Etre et Temps..pdf


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possible — et veuillent bien ceux qui, dans un avenir peut-être assez proche (puisqu’une IVème
section de la G.A. est d’ores et déjà programmée), disposeront d’elle en totalité, ne jamais
oublier qu’une chose est de se représenter objectivement la « formation » d’une pensée, une
autre chose de discerner ce que Heidegger, dès la première page de ce livre, appelle presque
« intraduisiblement » son caractère vorläufig, provisoire au sens de pré-curseur ou pré-cursif.
Saurions-nous tout sur les rapports du jeune Heidegger avec Paul, Augustin, Luther,
Kierkegaard, Nietzsche, Rilke, Dostoïevski, Aristote, Kant, Husserl et cent autres, que nous
ne serions pour autant en rien « prédisposés » à penser avec lui, pour la claire et excellente
raison qu’aucun savoir, comme tel, n’ouvre de disposition.
2/ Comme le présent volume, on l’a dit, ne correspond point — à la différence de ceux
de la série Œuvres de Martin Heidegger en cours de publication aux Éditions Gallimard — à
un volume de la G.A., la pagination originale que l’on trouvera reproduite dans ses marges est
celle des éditions N (à peu près identique dans toutes)7. Il arrive souvent, comme chacun sait,
que des œuvres majeures de la littérature philosophique soient conventionnellement citées
d’après leur édition originale : cet usage semblant devoir s’imposer pour Être et Temps aussi
bien que, par exemple, pour la Critique de la raison pure de Kant, nous espérons ainsi
contribuer à sa consolidation, et nous invitons le lecteur, même s’il voulait bien utiliser notre
traduction, à rester lui aussi fidèle à cette pagination N (la mention supplémentaire du
paragraphe ne pouvant qu’ajouter à la précision des références).
3/ Un index « complet » (dans les limites que définit sa note liminaire), en fin de
volume, rassemble nos transpositions du vocabulaire technique de Heidegger et en justifie
brièvement quelques unes. Le lecteur qui le consultera (ou qui, par son intermédiaire, recourra
éventuellement aussi au Handbuch ou à l’Index de Hildegard Feick8) pourra constater que
nous nous sommes astreint non seulement à restituer (sauf exception sans portée
philosophique) un même mot allemand par un même mot français, mais encore — ou tout
d’abord — à construire un système de transpositions souvent neuf, le plus approprié que
possible aux requêtes spécifiques de S.u.Z., et enfin cohérent. Toute traduction est
interprétation, et celle-ci pas moins qu’une autre. Si elle revendique ce titre, cependant, ce
n’est ni au nom de telle ou telle innovation, trouvaille ou autre astuce qu’elle se vanterait de
mettre en circulation, ni même en vertu de son esprit général : c’est, et c’est uniquement dans
la mesure où elle a cherché à satisfaire à cette exigence de cohérence, qui, pour autant, n’était
pas elle-même dictée par la conviction d’une « systématicité » de la pensée heideggérienne,
mais bien plutôt par la seule certitude de sa nature phénoménologique. Bref, tel est notre
principal « apport » — telle est l’aune à laquelle nous souhaiterions être d’abord jugé.

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Si notre refus de traduire Dasein autrement que par lui-même n’appelle point
d’explication ou d’« excuse » particulière — « tout comme le grec logos ou le chinois tao,
occidentale. — Une « différence », cependant, entre ce volume et S.u.Z. mérite d’être notée : ce qui s’appellera
en 1927 Erschlossenheit, « ouverture », s’appelle encore en 1925 Entdecktheit, « découverte », « êtredécouvert » (v. t. XX, § 28, ainsi que la postface de Petra Jaeger, p. 444) et vice versa. Voilà qui marque non une
variation de Heidegger, mais la « sensibilité » dans tous les sens du terme de la langue allemande. Lorsque l’on a
pour tâche, en traduisant, de restituer une nuance séparant deux termes philosophiques allemands, il convient
parfois de commencer par se rendre compte de sa délicatesse dans la langue d’origine plutôt que de se hâter d’en
faire, dans la langue d’arrivée une opposition à la hache.
7
Sur la pagination, v. le Handbuch, p. XXIII, dont les listes suivent plus précisément celle de N14 : « Mais une
table de concordance serait superflue, puisque les précédentes éditions de S.u.Z. ne diffèrent que d’une manière
infime de N14 sur ce point, et que KA reproduit également dans ses marges la pagination de N7-13. »
8
H. FEICK, Index zu Heideggers “S.u.Z.”, 2e éd., Tübingen, 1968 : précieux glossaire conceptuel et thématique.
Voir notre index C.

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