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AVANT-PROPOS
D'abord, peut-être, rappeler une évidence: l'organisation sociale
actuelle n'est pas juste. Outre qu'elle contraint à la famine ou à la
misère une bonne partie de l'humanité, elle fait, dans les pays
"développés", de la consommation de biens en partie inutiles, la preuve de
l'existence. En excluant de cette consommation une grande partie de
ceux devant qui elle est exposée, elle fait naître, ou entretient, l'envie,
qui est le plus sûr soutien du pouvoir établi et de la pérennisation de
l'ordre en place.
Voyez toutes ces marchandises dans nos vitrines! Voyez tous ces
diplômes présentés dans nos écoles! Sans eux vous n'êtes rien. Rien
d'autre que des non-êtres que seule leur non-existence peut faire
remarquer. Qu'importent vos pensées, vos désirs, vos possibilités
créatrices. Ce qui compte, ce sont ces biens qui seuls vous permettront
de paraître et d'être reconnus. Ces biens, ils sont là, tout près, à votre
portée. Presque. Il suffit d'un peu de patience, de soumission, de
beaucoup de travail, de mérite.
Ce n'est pas vrai! Chacun sait bien, même s'il fait semblant de
l'ignorer, que la logique et la construction même du système exigent que
tous n'aient pas accès à ces biens, et que certains en soient même
carrément exclus, et réduits à une bienveillante prise en charge qu'ils
paient d'une humiliante soumission.
Quelques-uns "dévient". Certains n'ont pas compris la règle du jeu,
et ce qui est là, juste exposé au désir de consommation, ils décident de
le consommer tout de suite. D'autres ont trop bien compris la règle et ont
décidé de façon brutale et pour leur propre compte, sans attendre
et sans passer par les canaux policés, de se saisir du bien ou de la vie
d'autrui. Ce n'est pas que ces biens ou ces vies aient une valeur
particulière mais, pour trafiquer avec, il y a des lieux prévus, qui
s'appellent commerce, finance, guerre, etc. D'autres enfin n'avaient
pas le choix, ils avaient faim.
Il importe alors qu'il y ait des prisons. Non pour leur valeur
dissuasive, personne n 'y croit plus, non plus qu'à l'éventuelle réparation
d'un dommage. Mais pour signifier qu'il y a un ordre, que l'on ne
peut impunément transgresser. Et pour réintégrer d'une manière
symbolique le déviant dans cet ordre. "En considérant (...) que la peine
contient son droit, on honore le criminel comme un être rationnel",
écrit Hegel (Principes de la Philosophie du Droit), qui dit aussi, en
substance, que ce qui est toujours ce qu'il y a de mieux. Ainsi le
"criminel" se retrouve enfermé ; et, rétabli dans sa dignité d'homme,
il peut bénéficier des brimades et humiliations qui caractérisent la
prison.
Pourtant...
Aucune organisation sociale, si perverse soit elle, ne peut à elle seule
faire naître en l'homme une pulsion ou une tendance qui ne s'y
trouverait pas, du moins comme possibilité. Du reste, toute organisation
sociale est création humaine. Enfin, la déviance économique,
évoquée jusqu'ici, n'est pas la seule. Il y a, par exemple le viol, le
crime
passionnel, etc. Un point commun, pourtant, à toutes ces formes de
déviance: le désir de posséder, de dominer. Possession et domination
qui sont peut-être les deux valeurs qui structurent notre organisation
sociale actuelle, et que certains ont pris à la lettre au lieu de passer
par
leurs expressions policées.