
l’inverse de ce que l’on a pu observer dans d’autres pays.
Globalement, l’analyse des statistiques fournies par les autorités russes met le centre de la
crise dans l’industrie manufacturière (offre) et dans la consommation des ménages (demande).
Il reste a voir comment ces faits se réconcilient ou non avec les explications traditionnelles de
la crise.

4
II. Les causes de la crise.
Une explication courante consiste a relier la crise et l’évolution du prix des hydrocarbures.
On constate en réalité deux mouvements relativement contradictoires. De janvier 2007 à août
2008 la hausse des prix du pétrole n’a aucun effet sur le taux de croissance de l’économie. Par
contre, quand il se met à baisser très rapidement à partir d’août 2008, on constate, avec un
décalage de un à deux mois, une similitude de la courbe du PIB. Par contre, du moment ou le
mouvement des prix du pétrole s’inversent, le PIB ne réagit pas pendant cinq mois puis
commence une récupération très rapide.
Graphique 4

Prix du pétrole (en US Dollar par baril)

oct-09

Taux de croissance du PIB

nov-09

sep-09

juil-09

aoû-09

juin-09

avr-09

mai-09

mars-09

-16%

jan-09

20

fév-09

-14%

déc-08

30

oct-08

-12%

nov-08

-10%

40

sep-08

50

juil-08

-8%

aoû-08

60

juin-08

-6%

avr-08

70

mai-08

-4%

mars-08

80

jan-08

-2%

fév-08

0%

90

déc-07

100

oct-07

2%

nov-07

110

sep-07

4%

juil-07

120

aoû-07

6%

juin-07

130

avr-07

8%

mai-07

140

mars-07

10%

jan-07

12%

150

fév-07

USD par baril

Evolution du taux de croissance et du prix du pétrole
160

PIB (glissement annuel)

Prix du pétrole : Brent de l’Oural, moyenne des prix pour le mois.
Source : Banque Centrale de Russie

En fait, on est en présence de plusieurs mouvements :
i.
La baisse des prix du baril de brut a été de courte durée. Dès juin 2009 il récupère
son niveau d’août 2007.
ii.
Les activités gazières et pétrolières n’ont qu’un poids infime dans la masse
salariale des travailleurs. Ce n’est donc pas par là que les chocs du marché du
pétrole peuvent se transmettre.
iii.
Par contre, l’importance des exportations dans la structure des recettes fiscales est
effectivement importante. Une baisse du prix du brut peut agir à la fois comme un
indicateur de possibles problèmes de solvabilité et comme un manque à gagner sur
les ressources de l’État.

5
En fait, les mouvements du PIB apparaissent mieux corrélés avec le solde commercial
(exprimé comme le PIB en glissement annuel) qu’avec les seuls prix du pétrole. Mais on
retrouve cependant le même phénomène que pour ces derniers. Quand le solde commercial
augmente très fortement, en raison de la hausse généralisée des matières premières, le PIB ne
suit pas cette hausse. On ne constate pas une accélération de cette dernière de septembre 2007
à juin 2008, en dépit d’un accroissement impressionnant du solde commercial (+ 120%). Par
contre, le mouvement des deux courbes est plus cohérent par la suite (Graphique 5).
Graphique 5
Évolution du PIB et du solde commercial
16%

160%
140%

12%
120%

8%

80%

4%

PIB

60%

0%

40%
20%

-4%
0%

-8%

Solde commercial

100%

-20%
-40%

-12%
-60%

-16%

PIB (glissement annuel)

