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Voici un aperçu des manières dont cette nouvelle stratégie du choc à l’échelle mondiale devrait
s’appliquer.
Choc n°1 : l’érosion agricole
C’est au moment où nous en avons le plus besoin que nous perdons la diversité du vivant. 75%
de la biodiversité agricole a déjà disparu. Nous perdons chaque année 2% de la diversité des
espèces végétales cultivées et 5% de la diversité des espèces animales élevées. On aura beau tenter
de mettre un frein à l’extraordinaire flambée des prix alimentaires, on n’en reviendra sans doute
jamais aux prix bas de la fin du 20e siècle. La pression sur les terres arables pour la production de
biocarburants, la spéculation sur les matières premières, la demande grandissante, la pénurie d’eau
et surtout le chaos climatique garantissent que notre approvisionnement alimentaire demeurera
aussi erratique que coûteux.
L’agriculture industrielle à déjà fait de la sécurité alimentaire à long terme une réalité du passé. Sur
40 espèces animales d’élevage et des 7000 espèces végétales cultivables, l’agriculture
conventionnelle n’exploite que 5 espèces animales et 150 espèces végétales (dont 12 seulement
représentent l’immense majorité des cultures). En même temps, les agriculteurs dépensent chaque
année quelques 90 milliards de dollars US en engrais chimiques, dans un vain effort pour
récupérer les plus de 24 milliards de tonnes de sol détruites par l’agriculture industrielle chaque
année. En dessous du sol, ces mêmes agriculteurs pompent des quantités d’eau 25% supérieures à
ce que les aquifères en état de stress sont capables de remplacer. Sur plus de 35 200 espèces
maritimes, la pêche industrielle concentre son activité sur 336 espèces ; et 75% des stocks
mondiaux de poisson sont soit pleinement exploités, soit quasiment épuisés.
L’agriculture est également en train de perdre ses pollinisateurs : la population des oiseaux de
prairie d’Amérique du Nord a chuté d’un tiers depuis la prédiction d’un « printemps silencieux »
par Rachel Carson en 1962, et 40% des espèces ornithologiques mondiales sont en déclin. Ce
n’est pas célébrer le « Rio +20 » que les gouvernements devraient faire en 2012, mais plutôt
déplorer le « Carson -50 ».
Choc n°2 : l’effondrement des écosystèmes
La notion de terre marginale est un non-sens. Les marais d’eau saumâtre des États-Unis
représentent 20% de la capacité de séquestration du carbone de ce pays. La séquestration
mondiale de carbone dans les habitats côtiers est à peu près équivalente aux taux d’émission de
gaz à effet de serre du Japon. Les forêts prétendument « sous-exploitées » et les savanes jouent un
rôle primordial dans la lutte contre le réchauffement climatique. Les deux tiers des écosystèmes
mondiaux sont menacés d’effondrement.
Choc n°3 : les extinctions culturelles
Les peuples indigènes du monde ne représentent que 6% de l’humanité, mais ils font vivre plus
de 50% des plantes sauvages et de la vie animale dans les forêts et les savanes, et ils sont souvent
les seuls protecteurs des cultures, des animaux d’élevage et des espèces aquatiques utiles à
l’alimentation qui subsistent. Ils protègent aussi les plantes médicinales qui garantissent la santé
de 80% des habitants du Sud.
Pourtant, 90% des 7000 langues qui se pratiquent encore dans le monde pourraient disparaître
d’ici la fin de ce siècle. L’humanité perd au moins une langue tous les quinze jours.

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