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G n tique Comportement Travail .pdf



Nom original: G-n-tique Comportement-Travail.pdf
Titre: Génétique Comportement-Travail
Auteur: Courreau

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Chapitre 9

Nous allons d’abord parler de la variation du comportement entre les races. C’est l’observation de
cette variation qui a permis d’imaginer que certains comportements, au moins, se transmettaient de

Etude génétique du phénotype du chien

façon héréditaire. Puis nous traiterons de la variation intraraciale de ces caractères en insistant sur

COMPORTEMENT ET APTITUDE AU TRAVAIL∗

ceux qui sont liés aux aptitudes de travail.

L'espèce canine possède un fonds comportemental spécifique d'une homogénéité qui peut étonner

I - VARIATION DU COMPORTEMENT ENTRE RACES

pour une espèce aussi polymorphe, mais elle présente aussi une remarquable variabilité dans les
dominantes comportementales qui caractérisent les grands groupes ethniques. Cette variabilité

La variation phénotypique entre races apparaît comme une évidence, même pour le commun des

découle des très nombreuses fonctions utilitaires demandées au chien et n’a d’équivalent chez

mortels. Le simple propriétaire de chien de race remarquera en effet assez aisément que, dans telle

aucune autre espèce domestique. Les bases comportementales particulières à ces fonctions ont été

ou telle circonstance de la vie courante, son chien manifeste un comportement sensiblement différent

fixées grâce à une pression de sélection qui a débuté souvent il y a plusieurs siècles voire plusieurs

de celui d’un chien appartenant à une autre race. Quant à l'utilisateur, il sait sans peine vers quelles

millénaires (cf. chapitre 13 : Autour de la notion de race).

races se tourner pour trouver un chien exprimant à un haut niveau les aptitudes qui l’intéressent,

Le comportement du chien a été étudié scientifiquement dès le début du XX

ème

siècle, l'espèce canine

niveau nettement supérieur à ce qu’il est chez les autres races.

apparaissant très tôt comme particulièrement intéressante de ce point de vue, tout juste après

Nous allons étudier ces deux aspects, en commençant par le second car il représente un préalable.

l'espèce humaine. L’idée que le déterminisme des caractères comportementaux était partiellement

En effet, la différentiation des comportements recherchée à l'origine dans un but strictement utilitaire

génétique a été très longue à s’imposer et, si le sujet fait encore débat chez les éleveurs, il n’est plus

est à la base de la variation des comportements canins élémentaires observée aujourd'hui entre les

discuté chez les scientifiques. Ce déterminisme a été considéré essentiellement comme mendélien

races.

jusqu'au milieu du XX

ème

siècle mais cette hypothèse était trop simple pour expliquer l'ensemble des

observations. Le déterminisme polygénique a été largement invoqué depuis, au moins comme

Variation des comportements liés à des fonctions utilitaires

modulateur d'un déterminisme monogénique majeur. Depuis 20 ans, quand on considère les travaux

Au cours de la période historique, des types ethniques dérivant des races primaires sont apparus

de génétique quantitative canine, on constate que la plupart ont été consacrés au comportement et

sous une pression de sélection qui ne s'est jamais démentie jusqu'à l'époque contemporaine :

quelques-uns aux qualités de travail.

molosse de garde, chien de berger, chien pour tel ou tel type de chasse, etc.. Ces grands types
ethniques qui se sont ensuite diversifiés en très nombreuses races canines se distinguent les uns des

En débutant ce chapitre, il est essentiel que nous précisions qu'à l'instar des autres espèces

autres par des caractéristiques physiques et comportementales qui les rendent particulièrement aptes

domestiques, les travaux sur le comportement du chien souffrent de la difficulté à observer et mesurer

à un service ; cette aptitude est considérée comme héréditaire depuis "toujours", c'est-à-dire en réalité

les caractères, de la distribution des mesures qui s'éloigne souvent de la normalité statistique, ainsi

depuis que des cynophiles écrivent sur les chiens.

que de l'importance des influences environnementales qui ont longtemps fait douter d'un