oct-09

nov-09

sep-09

juil-09

aoû-09

juin-09

avr-09

mai-09

mars-09

jan-09

fév-09

déc-08

oct-08

nov-08

sep-08

juil-08

aoû-08

juin-08

avr-08

mai-08

mars-08

jan-08

fév-08

déc-07

oct-07

nov-07

sep-07

juil-07

aoû-07

juin-07

avr-07

mai-07

mars-07

jan-07

fév-07

-80%

Solde commercial en glissement annuel

Source : Banque Centrale de Russie et Goskomstat

Il est donc indéniable que l’entrée dans la phase dramatique de la crise, qui se traduit par une
crise de liquidités à l’échelle internationale, a eu des conséquences importantes sur le
commerce mondial. Ces conséquences se traduisent par une baisse des prix ou des volumes
(ou des deux). Compte tenu de la dépendance aux exportations de l’économie russe, ceci ne
peut pas ne pas avoir un effet. C’est donc la totalité du secteur exportateur qui est touchée, et
non les seuls groupes pétroliers et gaziers.
Pourtant, jamais le solde commercial n’aura été négatif durant cette crise. Son point le plus
bas est de 4,63 milliards de dollars en décembre 2008. Au mois de novembre 2009 il est
revenu à 31,6 milliards, soit un niveau égal à celui de juillet 2007. Or, la croissance n’a pas
retrouvée son niveau d’alors.
Force est donc de constater que si les mouvements des exportations ont bien eu des effets sur
la situation économique de la Russie, ces effets ne sauraient totalement expliquer la crise et
encore moins sa durée. Il faut donc s’orienter vers d’autres facteurs, et en particulier ceux qui
sont d’ordre monétaire.
L’évolution de M2 est ici particulièrement instructive.

6
Graphique 6
Évolution du PIB et de la masse monétaire (M2)
M2

8%

14000

4%

13000

0%

12000

-4%

11000

-8%

10000

-12%

9000

-16%

8000
oct-09

nov-09

sep-09

juil-09

aoû-09

juin-09

avr-09

mai-09

fév-09

mars-09

jan-09

déc-08

oct-08

nov-08

sep-08

juil-08

aoû-08

juin-08

avr-08

mai-08

mars-08

jan-08

fév-08

déc-07

oct-07

nov-07

sep-07

juil-07

aoû-07

juin-07

avr-07

mai-07

mars-07

jan-07

fév-07

PIB

15000

Source : Banque Centrale de Russie

Graphique 7

Évolution des taux d'intérêts et de l'inflation

35%
30%
25%
20%
15%
10%

Taux sur les crédits en roubles pour les entreprises non financières (1 an)
Taux pour les crédits aux individus (1an)
Taux d'inflation sur les 12 mois écoulés

Source : Banque Centrale de Russie

1/09/09

1/07/09

1/05/09

1/03/09

1/01/09

1/11/08

1/09/08

1/07/08

1/05/08

1/03/08

1/01/08

1/11/07

1/09/07

1/07/07

5%

M2 (milliards de roubles)

PIB
12%

7
On constate une baisse de M2, soit une contraction de la masse monétaire, ce qui est sans
précédents dans une période récente. Il faut donc attendre novembre 2009 pour que l’on
retrouve un niveau de masse monétaire qui soit équivalent à août 2008.
Or, c’est essentiellement à travers le crédit interne que l’on retrouve cette baisse. Les taux du
crédit, aux entreprises non-financières comme aux ménages ont augmenté très brutalement à
partir d’octobre-novembre 2008, et ce alors que le taux d’inflation baisse. Le taux consenti au
particulier continue de monter pour la totalité de l’année 2009 et atteint actuellement des
sommets.
On peut alors rapprocher cette donnée de celle que l’on avait constatée au début de cette note,
soit la chute des dépenses en biens et services. Une part de plus importante de ces dépenses
était financée grâce à des crédits. Or, que ce soit par les taux ou par les quantités, les banques
russes ont procédé à un rationnement très brutal du crédit.
On est ainsi passé de 3 566 milliards de roubles au 30 septembre 2008 à 3 190 milliards de
roubles au 31 octobre 2009 soit une baisse de 10,5% de l’encours de crédits à la population.
Compte tenu du rythme de renouvellement des crédits, ceci implique une activité créditrice
très faible de la part des banques. Ceci est encore plus vrai dans le crédit au logement où 655
milliards de roubles de crédits avaient été consentis en 2008 et seulement 140 milliards en
2009. Par ailleurs, on assiste bien à une hausse des taux et à une compression des durées pour
ce type de crédits.
Le mouvement est encore plus évident pour les crédits en devises étrangères puisque l’on
passe de 103,2 milliards de roubles à 9,5 milliards de roubles de 2008 à 2009. Pour le crédit
hypothécaire (qui est la forme prioritaire du crédit au logement aujourd’hui) on est passé dans
la même période de 555,5 milliards de roubles à 116,7 milliards de roubles.
Si l’on regarde maintenant les crédits accordés aux PME-PMI, on constate exactement le
même mouvement. On est passé de 3843 milliards de roubles en 2008 à 2525 milliards en
2009, soit une baisse de 34,3%2.
III. L’interaction entre l’interne et l’externe dans la crise en Russie.
Il est donc incontestable que le mouvement haussier des taux d’intérêt décidé par la Banque
Centrale de Russie dès octobre 2008 a considérablement aggravé la crise en Russie. De ce
point de vue, l’articulation entre la crise externe et la crise interne apparaît désormais comme
à peu de choses près claire.
Le mouvement de fuite des capitaux qui commence avec la crise de liquidité internationale
était prévisible3 et il est venu démentir les affirmations par trop optimistes du Ministre des
Finances Alexei Kudrin sur la Russie « havre de stabilité »4. Il a été provoqué à la fois par le
besoin désespéré en liquidités des institutions financières internationales et par les craintes
que pouvaient engendrer la situation de la Russie. Pourtant, cette dernière n’a jamais été
2

