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HISTOIRE DE L’AFRIQUE

implorer son appui, c’est-à-dire une honteuse tutelle ; celui de
Tunis ne tardera pas à l’imiter. Quant à l’empire de Fès, il se dissout
dans l’impuissance résultant des compétitions et de l’anarchie. A
peine ces sultans ont-ils conservé quelque autorité dans les villes de
l’intérieur; le reste de l’empire n’obéit plus à personne. En un mot,
toutes ces dynasties sont caduques et se survivent.
C’est que l’unité de la race berbère, qui, malheureusement
pour elle, n’a jamais été bien complète, s’est émiettée, et s’est
fondue au cours des longues années de guerres intestines que nous
avons retracées dans les volumes précédents. L’élément arabe-hilalien, par son introduction il y a cinq siècles, a rompu, modifié, dispersé, grâce à une action lente, l’élément indigène, qui cependant
l’a absorbé, mais ne se retrouve ou ne se reconnaît que dans les
montagnes élevées et dans l’extrême sud ; partout ailleurs, il n’y
a plus ni Berbères, ni Hilaliens, mais seulement une population
hybride, qui, en maints endroits, va prendre ou a déjà pris de nouveaux noms(1).
FORMATION DE NOUVELLES PROVINCES ET DE
PETITES ROYAUTÉS INDÉPENDANTES. — FÉODALITÉ
INDIGÈNE ET MARABOUTS. — Le pays lui-même tend au
fractionnement, et de nouvelles provinces, de nouvelles capitales,
de nouveaux chefs-lieux vont avoir leur vie propre. L’autorité de
ces gouvernements, étant plus faible, ne pourra s’étendre aussi
loin, et partout, au sein de celte anarchie, se formeront de petites
royautés: à Touggourt, en plein Sahara, comme à Koukou dans la
Grande-Kabylie, et les maîtres de ces démocraties prendront le titre
de sultan ou de roi. Ailleurs, les chefs des grandes tribus rénovées,
émirs, jouant au sultan, viendront dans les vieilles cités royales,
comme Constantine, dont ils se sont érigés les protecteurs, exiger
des descendants de leurs anciens maîtres le tribut du vasselage.
C’est une véritable féodalité qui se fonde ; et cependant, dans ces
villes, qu’elles se nomment Tunis, Kaïrouan, Constantine, Tlemcen
ou Fès, fleurissent des écoles de savants remarquables ; mais, c’est
là le seul reste de leur ancienne splendeur, et, dans un tel moment,
ce genre de supériorité n’a guère d’utilité pratique. Les marabouts
commencent A former, dans les campagnes, des centres religieux
dont l’influence sera autrement importante.
L’islamisme est donc en péril dans l’Afrique du Nord. La chrétienté, entraînée par un puissant empereur, va sans doute reprendre
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1. Nous nous sommes appliqué, dans le 2e volume, à suivre pas à pas
cette transformation. (Voir ses tables.)