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Cap Nord

There and Back Again
Romain Bigeard

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Au commencement
Cette chronique aventurière contient du sexe, de la drogue, de l'argent et de la violence, de
nombreuses scènes interdites à un public mineur, ainsi que tout un tas de trucs infâmes que je
n'aurais même pas osé écrire dans ma propre langue sans la consommation de drogues.

Bienvenue donc !
Accrochez vos ceintures, prenez place à mes côtés, nous partons en voyage...
Ce journal-livret-bouquin-coquelicot (cochez l'intrus) va vous conter l'histoire de quatre potes,
partis de Pologne pour mieux y revenir.
Tout au long de leur périple, ces jeunes gens ont vécu des histoires aussi belles que pittoresques,
entre Père Noël capitaliste, neige collante sur le pare-brise, mercure à -40°c, finlandaises affolantes
et viande de baleine... L'ensemble de l'expédition a duré 21 jours, pour 8 pays et 9.000 kilomètres
incroyables qui marqueront de façon indélébile nos jeunes existences.

“Try not. Do, or do not. There is no try.” [Master Yoda]

Notre leitmotiv de ces derniers mois pouvait se résumer en un chiffre: 100%.
Que ce soit dans les idées, dans les fêtes Erasmus, dans le jeu, dans les décors, dans les discussions,
dans les décisions, l'objectif était clair : définir ce que nous voulions, et l'accomplir, à fond. Choisir
une cible, bander l'arc, se concentrer sur le rond rouge, en oubliant la flèche et le bras.
Ce voyage fut ainsi la concrétisation de cet état d'esprit : choisir un rêve, et se donner les moyens de
le réaliser. There is no try...
Le projet initial s'amorce en novembre, avec comme simple but d'entasser une bande de potes dans
un van hippie pour rejoindre Cap Nord, le point presque-le-plus-tout-en-haut d'Europe.
Le résultat final ressemble sensiblement à cette première idée, la bande de potes étant réduite à
quatre (le Hongrois et l'Allemand nous ayant lâché pour différentes raisons) et le van hippie
transformé en Opel Vivaro 9 places. (ce qui donc, avec quatre occupants, nous laisse de la marge.)

Lituanie - Lettonie - Estonie - Finlande -Norvège - Danemark - Allemagne - Pays-Bas
(Carte détaillée sur votre droite)

Ce fut par un beau soir de février que nos volontés farouches virent le rêve devenir réalité : un gros
engin de location nous attendait au pied de la résidence, prêt à partir pour les forêts enneigées du
grand Nord, pour ce qui nous semblait l’autre bout du monde...
Mais, avant de poser nos fesses sur les sièges, rapide présentation de l'équipage.

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Craig Wilmott
Age: 27 ans
Nationalité:
Australien par sa Mère,
Écossais par son Père.
Langues:
Anglais mother tongue
Français expert
Allemand expert
Chinois beginner
Surnom: Daddy
Phrase type:
No worries mate.

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Très rapide description:
Il joue de la guitare, de l'harmonica et des percussions. C’est un des conducteurs
principaux du voyage, totalisant à lui tout seul presque 50% du trajet. Il se lève
facilement le matin, est allergique aux cacahuètes, envoi régulièrement des textos à sa
petite amie française, a déjà voyagé dans plus de pays que je n'ai de doigts, et ne se
sépare ô grand jamais d'une grenouille verte baptisée “Son of Henri the first” que
vous croiserez sur les photos. Il est bon public, farceur, joyeux et enthousiaste, des
qualités qui font de lui un grand enfant malgré son âge.
En tant que native-speaker, il est notre professeur à tous, de la prononciation en mode
surfeur au vocabulaire peu châtié... « Canna have some ouader mate ? »
Daddy est capable de faire des créneaux dans des boites à chaussures, de battre les
cartes comme un pro, et possède un palais qui différencie sans coup férir toutes sortes
de whiskies.

Rôle dans le van:
Conducteur, musicien, couch-surfeur en chef,
road planneur
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Alejandro Gordo Prieto
Age: 23 ans

Nationalité: Espagnol

Langues:
Espagnol mother tongue
Anglais intermediate begginer

Surnom: Sandro

Phrase type:
Joder la mina precioza !

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Très rapide description:
Étudiant en journalisme, il adore la photo, le rap et les finlandaises. Il crée ses
propres beats sur logiciels et connait plus de rap français que moi (ce qui n'est en
même temps pas très dur). Un gars adorable, sensible, futé, serviable et drôle, que j'ai
appris doucement à connaitre tout au long du voyage. Sa faible maitrise de l'anglais a
été une barrière au début, mais ses rapides progrès ont vite révélé un sacré sens de
l'humour !
Rôle dans le van:
Photographe, reporter, conducteur.

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Stefano de Santis
Age: 23 ans
Nationalité: Italien
Langues:
Italien mother tongue
Espagnol-Argentin expert
Anglais upper-intermediate
Français intermediate begginer
Surnom:
Stef, Che, Princess (haha).
Phrase type:
Luckily we didn't stay two
days more! If not, i would
have fall in love...

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Très rapide description:
J'ai beaucoup à dire sur Stefano, alors je vais essayer de faire court !
Il est mon jumeau Erasmus, tout en étant mon opposé. Depuis octobre, date de notre
installation commune, nous sommes 23h/24 dans le même rayon de 20m ! (Hormis
les vacances d'hiver et les quelques moments de cours). Son nom est donc
indissociable du mien, et inversement.
Il est charismatique, artiste, inventif, drôle, franc et bougrement sincère. Bien sur, ces
six adjectifs sont tous à double tranchant, et je vous laisse en imaginer les limites
positives et négatives …
Un chanteur-guitariste hors-pair, doublé d'un sacré cuisinier (spécialité : pasta!).
Je suppose que vous rigolez doucement à la lecture du mot « pasta », mais c'est parce
que, comme moi, vous en avez la simple version-française-étudiante. Tous les gens
passés dans notre cuisine ayant gouté ses pâtes sauce customisée, y reviennent ! Ce
qui pose d'ailleurs quelques problèmes de vaisselle, mais ceci est une autre histoire.
Plus frileux qu'une dinde déplumée dans un courant d'air, il adore Radiohead à
l'excès. Quand il n’étudie pas, il est flair-barman, c'est-à-dire qu’il jongle avec des
bouteilles en plus d’être serveur. Terminons sur sa capacité peu commune à se lever
rapidement, soit 2heures30 en moyenne pour sortir de son lit ! (à son corps défendant,
il s'est bien amélioré durant le voyage).
Rôle dans le van: Cuisinier, Musicien, Conducteur.