Banque Centrale de Russie, Bulletin of Banking Statistics, n° 12/2009 (199) décembre 2009,
Moscou.
3
Kaminsky G.L., C.M. Reinhart and C.A. Végh, “When it Rains, It Pours: Procyclical Capital Flows
and Macroeconomic Policies”, Paper prepared for the NBER 19th Conference on Macroeconomics,
August 13th, 2004, IMF, Washington DC.
4
Sapir J., « Vozmozhnosti i Riski ‘Gavani Stabil’nosti’ » [Possibilities and risk of a “ safety haven”] in
Rossija v Global’noj Politike, n°2/2008, March-April. URL:
http://www.globalaffairs.ru/numbers31/9482.html

8
menacée par l’insolvabilité comme en 1998. D’une part la part de la dette publique est
extrêmement faible et d’autre part, en dépit d’une forte contraction – mais très momentanée –
le solde commercial reste toujours positif. De fait, le montant des réserves de la Russie, s’il
connaît une forte baisse, reste très confortable et très élevé calculé en mois d’importations
(graphique 8). On peut même le considérer comme excessif dans l’absolu, en raison du coût
social qu’il implique5. Cependant il faut aussi savoir que seul de très importantes réserves de
devises sont en mesure de garantir un pays contre la volatilité des mouvements de capitaux
dans le cadre d’un marché des changes entièrement libéralisé (convertibilité en compte de
capital)6.
Graphique 8
Réserves calculées en mois d’importations

Source : Banque Centrale de Russie, Bulletin of Banking Statistics, n°199, Décembre 2009, Moscou.

Cependant, le mouvement de sortie des capitaux provoque une chute du taux de change du
Rouble, que ce soit par rapport au Dollar ou à l’Euro. Si une baisse de ce taux de change est
en réalité une bonne nouvelle pour la Russie, car il s’était fortement surévalué depuis 20067,
la brutalité du mouvement peut effectivement inquiéter les autorités russes, en particulier en
raison de l’endettement des grandes entreprises russes en devises8.

5

Baker D. and K. Walentin, “Money for Nothing: The Increasing Cost of Foreign Reserve in
Developing Nations”, Center for Economic Policy and Research, Washington, D.C., 2001. Rodrik D.,
“The Social Cost of Foreign Exchange Reserves”, International Economic Journal, Vol. 20, n°3,
2006, pp. 253-266.
6
Greenspan A., “Currency Reserves and Debt”, Remarks Before the World Bank Conference on
Recent Trends in Reserve Management, Washington, D.C., April 29th, 1999.
7
Rodrik D., “the Real-Exchange Rate and Economic Growth”, Working paper, The John F. Kennedy
School of Government, Harvard University, Cambridge (MA), 2008.
8
Kim S., and S.-H. Kim, “Financial Panic and Exchange Rate Overshooting During Currency Crises”,
International Economic Journal, March 2007, Vol. 21, n°5, pp. 71-90.