Bien sûr, le généticien se demande à quel déterminisme génétique obéissent les aptitudes

déterminisme génétique. Ce dernier point est particulièrement vrai chez le chien qui mène une vie en

spécialisées. Le fait que, dans certaines races, à peu près tous les chiens manifestent une aptitude

communauté étroite avec l'homme. De plus, on ne sait pas dans quelle mesure la grande variété des

singulière (ex. : marquer l’arrêt) cependant que, dans d’autres, aucun chien ne l’exprime, semble

formes et des formats peut jouer un rôle dans les différences de résultats aux tests comportementaux

plaider pour un déterminisme monogénique. C’est l’hypothèse émise par les premiers auteurs. Un

entre races. Dans le même ordre d’idée, il est difficile d’apprécier l’influence d’une vocation utilitaire

gène responsable d’un comportement étant présent dans l’espèce, il est assez aisé de le sélectionner

plus ou moins lointaine sur le comportement observé aujourd'hui chez des races qui sont devenues

au sein d’une race ; le comportement devient alors l’une des caractéristiques de la race. C’est ainsi

strictement des races de compagnie.

que Whitney (cité par Surget, 1982) fait une interprétation mendélienne d’observations sur des

Les travaux de génétique portant sur les caractères de travail sont dans l’ensemble plus récents et

comportements simples :

moins nombreux que ceux consacrés au comportement. Ajoutons que les aptitudes au travail ont

-

"quête à la voix" dominant sur "quête silencieuse",

généralement été étudiées sous un angle strictement comportemental et rarement pour elles-mêmes,

-

"chasser tête en l’air" dominant sur "chasser tête au sol",

c'est-à-dire dans la perspective de servir l'amélioration génétique des races de travail.

-

"aller à l’eau" imparfaitement dominant sur "ne pas aller à l’eau",

-

"intérêt pour ce qui vole" dominant sur "pas d’intérêt pour ce qui vole".

Bien que l’explication mendélienne soit souvent considérée comme trop simple aujourd’hui, nous


Chapitre entièrement réécrit par J.-F. COURREAU, qui a néanmoins repris nombre des données qui
figuraient dans la précédente édition de cet ouvrage.
1

l’admettons assez volontiers quand des comportements semblent avoir une variation discontinue,
2

c’est-à-dire du type "présent – absent". Par exemple, nous retenons aussi cette hypothèse pour

les oreilles, avancer en reptation en balançant la tête et en reniflant, renifler la région ano-génitale,

"marquer l’arrêt – ne pas marquer l’arrêt", déjà évoqué, mais aussi "arrêter couché – arrêter debout",

renifler le nez ou la face, renifler les urines ou les excréments.

"prendre spontanément en gueule – ne pas prendre spontanément en gueule", "s’intéresser à un
troupeau – ne pas s’intéresser à un troupeau".

Nous pensons que nombre de cynophiles admettront assez facilement qu'il existe des différences

Sans doute, les utilisateurs auraient-ils d’autres comportements à proposer. Il s’agit à chaque fois de

entre races pour les comportements de base ainsi définis, mais, bien sur, pas sur tous. Ils

comportements

séquences

constateront que la ou les races qu’ils connaissent bien expriment certains comportements plus ou

comportementales simples faisant partie de l’éthogramme canin, dont l’expression s’est exacerbée,

moins fréquemment, plus ou moins fortement que d’autres races. Plusieurs scientifiques ont cherché

souvent au détriment de séquences qui précédaient ou suivaient. Par exemple, s’intéresser à un

à le vérifier, quelquefois à partir de protocoles expérimentaux, le plus souvent à partir d’enquêtes

troupeau fait partie d’un comportement global de prédation, mais n’est pas suivi (normalement !) de la

réalisées auprès de professionnels du chien. Souvent, les scientifiques ont fait l’hypothèse que les

séquence d’attaque chez le chien de berger.

différences d’expression des comportements de base existent parce que les races sont sélectionnées

On pourra nous faire remarquer que la règle "comportement présent - comportement absent" ne

(ou qu’elles l’ont été) sur des fonctions utilitaires différentes ; autrement dit, les comportements

semble pas valable pour la prise en gueule qui est un comportement éminemment canin et donc

spécifiques attachés à ces fonctions influenceraient les comportements généraux.

