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PYRENAE, núm. 39, vol. 1 (2008) ISSN: 0079-8215 (p. 67-113)
REVISTA DE PREHISTÒRIA I ANTIGUITAT DE LA MEDITERRÀNIA OCCIDENTAL
JOURNAL OF WESTERN MEDITERRANEAN PREHISTORY AND ANTIQUITY

Recherches sur l’occupation d’Althiburos
(région du Kef, Tunisie)
et de ses environs à l’époque numide
NABIL KALLALA
Institut National du Patrimoine de Tunisie
4 Place du Château, T-1008 Tunis
nabil.kallala@palnet.tn

JOAN SANMARTÍ
Universitat de Barcelona. Facultat de Geografia i Història
Departament de Prehistòria, Història Antiga i Arqueologia
C/ de Montalegre 6-8, E-08001 Barcelona
sanmarti@ub.edu

M. CARME BELARTE
Investigadora ICREA
Institut Català d’Arqueologia Clàssica
Pl. Rovellat s/n, E-43003 Tarragona
cbelarte@icac.net

JOAN RAMON
Consell Insular d’Eivissa
Av. d’Espanya 49, planta 3, E-07800 Eivissa (Illes Balears)
joan_ramon@telefonica.net

RAMÓN ÁLVAREZ
MONCEF BEN MOUSSA
SLIM BECHRIFIIA
XAVIER BERMÚDEZ
JORDI CAMPILLO
NAJOUA CHEBBI
THAÏS FADRIQUE
RAFEL JORNET
DANIEL LÓPEZ
ZAKIA BEL HAJ NASR LOUM
BOUTHÉINA MARAOUI
SOUAD MINIAOUI
JAUME NOGUERA
JOSEP MARIA PUCHE
VÍCTOR REVILLA
NÚRIA TARRADELL
MOUNIR TORCHANI
SÍLVIA VALENZUELA
Data de recepció: 7-03-2008. Data d’acceptació: 20-04-2008

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NABIL KALLALA, J OAN SANMARTÍ et al.

Rech erch es su r l’occu p ation d ’Althiburos (Le Kef, Tu n isie)

Le développement du projet de recherche sur la formation de l’état numide durant les années 20062007 a révélé l’existence à Althiburos d’un habitat préromain d’extension considérable (plus de 4 ha),
rem on tan t au m oin s au VI e s. av. J .-C. La p rosp ection d u territoire en viron n an t a m on tré au ssi l’existen ce d e p lu sieu rs sites n u m id es d e m oin d re d im en sion s, ain si q u e q u elq u es stru ctu res fu n éraires d e la m êm e ép oq u e et u n e cin q u an tain e d e d olm en s d on t la d atation (Bron ze Fin al ?) reste
m écon n u e. Les d on n ées ob ten u es p erm etten t d e situ er au VI e s. av. J .-C., ou m êm e avan t, l’am orce d u p rocès d e com p lexification sociale con d u isan t à la form ation d es royau m es n u m id es.
MOTS CLÉS
NUMIDIE, PROTOHISTOIRE NORD-AFRICAINE, COMPLEXITÉ SOCIALE, INTERACTION COLONIALE,
URBANISME, ARCHÉOLOGIE DE LA MORT.

El d esen volu p am en t d u ran t els an ys 2006-2007 d el p rojecte d e recerca sob re la form ació d e l’Estat
n ú m id a h a revelat l’existèn cia a Althiburos d ’u n h àb itat p rerom à d ’exten sió con sid erab le (alm en ys
4 h a), l’origen d el q u al rem u n ta com a m ín im al segle VI aC. La p rosp ecció d el territori ad jacen t
h a m ostrat l’existèn cia d e d iversos jacim en ts n ú m id es d e d im en sion s m és red u ïd es, d ’algu n es
estru ctu res fu n eràries d e la m ateixa èp oca i d ’u n a cin q u an ten a d e d òlm en s, la d atació d els q u als
(tal vegad a d el Bron ze fin al) rom an en cara in certa. Les d ad es ob tin gu d es p erm eten situ ar en el
segle VI aC, o fin s i tot ab an s, l’in ici d el p rocés d e com p lexificació social q u e va con d u ir a la form ació d els regn es n ú m id es.
PA RA ULES CLA U
NUMÍDIA, PROTOHISTÒRIA NORD-AFRICANA, COMPLEXITAT SOCIAL, INTERACCIÓ COLONIAL,
URBANISME, ARQUEOLOGIA DE LA MORT.

1. In trod u ction
Tel qu’on l’a souvent remarqué, l’état de la recherche archéologique sur les populations de
l’Afrique du Nord préromaine est encore disparate. En effet, si les recherches ont porté jusqu’ici sur l’archéologie funéraire, relativement développées (Camps, 1961), sur certains monum en ts sin gu liers (Ferch iou , 1991 ; Rakob, 1979 ; Rakob, 1983), et en fin , su r l’épigraph ie
– même si elle est souvent difficile à exploiter du point de vue historique –1 les connaissances su r les sites d’h abitat et su r les formes d’occu pation du territoire – u n e docu men tation
d’im portan ce cru ciale pou r la con n aissan ce de tou te société – resten t en core très pau vres.
Cette situ ation est du e, en partie, au fait qu e les n iveau x d’h abitation d’époqu e n u m ide son t gén éralem en t cou verts par les restes de ph ases d’occu pation d’époqu e rom ain e.
Cela est fort clair pou r u n gran d n om bre de villes, com m e l’attesten t les in form ation s h istoriqu es, épigraph iqu es et au ssi arch éologiqu es, bien qu e sou ven t de façon très lim itée.
1. Elle en a permis cependant une certaine approche des formes d’organisation politique et administrative (Ghaki,
1993) et de quelques aspects de la vie religieuse (Ghaki, Khanoussi, 1995).

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Rech erch es su r l’occu p ation d ’Althiburos (Le Kef, Tu n isie)

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De fait, un passé urbain d’époque préromaine semble évident pour des sites comme Volubilis,
Ch erch el (Caesarea), Con stan tin e (Cirta), Le Kef (Sicca Veneria), Ch im tou (Simithus), Bulla
Regia, Thugga, Mactaris, Hr ed-Dou âm is (Uchi Maius) et bien d’au tres en core (Gh aki, 1999 :
11-12 ; Gh aki, 2002). Cette su perposition est égalem en t docu m en tée dan s des sites de
m oin dre im portan ce, par exem ple à Sidi Zid et à Sidi Ah m ed Rou igged, dan s la vallée
de Segermes (Lu n d, Berg Nielsen , 2000 : 1207-1208). Il s’avère don c difficile de fou iller de
gran ds gisem en ts d’h abitat « pu rem en t » n u m ides, san s les en traves dérivées de la présen ce des cou ch es d’époqu e rom ain e et/ ou pu n iqu e. De plu s, le n om bre de fou illes qu i
on t attein t les n iveau x in férieu rs des villes n u m ides est très petit, et elles se rédu isen t le
plu s sou ven t à des son dages ou à des petits secteu rs. On com pren d aisém en t dan s ces con dition s les difficu ltés én orm es qu e pose en core de n os jou rs u n e an alyse de la société et
de l’écon om ie n u m ides fon dée su r la docu m en tation arch éologiqu e. De m êm e, cela va
san s dire, l’absen ce de séqu en ces stratigraph iqu es bien iden tifiées expliqu e l’état de n os
con n aissan ces, très lim ité, su r la cu ltu re m atérielle m eu ble des Nu m ides.
Au ssi, som m es-n ou s rédu its pou r la com préh en sion de l’h istoire des Nu m ides, dan s
u n e large m esu re, au x sou rces littéraires. Or, si celles-ci son t n om breu ses pou r les IIIe - Ier
siècles avant notre ère, à cause de l’importance du rôle joué par les Numides dans les grands
évén em en ts politiqu es et m ilitaires de cette période en Afriqu e du Nord, elles son t avares
de ren seign em en ts pou r l’époqu e précéden te. L’im age qu i s’en dégage pou r les trois dern iers siècles avan t n otre ère est celle de grou pes h u m ain s fort développés du poin t de vu e
socio-cu ltu rel : des sociétés stratifiées, organ isées en royau m e ; u n e popu lation im portan te, qu i a été en m esu re de fou rn ir des con tin gen ts m ilitaires con sidérables au x gran des
pu issan ces de l’époqu e ; des form es com plexes d’occu pation du territoire, com portan t l’existence de nombreuses villes, mais aussi des localités de moindre importance, et une population dispersée dan s les cam pagn es et des h abitats fortifiés, don t l’existen ce est au ssi attestée par l’arch éologie (Lu n d, Berg Nielsen , 2000 : 1207 ; Ferch iou , 1990). On retrou ve là
les caractéristiqu es propres des sociétés com plexes, qu ’il fau drait tou tefois préciser à partir d’u n e docu m en tation arch éologiqu e plu s large et de qu alité. Cela dit, le problèm e h istoriqu e le plu s in téressan t con siste à n otre avis à com pren dre com m en t ces sociétés com plexes s’étaien t-elles form ées, qu el en fu t le rôle des facteu rs extérieu rs – su rtou t dan s
leu rs rapports avec le m on de pu n iqu e –, et qu elle en était la part du processu s en dogèn e,
fon dé su r la croissan ce dém ograph iqu e et les m u tation s tech n ologiqu es.
C’est ju stem en t pou r essayer d’apporter des répon ses à ces qu estion s qu e l’In stitu t
Nation al du Patrim oin e de Tu n isie (INP) et l’Un iversité de Barcelon e (à travers le Gru p de
Recerca d’Arqueologia Clàssica, Protohistòrica i Egípcia) ont mis en place le projet de recherch e Évolution sociale et formation de l’état numide: les populations autochtones de la région de Sicca
Veneria (Le Kef, Tunisie) et ses rapports avec la civilisation phénico-punique. Prospections et fouilles
archéologiques à Althiburos, dirigé par deu x d’en tre n ou s (NK et JS). Le projet bén éficie du
sou tien logistiqu e de l’INP et fin an cier de la Gen eralitat de Catalu n ya (Projecte 2006EXCAVA00011) et du Min istère Espagn ol des En seign em en ts et des Scien ces (Proyecto HUM200603432/HIST), ainsi que de la collaboration de l’Institut Català d’Arqueologia Clàssica (ICAC).

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Les objectifs du projet son t don c d’obten ir u n e docu m en tation solide su r les su jets qu i
résiden t au coeu r m êm e de tou te recon stru ction de la vie sociale et de son évolu tion : la
den sité de la popu lation , la tech n ologie, l’activité écon om iqu e et son in ten sification ,
la division du travail et les n iveau x d’in tégration sociopolitiqu e. Il s’agit certes d’u n program m e am bitieu x, qu i im pose à la fois la prospection systém atiqu e de la ville et du territoire, la fou ille de plu sieu rs sites prérom ain s et, n atu rellem en t, l’u tilisation des différen tes tech n iqu es et an alyses qu i perm etten t de recon stitu er le paléoen viron n em en t et le
sch ém a de la gestion des ressou rces écon om iqu es. Pou r ce faire, n otre équ ipe com pren d
n on seu lem en t des arch éologu es au sen s strict du term e, m ais au ssi des spécialistes en
systèm es d’in form ation géograph iqu e, en paléobotan iqu e, en paléozoologie et en an th ropologie ph ysiqu e. En ou tre, et pou r assu rer u n e bon n e lectu re du paysage, n ou s avon s dû
réaliser u n e n ou velle topograph ie de la vallée d’Althiburos au 1 : 5000e (fig. 2) et u n e topograph ie détaillée de la zon e u rbain e au 1 : 2 000e (fig. 3) (réalisées par l’u n ité de docu mentation graphique de l’ICAC). L’équipe comprend, enfin, des épigraphistes et des numism ates.

Fig. 1. Carte de la
Tunisie septentrionale
indiquant la situation
du site d’ Althiburos.

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Fig. 2. Topographie de la vallée d’ Althiburos, indiquant les sites connus après la campagne de 2007.

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Fig. 3. Topographie de la
ville d’ Althiburos, indiquant la
situation des monuments les
plus importants. Grand
bâtiment (1) ; Arc de triomphe
(2) ; Maison des Asclepieia
(3) ; Forum (4) ; Capitole (5) ;
Théâtre (6) ; Nécropole SE (7).