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Romain Bigeard
Age: 21 ans
Nationalité:
Français
Langues:
Francais mother tongue
Anglais upper intermediate
Allemand beginner
Surnom:
Roman
Phrase type:
God save the van!

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Très rapide description:
Plus jeune membre du groupe, c’est un conducteur grand
débutant qui ne touchera le volant qu'une poignée
d'heures cumulées, et c’est tant mieux.
En contrepartie, il passe beaucoup de temps sur le siège
avant, à planifier la carte, les arrêts, les activités et les
finances. En bon copilote de conducteurs fumeurs, il a
appris à rouler des cigarettes durant le voyage, comme
Lucky-Lucke !
Rôle dans le van: Road-planneur, reporter, comptable.

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Je ne suis qu'un enfant en recherche de rêves qui apprend doucement à ouvrir les yeux.

Jour 0 - Lundi 15 février 2010
Lieu du lever : Chambre 207/208, Résidence Erasmus “Olowek”- Wroclaw, Pologne.
Lieu du coucher : Van Opel Vivaro - sur la route entre la Pologne et la Lituanie.

Pologne.
Au revoir dans la chambre, au revoir dans la cuisine, dans le couloir, dans l'ascenseur, dans le hall, à
la réception, dehors, devant la voiture, dans la voiture encore, au coin de la rue, au feu rouge, à la
tête, alouette, haaaaaa.
C'est donc après un 'rapide' adieu aux amis que nous avons quitté notre chère résidence, fièrement
installés dans le van, logiquement chargé avec tout ce qui avait été convenu, l'inutile en plus.... Less
is more, more is less.
La première destination exotique de notre folle expédition fut un lieu incroyablement riche en
sensations : le Macdonald du quartier, 2mns en voiture. Quelle entame de voyage trépidante.
Une poignée de rires plus tard... (la cruche de serveuse ne comprenait pas pourquoi nos misérables
notions de polonais s'exprimaient dans quatre accents différents. Surement la fatigue, on approchait
de l’heure de fermeture. Barbara Gourde, des femmes qu'on n'oublie pas.).... nous priment ENFIN
la route, avec seulement trois malheureuses petites heures de retard sur le planning initial.
Ce qui, si on soustrait une heure pour le français, une heure pour l'italien, une heure pour l'espagnol,
et 30 mns pour l'australo-britannique (son côté anglais lui permet MALGRÉ tout d'être ponctuel de
temps à autres), fait que nous avions, en réalité, ½ heure d'avance !!! Les arrangements culturels des
uns et des autres devraient plus souvent être pris en compte dans les plannings internationaux.

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Jour 1 - Mardi 16 février 2010
Lieu du lever : Van Opel Vivaro - sur la route entre la Pologne et la Lituanie.
Lieu du coucher: Van Opel Vivaro - dans une rue principale de Vilnius, Lituanie.
Les 15 heures suivantes furent routières, noires pour les premières, grisâtres pour les secondes.

On notera l'omniprésence de la neige, dans le ciel comme sur les
arbres, ce qui donnait des allures de Faucon Millénium au
véhicule. (Si si, vous voyez de quoi je parle, quand Yann Solo
passe en vitesse lumière, avec les particules qui accélèrent devant
le pare-brise du vaisseau. Roulez donc sous une grosse neige, la
référence ne vous semblera pas aussi geek que ca.)

La route fut maitrisée par Craig et Stefano, dans des conditions de conduite assez difficiles. Pendant
ce temps, le reste de l'équipage prenait ses marques dans les « lits » et/ou sur le siège de copilote.

Nous avons fait des folies de nos corps dès le mardi matin, en osant une pause-café sur un coin de
route alors que nous étions encore en terres Polonaises. Juste histoire d'absorber une dernière goutte
de liquide avant la frontière.
Au revoir Pologne, see you dans un peu moins d'un mois !
Direction la Lituanie... Trakai et son château, première destination officielle.

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Lituanie.
En pénétrant dans le premier des pays Baltes, nous nous attendions, avec tout le poids de nos
préjugés sur les épaules, à un spectacle de misère palpable. Erreur dès la frontière, le premier
village traversé n'avait en effet rien à envier aux banlieues américaines: maisons coquettes, en bois,
arborant toutes le drapeau national, rues larges, pécheurs au trou sur le lac glacé... (ok, le dernier
point n’est pas être pas 100% US style.)
Anecdote du paysage, les cimetières ont la particularité d'être construits sur des collines, ainsi,
malgré la neige qui ne laisse émerger que le haut des croix, ils ne sont pas totalement ensevelis.
Des croix, il y en a d'ailleurs partout, sur les routes, dans les jardins, aux ronds points…
C'est en fait un des symboles nationaux utilisé par les Lituaniens catholiques face à l'oppresseur.
La croix s'illustre ainsi dans un des hauts lieux de la résistance, sur une fascinante colline en
comptant à elle seule plus de 50.000. Une mythique motte de terre rasée plusieurs fois par les
militaires russes durant la guerre froide, repeuplée sans fin par les habitants... Un site devenu
pèlerinage, une étape incontournable.
Premier arrêt : Trakai, irréelle petite cité aux maisons en bois fluo.
En été, un volumineux château de briques surplombe un majestueux lac.
En hiver, le lac se transforme en immense étendue gelée recouverte de neige.
Les ULM qui nous tournaient autour de la tête en arrivant, trouvèrent leur explication au pied du
château : les lituaniens tenaient un meeting aérien, avec barbecue géant et traineaux tirés par des
chevaux.

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Après une bataille dans la neige, quelques photos stupides, des petits pas peu rassurés sur le lac et
une rencontre fortuite d'Erasmus Italiens, choix fut fait de manger sur place.
20 euros plus tard, nos quatre estomacs repus à vil prix de grossiers expédients (ribs, saucisses,
soupes, pierogis...) durent faire face à d'importantes décisions :
- Dans quel ordre irons-nous occuper l'unique toilette du restaurant ?
- Où dormirons-nous ce soir ?
- Comment réussir à voir la Colline aux 50.000 Croix sous le soleil ? Alors qu'elle est située à l'autre
bout du pays et qu'il reste 1 heure avant la nuit.... tout en considérant que demain nous devons être
en Lettonie afin de rejoindre notre couch-surfing ? Palpitantes questions.
S'ensuivirent deux morts et un vote blanc à main levée, pour finalement arriver d'un commun
accord sur les résolutions que voici :
- Sandro irait le premier aux waters.
- Nous ne prendrons que trois cafés (le problème s'était ajouté à la liste entre temps)
- La Colline aux Croix sera pour demain 9h, juste avant la Lettonie, en voyageant tôt.
- La soirée se passera à VILNIUS, capitale Lituanienne, 14 mns de route de notre position d'après le
GPS. La nuit sera dans le van, le repos sur la route, et si tout se déroule bien... demain soir nous
dormirons en Lettonie dans de vrais lits ! (ou tout du moins sur du vrai sol)
Retour au Van, en route pour Vilnius...