élémentaires

au

sens

éthologique

du

terme,

c’est-à-dire

de

particulièrement banal dans toutes les races. Certes, mais il faut reconnaître que son occurrence est
plus particulièrement élevée chez les retrievers : c’est ce que nous avons voulu exprimer en précisant

Les travaux de recherche n'ont pas porté sur tous les comportements. Ils ont surtout étudié ceux qui

"spontanément" ci-dessus.

présentaient un intérêt pour une meilleure compréhension des relations homme – chien, c’est-à-dire

Bien sûr, si explication mendélienne il y a, elle est insuffisante eu égard à la grande variabilité de

se rapportant aux conflits, à la réaction aux stimuli, à l’activité motrice, au dressage.

l’expression d’un comportement : si le gène est présent, le comportement l’est aussi … mais à un
degré très différent selon les individus. Il est donc indispensable d’invoquer alors un déterminisme

Les différences comportementales entre races ont été bien mises en évidence par l'utilisation de tests

polygénique modulateur, souvent très fortement modulateur d’ailleurs.

standardisés fournissant ce qu'on appelle des scores de "réussite", soumis ensuite à l'analyse

En résumé, les différences d’aptitudes comportementales entre races pourraient ainsi procéder de

statistique. Ce type de protocole est peu fréquent car, s'il présente l'avantage d'une excellente

deux mécanismes de sélection :

maîtrise du sujet d'étude, il a l'inconvénient de mettre en œuvre des moyens lourds et coûteux

-

-

sélection de gènes déterminant des comportements désirés par l’homme : cette sélection

pendant des années, ce qui limite l'étude de chaque race à un petit nombre de sujets (souvent entre

conduit à augmenter la fréquence de ces gènes bénéfiques jusqu’à obtenir, si possible, que

10 et 30).

tous les individus d’une race en soient porteurs ;

Scott et Fuller (1965) ont ainsi réalisé des études comparatives très complètes sur les tendances

sélection de polygènes accentuant l’expression comportementale : c’est par cette sélection

comportementales de 5 races : Cocker spaniel, Beagle, Berger des Shetland, Basenji et Fox terrier à

que le chien appartenant à une race spécialisée est en moyenne "meilleur" pour un certain

poil dur. Trois domaines ont été étudiés : l'émotivité (réaction à des stimuli divers), l'aptitude à

comportement que le chien d'une race "quelconque" qui l'exprime aussi ; ce point renvoie

l'obéissance et au dressage, l'aptitude à résoudre des problèmes (nécessité d'un détour pour atteindre

aussi et surtout à la variation intraraciale qui sera traitée dans la deuxième partie de ce

un objet, confrontation à un labyrinthe, par exemple). Les chiens ont été testés au cours de leur

chapitre.

première année à des âges déterminés selon le comportement étudié. Dans le domaine de l'émotivité,
les différences entre les races se sont révélées hautement significatives ; cependant, la variabilité

Variation des comportements de base propres à l’espèce

intraraciale restait telle que les auteurs ont pu écrire "qu'il serait possible de sélectionner des cockers

A côté des comportements spécifiques attachés à des fonctions utilitaires, il est permis de se

spaniels en quelques générations pour produire des descendants semblables à des terriers ou des

demander s’il existe des différences entre les races pour les comportements de base, "de la vie

beagles, au moins en ce qui concerne des caractères singuliers". Il n'est pas sûr que la variabilité

quotidienne" pourrions-nous dire.

intraraciale actuelle permette de le dire encore aujourd’hui! Dans le domaine de l'aptitude au

Que sont ces comportements de base? Il s'agit des comportements élémentaires qui constituent le

dressage, les tests ont montré une spécificité raciale des réponses qui mènent au succès : dans une

fonds comportemental canin. Les éthologues les regroupent en divers domaines : soins et entretien,

situation donnée, un chiot semble utiliser de façon privilégiée ses qualités raciales pour parvenir au

recherche de confort, ingestion, élimination, investigation, grégarisme, situations conflictuelles

résultat. Dans le domaine de la résolution de problèmes, la plupart des tests ont montré clairement

(agonistiques), activité sexuelle. Pour donner un exemple, le comportement d’investigation qui est mis

des différences entre races, mais les auteurs n’ont pas manqué de souligner qu’il fallait interpréter ces

en œuvre lorsqu’il s’agit de rechercher ou d’identifier un individu comprend les comportements

résultats avec prudence, notamment en termes d’ "intelligence" des races

élémentaires suivants : marcher ou courir nez au sol, marcher ou courir nez en l’air, dresser la tête ou

notamment que les quatre races de chasse avaient de meilleurs résultats que la race de berger