2. Le site d ’Althiburos
Le site n u m ide et rom ain d’Althiburos (l’actu elle el Médéin a) se trou ve à l’in térieu r de la
Tu n isie du N-O, à en viron 215 km au S-O de Tu n is, à 45 km au S du Kef, l’an tiqu e Sicca
Veneria, et à u n e tren tain e de km de la fron tière algérien n e (fig. 1). Il occu pe u n e situ ation privilégiée, su r u n plateau n ettem en t délim ité par les cou rs de l’ou ed el Médéin a, qu i
le traverse au N, et l’ou ed Sidi Baraket, qu i le lon ge au S (fig. 2). Il bén éficie, de la sorte,

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à la fois d’u n e bon n e situ ation défen sive et d’abon dan tes ressou rces en eau , à la portée.
En ou tre, le site est en tou ré de sept sou rces; tou tes péren n es, servan t tan t à l’irrigation
qu ’à l’eau potable. Dan s son en sem ble, il est protégé par sept collin es roch eu ses qu i pou rvoien t la ville, en plu s, de carrières de pierre calcaire d’excellen te qu alité. Rapidem en t, la
ville sau ra tirer profit de sa situ ation su r la voie Carth age-Theveste et des gran des plain es
céréalières alen tou r.
Depu is la fin du XIXe siècle et ju squ ’au débu t du XXe siècle, des fou illes en treprises par
Alfred Merlin on t perm is de dégager u n large secteu r de la partie cen trale de la ville (fig.
3) et qu elqu es m aison s périph ériqu es (Merlin , 1913). Bien plu s tard, au débu t des an n ées 60, Mon gi Bou lou dh n in e a égalem en t m is au jou r u n e gran de villa périu rbain e, l’édifice des Asclepieia (En n aïfer, 1976).
Le ch oix d’Althiburos et de sa région pou r la réalisation de ce projet se com pren d
aisém en t si l’on tien t com pte de l’existen ce de plu sieu rs in dices qu i con du isen t à y su pposer u n e présen ce h u m ain e appréciable à l’époqu e n u m ide. À Althiburos m êm e, plu sieu rs in scription s libyqu es, pu n iqu es, n éopu n iqu es et bilin gu es (en n éopu n iqu e et en
latin ), ain si qu e des stèles orn ées du sign e dit de Tan it et u n naïskos de type pu n iqu e,
tém oign en t de l’existen ce de la ville dès le IIe s. av. J.-C., au m oin s, avec des in stitu tion s
politiqu es développées, très in flu en cées par le m odèle carth agin ois – san s se départir tou tefois du su bstrat libyqu e – et de la présen ce de l’im portan t cu lte de Ba’al Ham m on . En
effet, l’u n e des in scription s n éopu n iqu es, datée de la fin du Ier siècle, m en tion n e, ou tre
des in stitu tion s de type n ettem en t pu n iqu e (En n aïfer, 1976 : 27-28), u n collège de trois
su ffètes2 don t le n om bre a été in terprété com m e u n sou ven ir des tradition s adm in istratives au toch ton es (Lévêqu e, 1999 : 155). Ajou ton s en core l’existen ce, au ssi bien au x
abords im m édiats de la ville qu e dan s le territoire atten an t, de n om breu ses stru ctu res
fu n éraires, m al datées m ais pou van t sou ven t rem on ter à la période n u m ide, ain si qu ’u n
san ctu aire de tradition pu n iqu e à Aïn Barch ou ch , qu i a livré dix-h u it stèles (Kran delBen You n ès, 2002 : 215-217). En fin , les prospection s préalables de l’u n des m em bres de
n otre équ ipe (NK) à Althiburos m êm e et dan s d’au tres sites des en viron s avaien t déjà
révélé la présen ce de céram iqu es m odelées et de stèles datables du prem ier m illén aire
avan t l’ère ch rétien n e.
Bien qu ’au cou rs des deu x cam pagn es de travail n ou s ayon s réu n i u n e m asse de docu m en tation im portan te, qu i con cern e la période com prise en tre le VIe s. av. J.-C. et le débu t
de la période m édiévale, n ou s n ou s born eron s dan s cet article à la présen tation des résu ltats les plu s m arqu an ts de la période n u m ide.

2. D’habitude, on a affaire à deux suffètes seulement dans les civitates (Poinssot, 1959-1960 : carte, fig. 16 ; Poinssot,
1942 : 128 et suiv.).

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Fig. 4. Vue du capitole. À droite, la zone de fouille 2 et le naïskos.

2. La fou ille au cen tre u rb ain
Certain s des tém oign ages con cern an t cette période – n otam m en t le naïskos et, probablem en t, l’in scription pu n iqu e –, on t été trou vés dan s la zon e m on u m en tale, au cœ u r de la
ville, preu ve, s’il en est, de la con tin u ité des fon ction s politiqu es, adm in istratives et religieu ses dan s ce secteu r. D’où l’opportu n ité d’y en trepren dre des fou illes pou r essayer
d’en retrou ver la con figu ration et le sch ém a. Nou s y in vitait au ssi le fait qu e les fou illes
de la fin du XIXe -débu t du XXe siècles avaien t attein t les n iveau x de circu lation du Hau tEm pire, ce qu i avait perm is de pen ser – à tort, on le verra – qu e les cou ch es m édiévales,
byzan tin es, van dales et du Bas-Em pire avaien t com plètem en t disparu su r tou t ce secteu r
du site, et qu e cela y faciliterait la réalisation de fou illes en profon deu r. Ajou ton s en core qu e le fait qu e la stru ctu re du capitole n ’est pas can on iqu e, et qu e certain s m u rs qu i
en fon t partie ou qu i lu i son t atten an ts son t désaxés par rapport au foru m , n ou s au torisait à su pposer à l’existen ce de bâtim en t(s) religieu x plu s an cien (s) au (x)qu el(s) le tem ple capitolin se serait adapté. Tou tes ces raison s n ou s on t am en és don c à effectu er des
fou illes en profon deu r dan s le secteu r cen tral de la ville, précisém en t dan s deu x zon es,
proch es l’u n e de l’au tre, m ais distin ctes, de part et d’au tre du capitole (zon e 1 au S et
zon e 2 au N) (fig. 4 et 6).

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Fig. 5. Le naïskos.

2.1. La fou ille d e la zon e 1
La fou ille de la zon e 1 a été effectu ée dan s l’aile SE du capitole, im m édiatem en t à l’extérieu r du bâtim en t, su r u n espace rectan gu laire de 8 x 12 m . Tou t ce secteu r avait été dégagé lors des cam pagn es de la fin XIXe -débu t XXe siècle, ju squ ’au n iveau des fon dation s du
m u r extérieu r du capitole, qu i son t de n os jou rs parfaitem en t visibles.
Les résu ltats les plu s in téressan ts, en ce qu i con cern e la période prérom ain e son t fou rn is par la fou ille de la petite salle à plan qu adran gu laire, de 4 x 4,20 m , adjacen te à la cella
du capitole (fig. 6, S1). On y a docu m en té, sou s u n dallage d’époqu e tardive (SL160003)
et d’u n e cou ch e datable de la prem ière m oitié du IIe s. (US160002), les restes d’u n m u r de
tracé NO-SE, form é d’u n solin de 0,50 m de largeu r, fait de m oellon s et de caillou x liés à
la terre, et d’u n e élévation en terre cru e, don t u n e partie, su r u n e épaisseu r m oyen n e de
0,15 m , était préservée (MR160032). Plu sieu rs cou ch es se son t form ées con tre ce m u r su r

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Fig. 6. Plan du capitole et des zones de fouille. État juillet 2007.

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Fig. 7. Vue de la fouille du secteur 1 de la zone 1.

Fig. 8. Coupe du secteur 1 de la zone 1.

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Fig. 12. Céramiques d’importation (1-5) et numides (16-30) provenant des niveaux de la zone 1 datables entre la moitié du IIe et
la moitié du Ier s. av. J.-C.

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u n e profon deu r d’au m oin s 1,10 m . Il s’agit, au SO, des US 160030, 160033, 160034 et
160035 ; au NO, des US 160042, 160043, 160048, 160050, 160059 et 160063. Qu elqu esu n es de ces cou ch es on t l’aspect de sols d’occu pation . C’est su rtou t le cas de l’US 160063
et, très particu lièrem en t, de l’US 160048, au -dessu s de laqu elle se trou ve u n foyer à plan
irrégu lier (FY160049), form é par u n e cou ch e d’argile ru béfiée et n oirâtre de 0,32 x 0,36
m (fig. 14, 7). La n atu re de cette occu pation n ’est pas facile à préciser, étan t don n é la petite su rface fou illée, m ais l’aspect gén éral des cou ch es et la présen ce du foyer perm etten t
de su pposer qu ’elle avait u n e vocation dom estiqu e.
Tou te cette stratification a don n é u n m atériel céram iqu e h om ogèn e datan t, à cou p
sû r, de l’époqu e préim périale et m êm e, très probablem en t, d’avan t la création de l’Africa
nova. Noton s d’abord l’absen ce totale de céram iqu e sigillée (h orm is u n fragm en t in con testablem en t in tru sif de l’US 160035) et de tou t au tre m atériel d’époqu e im périale. Par
con tre, on y atteste la présen ce de céram iqu e à vern is n oir de produ ction pu n iqu e (fig. 9,
1), u n fragm en t de céram iqu e cam pan ien n e A tardive, d’au tres céram iqu es à vern is n oir
d’im itation (don t u n fragm en t de bord form e Lam b. 27 de la cou ch e 160035) (fig. 9, 2-3),
u n fragm en t de lam pe répu blicain e orn ée de globu les et de plu sieu rs vases en céram iqu e
pu n iqu e africain e (fig. 9, 4-12), parfois à décor pein t. Qu an t au x am ph ores, il y a su rtou t
des fragm en ts de produ ction pu n iqu e africain e (fig. 9, 14-15) – don t u n bord T4.2.1.5.,
datable du IVe s. av. J.-C. (fig. 9, 15) –, d’am ph ore italiqu e, m oin s n om breu x – don t la seu le
form e est u n bord de type Dressel 1A, datable à partir de la m oitié du IIe s. av. J.-C. (fig. 9,
13) – ain si qu e qu elqu es fragm en ts d’am ph ores d’Apu lie. En gén éral, la céram iqu e com m u n e et les am ph ores pu n iqu es africain es y son t très abon dan tes, m ais le m atériel dom in an t est con stitu é par les céram iqu es m odelées, cou vertes d’en gobe rou ge (fig. 9, 16-24)
ou pas (fig. 9, 25-30). Mêm e si le fragm en t de bord T4.2.1.5. in diqu e qu e ce secteu r était
déjà vraisem blablem en t occu pé des le IVe s. av. J.-C., la présen ce de fragm en ts d’am ph ores pu n iqu es tardives, ain si qu e l’aspect de la céram iqu e à vern is n oir, m ais au ssi le fragm en t de bord d’am ph ore italiqu e Dressel 1A, fon t dater ces n iveau x probablem en t en tre
la fin du IIe – et la prem ière m oitié du Ier s. av. J.-C.
Dan s le reste de la zon e 1 les fou illes n ’on t pas en core attein t les n iveau x n u m ides,
m ais plu sieu rs fosses tardives situ ées dan s le son dage à l’extérieu r du capitole on t perm is
de révéler leu r existen ce, n otam m en t à partir de la présen ce de plu sieu rs m u rs, visibles au
n iveau des fon ds des fosses, don t la tech n iqu e de con stru ction à base de petits m oellon s
est sem blable à celle du m u r MR160032. Tou s ces m u rs on t par ailleu rs la m êm e orien tation , et au raien t pu faire partie d’u n m êm e en sem ble arch itectu ral.

2.2. La fou ille d e la zon e 2
La zon e 2 jou xte le NO du capitole, elle se caractérise par u n e extrêm e com plexité stratigraph iqu e et stru ctu relle, con séqu en ce n orm ale d’u n e occu pation con tin u e du ran t au

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Fig. 10. Vue de la fouille du
secteur 3-4 de la zone 1.

m oin s u n m illén aire. Nou s n ou s born eron s dan s cet article à l’an alyse des n iveau x d’époqu e n u m ide, qu i apparaissen t sou ven t im m édiatem en t au -dessou s de cou ch es tardives
datan t des Ve - VIe siècles : c’est dire qu e certain s n iveau x du Bas-Em pire et ceu x du Hau tEm pire, et m êm e, parfois, de l’époqu e n u m ide tardive on t été presqu e systém atiqu em en t
élim in és par l’in stallation des h abitation s de la ph ase fin ale de l’occu pation du site. Dan s
l’en sem ble, on peu t affirm er qu e la fou ille de ce secteu r a fou rn i des don n ées extrêm em en t im portan tes su r l’époqu e n u m ide à Althiburos, grâce à u n e séqu en ce stratigraph iqu e
qu i cou vre tou te la période com prise en tre le VIe et le Ier siècles av. J.-C. Ces don n ées révèlen t des aspects très divers : typologie des céram iqu es n u m ides, n atu re et volu m e des
im portation s, tech n iqu es de con stru ction , activités de produ ction (la fou ille ayan t livré
des tém oign ages solides su r la m étallu rgie du fer et u n gran d n om bre de restes arch éo-

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Fig. 11. Coupe du secteur IIc de la zone 2.

biologiqu es). La com préh en sion globale du secteu r et de son h istoire est tou tefois en travée par deu x facteu rs im portan ts. D’u n e part, la présen ce des bâtim en ts rom ain s et tardoan tiqu es, qu i im posen t la fragm en tation de la fou ille en « secteu rs » don t l’exten sion est
déterm in ée par ces con stru ction s. D’au tre part, et su rtou t, par plu sieu rs fosses profon des
(certain es son t probablem en t des silos), creu sées à des époqu es diverses – m édiévale
(FS260157-1, FS260157-2 et FS260068), tardo-an tiqu e (FS270008) et n u m ide tardive
(FS270032) –, qui ont détruit une partie considérable de la sédimentation formée à l’époque
n u mide (probablemen t au ssi des mu rs) et empêch en t parfois de compren dre clairemen t les
rapports en tre les n iveau x et stru ctu res con servés. Ces creu sem en ts on t com porté la disparition d’u n e partie im portan te de la stratigraph ie du secteu r III et presqu e la m oitié de
celle qu i s’était form ée dan s le secteu r 2c.
Les n iveau x n u m ides les plu s an cien s – n on en core fou illés – on t été décou verts dan s
les secteu rs 3-4a (US 270059) et, im m édiatem en t au NO, 2c (US 270128). Ces deu x cou ches – probablement une seule à l’origine – sont formées par un amas de pierres de moyenn e et petite dim en sion s et de l’argile oran ge ; elles con tien n en t de n om breu x restes de
fau n e et de céram iqu e, exclu sivem en t m odelée. Leu r étiologie reste à déterm in er, m ais
leu r n atu re n ou s in vite à n ou s dem an der s’il n e s’agissait pas du résu ltat de l’écrou lem en t
d’u n e con stru ction bâtie en pierre et en argile.

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Fig. 12. Coupe du secteur III-IV de la zone 2.