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Vilnius est jolie. Le style neuf, plein de courbes, russe-orthodoxe dans l'inspiration. Ci-dessus, la
rue principale, « un peu comme les Champs Elysées françaises », pour citer un autochtone qui
s’exerçait à l’humour.
Malgré presque 3 heures de déambulation dans la ville et moult demandes de direction assoiffées,
nous n'avons rencontré que 2 bars miteux ! Ce qui nous a semblé louche. Peut-être que les
Lituaniens ne consomment de l'alcool qu'à domicile ?
Des habitants apportent la réponse à notre interrogation sur le nationalisme ambiant : si toutes les
maisons ont un drapeau Lituanien, c'est tout simplement pour Independence Day !....... autant pour
notre méconnaissance du pays.

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Émoustillés à l'idée de faire la fête toute la soirée, nous regardons avec des yeux pleins d'espoir les
feux préparés sur l'avenue principale.
Belle illusion ouest-européenne... Indépendance Day, en Lituanie, c'est surtout l'occasion pour les
familles de se retrouver dehors afin de discuter. Les feux allumés sont l'occasion de barbecues
géants, où la présence d'alcool est très mal considérée.

Les gens boivent plutôt du thé brulant, distribué gratuitement par des militaires, dans une joyeuse
ambiance communiste qui nous propulse quelques décennies en arrière.... En fait, l'indépendance
Lituanienne est particulièrement récente puisqu'elle date de 1990, les réjouissances pour l'occasion
sont donc mineures.

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En revanche, «Chasse Hiver» (traduction approximative Lithuanien -> Anglais -> Français) est une
fête ancestrale, pour laquelle les jeunes gens sont déguisés en démons afin de faire peur au froid, et
d'accélérer la venue du printemps. Ils demandent de la nourriture en sonnant aux portes et en
chantant des chansons rythmées. (Halloween made in Pays Baltes ?)
Une bande de ces joyeux drilles nous conseillent THE party folklorique, en haut d'une colline
proche. Hélas, le thermomètre aura raison de notre courage déjà congelé... et deux crêpes plus tard,
achetées dans une drôle de roulotte recouverte de casseroles, c'est finalement dans le Van que finira
notre soirée.

La nuit fut un enfer de froid et de
manque de place, avec injonction par la
police pour mauvais emplacement (la
place de parking de l'ambassadeur, vous
imaginez le drame !).
Notre van était configuré pour deux
dormeurs, plus un chauffeur et son
copilote. Absolument pas pour quatre
personnes en quête de sommeil.
Nous avons donc reculé au maximum
l'heure du coucher... l’occasion de tester
la cuisine en extérieur avec Stefano, pour
le premier repas « maison ».

La fatigue prit finalement le dessus, et nous tentèrent le diable,
armés de nos couvertures et couettes. Dedans, la buée gelait sur le
pare-brise. Dehors, le mercure affichait seulement -6°c.
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Très mauvais augure pour la Finlande, beaucoup plus froide…

Jour 2 – Mercredi 17 février 2010
Lieu du lever : Van Opel Vivaro - dans une rue principale de Vilnius, Lituanie.
Lieu du coucher : Appartement de Hasinta, couch-surfing - Cesis, Lettonie.
Cette seconde journée commence tôt, le froid mettant rapidement tout le monde sur pieds.
Il est 4h du matin lorsque l'expédition reprend la route, direction Siaulai et ses 50.000 croix.
* Ellipse routière, première prise de volant pour moi, zéro mort, peut mieux faire. *

Siaulai : architecture récente, large rues modernes... la quatrième ville du pays offre une vision
similaire à sa capitale, Vilnius. La dame de l'office de tourisme me confirme que trouver des
croissants relève de l'utopie, m'indique une pharmacie pour du produit lentilles (oublié en Pologne,
hahaha), et m'explique la route vers la fameuse Colline.
Après une erreur de droite, une voie de chemin de fer, et un demi-tour brillamment exécuté au beau
milieu de la route, Cross' Hill fut. Im-pre-ssio-nnant !

Plus de 50.000 croix agglutinées sur une colline massive. De toutes provenances, dans toutes les
langues, de toutes les tailles, du bois au tissu en passant par le métal et le caoutchouc. Nous avons
laissé la nôtre... sommaire confection de dernière minute avec une corde de guitare cassée. Stefano
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offrit une chanson aux morts sur un air d'harmonica de Craig.
Moment fort et sensations palpables, chaque
croix étant différente dans son histoire, sa
langue, son vœu, sa signification, voire
même sa religion.
God save the Van, encore plus ici qu'ailleurs.

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Prochaine destination : Cessis, au milieu du parc national de Lettonie.
Juste avant, rapide passage dans la capitale Riga, afin de récupérer une amie de notre future hôte
couch-surfing.

Lettonie. (Latvia en Angais)
La route nous fit la surprise d'un couple d'auto-stoppeurs lettons (non-anglicistes, avec une drôle
d'odeur, probablement des fermiers). Ce mode de transport semble fortement inscrit dans la
tradition du pays, ce qui est surement convivial, lorsque l’on parle la langue.
Rebecca , l'amie-de-notre-future-hôtesse, a mis, pour trouver notre van mal garé sur le parking
d'une entreprise au plein cœur de Riga, exactement la durée de cuisson d'une plâtrée de pâtes.
Soit : 7-8 mns pour les pastas + 7-8 mns pour l'accompagnement italien + 45-50 mns pour
l'installation délicate et sécurisée de la bonbonne de gaz sur la banquette arrière, rapport au froid
extérieur... C'est donc après plus d'une bonne heure de recherches qu'elle eut droit à son assiette,
coincée entre deux sacs !

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La demoiselle est autrichienne, musicienne, danseuse, ancienne Erasmus en Suède, et surtout, ce qui
explique sa présence dans le van, amie proche de la lettonne chez qui nous couch-surfons ce soir.
Afin d'égayer notre après-midi, elle se propose de faire la guide, ce que nous acceptons avec joie.
Au menu : cathédrale en briques, maison de guilde et tour d'église.
Dans les faits : façade de cathédrale (en briques), façade de maison de guilde, et façade de tour
d'église, car il s'est avéré que l'accès à ces bâtiments était payant, trop payant pour l’intérêt suscité.

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Le véritable programme de la journée s'est imposé lors de la traversée d'un parc, grâce à une bande
de gosses qui faisaient de la luge improvisée. Ça semblait très rigolo. Nous avons donc incrusté nos
fesses sur leur piste. Par luge improvisée, entendez : morceau de plastique, planche de bois, sac à
dos, ventre, nez, debout sur ses pieds, ou même allongé sur le voisin. Une bonne heure de plaisir à
rire avec des lettons d'une dizaine d'années, qui pour certains, parlaient même anglais.