3

4

; ils ont constaté

pourtant sélectionnée à l'origine pour

réaliser des tâches complexes sur troupeau : l'explication

Hart et Hart (1985) ont eu une autre approche, complémentaire et très intéressante puisque leur objet

pourrait tenir à une plus grande motivation des quatre premières pour les épreuves à récompense par

fut de déterminer les traits de caractères pouvant différencier les races entre elles. Ils ont enquêté

une friandise, cependant que la dernière "donne l'impression d'attendre de quelqu'un qu'il lui dise ce

auprès de 48 juges de concours d'obéissance et de 48 vétérinaires pour situer 56 races les unes par

qu'il faut faire" (sic).

rapport aux autres selon 13 traits de caractère considérés comme importants par les propriétaires de

Coren (1994) a conduit lui aussi des tests sur plusieurs races pour évaluer ce qu'il appelle

chiens ; chaque spécialiste devait se limiter à 7 races qu'il connaissait particulièrement bien. Une

l'intelligence adaptative. Les races qui arrivent en tête de ses classements sont les suivantes (NB :

analyse statistique a ensuite permis de vérifier si les races se distinguaient effectivement selon les 13

elles sont ici dans l’ordre alphabétique) :

traits de caractère et, surtout, quels étaient ceux qui les distinguaient le mieux. Les résultats sont les

-

-

-

Apprentissage et mémoire (réponse à des ordres simples, réaction à des stimuli, mémoire à

suivants, les caractères étant classés du plus discriminant entre races au moins discriminant :

court et long terme) : Beagle, Berger belge, Border collie, Bouvier bernois, Bouvier des

Excitabilité, Niveau d’activité générale, Tendance à la morsure sur enfant, Aboiements excessifs,

Flandres, Golden retriever, Labrador retriever, Welsh corgi.

Gaieté, Dressage à l’obéissance, Aboiements à la vue d’un chien, Agression envers les chiens,

Résolution de problèmes : Australian terrier, Basenji, Cairn terrier, Chihuahua, Fox terrier,

Dominance vis-à-vis des maîtres, Défense du territoire, Demande d’affection, Tendance à détruire,

Husky, Kerry blue terrier, Malamute, Samoyède, Schipperke, Schnauzer, West highland white

Dressage à la vie à la maison. Globalement, les auteurs constatent que la plupart des 13 traits de

terrier.

caractère peuvent se rassembler en trois grandes entités fortement discriminantes : "reactivity"

Intelligence globale (combinaison des classements précédents) : Berger allemand, Caniche,

(réactivité, réaction réflexe, réaction instinctive), "aggression" (tendance à l'agression, tempérament

Dobermann, Elkhound, Puli, Shetland.

vindicatif, tendance à la dominance), "trainability" (aptitude au dressage, sociabilité). L’intérêt principal

Il n’est bien sûr pas question de prendre ces classements comme des jugements de valeur et surtout

de cette étude est de montrer qu’il est possible de dresser un « profil » comportemental propre à une

pas au pied de la lettre : des tests conçus différemment, d’autres échantillons de chiens donneraient

race ou à un groupe de races, suggérant ainsi fortement que le bagage génétique d’une race peut

vraisemblablement d’autres résultats. Mais on retiendra de ce travail, au demeurant méritant, que des

déterminer un comportement original aussi bien qu’il détermine une morphologie originale.

différences objectives existent entre races pour les facultés d’apprentissage et de résolution de
problèmes. Il serait d’ailleurs plus approprié sans doute de parler de différences entre groupes

Parmi les comportements, il est difficile de ne pas faire une place à part à la tendance à l'agression

ethniques : les races de chiens de berger (ou de bouvier) sont très présentes en "Intelligence globale"

car les pathologistes vétérinaires l’ont beaucoup étudiée dans sa variabilité interraciale. Ce caractère

(3 races sur 6) et en "Apprentissage et mémoire" (5 races sur 8) ; les terriers et les races primitives

est en fait difficile à cerner car les motifs d'agression sont multiples et ont un sens très différent. Par

prédominent par contre en "Résolution de problèmes". Ces résultats sont cohérents avec ceux de

exemple, Borchelt (1983) a distingué les motifs suivants sur 245 cas d'agression étudiés : peur (22

Scott et Fuller (1965).