Cet h orizon stratigraph iqu e est cou vert par u n au tre, tou t à fait différen t, form é par
u n e accu m u lation de cou ch es, plu tôt m in ces, de n atu re et aspect très sim ilaires, qu i on t
don n é u n gran d n om bre de restes d’ossem en ts, de céram iqu es – presqu e tou jou rs m odelées –3 et de restes carpologiqu es, ce qu i prou ve des activités com bin ées su r place. Cet h orizon est con stitu é dan s le secteu r 3 par les USs 270048, 270049, 270052, 270054, 270055,
270063, 2700064, etc., don t l’épaisseu r totale attein t 1 m , et se pou rsu it au ssi dan s le secteu r 2c (USs 270110, 270116, 270117, 270118, 270125, 270126, 270127, 270131, etc.).
Ces cou ch es son t en rapport, dan s le secteu r 2c, avec les plu s an cien n es stru ctu res con stru ctives repérées pou r le m om en t à Althiburos. Il s’agit des bases des m u rs MR270120 et,
peu t-être, MR270122, qu i on t été bâtis en pierres dem i-érodées, disposées en sec. Ces
stru ctu res son t à placer dan s u n m om en t in itial de cet h orizon stratigraph iqu e, don t la
ch ron ologie a été fixée au VIe s. av. J.-C. par u n e datation de C14 faite à l’Un iversité de
3. À part quelques fragments douteux, la base à pied annulaire d’un mortier avec des scories ferriques incrustées
sur le fond interne (inv. 270125/1), reste le seul tesson incontestablement tourné. Malheureusement, il est difficile
de le comparer avec d’autres, similaires du monde punique, car la publication de matériaux archaïques de ce genre
provenant de centres importants, comme Carthage, est limité à la sélection de quelques bords, sans rendre compte, ni graphique, ni littéraire, des bases qui pourraient leur appartenir.

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Fig. 13. Céramiques puniques (1, 12-18) et numides (2-11 et 18-22) provenant de niveaux de la zone 2 datés des IVe- IIIe (3-4),
IIIe- IIe (5-11) et fin IIe- Ier s. av. J.-C.

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Barcelon e su r des ossem en ts de l’US 260167.4 Le m u r MR270120, de largeu r con sidérable (0,50-0,55 m ) et de tracé légèrem en t cu rvilign e, est orien té en direction NE-SO et se
con serve su r u n e lon gu eu r de 2,10 m . Un deu xièm e m u r, perpen dicu laire à MR270120,
probablem en t bâti su ivan t la m êm e tech n iqu e, sem ble avoir existé à la base de la fon dation du m u r d’époqu e rom ain e MR260080, qu i sépare les secteu rs 2b et 2c, m ais cela reste
en core à vérifier.
De ch aqu e côté du MR270120, plu sieu rs cou ch es se son t form ées san s qu ’il soit facile d’en determ in er le rapport avec celles du m êm e h orizon du secteu r 3-4a, à cau se de la
dévastation provoqu ée par les fosses évoqu ées au paravan t. Dan s ce dern ier secteu r, il fau t
m en tion n er l’existen ce de qu elqu es élém en ts stru ctu rau x très abîm és, tels qu ’u n possible
m u r (MR270056) et u n petit fou r ou foyer (FY270024/ 27), en plu s de qu elqu es sols argileu x su perposés (US 270049, US 270055), très n oircis par l’action du feu . Tou s ces éléments semblent avoir fonctionné en même temps que le mur MR270120 et les niveaux qui
lu i son t associés.
Un e don n ée, particu lièrem en t im portan te, issu e de la fou ille de ces n iveau x, est la
présen ce d’u n n om bre im portan t de scories de fer dan s les USs 260167/ 270064 (secteu r 3)
et US 270126 (son équ ivalen t du secteu r 2c). Elle prou ve, dès le VIe s. av. J.-C, le travail
in situ du fer, plus précisément la forge de minerai naturel, provenant de mines qui n’étaient
sû rem en t pas loin tain es.5 La troisièm e ph ase d’occu pation de la zon e 2 à l’époqu e n u m ide sem ble – à en ju ger par l’état actu el de la fou ille, tou jou rs très provisoire – d’u n e n atu re différen te, et en tou t cas pas facile à défin ir. Dan s le secteu r 3-4a, on a docu m en té, de
façon partielle, u n creu sem en t (US 270414) des cou ch es USs 270048/ 270049, à plan plu s
ou m oin s ovale, de 3 m de lon gu eu r su r u n e largeu r m in im ale de 2,30 m et u n e profon deu r qu i attein t 0,30 à 0,40 m dan s la partie S. La su rface obten u e par ce creu sem en t, y
com pris ses parois verticales, on t reçu u n en du it d’argile jau n e, qu i a été l’objet de réfection s (SL270411 et SL270051). On peu t don c su pposer qu e cette stru ctu re faisait partie
d’u n e con stru ction plu s com plexe, don t la partie in férieu re fu t creu sée dan s le su bstrat
an th ropiqu e précéden t ; il s’agit peu t-être du fon d d’u n e caban e. Nou s devon s tou tefois
préciser qu e n ou s n ’avon s pas trou vé de restes des stru ctu res aérien n es de cette possible
con stru ction , à cau se probablem en t de la m écan iqu e destru ctive des ph ases d’occu pation
su ccessives.
Dan s la partie N, le sol a été percé par six petits trou s à peu près circu laires don t la
fon ction reste in con n u e. Près de ce sol, on a trou vé u n foyer (FY270034), con stitu é par
u n gran d tajin e (plat évasé de cu isson ) en céram iqu e m odelée, en tou ré de cen dres, don t
le fon d, pou r des raison s m écon n u es, était am pu té. Sa partie su périeu re fu t cou pée en
h orizon tal lors des am én agem en ts tardo-an tiqu es. Les n iveau x de cette ph ase se situ en t
en tre les cou ch es du VIe s. av. J.-C. et la con stru ction , probablem en t au IVe s. av. J.-C.,

4. UBAR-897 (2505 ± 35 BP).
5. Les gisements de fer de Jérissa n’en sont loin que de 20 km d’Althiburos et ils étaient en activité à l’époque romaine ; ils l’auraient été probablement à l’époque préromaine aussi.

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du m u r MR270408, don t on parlera tou t de su ite. Un e datation du Ve s. av. J.-C. sem ble,
don c, lu i con ven ir parfaitem en t.
Effectivem en t, l’extrém ité m éridion ale du creu sem en t US 270414 et les n iveau x qu i
le comblaient sont coupés par la tranchée de fondation d’un mur rectiligne orienté en direction NO-SE, con stru it avec des pierres légèrem en t équ arries liés à l’argile. Malgré le peu
d’espace qu ’on a réu ssi à fou iller, à cau se de la proxim ité de la fosse FS260157-1, on a eu
la ch an ce de docu m en ter près de la base du m u r le bord d’u n e am ph ore cylin droïde carth agin oise T-4212 (in v. 270410/ 1) 6 (fig. 13, 1), bien daté du IVe s. av. J.-C. Ce m u r tém oign e de l’existen ce d’u n e étape con stru ctive n ettem en t différen te de celles des étapes an térieu res, m ais qu i reste, pou r le m om en t, qu asim en t in con n u e. En effet, dan s les secteu rs
3-4a et 2c, on n e peu t qu e sou lign er, après la ph ase défin ie seu lem en t par l’MR270408,
l’in terru ption bru squ e de la séqu en ce stratigraph iqu e d’époqu e n u m ide, et sa su bstitu tion
par des n iveau x tardo-an tiqu es. Il fau t relever cepen dan t qu elqu es exception s, ain si la fosse
FS270032, qu i con tien t de la céram iqu e datable des IIe / Ier siècles av. J.-C. et u n e m on n aie
de Massin issa ou de ses su ccesseu rs directs, tém oin u n iqu e d’u n e ph ase disparu e par l’action an th ropiqu e su ccessive.
Pou r ce qu i est du son dage dan s les secteu rs 7 et 8, qu i n e cou vre qu e 17 m 2 en tre les
deu x gran ds m u rs occiden tau x du capitole (MR270301 et MR270306) et l’MR26004,
les résu ltats obten u s son t en core lim ités, m ais perm etten t d’en visager de gran des possibilités en ce qu i con cern e les ph ases d’occu pation n u m ide, y com pris celles des IVe - Ier s. av.
J.-C., qu i, com m e n ou s ven on s de le dire, on t presqu e com plètem en t disparu dan s les secteu rs 3-4 et 2c. La stru ctu re la plu s im portan te décou verte dan s ce secteu r est u n m u r de
de 0,60 m de largeu r (MR270212/ 270236), bâti en pierre de petite et m oyen n e dim en sion s liées avec de la terre argileu se, m ais in corporan t au ssi des blocs plu s gran ds, équ arris. Ce m u r traverse lon gitu din alem en t la totalité du son dage en direction NO-SE, en se
servan t, sû rem en t com m e fon dation , des restes d’u n m u r an térieu r qu i su it la m êm e direction (MR270375). Il a probablem en t fon ction n é avec d’au tres m u rs perpen dicu laires,
com m e l’MR270241 – décou vert à l’extrém ité NO du son dage (sou s le m u r MR270375) –,
et l’MR270378/ MR270374 très proch e du m u r capitolin MR270306.
Con tre ces stru ctu res arch itectu rales se son t form ées plu sieu rs cou ch es, don t qu elqu es u n es son t des sols argileu x (SLs270226, 270330, 270371, et au tres). Il fau t au ssi
rem arqu er l’existen ce de foyers, apparem m en t dom estiqu es (par exem ple, FY270355), à
côté de fou rs destin és à la rédu ction du m in eral et la forge du fer. C’est le cas du fou r
FR270223. Le m atériel céram iqu e livré par ces n iveau x perm et de dater cette ph ase du IIIe
et/ ou IIe s. av. J.-C. Effectivem en t, dan s tou tes les cou ch es il y avait u n n om bre sign ificatif, bien qu e tou jou rs m in oritaire par rapport à la céram iqu e m odelée, d’am ph ores pu n iqu es de l’S-7000, don t la pâte in diqu e u n e fabrication dan s des ateliers de la côte tu n isien n e, y com pris possiblem en t Carth age. Malh eu reu sem en t, tou s ces tesson s, de m êm e
6. De par sa chronologie et son aire de provenance, elle est à rattacher nécessairement au bord d’amphore T-4215
trouvé hors de son contexte originel dans la zone 1.

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Fig. 14. Pourcentage du
nombre de fragments de
céramique d’importation dans
l’ensemble du matériel du VIe
au Ier s. av. J.-C.

qu e les fragm en ts, beau cou p m oin s n om breu x, d’am ph ores italiqu es, correspon den t au x
parois des con ten eu rs, ce qu i ren d très difficile, voire im possible, leu r attribu tion typologiqu e précise et, par con séqu en t, u n e datation plu s fin e.7
La datation in itiale de plu sieu rs stru ctu res im portan tes, su rtou t du m u r
MR270212/ 270326 et ceu x qu i lu i son t atten an ts, n e sera possible qu e par la pou rsu ite de
la fou ille du secteu r 7-8. Mais, en dépit de la situ ation en core provisoire de la rech erch e,
on peu t déjà affirm er l’existen ce sou s le capitole et ses alen tou rs d’u n secteu r u rbain à
occu pation den se et san s dou te bien organ isée, au m oin s depu is le IVe s. av. J.-C.

2.3. Esq u isse d ’étu d e d u m ob ilier arch éologiq u e
Le volu m e du m atériel m obilier proven an t des cou ch es d’époqu e n u m ide est en core relativem en t faible : 2072 fragm en ts de céram iqu e, don t 1879 provien n en t de n iveau x acceptablem en t bien datés. Ces cou ch es correspon den t su rtou t au x VIe - Ve s. av. J.-C. et au x IIe Ier s. av. J.-C. Seu lem en t deu x u n ités stratigraph iqu es (US270409 et 270410) (su r
tren te-cin q) son t datées du IVe s. av. J.-C., et la situ ation est en core m oin s explicite pou r

7. Un fragment de bol carthaginois à profil convexe et bord rentrant, datable du IIIe ou première moitié du IIe s. av. J.C., provient d’une des couches supérieures de cette séquence (US270211). Par ailleurs, l’US270213 (associée a
la dernière phase archéologiquement attestée de MR270212), a donné deux monnaies, dont une frappée par
Masinissa ou ses successeurs, dans le IIe siècle av. J.-C., et l’autre sûrement de chronologie semblable.

