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Le dogme de la biologie vient d’être
remis en question par un groupe de
généticiens
Lundi 28 juin 2010

Le dogme de la biologie vient d’être remis en question par un
groupe de généticiens. Les pseudogènes, reliquats du passé,
ne seraient pas aussi désuets que ce que l’on a cru jusqu’à
présent. Ils pourraient même avoir un rôle dans le
développement de certains cancers.

Par Claire Peltier,

Le séquençage du génome humain, qui fête d’ailleurs ses 10 ans cette
semaine, aura au moins permis aux scientifiques de réaliser qu’il est bien
plus compliqué à décrypter que prévu. Il y a une décennie, les généticiens
considéraient que seuls 3% du génome étaient codants, soit tout de même
environ 25.000 gènes destinés à être traduits en protéines. Le reste, disaiton, ne serait que des vestiges des gènes ancestraux ou même des séquences
muettes, soi-disant voués à diluer les potentielles mutations acquises par le
génome au cours de l’évolution. Pourtant, de plus en plus, les chercheurs
découvrent que les zones non codantes sont aussi d’une importance
capitale : leur rôle serait de réguler l’expression des « vrais gènes ».
Des chercheurs en génétique et cancérologie du Beth Israel Deaconess
Medical Center à Boston et du Harvard Medical School ont mis au jour un
mécanisme épigénétique qui bouleverse le dogme de la biologie qui stipule
que l’ADN est transcrit en ARN, lui-même traduit en protéines. Le journal
Nature a publié leurs travaux, démontrant que l’ARN aurait en effet bien
plus qu’un rôle de messager.

Les pseudogènes font partie de ces sections non codantes et on les
considère comme des reliquats d’anciens gènes dont la séquence ressemble
aux gènes actuels mais qui ont perdu leur capacité à produire des protéines.
Alors que personne ne les pensait actifs, les pseudogènes, sous forme
d’ARN, peuvent séquestrer les miRNA grâce à leur séquence suffisamment
proche du gène normalement ciblé. L’ARN messager provenant du « vrai
gène » est donc protégé et peut être exprimé.
Ce mécanisme a été démontré par l’étude de gènes connus et importants
dans la mise en place des cancers. Le gène PTEN, suppresseur de tumeur,
possède un homologue au sein du génome : le pseudogène PTENP1. Son
rôle de séquestration des miRNA normalement dirigés contre PTEN donne
aussi à PTENP1 un rôle de suppresseur de tumeur. Ceci est aussi vrai pour
les oncogènes qui eux favorisent les tumeurs : par exemple, le pseudogène
KRAS1P favorise l’action oncogène de KRAS.
Ainsi, ces pseudogènes entrent en compétition avec les gènes fonctionnels
pour l’interaction avec les miRNA : les chercheurs les ont surnommés
competitive endogenous RNA ou ceRNA. Si ces pseudogènes sont
capables de réguler l’expression du génome, c’est toute la biologie
qu’il faut repenser !
Il existe 17.000 pseudogènes et au moins 10.000 longs ARN non codants.
Tous pourraient avoir un rôle comparable et précis. Il y a donc près de
30.000 nouvelles entités, ayant potentiellement une fonction de ceRNA,
qu’il ne faudra pas négliger, notamment dans les recherches vers la
compréhension du cancer, mais aussi d’autres maladies.


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