%), dominance (20 %), protection (17 %), propriété (17 %), intraspécifique (12 %), punition (7 %),
douleur (2 %), prédation (1 %). La plupart des auteurs s'entendent sur ces motifs auxquels sont

Comme nous l’avons déjà dit, la plupart des travaux sur les différences entre races privilégient les

fréquemment ajoutées les origines maternelle et territoriale d'agression.

collectes d'informations sur de grands échantillons par rapport aux tests ne touchant qu'un petit

Des différences raciales sont rapportées par Borchelt (1983) : par exemple, plutôt tendance à

nombre d'animaux. Ces enquêtes sont en effet moins coûteuses et leur analyse statistique est

l'agression de dominance chez le Dobermann, le Caniche nain, le Lhassa Apso, le Springer spaniel,

aujourd’hui bien au point.

plutôt tendance à l'agression de protection chez des races de travail comme le Berger allemand, plutôt

Parallèlement aux tests, Coren (1994) a aussi utilisé l’enquête pour faire sa mise au point sur

tendance à l'agression de peur chez le Berger allemand et le Cocker spaniel.

l’ "intelligence" canine en précisant bien qu’elle n'avait pas la rigueur scientifique des tests. Elle mérite

Hart et Hart (1985) ont remarqué dans l’étude que nous avons présentée précédemment que les

néanmoins d’être prise en considération car elle a exploité les résultats en concours d’obéissance de

races sélectionnées pour la garde (Rottweiler, Dobermann, Berger allemand, Akita, par exemple) se

125 000 chiens appartenant à 134 races. Coren a simplement comparé les races pour leur aptitude à

situaient dans le premier décile pour la défense du territoire. Il leur est apparu aussi que certaines

réussir en concours d'obéissance, ce qui peut s'interpréter comme l'aptitude à apprendre des

races avaient une plus forte probabilité de donner des animaux dominants vis-à-vis du propriétaire

exercices et à les reproduire à la demande. Ne retenons des résultats que la position moyenne des

(Fox terrier, Husky, Afghan, Schnauzer nain, Chow Chow, Scottish terrier, par exemple) ou

groupes ethniques : les chiens de berger se situent dans la première moitié du classement, avec les

agressaient plus fréquemment les autres chiens (Scottish terrier, Schnauzer nain, West Highland

chiens de garde (non molosses) et les chiens de chasse, cependant que les terriers sont

white terrier, Chow Chow, Fox terrier, par exemple).

essentiellement en milieu de tableau et que les molosses, les chiens de compagnie, les chiens

La compilation faite par Landsberg (1991) sur les cas référés présentés en consultation spécialisée

nordiques, les spitz et les lévriers se situent dans la seconde moitié du classement.

pour agression donne une bonne information sur la composition raciale des consultants. Elle est
notamment intéressante parce qu'elle est comparée à celle observée en consultation pour trouble du

5

6

comportement, quel qu'il soit, et à l’importance numérique des races concernées dans les registres
généalogiques de l'American Kennel Club et du Canadian Kennel Club (tableau 1). Il apparaît qu’il y a
une assez bonne corrélation, au moins dans le début du tableau, entre nombres de consultations pour
troubles divers du comportement, nombres de consultations pour agression et nombres d’individus
dans les registres. Cela ne plaide pas en faveur d’une forte prédisposition à l’agression prêtée à
certaines races. Cependant, quelques races semblent vues plus souvent en consultation pour troubles
divers et agression que ce que leur importance numérique pourrait laisser supposer : Springer
spaniel, certainement, et peut-être Lhassa apso, Dobermann, Soft coated wheaten terrier, Bobtail.
Cette situation est difficile à interpréter car les races citées ne sont pas connues pour être
particulièrement "agressives" en Europe. Peut-être découle-t-elle de l'existence de certaines lignées
au tempérament "instable" en Amérique du Nord telle que l’Europe l’a connue dans le passé pour le
Cocker spaniel, mais aussi le Montagne des Pyrénées ou le Bouvier bernois.