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Fig. 15. Pourcentage du nombre
minimal d’individus de céramique
d’importation dans l’ensemble du
matériel du VIe au Ier s. av. J.-C.

le IIIe s. av. J.-C., car, si l’on a fou illé on ze n iveau x qu i pou rraien t dater de ce siècle, pas u n
seu l n e peu t lu i être in con testablem en t attribu é. Pou r au tan t, il n ou s est loisible, d’ores et
déjà, d’en tirer qu elqu es con clu sion s qu i con cern en t au ssi bien les relation s com m erciales avec le m on de pu n iqu e et italiqu e qu e la n atu re et la typologie des céram iqu es n u m ides du VIe au Ier s. av. J.-C.
Pou r ce qu i est du com m erce avec Carth age n atu rellem en t, et – on peu t le su pposer –
avec d’au tres peu ples au ssi, les don n ées dispon ibles m on tren t qu ’il n ’a attein t u n e véritable im portan ce qu ’au cou rs du IIe s. av. J.-C. (ou , peu t-être dès le IIIe s. av. J.-C.). En effet,
pou r les VIe - Ve s. av. J.-C, n ou s n ’avon s qu e six fragm en ts de céram iqu e tou rn ée – don t u n
fragm en t de base d’u n m ortier vraisem blablem en t carth agin ois (fig. 14, 1) – su r u n total
de 1357 tesson s, ce qu i n e représen te qu e 0,4 % des fragm en ts céram iqu es de cette période. La situ ation sem ble u n peu différen te au cou rs du IVe s. av. J.-C., si l’on en ju ge – et
c’est très peu , n ou s en som m es con scien ts – à partir du seu l fragm en t de céram iqu e tou rn ée – u n bord d’am ph ore pu n iqu e africain e T4.2.1.2. – con stitu e 1,7 % du total (58 fragm en ts seu lem en t) proven an t des n iveau x de cette époqu e. Il s’ajou te pou rtan t à u n au tre
bord d’am ph ore pu n iqu e africain e de type T-4.2.1.5., trou vé h ors de con texte origin el,
dan s des n iveau x tardifs de la zon e 1 (fig. 9, 15), m ais qu i date au ssi du IVe s. av. J.-C. On
peu t don c pen ser à titre d’h ypoth èse qu e dès le IVe s. av. J.-C. u n com m erce carth agin ois
fon dé essen tiellem en t su r la distribu tion d’am ph ores – san s la m oin dre attestation d’au tres
types de céram iqu e – s’est m is en place dan s cette région . Tou tefois, la ten eu r réelle de ces
éch an ges n ou s éch appe, fau te de don n ées qu an titatives su ffisan tes. Observon s effectivem en t l’écart en tre u n e évalu ation fon dée su r le pou rcen tage des fragm en ts (1,7 % ) et su r
le n om bre m in im al d’in dividu s (20 % ).8
8. Cette estimation du NMI a été calculée à partir d’un seul élément quantifiable, qui est en fait un bord.

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Fig. 16. Composition de l’ensemble de céramiques importées de la période numide tardive, comptées par fragments et par
nombre minimal d’individus.

Tel que nous l’avons dit, nous n’avons guère, paradoxalement, de documentation concern an t le IIIe s. av. J.-C. Par con tre, pou r les IIe - Ier s. av. J.-C., plu s précisém en t, en tre 150
et 50 av. J.-C., les don n ées son t beau cou p plu s rich es et perm etten t de m ieu x saisir les
rapports extérieu rs. On observera tou t d’abord qu e le volu m e des im portation s devien t
in con testablem en t bien su périeu r qu e celu i des siècles précéden ts (32,8 % des fragm en ts ;
19,2 % des vases). L’écart en tre ces deu x ch iffres est facile à expliqu er par le fait qu e – on
le verra tou t de su ite – les am ph ores de tran sport resten t tou jou rs u n produ it d’im portation privilégié (67,8 % des fragm en ts et 22 % des vases im portés.
Outre le nombre, on constate des mutations dans la nature et dans l’origine des importation s. En effet, si pou r le IVe s. av. J.-C. n ou s n ’avon s qu e des am ph ores, tou jou rs pu n iqu es africain es, du ran t la période n u m ide tardive, on trou ve, en plu s de ces am ph ores,
égalem en t de la vaisselle à vern is n oir, de la céram iqu e « com m u n e » destin ée à la préparation ou à la cu isson des alim en ts et des lam pes. Qu an t à l’origin e géograph iqu e de ce
m atériel, l’Afriqu e pu n iqu e reste largem en t m ajoritaire (82,9 % des fragm en ts et 78 %
des vases im portés), le reste ven an t exclu sivem en t d’Italie.
Pou r ce qu i est de la typologie, n ou s avon s déjà m en tion n é les vases d’im portation au
m om en t de décrire la fou ille. Qu an t au x céram iqu es n u m ides, elles son t tou jou rs m odelées, m ais on peu t distin gu er clairem en t l’existen ce de cin q grou pes différen ts à partir du
fin issage des su rfaces : à en gobe blan ch e, à en gobe rou ge, à su rface bien polie, à su rface
som m airem en t polie, à décor pein t (fig. 9 et 13-14). Le prem ier grou pe, très faible d’ailleu rs (1 % des fragm en ts de céram iqu e m odelée en viron ), n ’est présen t qu e dan s les n iveau x des VIe - Ve s. av. J.-C. Les qu elqu es form es attestées sem blen t su rtou t être destin ées à

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Fig. 17. Évolution de la composition des ensembles de céramique numide du VIe au Ier s. av. J.-C.

la con som m ation d’alim en ts, m ais qu elqu es-u n es au raien t pu servir à leu r préparation
cu lin aire au ssi.
La céram iqu e à en gobe rou ge est présen te dan s tou tes les ph ases. Plu tôt rare dan s les
cou ch es des VIe - Ve s. av. J.-C. (10 % des fragm en ts de céram iqu e m odelée), elle devien t
beau cou p plu s fréqu en te dan s les n iveau x datés de la période n u m ide tardive (26 % ). La
proportion est particu lièrem en t élevée pou r le IVe s. av. J.-C. (54 % ), m ais la fiabilité de
ce ch iffre est dou teu se, étan t don n é le petit volu m e du m atériel de cette période. Les form es les plu s com plètes qu e n ou s avon s pu recon stru ire son t à cou p sû r des vases pou r présen ter et con som m er les alim en ts. Il en serait de m êm e probablem en t pou r u n gran d n om bre de fragments. Ils sont cependant trop petits pour discerner l’aspect général et la fonction
des récipien ts au xqu els ils apparten aien t.
Dan s tou tes les ph ases, la céram iqu e à su rfaces plu s ou m oin s polies con stitu e le type
de m atériel dom in an t (en tre 72 % et 82 % ). Pou r les VI- Ve s. av. J.-C. on a docu m en té u n
petit n om bre de céram iqu e à su rfaces très bien polies (2 % ), qu i disparaissen t par la su ite.
La céram iqu e pein te n ’est attestée qu e par qu elqu es rares fragm en ts (2 % ) du ran t la période n u m ide fin ale. Les fon ction s de ces vases n e son t sou ven t pas faciles à défin ir, étan t
don n é leu r état fragm en taire ; on peu t cepen dan t y voir su rtou t de vases cu lin aires (72 %
en viron ) ; la vaisselle en représen terait à peu près 12 % , et les vases de stockage – recon n aissables à leu rs dim en sion s – 16 % en viron .

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2.3. Les d on n ées arch éob iologiq u es
Les n iveau x prérom ain s du secteu r cen tral d’Althiburos se son t révélés particu lièrem en t
rich es en restes carpologiqu es et ossem en ts d’an im au x, ce qu i au torise, m algré l’exten sion
en core relativem en t faible de la fou ille, u n e prem ière approch e de l’écon om ie de la popu lation au toch ton e qu i h abitait le site du VIe au Ier s. av. J.-C.
Le m atériel paléocarpologiqu e révèle qu e les n iveau x an cien s ( VIe - IVe s. av. J.-C.) son t
rich es en m atière organ iqu e et ils on t livré u n gran d n om bre de restes. Du ran t cette ph ase,
l’orge vêtue (Hordeum vulgare) est la céréale la mieux documentée, suivie du blé nu (Triticum
aestivum/durum). On trou ve égalem en t, m ais dan s des proportion s n ettem en t m oin dres,
d’au tres céréales – le blé am idon n ier (Triticum dicoccum) et le blé n u de type com pacte
(Triticum aestivum/durum cf. compactum) – qu i son t con sidérées d’im portan ce secon daire
dan s l’écon omie agricole. On a égalemen t docu men té la présen ce de céréales de prin temps,
tel qu e le m illet (Panicum miliaceum) et le pan ic (Setaria italica).
Les légu m in eu ses son t au ssi bien attestées, su rtou t les len tilles (Lens culinaris), su ivies des fèves (Vicia faba) et des petits pois (Pisum sativum). Parm i les fru its, citon s les
figu es (Ficus carica), m ais su rtou t le raisin en qu an tité (Vitis vinifera ssp. Vinifera ?), don t
on a repéré treize pépin s proven an t de n iveau x n u m ides an cien s, dépassan t ain si le
n om bre d’attestation s de certain es légu m in eu ses, par exem ple les fèves et les petits pois,
et des céréales de deu xièm e ordre. En fait, le raisin est le cin qu ièm e taxon le plu s représen té, après l’orge vêtu , le blé n u , le blé am idon n ier et la len tille. Cette im portan ce ferait
pen ser au raisin cu ltivé, m ais san s qu e n ou s en soyon s tou t à fait assu rés dan s l’état
actu el de la rech erch e su r le site. Sign alon s en fin la présen ce du lin (Linum cf. usitatissimum).
Les céréales sont toujours le type de ressou rce végétale le plu s importan t dan s les n iveau x de la période n u m ide récen te ( IIe - Ier s. av. J.-C.), m ais le taxon le plu s représen té est
ici le blé n u . Cela s’expliqu e peu t-être par la présen ce d’u n e con cen tration de plu s de six
cen ts restes de blé n u dan s u n petit trou à côté d’u n e tabouna (US 270219) (fou r h ém isph ériqu e en argile, en u sage en core de n os jou rs). Cela dit, les pou rcen tages des céréales
et légu m in eu ses son t très sim ilaires à ceu x de la période précéden te, avec cepen dan t u n e
plu s gran de présen ce de fru its : vign e, figu ier et, pou r la prem ière fois à Althiburos, de l’olivier (Olea europaea).
En ce qu i con cern e la fau n e, les n iveau x de la période n u m ide an cien n e on t livré des
restes osseu x de cervidés, de bovin s, d’ovicapres et de porcs. La présen ce, à peu près égale,
des trois taxon s dom estiqu es su ggère l’existen ce dès le VIe s. av. J.-C. d’u n systèm e d’agricu ltu re m ixte où l’élevage com plète la produ ction agricole (Halstead, 1996). Les restes de
cervidés in diqu en t évidem m en t qu e la ch asse était pratiqu ée, m ais sa part dan s l’alim en tation devait être probablem en t peu sign ificative. L’éch an tillon étu dié est, pou r l’in stan t,
très lim ité (47 restes, don t 14 déterm in és). Il fau dra disposer d’u n plu s gran d n om bre de
restes pou r être en m esu re de con n aître les pratiqu es alim en taires et d’élevage ch ez les
Nu m ides d’Althiburos.

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Fig. 18. Fronton sculpté
d’un monument funéraire
de la nécropole SE.

3. La n écrop ole
Du côté SE, la ville d’Althiburos est n ettem en t délim itée par u n petit jebel, don t les flan cs
descendent vers l’oued el Médéina au N et vers l’O. Sidi Baraket au S-O. Une grande nécropole d’époqu e protoh istoriqu e, pu is rom ain e, en occu pait le versan t O et SO (fig. 3, n .º 7).
Con trairem en t à l’avis d’A. Merlin , qu i croyait le tom beau O, situ é à m i-pen te du
flan c NO de cette élévation , d’époqu e rom ain e (Merlin , 1913 : 45-47), n ou s pen son s qu ’il
appartien t à cette n écropole protoh istoriqu e. Il s’agit d’u n e tom be rectan gu laire, taillée
dan s le sol n atu rel, don t les parois son t revêtu es par de grosses pierres de taille, tan dis
qu e la cou vertu re est con stitu ée par trois dalles en calcaire, don t u n e én orm e table.
L’in térieu r (4 m x 2 m ) est divisé en trois espaces par de dalles de 0,80 m de h au teu r.
D’après A. Merlin « Les trois com partim en ts ren ferm aien t les ossem en ts de corps ... ; en
ou tre le tom beau abritait u n ossu aire en pierre calcaire, pareil à ceu x des tom bes pu n iqu es de Carth age, con ten an t des cen dres. Le m obilier n e se com posait qu e d’u n petit
m iroir en bron ze (diam . 0,07 m ) et d’u n objet en plom b, ram assé en débris, u n e sorte
d’écu elle, je n ’ose dire de lam pe ». Il y avait en plu s u n e stèle an épigraph e dan s u n des
com partim en ts lon gitu din au x. La datation d’u n e telle stru ctu re fu n éraire n ’est pas facile à déterm in er. Le m obilier fu n éraire m en tion n é par A. Merlin n ’est pas explicite n on
plu s. Tou tefois, l’existen ce de l’ossu aire, ain si qu e l’aspect gén éral du sépu lcre plaideraien t plu tôt pou r la période prérom ain e.
En plu s de ce tom beau , il existe d’au tres in dices de l’existen ce de sépu lcres prérom ain s
épars su r tou t le flan c orien tal et su d-orien tal. Il s’agit su rtou t, dan s l’état actu el, des restes, de dalles posées de ch an t, parfois isolées, ou form an t u n align em en t sim ple (deu x ou
trois élém en ts de ce type), ou en core dessin an t des caisson s plu s ou m oin s com plets. On
peu t en dédu ire l’existen ce d’u n e n écropole assez vaste. Il n ’y a poin t de restes visibles des
tu m u lu s qu i au raien t éven tu ellem en t cou vert les tom bes.
On ajou tera en core à ces stru ctu res d’au tres in dices qu i perm etten t de su pposer l’exten sion de cette n écropole ju squ e dan s les terrain s plats ou en pen te faible à l’O et S-O du

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Fig. 19. Fouille de la nécropole SE.