9

Tableau 1
Dette russe vis-à-vis des non-résidents en milliards de Dollars

Gouvernement
Autorités
monétaires
Banques (sauf
equities)
Autres (sauf
equities)
TOTAL
Devises
Roubles
Part libellée en
roubles
RÉSERVES

31/12/
2006

31/12/
2007

31/03/
2008

30/06
2008

30/09/
2008

31/12/
2008

30/06/
2009

30/09/
2009

44,7

37,4

36,9

34,7

32,3

29,5

30,0

31,2

3,9

9,0

4,1

4,2

10,2

3,3

11,0

12,2

101,2

163,7

171,7

192,8

198,2

166,3

141,7

135,9

160,7
310,6
252,5
58,4

253,5
463,5
370,2
93,3

265,0
477,4
379,4
98,0

293,1
524,8
407,2
117,6

299,6
540,5
427,9
112,6

281,4
479,9
396,1
83,8

292,8
468,4
383,0
85,4

299,0
478,2
388,1
90,1

17,5%
427,08

18,2%
412,59

18,8%
413,45

18,8%
303,7

20,1%
477,89

20,5%
512,58

22,4%
568,97

20,8%
556,81

Source : BCR, Bulletin of Banking Statistics. Moscou

Que le gouvernement ait donc voulu ralentir ce mouvement de baisse et limiter l’émergence
d’une spéculation à la baisse sur le taux de change est parfaitement compréhensible9. Mais,
l’usage du taux d’intérêt dans ce contexte est beaucoup plus discutable.
On sait en effet que face à des mouvements de capitaux très importants et très volatils, il
faudrait pouvoir faire monter le taux d’intérêt à des extrémités peu réalistes sans pour autant
avoir la garantie du succès.
On peut alors s’étonner que la BCR n’ait pas eu recours au contrôle des changes qui, sans être
une arme absolue, s’avère cependant très efficace dans ce type de situation10. On sait que cet
instrument provoque des réactions de rejets parmi les économistes dits « orthodoxes »11.
L’accroissement des taux d’intérêts s’est en effet répercuté du taux directeur aux taux exigés
sur les clients et il a provoqué, comme on l’a vu, une contraction extrêmement brutale du
crédit en Russie. Le gouvernement a mis sur pied des dispositifs de subventions. Cependant,
leurs effets ont été, d’une part, retardés et de l’autre ces bonifications de taux ne peuvent
s’appliquer que sur des crédits consentis.
Or, les banques n’ont pas seulement rationné le crédit par le prix (le taux d’intérêt) mais aussi
par les quantités.
L’impact sur la demande a donc été très important, que ce soit dans le domaine du logement
ou des autres biens de consommation durable.
Par ailleurs, on constate une nouvelle tendance à l’endettement des agents russes sur
l’étranger, qui est d’ailleurs bien plus le fait des entreprises que des banques.
9

Hutchison M. N. and I. Noy, “Sudden Stops and the Mexican Wave: Currency Crises, Capital Flow
reversals and Output Loss in Emerging markets”, Economic Policy Research Unit, Institute of
Economics, University of Copenhagen, 2002.
10
Rodrik D., “Who needs capital Account Convertibility?”, in Should the IMF Pursue Capital
Account Convertibility?, Princeton Essays in International Finance n°207, May 1998, Princeton (NJ),
Princeton University.
11
Dornbusch R., “Capital Controls: an Idea whose Time is Past”, in Should the IMF Pursue Capital
Account Convertibility?, Princeton Essays in International Finance n°207, May 1998, Princeton (NJ),
Princeton University.

10
Ainsi, la responsabilité du gouvernement russe dans l’ampleur prise par la crise en Russie
même se révèle à travers la politique monétaire qu’il a menée face à cette crise, ainsi que par
ses conséquences. La hausse brutale des taux d’intérêts, au moment où ces derniers baissaient
dans l’ensemble des pays industrialisés, n’a fait que ralentir les sorties de capitaux, là ou un
contrôle des changes aurait pu les bloquer. Par contre cette hausse a eu des effets très
restrictifs sur la croissance et elle a contribué à plonger la Russie dans la dépression.
Si le gouvernement russe n’est en rien responsable, du moins à court terme, de la dépendance
vis-à-vis des exportations son action est venue étrangler le marché intérieur qui avait été le
véritable moteur de la croissance en Russie dans les années précédentes.
IV. Une comparaison internationale
Il reste cependant un dernier point à soulever, celui du profil de la crise.
Par sa violence, mais aussi sa courte durée, le profil de la crise apparaît comme bien différent
en Russie de ce qu’il est aux États-Unis ou en Europe continentale. En fait, le pays qui a le
profil s’en rapprochant le plus est le Japon (graphique 9).
Graphique 9
15%