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C'est avec l'arrière-train douloureux et le nez gelé que nous atteignîmes finalement le plus proche
bistrot, afin de trouver des toilettes (vivre dans un van a ses contraintes), boire un café digne de ce
nom, et poser nos augustes postérieurs sur des sièges confortables.
Deux jours que nous sommes partis, et déjà l'impression d'être en voyage depuis des semaines, le
sourire aux lèvres. God save the van.
Direction Cesis, avec Rebecca en prime, pour notre première nuit en dur. Karotiti !!! (Ce qui
signifie en letton.... “Petite cuillère”. Hilarant n'est-ce pas?)
Pour les non-initiés du projet couch-surfing, je vous laisse avec Wikipédia....
Le terme de Couch-Surfing est un anglicisme que l'on pourrait traduire par le fait de «passer d'un
canapé à l'autre». La participation au projet CouchSurfing est libre et gratuite.
Chaque membre peut dialoguer et demander l'hospitalité aux autres membres, via un site internet
dédié, et chacun reste libre de ses engagements vis à vis des autres participants.
L'intérêt de ce service va au-delà du simple hébergement: c'est une possibilité de rencontres
culturelles cosmopolites, à moindre coût, et sécurisées grâce à différents systèmes de suivi et de
cautionnement.
Avec plus d'1 600 000 membres en février 2010, CouchSurfing est le service d'hébergement en
ligne regroupant le plus d'adhérents. Sa mission est de «Participer à la création d'un monde
meilleur, canapé après canapé».
Concrètement, sans couch-surfing, notre voyage n'aurait tout simplement pas eu lieu. Nous serions
morts de froid dans le van, et surtout, nous n'aurions jamais eu le bonheur de faire à chaque escale
d'incroyables rencontres.
Arrivée nocturne chez Hasinta.
Rebecca nous avait prévenu, notre hôte est une artiste, et son appartement lui ressemble... c'est
effectivement le moins que l'on puisse dire !
Dessins et bougies encadrent des instruments divers et variés, dans un style roots-baba-cool des plus
réussis. Une cuisine sans robinet, une salle de bain avec robinet, des toilettes avec une chasse-d'eauantique-manuelle (je m'explique : verser l'eau à la casserole dans la cuvette), un salon-chambre-cocon.
Hasinta est une rondouillarde et joviale lettonne de 26
ans, toujours souriante, professeur en école primaire,
peintre et musicienne.
Nous avons pu voir ses œuvres... son univers artistique
est bluffant. Elle refuse de vendre pour le moment, ou
même de faire des expositions. Dommage.
Différentes priorités en arrivant: dire bonjour, laver notre
vaisselle (Craig, élu démocratiquement au pierre-feuilleciseau), faire cuire des pâtes, prendre une douche.
Puis place aux impros : jam-session avec 3 guitares, une
flute traversière, un tambourin, une flute à bec et une
touche d'harmonica.
Pendant ce temps, une partie d'échecs se joue... le thé
coule à foison... et la chicha emplit la pièce d'une douce
odeur de menthe.... Épicurienne fin de journée.
Demain, visite des environs, au petit bonheur la chance.
Nous en profiterons pour déposer Rebecca sur la route de Riga.
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Jour 3 – Jeudi 18 février 2010
Lieu du lever : Appartement de Hasinta, couch-surfing - Cesis, Lettonie.
Lieu du coucher : Appartement de Hasinta, couch-surfing - Cesis, Lettonie.
Bien dormir n'a pas de prix.
Même si le sol était dur sous nos sacs de couchage, il valait plus que la position 90% allongée sur
les banquettes du van. Sans compter la douce chaleur humaine des six occupants du salon-chambrecocon d'Hasinta, qui nous maintenait dans une température confortable. Notre sommeil fut donc
lourd et réparateur.
Réveil officiel à 7h, pour Hasinta, Rebecca et moi.
Mission: lever les 3 autres !!
Craig fut debout 1 heure après... Sandro 1h30... Stefano 1h45. On reste malgré tout loin des records
d'Olowek, où une sortie de lit italienne peut parfois prendre 3 heures.
Quelques bananes-café-pain-nutella plus tard, sur les conseils avisés de Rebecca, nous prenons la
direction de Sigulda, petite ville au centre du parc national.
Sur la route, arrêt dans un vieux village médiéval archéologique, au cœur d'un lac gelé. Cela
consiste simplement en un ensemble de maisons reconstituées, au milieu d’une surface pleine de
neige. L'autrichienne nous accompagne, son rendez-vous à Riga étant plus tard dans la journée.
Ce centre archéologique (vide, nous sommes en plein hiver!) fut le témoin de féroces batailles
neigeuses, de saltos en tous genres depuis les murailles (à propos, je m'auto-décerne une médaille
pour mes deux saltos arrières à 3m de hauteur, on est jamais aussi bien servi que par soi-même,
hahaha), de photos diverses et de franches rigolades.

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Quelques pécheurs égayaient l'immaculé paysage, en creusant leurs trous pour trouver
d'hypothétiques poissons. (En fait, il y en a plein, car nos muets amis amphibiens n'ont que peu de
considérations pour le froid, dixit le garde forestier letton interviewé pour l'occasion).
Une bonne heure plus tard, trempés de neige et heureux... go to the centrum pour la suite des
aventures. Enfin, si on le trouve.
Rebecca est laissée au passage, sur la route de Riga.
En fait, le centre ville, il n'existe pas !
Sigulda est trop petite, nous avons été floués par le GPS. Tant pis, nous roulons, le paysage vaut à
lui seul le détour.... entre rivières gelées, arbres géants, forêts et hautes collines.
C'est au hasard de notre avancée, que nous avons découvert un parc de loisirs ouvert en hiver.
Même si les activités les plus attirantes étaient fermées (comme le saut à l'élastique, le canoë,
l'équitation et l'acrobranche), il nous restait la plus rationnelle, en cohérence avec les températures :
le ski !! Pour 20 petits euros, nous avons obtenu le matériel pour trois skieurs, quatre pass de 5
remontées, et décroché le sourire d'une vendeuse blonde ne parlant pas anglais.
Validité : 1 heure
Bon OK, l'unique piste était ridiculement petite, de niveau bleu en haut et vert en bas...m'enfin la
chose est faite: nous avons SKIÉ en Lettonie, qu'on se le dise ! (Je me suis même pris une chute
d'anthologie, en essayant de sauter sur un tremplin artisanal, confectionné par des enfants lettons.
Apparemment, il aurait fallu prendre la bosse un peu moins vite. Même pas mal.)
Le retour chez Hasinta fut digne d'un débarquement anglais en Normandie, tant nous étions fourbus
par nos différentes péripéties. Notre hôtesse avait préparé le repas, malgré nos menaces de
représailles si elle ne nous laissait pas faire la cuisine. C'est donc en bougonnant un peu, mais pas
trop, que nous nous restaurâmes d’un délicieux plat de patates aux légumes façon végétarienne.
Brève connexion internet pour subvenir aux besoins majeurs.... YES, nous aurons un couch-surfing
à Helsinki (notre faible résistance au froid la nuit restait un problème majeur). Nous en profitons
pour donner signe de vie aux bonnes âmes qui pensent à nous tout au long de notre expédition.
Puis, malgré la faible charge de
nos batteries physiques, vint le
moment des activités pré-dodo. Il
faut faire honneur à notre hôte, en
évitant de considérer son
appartement comme un hôtel, ce
qui aurait été l'interprétation en
allant directement se coucher
comme des goujats.
J'ai ainsi découvert le jeu tower :
il faut enlever tour à tour un petit
kapla, et le replacer au sommet
sans détruire l'édifice.
Il y eut aussi un concours de
bulles avec de la fumée de chicha
inside, ou encore l'initiation de
Stefano aux échecs.
Et enfin, ENFIN, dodo.
Demain, lever 5h, pour une longue route vers Tallin, capitale Estonienne, d'où nous prendrons le
ferry pour Helsinki.