Tableau 1 - Classement des races présentées le plus fréquemment en consultation de
pathologie comportementale comparé à leurs classements dans les consultations pour
"agression" dans trois cliniques américaines et à leurs classements par importance numérique
dans les registres généalogiques de l'American Kennel Club (AKC) et du Canadian Kennel
Club(CKC) (Landsberg, 1991, d’après Houpt et Willis, 2001)
---------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------Consultations pour
Consultations pour agression
Registres généalogiques
trouble du
Toronto
Kansas
Ithaca,
AKC
CKC
comportement
City
New York
---------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------er
ème
ème
2
*
1
***
***
1 : Springer spaniel
ème
ème
ème
ème
ème
er
: Berger allemand
8
5
3
5
1
2
ème
er
er
ème
er
ème
3
: Cocker spaniel
1
1
2
1
6
ème
ème
ème
ème
ème
ème
: Golden retriever
3
4
4
4
5
4
ème
ème
ème
ème
: Labrador
*
*
8
2
2
5
ème
ème
ème
ème
ème
: Lhassa apso
4
*
5
15
9
6
ème
ème
7
: Dobermann
*
*
6
***
***
ème
ème
ème
ème
ème
: Caniche
*
2
9
3
3
8
ème
ème
ème
: Teckel
*
7
**
8
***
9
ème
ème
ème
ème
: Schnauzer
6
*
**
9
8
10
ème
ème
ème
11
: Shetland
*
*
**
11
4
ème
ème
: Soft wheaten terrier 5
*
**
***
***
12
ème
: Bobtail
*
*
**
***
***
13
ème
ème
ème
: Yorkshire terrier
*
*
**
12
10
14
ème
ème
15
: Beagle
*
*
**
10
***
* : au-delà de la 8 ème place ; ** : au-delà de la 9 ème place ; *** : au-delà de la 15 ème place.

L'ensemble des observations que nous venons de rapporter ne peut que conforter ceux qui pensent
qu'une race ou un groupe racial a un "caractère" (ici, au sens commun du terme : tempérament)
particulier. C'est le sentiment de la quasi-totalité des cynophiles : les chiens appartenant à telle ou
telle race ont tendance à réagir d'une façon qui leur est propre dans une situation donnée. Ce point
est extrêmement important dans le choix d'une race par un particulier ignorant à peu près tout de
l'espèce canine ; en effet, savoir comment un chien se comporte permet d'imaginer s'il s'adaptera ou
non à son futur milieu de vie. Dans ce contexte, la responsabilité du vendeur de chiens en matière
d'information du futur propriétaire est grande. Dans un autre domaine, les comportementalistes,
vétérinaires ou non, doivent intégrer ces particularités raciales pour établir leur diagnostic, proposer
un traitement et faire un pronostic sur l'évolution du problème. En caricaturant un peu, ignorer ces
particularités reviendrait à considérer que toutes les races canines ont le même poids moyen.

II - VARIATION INTRARACIALE DES CARACTERES COMPORTEMENTAUX

Les caractères comportementaux que nous allons aborder ici correspondent, dans leur grande
majorité, à ce qui est généralement appelé "qualités de travail" et constituent les aptitudes utilitaires
originales de certaines races. Ces caractères sont toujours étudiés par les scientifiques dans un
contexte de travail, soit à partir des résultats de tests effectués sur les chiens pour choisir les plus
aptes à un emploi, soit à partir des résultats d’épreuves de concours de travail. Il faut préciser que les
comparaisons entre études sont parfois délicates car, dans le domaine du comportement, les
7

8

dénominations des caractères étudiés varient volontiers d'un auteur à l'autre, selon son "ressenti".

des tris effectués pour recruter des chiens d’utilité dans les domaines de la défense et de l’assistance

Aussi, la connaissance des épreuves et des tests les plus fréquemment utilisés est-elle nécessaire

aux handicapés. On peut ainsi faire le point sur l’hérédité de la sociabilité, de la stabilité caractérielle

pour comprendre ce que l'auteur a réellement étudié. Pour la mise au point que nous allons faire, il

et de la force de caractère (souvent appelée tempérament ou courage).

nous est apparu logique et simple de travailler par grande aptitude utilitaire.
En dehors des caractères liés aux aptitudes utilitaires, les études sont rares. Nous allons cependant

Au travers de caractères comportementaux assez variés évalués lors de tests, la sociabilité apparaît

essayer de faire une synthèse sur ce qu’il est convenu d’appeler le "caractère" ou peut-être plus

moyennement héritable si l'on suit les valeurs d'héritabilité publiées :

justement le "profil psychologique". Et c’est même par cette synthèse que nous allons commencer car

-

c’est certainement sur ce point que l’on s’interroge quand on pense hérédité du comportement. La
matière de cette synthèse est issue essentiellement, au demeurant, d’études portant sur les qualités

0,17 à partir des résultats de demi-frères et 0,09 à partir des résultats de demi-sœurs pour la
"sociabilité" (Reuterwall et Ryman, 1973 ; 926 bergers allemands) ;

-

de travail.

