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Le réalisme scientifique et la métaphysique des sciences

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distance spatiale d’un centimètre d’un autre objet n’inclut apparemment aucune disposition à
engendrer certains effets. Les propriétés géométriques sont ainsi un exemple paradigmatique
de propriétés catégoriques, dépourvues de pouvoirs causaux.
Il faut donc tenir compte de deux distinctions : celle entre propriétés intrinsèques et
relations, d’une part, et celle entre propriétés catégoriques et propriétés causales (dispositions,
pouvoirs), d’autre part. On peut subsumer les relations physiques également sous la catégorie
des propriétés, étant des propriétés qui requièrent la présence d’au moins deux objets dans le
monde pour exister, tandis qu’une propriété intrinsèque n’a besoin que d’un seul objet pour
exister dans le monde. L’atomisme classique, humien, en philosophie de la nature est la
position qui soutient que les propriétés physiques sont intrinsèques et catégoriques. Etant
donné les deux distinctions évoquées ci-dessus, l’espace logique des positions possibles est
constitué des quatre positions suivantes :
Propriétés physiques
/
\
intrinsèques
relations (structures)
atomisme
holisme
/
\
/
\
catégoriques causales
catégoriques causales
La première distinction est celle entre propriétés intrinsèques et relations. Elle marque le
contraste entre l’atomisme et le holisme. Si les propriétés des objets physiques sont des
relations au lieu d’être des propriétés intrinsèques, alors l’être des objets dépend des relations
qui les unissent. Pour cette raison, cette position est un holisme en philosophie de la nature.
La seconde distinction est celle entre propriétés catégoriques (c’est-à-dire, purement
qualitatives) et propriétés causales – c’est-à-dire, engendrant par leur nature même certains
effets. Cette dernière distinction se retrouve tant dans le holisme que dans l’atomisme.
Comme expliqué plus haut, on peut associer Hume à la position qui considère les propriétés
comme intrinsèques et catégoriques. Leibniz est également atomiste, concevant les monades
comme les véritables atomes, mais il considère les propriétés physiques comme des forces et
soutient ainsi une vision causale des propriétés. Leibniz a réhabilité la notion de disposition
causale (pouvoir) en philosophie moderne. On peut dès lors lier la position qui conçoit les
propriétés comme intrinsèques et causales à lui. Du côté du holisme, on peut attribuer la
position qui considère les propriétés physiques comme des relations catégoriques à Descartes,
car celui-ci (tout comme Spinoza) identifie la matière à l’extension spatio-temporelle. On peut
dès lors regarder Descartes et Spinoza comme réduisant toutes les propriétés physiques et
matérielles à des propriétés géométriques qui consistent en des relations spatio-temporelles.
La position logiquement possible consistant à concevoir les propriétés physiques comme des
relations ou des structures causales, par contre, n’est pas accessible au début de l’époque
moderne. La raison en est que les relations spatio-temporelles sont, comme déjà mentionné
plus haut, l’exemple paradigmatique de relations irréductibles en physique classique, et
celles-ci semblent évidemment être des relations catégoriques.
Ces quatre positions définissent l’espace logique des positions possibles par rapport aux
propriétés physiques. Il y a bien sûr des combinaisons possibles, voire même, en certain cas,
inévitables. Même dans l’atomisme humien, il faut reconnaître des relations irréductibles et
ainsi une sorte de holisme, à savoir accepter les relations spatio-temporelles comme des