jebel. Il s’agit, d’u n e part, d’u n en clos – vraisem blablem en t fu n éraire –, fait de gran des
dalles posées de ch an t, qu i délim iten t u n espace à peu près rectan gu laire de X m de lon gu eu r su r Y m de largeu r. Il n ’existe pas, à n otre con n aissan ce, de parallèles pou r ce type
de stru ctu re, m ais la form e de con stru ction n ou s in cite à la con sidérer com m e prérom ain e. Un au tre m on u m en t datable selon tou te vraisem blan ce de l’époqu e prérom ain e, se
trou ve à qu elqu es m ètres au S-E de cet en clos. Il s’agit d’u n petit fron ton (1,35 m de lon g)
en calcaire, orn é en relief de deu x élém en ts à tracé sin u eu x qu i se croisen t au cen tre, peu têtre u n e gu irlan de (fig. 19).
Ce son t les résu ltats de la prospection de su rface qu i on t m on tré l’in térêt de la fou ille de qu elqu es-u n es des tom bes protoh istoriqu es de cette n écropole, avec com m e objectif prin cipal de ch erch er u n e éven tu elle con tem poran éité avec les n iveau x d’h abitation
d’époqu e n u m ide repérés dan s le secteu r cen tral de la ville. Cette in form ation est évidem m en t d’u n e gran de im portan ce pou r fixer la lim ite m éridion ale de la ville n u m ide et
pou r évalu er l’im portan ce et l’exten sion de cette agglom ération .
Pou r ce faire, n ou s avon s porté n otre ch oix su r u n e tom be (SP370005) don t les dalles
qu i form en t le coffre fu n éraire étaien t visibles su r trois côtés, ce qu i au toriserait à espérer
u n état de con servation relativem en t bon (fig. 20-21). Tel qu e n ou s l’avon s déjà dit, pas
u n seu l des tom beau x visibles en su rface n e con serve de traces visibles de tu m u lu s. Dan s
le bu t d’en docu m en ter des restes qu i seraien t éven tu ellem en t con servés, on a dégagé u n e
su rface de 3 m tou t au tou r du caisson , m ais les résu ltats son t tou t à fait n égatifs. Par cette
con statation , n ou s serion s en clin s à pen ser qu e ce type de tom be – com m e, d’après l’avis

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Fig. 20. Fouille de la tombe SP370005.

de G. Cam ps, la gran de m ajorité des dolm en s africain s (Cam ps, 1961 : 118-120) – n ’a
jam ais com porté de tu m u lu s. Cela étan t, seu le la pou rsu ite de la fou ille de cette zon e perm ettra de m ieu x en ju ger.
Par con tre, ce dégagem en t a perm is de repérer deu x au tres secteu rs con ten an t des
restes fu n éraires. D’u n e part, à 2 m au SO du sépu lcre SP370005, u n e tom be rom ain e en
tu iles disposées « en bâtière ». De l’au tre, à l’E de SP370005, u n e dépression dan s la roch e
de base, peu t-être n atu relle ou régu larisée par l’action h u m ain e, rem plie de terre m arron
qu i con ten ait en core d’au tres in h u m ation s d’époqu e rom ain e. Il est don c n écessaire de
distin gu er dan s cette zon e de la fou ille trois secteu rs n ettem en t différen ts du poin t de vu e
ch ron ologiqu e, m ais qu i n e son t probablem en t pas san s rapport en tre eu x du poin t de
vu e cu ltu rel et, probablem en t, eth n iqu e (fig. 20). Pou r le m om en t, n ou s n ou s born eron s
à la description de la tom be protoh istoriqu e (SP370005).
La tombe SP37005 mesure 2,80 m. sur 2,10 m. (fig. 20-21). Les parois N-E (US 370005)
et S-O (US 370006) on t été bâties avec de gran des dalles (lon g. 0,70 m à 1,10 m ; larg.
0,20 m à 0,30 m ; h au t. 0,52 m à 0,62 m ) posées de ch an t dan s des tran ch ées de fon dation , don t celle du m u r SO (US 370014) est particu lièrem en t éviden te. On observera qu e
su r le côté NO il existe seu lem en t u n e dalle (US 370007), qu i form e l’an gle N du sépu lcre. Dan s l’espace qu i au rait dû correspon dre à u n e deu xièm e dalle, de gran des dim en sion s, le sol de base a été cou pé en form e de tran ch ée, rem plie de terre. On peu t su ppo-

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Fig. 21. Coupe stratigraphique de la tombe SP370005.

Fig. 22. Matériel céramique de la tombe SP370005.

ser qu e cette deu xièm e dalle a dû exister à u n m om en t don n é, ou qu e la tran ch ée de fon dation fu t rem plie seu lem en t de terre pou r perm ettre l’accès à l’in térieu r du sépu lcre.
Qu an t au m u r SE (MR370004), il fu t con stru it su ivan t u n e tech n iqu e tou t à fait différen te ; il s’agit, effectivem en t d’u n e paroi bâtie à base de petits m oellon s irrégu liers (0,20 m
su r 0,20 m au m axim u m ; sou ven t bien plu s petits), m al con servée. Ce m u ret attein t u n e
largeu r m axim ale de 0,50 m .
La sédim en tation docu m en tée à l’in térieu r était con stitu ée de deu x prem ières cou ch es de terre su perficielle (US 370001 et US 370003), très altérées par l’action des racin es.
La fouille de ces deux niveaux a permis de révéler l’existence d’une banquette (BQ370015)
accolée au m u r MR 370004. Cette stru ctu re est form ée par deu x gran ds blocs de pierre de
h au teu r in égale, et par qu elqu es au tres, plu s petits, qu i la com plèten t à côté des m u rs
MR370005 et MR370006.

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Sou s la cou ch e US 370003, u n troisièm e n iveau (US 370008), form é de terre de cou leu r m arron grisâtre, con tien t le plu s gran d n om bre d’ossem en ts h u m ain s docu m en tés à
l’in térieu r du sépu lcre. Ces restes son t con cen trés su rtou t du côté SE, con tre la ban qu ette BQ370015 et la partie adjacen te des m u rs MR370005 et MR370006. Apparem en t, ils
n e con serven t pas de con n exion an atom iqu e (sau f peu t-être de façon partielle) et sem blen t correspon dre à u n n om bre m in im al de dou ze in dividu s, don t cin q adu ltes (u n probablem en t m ascu lin , trois probablem en t fém in in s et u n in déterm in é) et sept su badu ltes
(u n bébé, cin q en fan ts et u n jeu n e). On dirait qu e ces restes on t été déplacés vers ce secteu r de la tom be u n tem ps après leu r en sevelissem en t, peu t-être pou r perm ettre d’au tres
in h u m ation s – don t on n ’a tou tefois pas trou vé de traces – ou , plu s probablem en t, par l’action des pilleu rs.
La cou ch e US 370008 s’est form ée su r u n dallage de pierres calcaires de form es et
dim en sion s irrégu lières (Lon gu eu r m axim ale : 0,78 m ) (SL370020), qu i con stitu ait le sol
du sépu lcre à côté des m u rs MR370005 et MR370006 et de la ban qu ette BQ370015. Ce
dallage cou vrait u n n iveau de terre (US 370021), visible su rtou t près de l’an gle N et du
m u r MR370007. Il pou rrait tém oign er d’u n e prem ière u tilisation de la tom be, avan t l’am én agem en t du sol SL370008. Cette cou ch e, ain si qu e, probablem en t, le dallage qu i la
cou vrait, on t été cou pés à u n e époqu e an cien n e par u n creu sem en t (US 370026), qu i à
son tou r a été rem pli par u n e n ou velle cou ch e de terre (US 370027), qu i n ’a pas en core
été fou illée. On peu t raison n ablem en t su pposer qu e la destru ction partielle du dallage
SL370020 et du n iveau US 370021 tém oign e d’u n e violation de la tom be. Ce serait peu têtre la cau se de l’accu m u lation d’ossem en ts vers le côté S-E du sépu lcre, à côté de la ban qu ette, ain si qu e de l’en lèvem en t d’u n e dalle du coffre don t tém oign en t les US 370030 et
370031. L’US 370008 se serait don c form ée en con séqu en ce de cette violation . Néan m oin s,
il faut accepter la possibilité que les US 370026 et 370027 sont simplement le résultat d’une
in h u m ation pratiqu ée n orm alem en t à l’in térieu r de la tom be, et qu e la violation de celleci n ’a affecté en fait qu e les restes en rapport avec la cou ch e US 370008. Seu le la pou rsu ite de la fou ille perm ettra d’en ju ger.
En ce qui concern e la chronologie, cette tombe a livré trois vases en tiers en céramiqu e
modelée, provenant tous de la couche US 370008, qui contenait aussi, tel qu’on l’a déjà dit,
le plus grand nombre de restes humains. Il s’agit, d’une part, d’un petit bol à engobe rouge
(ø 0.13 m ), et, de l’au tre, d’u n e écu elle et d’u n godet qu i, par leu rs dim en sion s extrêm em en t rédu ites (ø 0.082 m et ø 0.067 m respectivem en t), son t à classer dan s le grou pe de
vases à destination funéraire et votive que G. Camps a dénommé « microcéramique » (type
1 et type B2 respectivement) (Camps, 1961 : 276-280). Il s’agit donc ici, sans aucun doute,
d’offran des fu n éraires. Leu r datation n e peu t pas être assu rée avec u n e gran de précision ,
mais nous savons, grâce aux fouilles dans le secteur d’habitat du centre d’Althiburos, que les
céramiques à engobe rouge sont caractéristiques surtout de la période comprise entre le IIIe
et le Ier s. av. J.-C. Nous estimons qu’il y a de fortes chances pour que le tombeau SP37005
ait été bâti initialement durant cette période. Et, à supposer que ce tombeau ait été utilisé à
nouveau durant le Haut Empire, la présence de céramiques de cette période ne saurait en

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être u n e preu ve in du bitable n i celle de sa violation d’ailleu rs à cette époqu e. Noton s qu ’il
s’agit d’un nombre réduit de fragments – pas de vases entiers –, qui auraient été introduits
dans le sépulcre, probablement suite au pillage, dont témoignent les US 370026 et 370027.
Et, en dépit de la datation de ces fragments du Haut Empire, rien ne prouve que la violation
éven tu elle de la tom be n e’n soit en core plu s tardive. De su rcroit, on n e peu t exclu re u n e
présence accidentelle de ces tessons, par l’effet de l’écoulement de l’eau, rendu possible par
la déstabilisation de la tombe. C’est dire que certains points sont encore en suspens.
Pou r ce qu i est de la stru ctu re du tom beau , l’absen ce de tou te trace de tu m u lu s – il en
est apparem m en t de m êm e pou r le reste de stru ctu res de ce type de cette n écropole – perm et de su pposer qu ’il n ’en a jam ais existé effectivem en t, com m e n ou s l’avion s déjà fait
rem arqu é. D’ailleu rs, et au vu de la faible h au teu r des parois (0,40 m à 0,50 m au -dessu s
du dallage), il n ’est pas raison n able de pen ser à u n e stru ctu re accessible par l’u n des côtés.
Par con tre, la présen ce de restes apparten an t à dou ze in dividu s au m oin s (cin q adu ltes et
sept su badu ltes), in dican t l’u tilisation de ce sépu lcre à plu sieu rs reprises, plaiderait peu têtre – com m e dan s les tu m u lu s à plate-form e et les tu m u lu s à cratère (Cam ps, 1961 : 7174) – pou r u n systèm e d’accès zén ith al, qu i s’opère en en levan t u n e des dalles de cou vertu re.
Il est enfin important de signaler que cette tombe est contemporaine des niveaux d’habitat fou illés au cen tre d’Althiburos, com m e n ou s le pressen tion s. La n écropole m éridion ale est don c bel et bien u n des cim etières de la ville n u m ide.

4. La p rosp ection d e la ville
Du ran t les cam pagn es de 2006 et 2007, la su perficie de la ville a fait l’objet d’u n e prospection systém atiqu e, don t le bu t essen tiel était d’en con n aître l’évolu tion en tièrem en t
ch ron ologiqu e et fon ction n elle (fig. 24-25). La m éth ode, in spirée des travau x développés
depu is les an n ées qu atre-vin gts dan s la région m éditerran éen n e (Bin tliff et Sn odgrass,
1985 ; Broodban k, 1999 ; Cavan agh et al., 2002; Kythera Island Project ; Ch erry, Davis et
Man tzou ran i, 1991 ; Davis et al., 1997 ; Forsén et Forsén , 2003 ; The Thesprotia Expedition ;
Wisem an et Zach os, 2003), est fon dée su r le ram assage n on sélectif de m atériel par carrés
de 10 m de côté, et su r la situ ation d’élém en ts arch itecton iqu es et épigraph iqu es, don t u n
fich ier est en cou rs d’élaboration . De plu s, ce travail de prospection systém atiqu e a fou rn i l’occasion d’u n e n ou velle vérification et réévalu ation des traces de bâtim en ts visibles
su r le terrain et/ ou su r les ph otograph ies aérien n es. Les in form ation s obten u es on t été
traitées à partir du logiciel ArcGis, qu i a perm is de gérer du poin t de vu e spatial les don n ées su r la qu an tité, la n atu re et la ch ron ologie du m atériel figu ran t dan s des bases de
don n ées su r Filem aker et Acces, gén éran t ain si des cartes de distribu tion par tran ch e ch ron ologiqu e.

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Fig. 23. Plan topographique d’ Althiburos, avec indication des zones objet de la prospection intensive.

