Deviance en societe libertaire.pdf


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Il existe aussi d'autres déviants dont la destination naturelle n'est pas
forcément la prison. Ce sont ceux pour qui ces valeurs n'ont aucun sens
et qui se retrouvent, par exemple, à l'asile psychiatrique. D'autres
enfin, dont certains sont parmi nous, revendiquent cette déviance et son
sens.
Tout ça pour dire que la déviance ne se conçoit pas sans la normne et
que celle-ci résulte d'un consensus plus ou moins passif autour de
valeurs qui, à une période donnée, dans une société donnée, structurent
notre façon d'agir et de penser. Je veux dire que la déviance, comme
manière d'être ou de penser n'est pas créée par la société, mais que sa
définition en tant que déviance est donnée par une forme déterminée de
celle-ci.
Une société anarchiste s'appuierait (s'appuiera?) sur d'autres
valeurs que celles qui dominent aujourd'hui. Ces valeurs qu'on peut
regrouper à peu près autour de la solidarité, de l'ouverture à autrui, de
la liberté individuelle, gages et conditions de la liberté de tous,
existent dès à présent. Mais elles sont en quelque sorte clandestines,
réservées au domaine des relations privées. Les anarchistes proposent d'en
faire des valeurs publiques, qui régissent et structurent les relations
entre les êtres humains et l'organisation sociale. Ils croient que le
bonheur de tous exige le bonheur de chacun, et que la liberté de chacun est
indissociable de la liberté de tous. Ils croient que ce sont là des buts
que l'humanité en général et chacun en particulier auraient tout intérêt à
se proposer.
Mais les anarchistes n'ont aucune certitude quant à une échéance. Ils
savent que cette voie est souhaitable et possible, mais non si elle est
souhaitée et considérée comme possible par la majorité de leurs "frères
en humanité" (ainsi qu'écrirait Godwin). Ils n'ont que leur raison et
leur conviction pour s 'adresser à ceux-ci. Et ni l'une ni l'autre ne peut
affirmer que la tendance à la domination puisse un jour disparaître à
tout jamais. Elles ne peuvent pas même affirmer que demain je ne
frapperai pas ou n'humilierai pas celui qui se trouvera en face de moi
pour la simple raison que sa tête ne me revient pas.
Peut-être, l'anarchie ce n'est pas le bonheur et l'harmonie tout
entiers et tout de suite, mais leur revendication absolue et la certitude
de sa possibilité. Peut-être, en 2009, ne serons-nous pas en société
anarchiste mais, espérons-le et tendons nos efforts vers ce but, dans une
société qui offrira plus de possibilités qu'aujourd'hui à la réalisation
des virtualités anarchistes.
Une société sans lois? Ce n'est pas sûr. Et ce n'est peut-être même
pas souhaitable, si du moins on redonne au terme de lois sa signification
originelle de lien, et non de règle absolue, voire arbitraire, comme
c'est le cas aujourd'hui. Des lois donc, constamment remises en
question et rediscutées par ceux qui les constituent. A chaque moment
de leur histoire, les humains qui vivent en communauté conviennent, le plus
souvent implicitement (et c'est sans doute alors que le danger est
le plus grand) de certaines conventions dont le but premier devrait être
de rendre les rapports entre eux plus faciles et plus enrichissants et de
permettre que les conflits trouvent une solution nouvelle. En société
anarchiste, il restera sans doute difficile de convaincre certains que le
choix du bonheur est préférable à celui du malheur. Quelques-uns, par
leurs actes ou par leurs paroles, déclareront ne pas accepter ces
conventions et préférer, par exemple, un monde où la domination reste
la loi. Ce choix ne fait pas d'eux l'incarnation du mal absolu. Ils disent
ainsi aux membres de la communauté que l'accord implicite qu'ils
avaient passé n'a pas de valeur absolue, qu'il n'est pas de nature
divine. Le criminel ou le violeur, même en société anarchiste, me