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Jour 4 – Vendredi 19 février 2010
Lieu du lever : Appartement de Hasinta, couch-surfing - Cesis, Lettonie.
Lieu du coucher : Appartement de Julia, couch-surfing - Espoo, Finlande.
Lever incroyablement rapide et réussi, si l'on tient compte du fait que nos montres étaient encore à
l'heure polonaise… Or, la Lettonie a 1 heure de plus ! Oups.
Autre joyeuse nouvelle, dehors, tempête de neige. Oh Yeah.
Même pas peur, en route pour l'Estonie, lentement mais surement : God save the van !

Estonie.
Le trajet fut irréel... ...
Visibilité réduite à une vingtaine de mètres par les trombes de poudreuses jetées sur le pare-brise,
juste assez pour voir le vent balayer la route, zébrant la chaussée de trainées blanches.
Ouvrir la porte plus de dix secondes relevait de l'inconscience, autant directement balancer sur la
banquette des pelletées de neige. Malgré les conditions désastreuses de circulation (rouler derrière
un chasse-neige est définitivement une expérience exotique), nous prenions du rêve dans les yeux à
chaque instant. Le faible horizon permettait d'admirer de vastes plaines blanches et de denses forêts
de pins, le tout saupoudré de neige épaisse.
Un paysage aussi féerique que cauchemardesque, avec la sempiternelle question qui nous trottait
dans la tête depuis la Lituanie: mais comment font donc les gens pour survivre dans ces pays ??
Je profite de la route pour vous décrire l'organisation interne de notre fidèle monture.
Chacune des banquettes du van (1 à l'avant pour la conduite et 2 à l'arrière) est prévue pour 3
personnes, plus un coffre spacieux. Il y a toujours un copilote, indispensable présence pour tenir le
chauffeur en éveil, ce qui permet de transformer en lit perso les deux banquettes de l’arrière.
Ainsi, pendant que deux dorment, deux conduisent.
Les binômes classiques sont Craig/Romain et Stefano/Sandro : Craig étant bilingue français et
Stefano bilingue espagnol. (C'est assez pratique, en cas d'urgence, de se faire comprendre très
rapidement par son voisin. De plus, la longue pratique du volant de Craig compense ainsi la mienne.)
Le coffre fut judicieusement transformé en cuisine durant l'escale lettone de Cesis : il est donc
maintenant possible (c'était même indispensable !) de faire la cuisine en intérieur, toutes portes
fermées. Les repas sont assurés par notre chef cuistot, 90% du temps pâtes maison avec sauce
supermarché. La qualité obtenue est assez incroyable au regard des conditions de réalisation.
Une bonne nouvelle pour le budget, car les homemade-pastas seront incontournables pour notre
porte-monnaie durant la traversée des riches pays Scandinaves.
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Un rapide petit-déjeuner dans la ville Estonienne de Parnu : pain, confiture, fruits et café, avec
suffisamment de sucre dans le café pour rendre diabétique une betterave, spécialité hispanoitalienne. Sur le GPS, la carte annonçait la mer, environ 500m à l'Ouest. Il s'agit sans doute d'une
réalité estivale, car avec nos conditions météo, on pouvait tout juste voir des arbres !
Vers les coups de midi, Tallinn, capitale Estonienne. Je n’ai rien à dire sur la ville, qui était sous
une faible mais constante averse de neige, car notre escale dura juste le temps nécessaire pour
trouver le terminal, acheter les billets et embarquer.

La traversée du Golfe de Finlande, en ferry, ça décoiffe : la mer est entièrement gelée sur toute la
longueur du trajet. (Environ 80 kilomètres, 2 heures de ferry, entre 5 et 7 rotations par jour)
Le ciel opaque et bas limitait la vision à la surface de l'eau, nous offrant un impressionnant
spectacle de glace brisée et de neige tourbillonnante. La mer, entièrement recouverte d'une épaisse
croûte blanche, était déchirée par notre énorme bateau lancé à vive allure. Les plaques de neige se
fracturaient sur son passage, se poussant en chahutant joyeusement pour mieux se reformer à
l'arrière du navire. L'énorme puzzle composé de millions de morceaux s'étendait à perte de vue, en
prenant toutes sortes de formes : zébrures, surfaces uniformes, contours étranges, bosses, écailles,
taches... paysage incroyable, aussi fascinant que dangereux.

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Anecdote majeure: la victoire du français au poker ! Avec, à la clef, une priorité sur le lit du fond
dans le van (plus confortable car on ne risque pas de tomber dans le trou), ainsi qu'une immunité de
vaisselle pour deux jours, et même mieux, l'effrayant pouvoir de choisir la victime chargée de cette
vaisselle. (Les bookmakers annoncent l'Italie à 2 contre 1 pour le premier tour).
La remise en jeu de ces incommensurables privilèges lundi, dans deux jours.