0,46 pour la "crainte" et 0,10 pour la "méfiance" (Goddard et Beilharz, 1982 et 1983 ; 394
labradors) ;

NB : Le plus souvent, la variation intraraciale est évaluée par l’héritabilité, choix logique puisque

0,32 en Berger allemand et 0,15 en Labrador pour la "recherche du contact" (Wilsson et
Sundgren, 1997 ; 1310 bergers allemands, 797 labradors).

l’héritabilité chiffre la part de la variation qui est d’origine génétique (cf. chapitre 3). Selon les groupes
d’animaux étudiés et a fortiori les races, selon les méthodes de calculs aussi, les valeurs d’héritabilité

Des résultats un peu plus nombreux existent qui permettent de dire aussi que l’héritabilité de la

peuvent différer sensiblement pour un même caractère : il convient donc de ne retenir que l’ordre de

stabilité caractérielle est globalement moyenne :

grandeur moyen après avoir éliminé les valeurs vraiment trop élevées ou vraiment trop basses

-

0,09 pour l’ "excitabilité", 0,58 pour la "nervosité", 0,14 pour la "peur des bruits" et 0,33 pour la

deux).

-

0,25 en Berger allemand et 0,29 en Labrador pour la "stabilité mentale" (Wilsson et Sungren,

Le "caractère"

-

0,18 pour la "stabilité nerveuse", pour la "réaction à des situations nouvelles" et pour l’ "intensité

(rappel : une héritabilité est faible en dessous de 0,2, forte au-dessus de 0,4, moyenne entre les

"sensibilité corporelle" (Goddard et Beilharz, 1982 et 1983) ;

1997) ;

Même si l’intérêt de ses tests pratiqués sur des chiots de 7 semaines est aujourd’hui discuté,

de la réaction aux stimulus" (Ruefenacht et coll., 2002 ; 3497 bergers allemands).

Campbell (1975) a eu le mérite de montrer qu’il était possible de dégager quelques grands profils

A ces études, mérite d’être ajoutée celle de Dykman et coll. (1969) car il s’agit d’une rare expérience

caractériels chez le chien. Queinnec (1983) les dénomme et les définit ainsi : bagarreur (actif,

de sélection portant sur un comportement. Deux lignées de pointers ont été sélectionnées, l’une sur la

agressif), indépendant (actif, équilibré), obéissant (actif, soumis), tendre (passif, soumis), peureux

méfiance à l'égard de l'homme (lignée dite "nerveuse"), l'autre étant maintenue avec un comportement

(passif, craintif). L’intérêt de tests à 7 semaines réside dans le fait qu’ils portent sur des chiots qui ont

normal. L'étude s'est étendue sur 10 ans. Outre une grande méfiance à l'approche d'une personne,

encore peu subi d’influences environnementales. La seule influence marquante est celle de la mère

les chiens de la lignée nerveuse se figeaient lors d'un fort stimulus auditif, étaient plus rapides pour

dont le caractère (autoritaire, calme, craintive, etc.) semble influencer le développement

apprendre par un conditionnement pavlovien (association de deux stimuli) mais plus lents pour

psychologique du chien ; malheureusement, les études manquent pour dire dans quel sens et dans

apprendre par un conditionnement opérant (association d'un acte et d'une récompense). La

quelle mesure joue cette influence. Les études manquent d’ailleurs aussi pour savoir comment se

divergence obtenue par sélection entre les deux lignées permettait alors de postuler que le caractère

transmettent les profils caractériels de Campbell. Au demeurant, cette question n’a qu’un intérêt

"méfiance à l’égard de l’homme" était fortement déterminé par des effets génétiques additifs.

fondamental. En effet, sitôt quitté sa mère, le chiot est confronté à des influences environnementales
si nombreuses et si complexes que la corrélation entre le caractère du chiot de 7 semaines et celui du

Enfin, la force de caractère, recherchée en particulier chez les chiens de défense, semble avoir une

jeune adulte est certainement faible. C’est une opinion exprimée par nombre d’éleveurs et

héritabilité plutôt faible quand on fait la synthèse des données :

d'utilisateurs que nous rejoignons volontiers sur ce point. Exprimé en termes génétiques, l’héritabilité

-

vraisemblablement faible.

