Deviance en societe libertaire.pdf


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PRESENTATION
Nous avons choisi volontairement de situer ce débat dans un cadre
précis, celui d'une réflexion assez peu abordée aussi bien aujourd'hui
que jadis: les formes de la déviance et ses traitements en société
libertaire. Ce débat se place délibérément en parallèle avec les luttes qui
sont menées au quotidien par de nombreux prisonniers.
Reprenons, à cet égard, l'appel à cette rencontre paru dans le numéro
de l'été 1991 du Monde libertaire ayant pour titre « La prison en société
anarchiste, mythe ou réalité » ?
Pour avoir tâté aussi bien de la paille humide des cachots d'antan que
de l'univers électronique et informatisé d'aujourd'hui, les anarchistes
n'ont jamais été en reste dans la dénonciation de l'univers carcéral. S'ils
ont une idée précise et juste de la prison, il faut reconnaître qu'en
matière de propositions alternatives, ils n'ont jamais fait preuve d'un
grand esprit d'initiative... Mais, après tout, était-ce leur rôle?
"La question de la prison en société anarchiste reste posée. Là, comme
ailleurs, l'angélisme n'est pas de mise. Il ne sert à rien de chercher à
éluder des questions (qui nous sont posées dès aujourd'hui) en espérant
que, en société libertaire, tout ira pour le mieux dans le meilleur des
mondes...
Au-delà de la condamnation (par principe) de toutes les formes
d'enfermement, il nous faut réfléchir à la gestion de la déviance
(concept plus large que celui de délinquance et de crime) dans le
contexte d'une société sans classes ni Etat, une société fondée sur des
principes d'égalité, de liberté et... d'entraide, où toutes formes de
domination, d'exploitation de l'homme par l'homme auront disparu.
"Nous partons du principe que toute société sécrète sa propre déviance et
qu'une société plus libre et plus juste n'échappera pas à cette
règle. De plus, nous pensons qu'une caractéristique de la société
libertaire sera sa faculté à admettre cette déviance puis sa capacité à en
faire un des éléments moteur d'une évolution permanente.
"Alors? Alors, nous devons nous poser en cascades toutes sortes de
questions et tenter d'y répondre tout en sachant que nous sommes
encore, malgré toutes les prises de conscience politiques et toutes les
connaissances sur la psychologie de l'homme, au début d'une vaste
réflexion qui engage sur bien des points la crédibilité de ce que d'aucuns
nomment l'utopie.
"Existe-t-il une éthique de l'homme qui puisse prétendre à une
adhésion suffisante pour que ses transgressions soient minimes et
supportables par la collectivité, le groupe, l'individu? L'éthique
anarchiste faite de contrats libres et de solidarités peut-elle être cellelà?
"A partir de quel moment, celui qui refuse tout, ou partie des règles
de vie, devient-il une menace pour la collectivité qui l'accepte en son
sein? Quels types de traitement, au sens large, peut mettre en place une
société basée sur des principes libertaires sans se renier elle-même ? Et,
malgré tout, quelles délinquances, quels crimes, quels délits engendrera
la société libertaire chez ceux qui la composeront?
"Ces questions et toutes celles qui en découlent, les anarchistes
doivent se les poser dès aujourd'hui, sans hypocrisie ou faux-fuyants,
sous peine de rester aux marges du monde de demain..."
Nous souhaiterions donner des éléments de réponse à ces questions
dans nos interventions, mais nous comptons aussi, bien évidemment,
sur votre concours tout au long de cet après-midi.