FINLANDE.
Entrée (neigeuse, pour changer) dans le port d'Helsinki.
Le thermomètre du van prit en charge notre préparation psychologique en affichant d'un air décidé
-1,5°C, alors que nous étions encore au chaud dans la cale. Puis il chuta librement jusque -14°C en
centre ville, manière délicate d'annoncer qu'au milieu de la forêt, nos poils de barbe se
transformeraient surement en stalagmites. Merci la vie.
Helsinki est une belle et grande ville, avec des arbres et des points d'eau partout.
En attendant le contact de notre couch-surfeuse, nous avons tranquillement savouré une chicha sur
un trottoir par -18°C, au grand amusement des passants et des automobilistes qui nous prenaient en
photo. Le texto salvateur de Julia nous annonçant qu'elle venait de rentrer chez elle, mit fin à notre
grosse blague.

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Maisons cossues entourées de sapins, lacs gelés et collines féeriques... à quelques lettres près, nous
étions presque dans la rue Ruorimiehenhaku. Une correction GPS de quarante minutes plus tard, et
nous arrivions enfin à destination : dommage, notre premier arrêt erroné se situait dans le cœur
d'Helsinki, et l'endroit était vraiment chouette. En fait, Julia habite Espoo...

Espoo se situe dans la banlieue ouest d'Helsinki, ce qui signifie donc encore plus de neige et moins
de degrés au compteur. Notre hôte, Julia, est une charmante blonde au physique de mannequin,
russe de naissance, arrivée en Finlande pour étudier la finance. Mais ce fut finalement son hobby, le
graphisme, qui lui permit de dégoter un emploi dans le design.
Un job apparemment bien payé... l'appartement, à l'image de sa propriétaire, est grand, élégant,
impeccable, mais plutôt froid. Heureusement l’avantage avec notre fine équipe, c'est qu'il n'y a
jamais de temps mort ni de blanc : Bienvenue au cirque ambulant God-Save-The-Van !
Entre jeux stupides pour savoir qui fera quoi dans les dix prochaines minutes, blagues potaches et
histoires rocambolesques, l'ambiance fait partie de nos bagages, entre les chaussettes et les duvets.
Après des pâtes italiennes sauce champignons finement cuisinées, un bon verre de vin (français) et
des chocolats (suisse), nous suivons notre hôtesse sur Helsinki (retour case départ).
Cap sur un bar latino tenu par des cubains, pour une soirée privée internationale... Pas de
problèmes, nous on suit ! Langues dominantes: anglais et espagnol. Un régal pour Sandro et Stefano
qui étaient donc totalement dans leur élément, entre chiliens, argentins et autres sud-américains.
L'assistance hétéroclite comptait même un POLONAIS. Notre van se sentit soudain moins seul…

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Nous passerons sous silence les différentes vidéos du cours de salsa, dans lesquelles mon talent inné
de danseur s’est dument immortalisé (le mec doit encore en rire). Sinon, avec un ratio de 5 filles
pour 1 mâle, nous aurions presque été dans notre élément, si ces demoiselles avaient eu une année
ou deux de plus au compteur (voire même trois ou quatre).

Retour épique en voiture, car le seul non-alcoolisé de la bande était bien sûr chargé de la conduite.
Ouais, vous avez bien lu, ils m'ont laissé le volant.
Conditions idéales pour le pilote chevronné que je suis : de nuit, le van presque plein (nous
déposions un invité), le bordel de circulation d'une ville comme Helsinki, sans compter cette p---de neige qui tombe du ciel sans discontinuer et s’accroche la route... bref, j’étais SE-REIN, hahaha.
Le connard qui a presque arraché le rétro en doublant n'a fait qu'augmenter ce sentiment de
confiance débordant qui m'habitait (Heureusement, plus de peur que de mal).
Le PETIT contrôle de police (le premier de ma courte vie), dans la dernière rue avant l'appartement,
putain fallait que ça tombe maintenant, a donc définitivement fini de me conforter dans mes
aptitudes au volant. Vive la Finlande !
Allez, au lit, assez d'aventures pour aujourd'hui.
(En aperçu ci-dessous, Stef, Sandro et Romain en méditation. Oui, nous sommes des loques.)

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Jour 5 – Samedi 20 février 2010
Lieu du lever : Appartement de Julia, couch-surfing - Espoo, Finlande.
Lieu du coucher (matinal) : Appartement de Anu, couch-surfing - Rovaniemi, Finlande.
Réveil tardif sous un ciel bleu, bon augure pour ce cinquième jour.
Nous attaquons maintenant la partie froide du voyage, la principale donc, celle qui nous confrontera
véritablement au grand Nord pour la semaine à venir.
Julia nous a prévenu, hier le mercure affichait -35°c dans les hautes latitudes. Même pas peur.
Malgré le soleil, il fait déjà un bon -18°c sur le parking.
La route est maintenant simple : tout droit vers le centre-Nord de la Finlande, direction le village du
Père Noël, où nous attend notre troisième couch-surfing. Le GPS annonce une quinzaine d'heures,
en rajoutant les pauses-miam et autres vagabondages. Arrivée probable dimanche dans la matinée.
Escales courtes au programme : les villes de Tampere et Oulu.

Nous roulons à vitesse règlementaire, car les finnois sont de véritables délateurs. Julia nous a
raconté de sombres histoires dont elle a été le témoin, dans lesquelles les taxis appellent les
autorités pour un chauffard trop rapide sur l'autoroute, ou bien encore des petits vieux qui balancent
le jeune qui n'a pas son billet dans le train. Drôle de pays.
La route est un régal, le soleil valorisant le paysage, soit plaines enneigées et forêts calmes, encore
et toujours, pour notre plus grand plaisir. Si nous sommes chanceux, nous devrions même voir des
rennes et autres caribous. (Si possible, de jour, et de loin.)
La traversée de Tampere fut très rapide, car nous recherchions un emplacement de barbecue, et la
grand place de cette cité ne semblait pas une si bonne idée que ça.
Escale fut donc faite au Nord de la ville, dans un endroit déniché au hasard, en suivant une petite
route s'échappant de la nationale. Un chemin pentu tellement gelé qu'il fallait l'aborder avec de
l’élan pour ne pas rester sur place en patinant. Le GPS montrait une tache bleu correspondant à un
lac, la réalité offrait le cadre féerique d'une vaste clairière enneigée au milieu des sapins.
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Le grand soleil chauffant dangereusement la glace malgré les -19.5°c ambiants (on est venu, on a
marché dessus, ça a craquu, on est repartu!), nous avons dressé le grill sur la “berge” neigeuse.
Enfin, on aurait dû, si le grill n'avait pas été oublié à Wroclaw.