Les résu ltats de la prospection in diqu en t u n e très forte con cen tration du m atériel prérom ain – pou r la plu part des céram iqu es m odelées n u m ides – dan s le secteu r NO de la
ville, qu i, du poin t de vu e topograph iqu e, est u n e lan gu e de terre, n ettem en t délim itée
par les cou rs des ou eds (fig. 26, 1). Il est u tile ici de rappeler qu e les fou illes de la zon e
cen trale on t révélé u n e occu pation prérom ain e depu is, au m oin s, le VIe s. av. J.-C., qu i
s’est pou rsu ivi, apparem m en t san s in terru ption , ju squ ’à la période rom ain e (fig. 26, 2).
Ajou ton s en core la présen ce de m atériel céram iqu e n u m ide dan s les n iveau x in férieu rs
de la section stratigraph iqu e form ée à l’E de cette zon e cen trale par u n des m éan dres de

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Fig. 24. Distribution du matériel préromain découvert en prospection. On a ajouté en gris clair le matériel découvert en fouille
– forum (2), nécropole SE (4) – ou sur des formes aléatoires – section stratigraphique formée par le cours du oued el Médéina (3).

l’ou ed el Médéin a (fig. 26, 3). Si tou te cette su perficie avait été occu pée en m êm e tem ps,
on au rait eu affaire à u n site de 4 h a au m oin s, don c u n h abitat d’u n e certain e im portan ce. Si la zon e d’h abitation s’était éten du e ju squ ’à la n écropole SE (fig. 26, 4) – ce don t
n ou s m an qu on s d’in dices – la su perficie occu pée au rait attein t 7 à 8 h a.
Il est im portan t au ssi de sign aler l’existen ce dan s la partie NO du site d’u n gran d bâtim en t rectan gu laire (à peu près 60 m su r 50 m ), précédé su r tou te la lon gu eu r du côté SO

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Fig. 25. Grand bâtiment du secteur NO (1), arc de triomphe (2), forum (3), théâtre (4).

d’u n e stru ctu re rectan gu laire d’à peu près 10-12 m de largeu r (fig. 25, 1, et 26). La végétation d’h erbes den ses em pêch e de recon n aître avec précision su r le terrain la stru ctu re
de cet édifice. Néan m oin s, des observation s peu ven t, d’ores et déjà, être faites. La bâtim en t se présen te com m e u n tertre sou s la form e d’u n e pyram ide tron qu ée, de 7 à 8 m de
h au teu r, en m oyen n e, su r le terrain en viron n an t, et form ée par u n gran d am as de pierres,
précisém en t des m oellon s de dim en sion m oyen n e pou r la plu part. Cet am as est reten u su r
ch aqu e côté par au m oin s deu x m u rs – don t le tracé n ’est pas aisé à su ivre –, ce qu i expliqu e l’aspect éch elon n é de l’en sem ble. Su r le som m et, on peu t en core voir des h arpes bien
align ées apparten an t à deu x m u rs en opus africanum, don t le rapport avec le gran d sou bassement est loin d’être clair. Il existe en plus deux grandes excavations : correspondaientelles à u n e stru ctu re con stru ite, au jou rd’h u i disparu e ? Il est égalem en t im portan t d’observer qu ’il n ’y a poin t de restes d’opus caementicium, n i de vestiges de ch au x ou au tre type
de m ortier ; il n ’y a pas n on plu s de blocs de taille parm i le m atériel, m ais seu lem en t des
m oellon s de taille m oyen n e et de gran deu r variable.
Com m en t in terpréter cette stru ctu re ? Les ph otograph ies aérien n es perm etten t de
recon n aître des traces de con stru ction s, m ais il est difficile d’aller plu s loin dan s l’in terprétation . On peu t sim plem en t su pposer, fau te d’u n e m eilleu re in form ation , qu e les res-

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tes actu ellem en t visibles correspon den t à u n én orm e podiu m , qu i su pporterait des con stru ction s don t on n ’a plu s de trace visible, car les deu x m u rs en opus africanum qu e n ou s
avon s m en tion n és sem blen t plu tôt tardifs, bâtis probablem en t pou r u n u sage secon daire
dan s cette stru ctu re.
En ce qu i con cern e la ch ron ologie de ce gran d bâtim en t, il n ’est pas possible pou r
l’in stan t, fau te de fou ille, de la préciser. Qu oi qu ’il en soit, il n e sem ble pas avoir l’air d’u n e
con stru ction rom ain e, n i du poin t de vu e typologiqu e n i de celu i du m atériel em ployé,
san s com pter su rtou t l’abon dan ce des céram iqu es m odelées prérom ain es qu i parsèm en t
le m on u m en t et ses alen atou rs dan s cette partie du site. Serait-il alors u n m on u m en t d’époqu e n u m ide ? A vrai dire, l’éven tu alité de l’existen ce d’u n gran d m on u m en t pu blic à
Althiburos d’époqu e n u m ide n ’est pas pou r n ou s su rpren dre, car, n ou s savon s qu e les rois
m assyles on t attach é u n e im portan ce particu lière à la con stru ction de gran ds bâtim en ts à
caractère religieux, tels que l’autel monumental à deux étages de Chimtou/Simitthus – constru it ju ste après le m ilieu du IIe s. av. J.-C. – et le gran d m on u m en t de Kbou r Klib, avec
ses dim en sion s im pression n an tes (45,39 m su r 8,90 m ) (Rakob, 1983 : 328-329 ; Ferch iou ,
1991). Il est clair qu e de telles con stru ction s, ain si qu e les gran ds m au solées, tém oign en t
de la volon té de propagan de des rois et prin ces n u m ides, m ais au ssi de l’in flu en ce profon de des m odèles h ellén istiqu es. Or, tel qu e n ou s l’avon s déjà dit, ce qu i reste du bâtim en t d’Althiburos a ju stem en t la form e d’u n gran d podiu m qu i au rait pu su pporter u n
au tel, peu t-être du type docu m en té à Ch im tou et Kbou r Klib. Néan m oin s, il va de soi
qu ’u n e datation plu s tardive, d’époqu e im périale, n e sau rait être tou t à fait exclu e dan s
l’état actu el de n os con n aissan ces, et au vu de l’opus africanum. Évidem m en t, seu l le n ettoyage et la fou ille du m on u m en t perm ettron t d’en dire plu s. Qu an t à sa date fin ale, il est
fort possible qu e ce gran d bâtim en t ait été u tilisé à l’époqu e byzan tin e pou r des fon ction s
m ilitaires.

5. La p rosp ection d u territoire
La prospection du territoire atten an t à la ville d’Althiburos occu pe u n e place im portan te
dan s n otre projet de rech erch e. Pou r l’h eu re, elle n ’a été en tam ée qu e su r le territoire qu i
s’éten d au N de la ville, vers la gran de plain e d’Ebba-Ksou r. Néan m oin s, les prospection s
préalables de l’u n d’en tre n ou s (NK), l’an alyse de cartograph ie au 1 : 50.000 et la réalisation du travail topograph iqu e dan s la h au te et m oyen n e vallée d’Althiburos et dan s les plain es qu i la dom in en t au S, on t égalem en t perm is de repérer de n om breu ses stru ctu res
– pou r la plu part fu n éraires – et qu elqu es sites d’h abitation (fig. 2).
Pou r ce qu i est des sites d’h abitat occu pés à l’époqu e n u m ide, on en a repéré qu atre:
kou diat Aslou j, près de la rou te vers Dah m an i ; u n au tre, au voisin age du cim etière d’el
Gou asdia et du m arabou t de Sidi Abdallah ech Ch aïb ; u n troisièm e, su r u n petit con trefort

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Fig. 26. Grand bâtiment du secteur NO.

du versan t N du Ksar b. Han ou n , im m édiatem en t à l’E de dou ar Ou lad Sou id. Le qu atrièm e, su r le piedm on t O de l’élévation situ ée im m édiatem en t au S de Ksar b. Han ou n , de
l’au tre côté de Ch oôbet Ou lad Zid. Mis à part le deu xièm e site m en tion n é – qu i sem ble très
arasé – tous les autres conservent des structures bâties, dont la datation reste toutefois indéterm in ée, car, à côté des céram iqu es m odelées typiqu em en t n u m ides – parfois pein tes ou
cou vertes d’en gobe rou ge – il existe tou jou rs u n n om bre im portan t de fragm en ts de poterie d’époqu e rom ain e im périale et m êm e byzan tin e. Cette con tin u ité perm et de pen ser qu e
ces lieu x étaien t h abités au m oin s du ran t la dern ière étape de la période n u m ide. Par con tre, la date in itiale d’occu pation est, pou r l’in stan t, im possible à déterm in er, fau te de fou ille et d’attestation s de m atériel de su rface de ch ron ologie précise.
Qu an t à la n atu re topograph iqu e de ces qu atre sites, elle est très variable. Kat. Aslou j
est situ é su r u n e élévation isolée de dim en sion s relativem en t im portan tes (à peu près 175
m de h au t su r 50 m de largeu r/ diam ètre au som m et). Elle est en serrée en tre le cou rs de
l’ou ed sidi Baraket, à l’O, et la rou te actu elle vers Dah m an i, à l’E, au com m en cem en t
de la vallée d’Althiburos. Malgré sa faible altitu de (20 m su r la plain e en viron n an te), elle
est délim itée par des pen tes raides, qu i en faciliten t la défen se, ou tre l’existen ce de certain es stru ctu res visibles, qu i perm et de leu r attribu er u n caractère m ilitaire. On peu t
don c su pposer qu e ce site a eu , au ssi bien à l’époqu e n u m ide qu e rom ain e, u n rôle im portan t dan s la défen se de la ville, san s pou r au tan t exclu re des fon ction s écon om iqu es liées
su rtou t à l’exploitation agricole des plain es en viron n an tes. Ce son t au ssi san s dou te des
raison s d’ordre stratégiqu e qu i expliqu en t la situ ation du deu xièm e site, su r u n e élévation qu i dom in e d’u n e cin qu an tain e de m ètres la plain e adjacen te et qu i perm et u n e large

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Fig. 27. Kat. Aslouj vu du N. Au premier plan, les restes d’une bazina.

visibilité su r la partie orien tale de la plain e d’Ebba-Ksou r ain si qu e su r l’accès à la vallée
d’Althiburos.
La petite élévation à côté du dou ar Ou lad Sou id, se présen te différem m en t. Il s’agit
d’u n con trefort de dim en sion s m odestes (à peu près 50 m de lon gu eu r) de ksar b. Han ou n ,
et n ’attein t qu e 10 m de h au teu r su r la plain e qu i s’éten d im m édiatem en t au N. Malgré
la pen te relativem en t raide des flan cs E et N, ce site n ’a certain em en t pas de valeu r défen sive, de sorte qu ’il fau t plu tôt pen ser à u n établissem en t à vocation agricole, don t la n atu re exacte n ou s éch appe, pou r le m om en t. Noton s qu ’il y existen t les restes d’u n bâtim en t
de dim en sion s con sidérables, probablem en t d’époqu e rom ain e.
La situ ation du qu atrièm e site, au S de ksar b. Han ou n n ’en est pas très différen te, car
l’h abitat s’y éten d su r le piedm on t, san s défen se, su r u n e su perficie d’à peu près 50 m su r
30 m . Les vestiges des con stru ction s son t n om breu x, m ais leu r datation reste in certain e.
En plu s des qu atre sites d’h abitat qu e n ou s ven on s de m en tion n er, l’exam en du territoire proch e de la ville a révélé l’existen ce d’u n très gran d n om bre de stru ctu res fu n éraires, qu e l’on peu t regrou per en trois types distin cts : aires circu laires jon ch ées de pierrai-

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lles, bazin as et dolm en s. 9 Les deu x prem iers se trou ven t exclu sivem en t su r le territoire
qu i s’éten d au N de la ville, tan dis qu e les dolm en s parsèm en t la vallée.
Hu it stru ctu res du prem ier type on t été docu m en tées. Elles form en t u n e con cen tration , on dirait u n e véritable n écropole m êm e, situ ée su r le piedm on t des con treforts occiden tau x de kat. Ben Sou la (six) et le versan t orien tal de kat. Aslou j (deu x), de part et l’au tre de la rou te actu elle qu i m èn e à Dah m an i. Il s’agit tou jou rs de stru ctu res form ées par
u n e en cein te circu laire de pierre sèch e de m oyen n e dim en sion jon ch ée de pierrailles, san s
traces visibles de coffres ou au tres dispositifs pou r abriter les corps. Leu rs dim en sion s perm etten t de distin gu er l’existen ce de deu x grou pes, de diam ètre com pris respectivem en t
en tre 10 et 18 m , 26 et 32 m . Pou r ce qu i est de leu r ch ron ologie, n ou s n ’en avon s pas le
m oin dre in dice. Si, tou tefois, on adm ettait leu r con tem poran éité par rapport au site de
kou diat Aslou j – ce qu i est loin d’être assu ré –, elles rem on teraien t au x dern iers siècles
avan t n otre ère.
Les bazin as on t été révélés par u n seu l m on u m en t, situ é su r la partie in férieu re du
flan c orien tal de kat. Ben Sou la, n on loin (350 m en viron ) du grou pe de stru ctu res circu laires qu e n ou s ven on s de décrire, m ais n ettem en t isolé par rapport à celu i-ci, au ssi bien
par la distan ce qu e par la h au teu r, car elle est situ ée à 25 m à peu près au dessu s. Il est
form é par u n cercle de pierres d’à peu près 14 m de diam ètre, avec u n dou ble parem en t
de blocs de gran des dim en sion s (lon gu eu r sou ven t su périeu re à 1 m ), de form e et taille
variables, m ais gén éralem en t plu s ou m oin s rectan gu laire (fig. 28). Dan s l’espace in térieu r
on con state la présen ce de qu elqu es au tres blocs et su rtou t de m oellon s et caillou x de
dim en sion s variables, restes probables d’u n tu m u lu s. On n ’aperçoit poin t de traces de dispositifs pou r recevoir les corps des défu n ts. Le seu l m atériel céram iqu e associé à ce m on u m en t est con stitu é de deu x fragm en ts de poterie m odelée.
Les dolm en s en fin – h orm is celu i qu i se trou ve su r l’u n des con treforts n ord-occiden tau x de kat b. Sou la – son t dan s leu r gran de m ajorité situ és dan s la m oyen n e et, su rtou t, la h au te vallée d’Althiburos, occu pan t systém atiqu em en t les poin ts les plu s élevés,
dom in an t la vallée, et sou ven t en bordu re des versan ts. Nou s n ’avon s pas en core en trepris l’an alyse systém atiqu e de ces stru ctu res. Néan m oin s, u n e prem ière approch e perm et
d’ores et déjà d’en distin gu er trois grou pes : a) des dolm en s « typiqu es », form és par u n e
gran de dalle su pportée par d’au tres posées de ch am p (ou parfois u n m u r en pierre sèch e),
avec sou ven t, à proxim ité, des accu m u lation s de pierres qu i seraien t des restes de tu m u lu s ; b) des dolm en s « bas », con stitu és par de gran des dalles h orizon tales, reposan t su r
des blocs de pierre, form an t des ch am bres de m oin s d’1 m de h au teu r (fig. 29) ; c) des cistes, form ées par des dalles de m oin dre dim en sion s. Pou r l’en sem ble de ces dolm en s, la
ch ron ologie n ’est pas en core certain e à défau t d’élém en ts de datation précis.
Pou r fin ir, n ou s en ven on s à l’an alyse d’u n gran d mu r qu i s’éten d en direction E-O su r
les plain es qu i dom in en t la partie su périeu re (S) de la vallée d’Althiburos et qu i traverse
perpen dicu lairem en t les différen ts ou eds qu i cou len t vers le N. Nou s avon s su ivi ce m u r
9. Nous suivons le plus strictement possible la terminologie établie par Gabriel Camps (Camps, 1961 : 45-207).