Comparaison des profils de crise entre la Russie, la France et le
Japon

10%

Moyenne trimestrielle en glissement annuel

5%
0%
-5%
-10%
-15%
-20%
-25%
-30%
-35%
2006-IV 2007-I

2007-II 2007-III 2007-IV 2008-I

Russie, industrie manufacturière

Russie, PIB,

Japon, Production industrielle

France, PIB

2008-II 2008-III 2008-IV 2009-I

2009-II 2009-III 2009-IV

Japon, PIB

Source : Japon, Bank of Japan, France, INSEE, Russie, Goskomstat et BCR.

Ceci peut paraître très surprenant compte tenu de la différence entre les économies de ces
deux pays. La Russie est en effet un exportateur important de matières premières, alors que
ces dernières ne figurent pas dans les exportations japonaises. Mais, pour ces deux pays, les
exportations pèsent significativement dans la formation du PIB.

11
Une première hypothèse est que la chute des exportations, conséquence de la crise mondiale
et en particulier de la crise de liquidité de l’automne 2008 a ainsi fragilisé de manière
considérable les deux économies. De ce point de vue, il est clair que la chute des exportations
a été très forte, que ce soit en Russie ou au Japon. Elle atteint 39,1% sur la période de janvier
à novembre 2009 par rapport à la période identique de l’année 2008, calculée en valeur. En
fait, on constate une hausse des exportations en volume pour le pétrole (+ 2%) ainsi que de la
production (+1,2%). L’écart s’explique avant tout par la baisse des prix. Pour ce qui concerne
le gaz, la baisse en volume est de -12,1% alors que les prix ont beaucoup mois fluctué. Les
exportations de métaux montrent elles aussi de fortes chutes en valeur qu’accompagnent des
chutes en volume de l’ordre de -12% à -15%.
Pourtant, ce n’est pas là que l’on assiste à un véritable effondrement. C’est bien plus sur les
produits destinés au marché intérieur, matériaux de construction, engins de construction,
camions et automobiles, que l’on assiste à un véritable choc avec des baisses de volume allant
de –40% à –65%.
Or, au Japon, c’est aussi sur le marché intérieur que l’on assiste aux chutes les plus
importantes. Si l’indicateur des exportations (basé sur le transport maritime) indique bien une
baisse de 24% en moyenne depuis le troisième trimestre de 2008 et jusqu’au second trimestre
de 2009, c’est sur le marché intérieur que l’on assiste aux chutes les plus importantes. Ici
aussi, c’est bien la contraction du crédit qui apparaît comme le moteur de cette baisse de la
demande intérieure.
Cependant, on doit s’interroger sur un aspect de ces données. S’il est acquis que la crise n’est
en rien liée uniquement aux exportations de produits pétroliers dans le cas de la Russie, la
similitude sur les mouvements du crédit interne renvoie pourtant à des causes qui sont
radicalement différentes. Au Japon, les banques étaient et restent fragiles en raison de la
présence d’actifs dits « toxiques » dans leurs bilans. D’une certaine manière la contraction du
crédit est ici le résultat de cette exposition à la crise financière internationale. On ne peut en
dire autant en Russie. La contraction du crédit y apparaît comme directement le produit de la
politique gouvernementale, et celle de la Banque Centrale.
Cependant, l’impact de la politique gouvernementale en Russie peut aussi s’expliquer par une
faiblesse structurelle du système bancaire qui renvoie, par de multiples détours, au modèle de
développement du pays tel qu’il s’est consolidé depuis la fin du XIXe siècle. Au Japon, la
fragilité des banques renvoie elle aussi à des dimensions structurelles d’un modèle de
développement qui, après avoir suivi la même logique de « rattrapage » que celui de la
Russie, a été déstabilisé depuis les années 1990.
D’une certaine manière, ces deux pays ont réagi à la crise en fonction des régimes de
croissance de longue période qui sont les leurs.


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