Notre barbecue, orphelin de sa plaque de cuisson, fit donc uniquement office de réceptacle pour le
charbon et les braises, des morceaux de bois taillés servant de pic à saucisses.
Une drôle d'expérience qui nous a demandé deux bonnes heures... entre l'installation du lieu des
réjouissances, la préparation du feu, la cuisson difficile de la viande, et la consommation. Un cadre
absolument magique, dont nous avons profité tant que le soleil brillait, et avant que la température
ne devienne intenable.
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La température mérite à elle seule un aparté.
Dans le van, l'huile, les jus de fruits, les fruits eux-mêmes, l'eau, et plus généralement tout ce qui
comporte la moindre trace de liquide, se transforme en solide sans coup férir, s'il n'est pas placé près
d'un des chauffages. La sauce tomate se fige dans son pot, le maïs forme une boule jaune compact,
les pâtes sont cassantes comme du verre, et pire, les bonbons sont durs comme des cailloux ! Misère.
Le point positif, c'est que nous ne sommes qu'à -20°c, ha, ha, ha.
Enfonçons nous donc un peu plus dans le cœur de la Finlande, direction Oulu....
Le mercure chute dangereusement avec la nuit.
-18°c... - 25°c... - 30°c... -33,5°c à 22h, sachant que nous n'avons pas
vraiment commencé la nuit, et que nous sommes encore loin du cœur
de la Finlande.
Le GPS refuse de s'accrocher au pare-brise, et nous avons dû acheter
un produit spécial pour mélanger avec l'essence.
Si l'on se lèche la moustache, elle se transforme en stalactite, le même
phénomène se produit au niveau des poils de nez lorsque l'on respire
trop fort.
Il parait que l'huile du moteur ne gèlera pas, croisons les doigts de
pieds pour que cette information délivrée à la station service soit vraie.
Les panneaux “traversée de rennes” se multiplient, et d'un commun
accord, nous prions encore une fois pour les rencontrer de jour plutôt
que de nuit. Please, God, save the van.
Arrivée autour de minuit dans la ville d'Oulu, avec un nouveau record à -35,5°c.
Escale prévue de moyenne durée. Cinéma ? Bar ? Je pars en éclaireur...
Les rues sont remplies de jeunes gens, chacun se pressant en file indienne à l'entrée des boites ou
devant les distributeurs d'argent. Nous sommes samedi soir, et c'est la fête.
La bonne étoile qui veille sur nous depuis le début du voyage me déniche un français, environ sept
minutes après avoir posé un pied en dehors de la voiture. Il est en Erasmus dans la ville, connaît
tous les bons plans, et me conseille les place-to-be... YES !
En route donc vers la plus grosse boite de la ville, justement là où se tient actuellement une énorme
soirée qui n'attend que nous.
Au passage, il est toujours drôle de voir la tête des gens lorsque l'on parle de notre voyage.
« Nous étions ce matin à Helsinki, hier en Estonie, demain au cercle Polaire. Et toi ? »
“Le Cabaret” est un énorme club branché pouvant accueillir facilement 1500 personnes.
Les prix sont abordables malgré les airs haut de gamme du décor, dans les tons bordeaux/bleu nuit,
avec alcôves et quartier VIP. Entre les costards et les mini-jupes, nos pantalons de skis et nos
gueules de baroudeurs étaient du plus bel effet. Qu’importe, le videur nous a laissé entrer.
Nous n'avons pas retrouvé le français, ni les Erasmus, mais c’est pas grave, car le spectacle sur la
piste valait à lui seul le détour. Même Stefano, dont barman est tout de même le métier depuis ses
16 ans, n'avait jamais vu autant d'aussi charmants visages sur un même dancefloor. La grande
majorité était blonde (un phénomène lié au pays paraît-il) peu vêtue (inexplicable, mais passionnant
phénomène) et carrément bien foutue (“budies, the dancefloor is IN-SA-NE”).
Nos mâchoires tombantes auraient fait pâlir Jim Carey dans The Mask, et c'est donc une dizaine de
strabismes plus tard que nous sommes sortis vivants de la boite, avec un sourire rêveur...
Départ d’Oulu autour de 4h du matin. (On n'aura pas vu le temps passer !).
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Jour 6 – Dimanche 21 février 2010
Lieu du lever (tardif): Appartement de Anu, couch-surfing - Rovaniemi, Finlande.
Lieu du coucher : Appartement de Anu, couch-surfing - Rovaniemi, Finlande.

6h du matin, arrivée à Rovaniemi.
- 38,5°c durant la nuit, no comment.

Notre hôtesse, prénommée Anu (à un “s” près, elle était dans la merde), vient de nous envoyer un
texto donnant son adresse, dans quelques instants nous aurons un toit et un lit chaud, hourra !!
Anu, 22 ans, étudiante en médecine, est seule dans propre appartement, travaille comme serveuse au
Coffee Heaven, possède un sauna dans sa salle de bain, et aime les voyages.
A notre réveil, autour de 3h de l'après-midi, notre charmante et blonde hôtesse avait disparue,
laissant dans le four un plat typiquement finnois à base de viande, de curry et de pommes de terre,
incroyablement bon. Cadeau des cieux qui convenait à merveille pour remplir nos estomacs affamés
et fraichement réveillés. Il semblerait que les anges aient définitivement décidé de suivre notre
voyage de près.

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Lever tranquille donc, puis direction le centre ville, objectif : connexion internet.
Il nous faut des hôtes couch-surfers en Norvège pour la semaine prochaine, définir une route en
conséquence, et trouver des activités à Rovaniemi pour les 2 jours à venir.
Une fois n'est pas coutume, on remarquera dans le café où travaille Anu... une incroyable quantité
de très jolies filles. Après être tous tombés amoureux au moins une fois, Craig and I avons préparé
le trajet sur internet, pendant que Stefano et Sandro se chargeaient des courses pour la soirée.

Si les place-to-sleep norvégiennes nous posèrent quelques problèmes (assez peu de réponses de
couch-surfers), Dieu lui même s'est, cette fois-ci, penché sur notre sort concernant le planning :
Lundi se fera au village du Père Noël, et mardi matin... ballade en traineau avec attelage d’huskies.
Le prix initial d'une centaine d'euros par tête était hélas trop cher, et c'est ici que le divin intervint :
Anu connait personnellement le gérant du site... Ce sera donc 50% de réduction pour notre équipe,
payé au black. God save the van !!
Ce soir, pâtes carbonara, Stefano a promis d'être à
la hauteur du plat finnois de ce midi.
Un défi qui fut brillamment relevé.
Soirée cooconing : entre le poker pour désigner le
maitre de vaisselle des trois prochains jours
(Sandro vainqueur) et le shit-head (jeu enseigné
par Daddy), les cartes dominent le thème.

Puis intense bataille de coussins :
deux lits doubles, le sol, qui dormira où ?