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Fig. 28. Dolmen de la vallée d’ Althiburos.

su r le terrain , su r u n e lon gu eu r d’à peu près 2,8 km , n éan m oin s ; tou tefois, les ph otograph ies aérien n es – où il est très clairem en t visible su r la plu s gran de partie de son tracé –
m on tren t qu ’il s’éten d su r u n e lon gu eu r de 6 km au m oin s.
En l’état actu el, il s’agit d’u n e stru ctu re d’u n e largeu r com prise en tre 5 et 10 m , et
form ée par des blocs et m oellon s de dim en sion s variables. Cette largeu r exception n elle
s’expliqu e san s dou te par l’ébou lem en t d’u n m u r fort m oin s épais qu i, d’après ce qu e l’on
peu t observer à partir des qu elqu es secteu rs où la stru ctu re de base est plu s ou m oin s visible, devait m esu rer à peu près 1,75 m . Qu an t à la h au teu r, elle n e devait probablem en t
pas dépasser les 2 m. La base du mur, dans la mesure où elle est reconnaissable, semble être
con stitu ée par deu x align em en ts de blocs posés à plat, de gran deu r variable, ou , parfois,
par des dalles dressées. Peu t-on , pou r au tan t, défin ir clairem en t son m ode de con stru ction ? En réalité, les restes ébou lés disparates em pêch en t d’en dire plu s, d’au tan t qu e n ou s
n ’y avon s pas recon n u des restes de m ortier – en core m oin s d’opus caementicium – n i de
blocs de taille : tou s les élém en ts lith iqu es em ployés dan s la con stru ction son t, com m e
n ou s l’avon s in diqu é, de form e et de taille irrégu lières. Il s’agit don c d’u n m u r en pierre
sèch e. Su r tou te son exten sion parcou ru e à pied, on n ’a observé qu ’u n e seu le ou vertu re,
d’à peu près 1,5 m de largeur. Il n’existe pas le moindre indice de tours, de bastions, ou d’autres stru ctu res défen sives com plexes, n i à côté de la porte n i su r le reste du parcou rs.

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Fig. 29. Vue du grand mur.

La fon ction précise de ce gran d m u r n ’est pas facile à déterm in er, au delà du fait qu ’il
a dû être con çu pou r le passage su r tou te cette zon e. Mais, n i le type de m atériel em ployé
dan s la con stru ction , n i son tracé presqu e en tièrem en t rectilign e, n i l’absen ce de tou rs ou
au tres artifices défen sifs n e fon t pen ser à u n e m u raille, du m oin s dan s le sen s strict du
term e, c’est-à-dire u n e stru ctu re don t la fon ction est de préven ir le passage d’u n e arm ée
en n em ie. Nou s serion s plu tôt en clin s d’y voir, avec tou te la pru den ce requ ise, u n obstacle destin é à em pêch er ou , du m oin s, à ren dre difficile la pén étration in con trôlée de trou peau x ven an t du S, qu i au rait pu provoqu er de forts dom m ages au x cu ltu res dan s la vallée
d’Althiburos et dan s la plain e de Dah m an i. Un obstacle de ce type au rait possiblem en t su ffi
pou r régu ler la m obilité du bétail, ce qu i était vital pou r les agricu lteu rs eu x-m êm es. En
tou t cas, l’idée qu e ce plateau faisait partie d’u n ch em in sou ven t u tilisé par les pasteu rs
est solidem en t sou ten u e par la présen ce d’u n gran d n om bre d’en clos de pierres, de taille
variable, don t la fon ction la plu s vraisem blable est d’en ferm er les trou peau x. Nou s n ’en
con n aisson s pas la datation , m ais, qu oi qu ’il en soit, ils n e son t plu s u tilisés de n os jou rs,
du m oin s dan s n otre région .

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Qu an t à la ch ron ologie de ce « gran d m u r », il n ’est pas en core possible de la préciser. La plu part du m atériel qu e n ou s avon s observé dan s les abords est an tiqu e, m ais peu
de fragments sont datables. Quelques tessons semblent préromains : de la céramique modelée et deu x fragm en ts d’am ph ore carth agin oise, trou vés dan s u n am as de pierres im m édiatement à l’E de l’intersection de la route avec le « grand mur », et qui pourraient remonter au IIIe-prem ière m oitié du IIe s. av. J.-C. On y a égalem en t con staté la présen ce de
m atériel du Hau t-Em pire, plu s précisém en t u n e an se d’am ph ore de Tarracon aise et u n
fragm en t de sigillée, probablem en t italiqu e. Bien sû r, le m atériel est rare et son rapport
avec le m u r n ’est pas prou vé, m ais c’est le seu l in dice dispon ible pou r le m om en t. Au ssi,
et com pte ten u de ces don n ées, il n ou s sem ble possible de su pposer qu e le m u r était resté
en u sage depu is les dern iers siècles avan t l’ère ch rétien n e ju squ ’à u n e époqu e in déterm in ée. Cette datation est tou t à fait coh éren te avec la n atu re de l’écon om ie an tiqu e prérom ain e dan s la région , car, ain si qu e n ou s l’avon s m on tré, l’existen ce à l’époqu e n u m ide
d’u n e agricu ltu re solidem en t établie n e fait plu s à présen t l’om bre d’u n dou te. Du reste,
la con stru ction d’avan t l’époqu e rom ain e s’accorde bien , avec l’absen ce de pierres de taille ou de tou t type de m ortier.
Sign alon s au term e de ce descriptif an alytiqu e de cette partie du territoire, u n e stru cture particulière, à plan absidal, située près de l’intersection du « grand mur » avec la route,
im m édiatem en t à l’E de celle-ci. La form e de ce bâtim en t est différen te de celle des stru ctu res fu n éraires, qu i affecten t gén éralem en t u n plan circu laire. Étan t don n é, qu ’à la différen ce des tu m u lu s, bazin as, etc., il n ’y a poin t de pierres à l’in térieu r, il pou rrait alors
s’agir, peu t-être, d’u n e h abitation , qu e n ou s daterion s plu tôt de l’époqu e protoh istoriqu e
ou n u m ide, san s pou r au tan t exclu re – au vu du m an qu e de m atériel arch éologiqu e datable qu i lu i soit associé – d’au tres possibilités.

Con clu sion
Les cam pagn es de rech erch es de 2006 et 2007 on t m on tré qu e l’occu pation du site
d’Althiburos rem on te, au m oin s, au VIe s. av. J.-C., et s’est pou rsu ivie ju squ ’à l’in corporation de la ville à l’Africa nova, en 46 av. J.-C. Certes, la n atu re de cette occu pation n ’est pas
en core bien établie, m ais les docu m en ts arch éobiologiqu es in diqu en t qu e dès le prem ier
m om en t il s’agit d’u n e popu lation com plètem en t séden taire, qu i tire ses ressou rces vivrières d’u n e écon om ie de produ ction de type m ixte, pratiqu an t à la fois l’agricu ltu re – su rtou t la céréalicu ltu re – et l’élevage. L’éviden ce de la pratiqu e d’u n e m étallu rgie du fer fort
développée con forte l’idée d’u n e agricu ltu re perform an te, bien équ ipée pou r des processu s d’in ten sification et qu i au rait pu , par con séqu en t, n ou rrir u n e popu lation n om breu se. La dispersion du m atériel prérom ain récolté en su rface in diqu e qu e le site cou vrait u n e
su perficie n on n égligeable, de 4 h a au m oin s, m ais il est im possible, pou r l’in stan t, de pré-

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ciser si tou te cette exten sion était effectivem en t occu pée au m êm e m om en t. Cepen dan t
cela n ou s paraît tou t de m êm e probable, du m oin s pou r la période n u m ide tardive (IIe - Ier
s. av. J.-C.), au vu des tém oign ages épigraph iqu es qu i attesten t d’ailleu rs l’existen ce d’u n e
organ isation adm in istrative de type in con testablem en t u rbain . Il est m êm e possible qu ’u n
gran d bâtim en t pu blic – peu t-être de caractère com m ém oratif – ait existé dan s la partie
NO du site. La fou ille a égalem en t m on tré qu e la n écropole SE fu t u tilisée par les h abitan ts de ce site.
Qu an t au x sites d’h abitation des alen tou rs de la ville, la docu m en tation dispon ible n e
perm et pas, pou r le m om en t, de les dater avec précision n i d’en assu rer le rapport avec les
stru ctu res fu n éraires avoisin an tes. Mais, le fait qu e tou s perdu ren t du ran t l’époqu e rom ain e n ou s au torise à présu m er qu ’ils étaien t occu pés du ran t la période n u m ide fin ale, à
m oin s qu e l’on su ppose u n e réoccu pation systém atiqu e après u n certain h iatu s, éven tu alité qu i n e n ou s paraît gu ère en visageable.
En som m e, tou t con du it à pen ser qu e les popu lation s au toch ton es s’étaien t in stallées, dès le VIe s. av. J.-C., dan s u n m on de socio-cu ltu rel com plexe et avaien t dû développer,
à en croire les sou rces littéraires, u n e civilisation plein em en t u rbain e dès les IVe - IIIe s. av.
J.-C. La qu estion qu i se pose m ain ten an t est de savoir si ce développem en t écon om iqu e
et social est de n atu re essen tiellem en t en dogèn e ou si, par con tre, le facteu r colon ial pu n iqu e con tigu y a jou é u n rôle im portan t.
Si l’on en ju ge par le n om bre des im portation s docu m en tées dan s les n iveau x an térieu rs au IIe s. av. J.-C., on a l’im pression qu e l’in flu en ce de la civilisation pu n iqu e – qu i
devien dra très in ten se par la su ite – est fort lim itée, ou , du m oin s, qu e les rapports com m erciau x décelables à partir de n otre docu m en tation son t très peu im portan ts. La présen ce de céram iqu es n u m ides à en gobe rou ge dan s les n iveau x an cien s pou rrait, peu têtre, in diqu er u n e in flu en ce des poteries ph én icien n es, qu i serait lim itée tou tefois à ce seu l
aspect, car les form es et la tech n iqu e de fabrication – tou jou rs des céram iqu es m odelées –
resten t pu rem en t au toch ton es. Su r le plan de la produ ction agraire, il y a des ch an ces n on
n égligeables – m ais pas la certitu de – qu e les pépin s de raisin de ces m êm es n iveau x apparten aien t à des plan tes cu ltivées. Ce serait là au ssi, peu t-être, u n in dice de con tact avec la
civilisation pu n iqu e. Rien , par con tre, dan s les tech n iqu es de con stru ction – dan s la m esu re où elle n e n ou s son t con n u es qu e tim idem en t – n ’au torise à pen ser qu ’il y ait eu d’in flu en ce extérieu re. Fin alem en t, il se pou vait qu e la m étallu rgie du fer fû t in trodu ite dan s
cette zon e par l’in flu en ce, probablem en t in directe, de la civilisation pu n iqu e.
Pou r ce qu i est d’u n e possible évolu tion in tern e, il fau t rappeler qu e les processu s de
séden tarisation – qu i, à leu r tou r, en traîn en t l’in ten sification de la produ ction et le développem en t de m oyen s tech n ologiqu es avan cés, telle qu e la m étallu rgie du fer – son t très
sou ven t la con séqu en ce de la croissan ce de la popu lation . Effectivem en t, qu an d le n om bre des fam illes au gm en te, il arrive u n m om en t où les déplacem en ts devien n en t n écessairem en t difficiles, voire im possibles et les popu lation s fin issen t par se regrou per et se
fixer dan s u n territoire restrein t, don t ils profiten t et qu ’ils protègen t obligatoirem en t. Il
est théoriquement admis que, si les moyens d’améliorer la technologie existent – par exem-

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ple par la m étallu rgie du fer – et qu ’on arrive à m ettre en place u n ou tillage de plu s en
plu s perform an t, perm ettan t ain si d’au gm en ter la produ ctivité et d’in ten sifier l’écon om ie,
u n e n ou velle croissan ce de la popu lation devien t alors possible. Ce sch éma th éoriqu e peu til s’appliqu er à Althiburos ? Si ou i, y au rion s-n ou s les in dices qu ’u n e prem ière au gm en tation de la popu lation se fû t produ ite avan t le VIe s. av. J.-C., expliqu an t par con séqu en t,
su ivan t ce m odèle h ypoth étiqu e, le caractère séden taire de la popu lation alth ibu ritain e à
cette date ? Il fau t répon dre par la n égative, à m oin s qu e l’on accepte la proposition de G.
Cam ps de dater la m ajorité des dolm en s n ord-africain s du Bron ze Fin al, don c, en gros,
entre la fin du IIe millénaire av. J.-C. et les premiers siècles du Ier millénaire av. J.-C. (Camps,
1995 : 30). Le n om bre de m on u m en ts de ce type dan s les en viron s d’Althiburos et ailleu rs
est effectivem en t très élevé, et pou rrait in diqu er u n e popu lation croissan te du ran t cette
période. Mais, fau te d’u n e ch ron ologie précise, la qu estion reste ou verte. Est-il besoin de
dire qu e, seu le la fou ille d’u n e série de m on u m en ts fu n éraires de ce type, des datation s
au ssi précises qu e possible, m ais au ssi l’iden tification et l’exploration des sites d’h abitation
de cette période, son t en m esu re d’en rich ir le dossier et d’être plu s con cis.
Malgré tou tes ces in certitu des, n ou s estim on s fort probable qu e le prem ier élan du
processu s évolu tif était parti d’u n e dyn am iqu e de croissan ce de la popu lation au toch ton e, m ais qu e la m étallu rgie du fer avait eu au ssi san s dou te u n rôle essen tiel dan s la m esu re où elle ren dit possible de m ain ten ir ce n iveau de la popu lation et de l’accroître m êm e
ju squ ’à attein dre la h au te den sité qu ’attesten t les sou rces littéraires du ran t les IIIe - IIe siècles av. J.-C. Il sem ble don c qu e l’évolu tion vers la com plexité socio-cu ltu relle, a-t-elle
don c resu lté, probablem en t, de la con vergen ce des facteu rs extern es et in tern es à la fois.

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Text ab reu jat

Recerq u es sob re l’ocu p ació d ’Althiburos (regió d el Kef,
Tu n ísia) i els seu s en con torn s en èp oca n ú m id a
La recerca arqu eològica sobre les poblacion s prerom an es de l’Àfrica del Nord és m olt desigu al,
car al costat d’u n a arqu eologia fu n erària relativament desenvolupada, de valuosos estudis sobre
m on u m en ts sin gu lars i d’u n a epigrafia qu e h a
subministrat informació sobre l’organització política i adm in istrativa, el con eixem en t sobre els
jacim en ts d’h àbitat i sobre les form es d’ocu pació
del territori —d’im portàn cia cru cial per al con eixem en t de tota civilització— resten en cara m olt
pobres. Aqu esta situ ació s’explica per la con tin u ïtat d’ocu pació d’u n a gran part d’aqu ests
assen tam en ts en època rom an a, tan t si es tracta
de ciu tats com de n u clis de m en or im portàn cia,
i tam bé per l’escassa exten sió dels treballs d’excavació qu e h an tocat aqu ests n ivells in feriors.
Les fonts literàries —relativament abundants
per als segles III- I aC— m ostren així m ateix qu e
aquestes poblacions, organitzades políticament en
gran s m on arqu ies, h avien assolit u n im portan t
nivell de complexitat sociocultural. És particularment interessant arribar a comprendre les causes
i m ecan ism es de form ació d’aqu estes societats
complexes, avaluant el paper que hi poden haver
tingut respectivament els factors exteriors —la relació amb el món púnic— i els processos endògens
de creixement demogràfic i canvi tecnològic.
És amb aquesta finalitat que l’Institut National
du Patrimoin e de Tu n isie (INP) i la Un iversitat de
Barcelon a (a través del Gru p de Recerca
d’Arqu eologia Clàssica, Protoh istòrica i Egípcia)
han posat en marxa el projecte de recerca Evolució
social i formació de l’estat númida: les poblacions autòctones de la regió de Sicca Veneria (El Kef, Tunísia) i les
seves relacions amb la civilització feniciopúnica.
Prospeccions i excavacions arqueològiques a Althiburos,
qu e com pta am b el su port logístic de l’INP, am b
el su port fin an cer de la Gen eralitat de Catalu n ya
(projecte 2006EXCAVA00011), del Min isteri

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d’Edu cació i Cièn cia (projecte HUM200603432/ HIST) i am b la col·laboració de l’In stitu t
Català d’Arqu eologia Clàssica.
L’objectiu prin cipal del projecte és obten ir
dades sobre algu n s dels factors qu e determ in en
la con figu ració i l’evolu ció de les societats h u m an es: la den sitat del poblam en t, la tecn ologia, la
in ten sificació econ òm ica, la divisió del treball i
els nivells d’integració sociopolítica. Aquest objectiu obliga a desen volu par u n program a de recerca global qu e in clou la prospecció sistem àtica del
territori i l’excavació de diversos jacim en ts prerom an s, u tilitzan t tècn iqu es qu e perm eten
recon stru ir el paleoam bien t i les form es de gestió dels recu rsos econ òm ics. Per aqu esta raó, l’equ ip in tegra arqu eòlegs i especialistes en sistem es d’in form ació geogràfica, paleobotàn ica,
paleozoològica i an tropològica física.
Per desen volu par aqu est projecte, h om h a
escollit la ciu tat d’Althiburos i el seu territori.
Aqu esta ciu tat, situ ada a l’in terior de Tu n ísia (fig.
1), i qu e dom in a u n a plan a agrícola àm plia i fèrtil, amb aigua en abundància, ofereix un cas ideal
d’estu di gràcies a l’existèn cia d’im portan ts in dicis d’u n a ocu pació h u m an a en època n ú m ida; en
particular, una sèrie d’inscripcions líbiques, púniques, neopúniques i bilingües (en neopúnic i llatí),
qu e dem ostren l’existèn cia d’in stitu cion s polítiques avançades en el segle II aC i alguns elements
de caràcter religiós (fig. 5). Aqu estes in stitu cion s
(i tam bé pràctiqu es religioses), tot i estar fortam en t in flu ïdes pel m odel cartagin ès, m an ten en
algu n s trets característics de la civilització líbica.
En el territori proper s’h an iden tificat, a m és,
nombroses estructures funeràries i un santuari de
tradició pú n ica, qu e h a proporcion at n om broses
esteles. Per altra ban da, les excavacion s realitzades des del com en çam en t del segle XX h an perm ès localitzar algu n s dels m on u m en ts prin cipals

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de la posterior ciu tat rom an a i defin ir algu n s
trets de la seva estru ctu ra u rban ística. Aqu esta
estru ctu ra con serva elem en ts d’època an terior
qu e tam bé aju den a com pren dre el procés d’evolu ció cu ltu ral de les poblacion s au tòcton es.
El 2006 i el 2007 s’h an realitzat dos gran s
son deigs a l’u n i l’altre costat de l’edifici con siderat tradicion alm en t com el capitoli (figs. 3-4 i
6), on algu n s in dicis su ggerien l’existèn cia d’u n a
con stru cció religiosa an terior. L’excavació, per
tan t, perm etia plan tejar el problem a de la con tin u ïtat fu n cion al i cu ltu ral del lloc. Els treballs
h an perm ès iden tificar algu n es con stru ccion s
datades en tre els segles VI aC i I aC (figs. 7-8 i 1112). Malgrat els problem es d’an àlisi i in terpretació generats per la superposició d’estructures posteriors (qu e h an destru ït parcialm en t les m és
an tigu es i h i im posen u n a excavació lim itada),
h a estat possible distin gir fases ben diferen ciades:
u n a prim era ocu pació estable, en el segle VI aC,
am b evidèn cies d’u n a activitat siderú rgica plen am en t desen volu pada; u n a sèrie de n ivells del
segle IV aC, qu e su ggereixen u n h àbitat m és den s
i com plex, i fin alm en t, diverses evidèn cies dels
segles II- I aC. Els m aterials ceràm ics recu perats
m ostren qu e el com erç exterior n o assoleix
im portàn cia fin s al segle II aC (figs. 9 i 12-13). En
aqu est m om en t l’assen tam en t im porta vaixella
de vern ís n egre, ceràm iqu es com u n es i àm fores,
amb una procedència majoritària de l’Àfrica púnica i u n a presèn cia lim itada de produ ctes itàlics.
L’an àlisi del m aterial arqu eobiològic m ostra, ja
des del segle VI aC, u n a presèn cia m olt im portan t
de cereals i llegu m s, segu ides de fru its com raïm
i figu es, i del lli. La fau n a és represen tada per
bòvids, ovicàprids i porcs, a m és de cèrvids.
Paral·lelam en t h om h a in iciat l’estu di d’u n a
gran n ecròpolis protoh istòrica i rom an a situ ada
a SE de la ciu tat, delim itan t la seva exten sió, la
seva organ ització espacial i els diversos tipu s de
con stru ccion s fu n eràries (figs. 19-22). La prospecció h a perm ès, en particu lar, iden tificar algu n es tom bes prerom an es i defin ir els seu s trets
estru ctu rals. L’excavació d’u n a d’aqu estes tom -

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bes h a proporcion at dades m és precises. Es tracta d’u n a con stru cció form ada per gran s lloses de
pedra i qu e va ser u tilitzada diverses vegades. Els
en terram en ts eren acom pan yats per u n petit
aixovar ceràm ic qu e perm et proposar u n a cron ologia de segles III- I, am b u n a possible reu tilització en època im perial.
La perifèria de la ciu tat h a estat prospectada
de form a sistem àtica. El m ètode, in spirat en els
treballs desen volu pats a altres region s de la
Mediterràn ia en les darreres dècades, es fon amenta en la recollida no selectiva de material dins
de qu adrats de 10 m de costat o per cam ps,
segon s les zon es, i en la localització topogràfica
de tots els elem en ts arqu itectòn ics i epigràfics. El
treball de cam p es com pleta am b la realització
d’u n a topografia gen eral i l’estu di de la fotografia aèria. Les dades h an estat tractades en ArcGis
per crear m apes de distribu ció per èpoqu es (figs.
23-24). Els resu ltats in diqu en u n a forta con cen tració de m aterials prerom an s en el sector NO de
la ciutat, constituït topogràficament per una llengu a de terra delim itada per dos rierols, però
tam bé es recu llen m aterials d’aqu est tipu s en
altres sectors, de m an era qu e l’assen tam en t
n ú m ida podria h aver ocu pat u n a su perfície d’u n es 4 h a, o fin s i tot de 7-8 h a si s’esten ia fin s a
la n ecròpolis. En aqu est sector NO es docu m en ta també l’existència d’un gran edifici públic, potser am b u n a fu n ció com m em orativa, qu e podria
rem u n tar al període n ú m ida (fig. 25, 1 i 26).
Els treballs de prospecció sistem àtica de la
resta del territori de la ciu tat es lim iten , ara per
ara, al sector qu e s’estén al N, cap a la gran plan a
d’Ebba-Ksour. Aquí s’han identificat diversos llocs
ocu pats en època n ú m ida i qu e con tin u en h abitats en època rom an a (fig. 2). Algu n s sem blen
ten ir u n a fu n ció m ilitar, però la m ajoria correspon a assen tam en ts agrícoles. Tam bé s’h an localitzat n om broses estru ctu res fu n eràries; en algu n
cas formant veritables necròpolis (fig. 26). D’altra
ban da, la realització de la topografia del sector de
la vall qu e s’estén al su d de la ciu tat h a perm ès
documentar l’existència de més de cinquanta dòl-

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m en s (fig. 27), a m és d’u n gran m u r qu e possiblem en t va servir, creiem qu e des d’època n ú m ida, per a evitar el pas incontrolat de ramats i protegir els con reu s (fig. 28).
Les cam pan yes d’excavació realitzades el
2006 i 2007 h an dem ostrat, en resu m , qu e l’ocu pació d’Althiburos rem u n ta, com a m ín im , al
segle VI aC, i qu e es perllon ga m és en llà de la
in corporació de la ciu tat a l’Africa Nova, fin s al
període bizan tí i possiblem en t m edieval. Ara per
ara, n o es poden precisar totalm en t les característiqu es d’aqu esta ocu pació, però les dades recollides m ostren qu e era protagon itzada per u n a
com u n itat plen am en t seden tària, am b u n a econ om ia m ixta qu e com bin ava l’agricu ltu ra (cen trada en la cerealicu ltu ra) i la ram aderia. Les evidèn cies d’activitat siderú rgica reforcen la idea
d’u n a agricu ltu ra in ten siva plen am en t desen volu pada, capaç d’alim en tar u n a població n om brosa, tal com dem ostra l’exten sió de l’assen tam en t (4 a 7 h a) i l’existèn cia d’u n poblam en t
dispers de den sitat con siderable.
Sem bla, don cs, qu e, com a m ín im en el segle
VI aC, les poblacion s au tòcton es h avien in iciat u n

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procés de creixen t com plexitat sociocu ltu ral.
Aqu est procés és probablem en t el resu ltat de la
con vergèn cia de factors in tern s i extern s.
Efectivament, l’existència de nombrosos dòlmens,
u n tipu s d’estru ctu ra qu e es ten deix a datar del
Bron ze fin al, su ggereix u n in crem en t im portan t
de la població en tre la fi del II m il·len n i i els prim ers segles del I m il·len n i aC, qu e possiblem en t
h au ria forçat la seden tarització de la població i
u n a prim era in ten sificació econ òm ica. El desen volu pam en t de la siderú rgia h au ria perm ès u n a
segon a in ten sificació i l’in crem en t de la capacitat de càrrega del territori, im prescin dible per al
desen volu pam en t d’assen tam en ts de característiqu es u rban es com el qu e com en ça a con figu rar-se en el segle VI aC, i qu e probablem en t estava plen am en t con stitu ït en els segles IV- III aC. El
redu ït volu m d’im portacion s am b an terioritat al
segle II aC sem bla in dicar qu e el con tacte am b el
m ón pú n ic va ten ir u n paper m olt lim itat en
aqu ests processos, però és, am b tot, m olt possible qu e el con eixem en t de la m etal·lú rgia del
ferro fos in trodu ït, directam en t o in directa, des
dels assen tam en ts colon ials.

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