Notre hôtesse semble intéressé par notre Italien, et entame donc un jeu de chat / souris avec le
Stefano. Notre princesse italienne se plaint d'un mal de dos... notre hôtesse finlandaise lui offre
donc son lit... et se désigne pour dormir par terre, après tout un cérémonial de flirt et d'allusions.
Au milieu : Craig, Sandro et Romain comptent les points !
Résultat des courses assez bizarre, après plusieurs dizaines de minutes de jeu : Stefano dormira dans
le lit de la dame, mais la dame dormira par terre à la place de Stefano. Les observateurs se refusent
à tous commentaires, les femmes restant définitivement un mystère pour nous...
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Jour 7 – Lundi 22 février 2010
Lieu du lever : Appartement de Anu, couch-surfing - Rovaniemi, Finlande.
Lieu du coucher : Appartement de Anu, couch-surfing - Rovaniemi, Finlande.
Une délicieuse odeur de pain nous titillant les narines eut raison de notre léthargie matinale.

Une odeur de pain ? En effet, pour la seconde fois, notre chère Anu s'était levée en avance, afin de
préparer le repas en mode Finlande.
Résultat: de drôles de petits pains fourrés, à tartiner d'œufs froids mixés, nous attendaient bien
sagement dans un grand plat sur la table. Hum... un peu rebutés par l'aspect dans un premier temps,
notre appétit prit le dessus, et la durée de vie des délicieux schlougeblouc (un truc du genre) fut
rapidement écourtée, au point de mettre l'espèce en voie de disparition.

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Programme du jour : village du Papa Noël et passage du cercle Arctique.
Le village est bâti sur le cercle, ce qui facilite l'organisation et les déplacements.
En fait, dans ce fameux village, tout est pratique, magique, beau, agréable et souriant.
Je salue bien bas le génial inventeur de ce temple de consommation.
Alors qu'il n'y a concrètement rien à faire/voir de spécial (un vieux barbu sur un fauteuil et une
ligne de pierre symbolisant le passage en Laponie), nous y sommes restés 3heures... et 61 euros ont
mystérieusement disparu, avec bonne grâce, de nos bourses !

Tout est arnaque, sous couvert de rêves....
La principale étant la fameuse rencontre avec ce gros fainéant de Père Noël, dans un décor
enchanteur (photos interdites), avec des lutins (blondes, sélectionnées sur leur physique, mais pas
trop, que les pères de familles soient contents et les enfants aussi), tout plein de lumières (avec
uniquement des chansons version instrumentale, pour que chaque étranger puisse chanter Noël dans
sa langue) et des mini-peluches trop mignonnes (5 € pièce). La photo ci-dessous coûte 30 euros.

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Regardez !
Dans un coin sombre du magasin, près des réfrigérateurs, loin
des yeux des bambins, au parfait emplacement pour le petit
malin qui pense avoir flairé le coin des réductions, on peut
trouver... de la viande de renne !
(La même qu’ils servent en kebab au bar, cf photo de gauche)
Il suffit de dépenser la bagatelle de 8 euros pour une boite (qui
nourrirait à peine un chinois au régime), et cette saveur aussi
exotique que boréale déflore votre palais.
Le prix au kilo n'est malheureusement pas affiché, mais il suffit
de faire un rapide calcul pour tomber sur un total de revente
d'environ 80 euros. Je suppose qu'ils doivent les chasser à l'arc.
D'après Craig, même les australiens n'osent pas arnaquer autant
les touristes avec la viande de kangourou.

Un cerf en peluche et un badge de renne plus tard, direction la cafétéria.
L'occasion une fois de plus de rencontrer de superbes jeunes filles qui, pour une fois, sont... brunes !
En fait, elles sont en Erasmus à Helsinki, en vacances organisées dans le nord du pays.
Je suis assez fier d'affirmer que la française était de très loin la plus jolie du groupe.
(Carrément craquante même, Victoire, 2nd année à l'ESPEM-Lille, si un jour tu me lis, sache que si
tu n'es pas sage, ton prochain cadeau de Noël, c'est moi.)

Retour affamés, pauvres mais contents chez Anu, sans Anu, qui participait cet aprem à un gala de
danse au sud de la ville. Nous avons donc l'appart pour nous tous seuls jusqu'à ce soir.
De rapides pâtes entre amoureux, et dodo jusqu'à son retour.
Les prochains jours vont nécessiter beaucoup d'énergie, autant commencer dès maintenant à
recharger les batteries.

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Le principal, colossal et incontournable problème du moment, reste et demeure la météo.
Je rappelle que le projet initial du voyage était de conduire et de s'arrêter au gré des vents et des
envies. Sauf que, les températures extrêmes rencontrées nous empêchent évidemment de dormir
dans la voiture, même lorsque nous roulons.
De telles difficultés météorologiques nous obligent donc à planifier plus que prévu le trajet...
Merci internet, MERCI Couch-surfing !!
Anu revenue, la soirée fut l'occasion d'une expérience nouvelle pour moi: le sauna.

Comme je suppose que tout le monde
connait, je vous passe les détails de
cette invention étrange, qui consiste à
mettre des humains dans une boîte
saturé d'humidité autour de 100°C.
Entre presque -40°C et presque
+100°C, ce voyage aura était une
exploration personnelle des limites du
thermomètre !!
Après une vingtaine de minutes
(entrecoupées de courtes douches) il
faut aller courir nu dans la neige
(respect du déroulement oblige!).
Bon, nous, on s'est jeté dedans, histoire
de faire les malins. C'était aussi froid
que drôle (c’était d’ailleurs très drôle),
expérience à refaire avec plaisir.
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Jour 8 – Mardi 23 février 2010
Lieu du lever : Appartement de Anu, couch-surfing - Rovaniemi, Finlande.
Lieu du coucher : Van Opel Vivaro - entre Rovaniemi et Cap Nord.

Hey loco !
Réveillée musicalement par Craig, la troupe se met
rapidement en branle, Anu y compris, direction le parc à
chiens.
Grâce aux contacts de notre hôtesse, nous sommes la
première course de la journée, quand les chiens sont bien
reposés.
Merci la chance d'être une fois de plus avec nous !
Les cabots sont infernaux, n'attendant qu'une chose :
courir. La musher en chef nous a prévenu, inutile de les
caresser maintenant, ils se fichent bien de votre poire, la
seule chose qu'ils attendent, c'est de se dégourdir les pattes.

Deux sur traineaux doubles, un en traineau solo (Stefano, qui a gagné au pierre-feuille-ciseau ce
privilège, cf photo ci-dessus) et la musher sur son traineau de compète, qui mène la danse.
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Trente minutes de balade, tirés par les pépères.
Des minutes froides, belles, au milieu des arbres, hallucinantes.
Le husky est un animal né dehors, qui évolue en plein air 98% de sa vie.
Il n'est donc pas effrayé par des températures de -40 à -50 degrés Celsius, et la neige collée à son
pelage lui fait l'effet d'une caresse.

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