Une façon d’avoir malgré tout quelque idée sur l’hérédité du caractère est de ne pas l’envisager
globalement au travers d’un "profil" mais de l’étudier dans ses composantes. A partir de tests, on peut

0,05 à partir des résultats de demi-frères et 0,13 à partir des résultats de demi-sœurs pour le
"courage" (Reuterwall et Ryman, 1973) ;

du caractère du chiot est peut-être moyenne, tout au plus, mais celle du caractère de l’adulte est
-

0,51 pour le "tempérament" (Mackensie et coll., 1985 ; 575 bergers allemands) ;

-

0,17 en Berger allemand et 0,22 en Labrador pour l’ "ardeur" (Wilsson et Sungren, 1997) ;

-

0,14 pour l’ "endurance aux expériences déplaisantes", 0,10 pour la "détermination dans la
défense" (Ruefenacht et coll., 2002).

en effet n’étudier qu’un élément du caractère à la fois. Cela a été réalisé assez souvent à l’occasion
9

10

En fin de compte, sur la base de ces études somme toute assez nombreuses, le "caractère" serait

Le chien de défense doit avoir un caractère stable, de la détermination dans l'action, il doit apprendre

plus héritable que ce qui est généralement dit. L’héritabilité des composantes présentées ci-dessus

facilement et demeurer sous le contrôle du maître en permanence. Les caractères comportementaux

est en effet souvent moyenne et les quelques valeurs basses sont équilibrées par quelques valeurs

étudiés concernent la sociabilité, la stabilité caractérielle, la force de caractère (souvent appelée

relativement élevées. Ainsi, malgré la pression forte et permanente de l’environnement, le caractère

tempérament ou courage), l’obéissance et l'aptitude à combattre. Les trois premiers caractères ayant

d’un individu est aussi, de façon non négligeable, l’expression de ses gènes.

été vus précédemment, nous mettrons l’accent sur les deux derniers.

Les troubles du comportement sont aujourd’hui de mieux en mieux connus sur le plan clinique et leur

Nous avons retenu deux études, déjà citées, pour rendre compte de l’hérédité de l’aptitude à

traitement a fait de grands progrès, mais leur déterminisme génétique est loin d’être élucidé.

combattre évaluée à partir de tests.

D’ailleurs, il y a tout lieu de croire que la majorité des troubles est totalement imputable à

Reuterwall et Ryman (1973) ont étudié 926 bergers allemands de l'armée suédoise (issus de 29 pères

l’environnement, humain en premier lieu. Cependant, nous avons vu que des prédispositions

et 103 mères), élevés dans le même centre et soumis à des tests de comportement à 18 mois par un

génétiques raciales semblent exister pour certains troubles ; ces prédispositions existent peut-être

même opérateur, entre 1966 et 1969. Les valeurs d'héritabilité qui en sont issues sont assez faibles :

aussi au niveau individuel, dans le cadre d'une variation intraraciale.

0,04 à partir des résultats de demi-frères et 0,16 à partir des résultats de demi-sœurs pour l’ "aptitude

L’agressivité est sans doute le trouble du comportement qui a suscité le plus grand intérêt. Nous

des résultats de demi-sœurs pour l’ "aptitude au combat".

à l’autodéfense et à la défense du maître", 0,16 à partir des résultats de demi-frères et 0,21 à partir

avons vu qu’il existait des prédispositions raciales. Au niveau individuel, c’est un fait d’observation que

Ruefenacht et coll. (2002) ont réalisé une étude portant sur les tests de comportement effectués par le

certains chiens sont plus "réactifs" que d’autres et nous sommes là dans un cas classique de variation

Club suisse du Berger allemand entre 1978 et 2000 sur 3497 chiens. Dans ce protocole, le chien est

continue d’origine polygénique comme en connaissent tous les caractères quantitatifs. Dans une telle

soumis à huit tests et le juge attribue une note de 1 à 6 à partir de ce qu'il observe du comportement

situation, les individus dont le phénotype est extrême sont en très petit nombre et il importe, bien sûr,

du chien. Les résultats sont corrigés pour les effets des facteurs suivants : sexe, âge, juge, année,

que les choses ne changent pas. Pour cela, il est nécessaire que les éleveurs éliminent dès le jeune

élevage d'origine. L’héritabilité de l’ "agressivité lors d'attaque" est de 0,09 et celle de la

âge les sujets très agressifs et les sujets très craintifs, profils caractériels indésirables et incompatibles

"détermination dans la défense" est de 0,10 soit des valeurs là encore faibles.

avec quelque fonction que ce soit, tant utilitaire que de compagnie. Cette politique d’élimination est

Finalement, les dispositions génétiques pour l'aptitude à combattre seraient assez peu différentes d'un

d’ailleurs plus ou moins pratiquée mais les perspectives de vente lorsque des races sont à la mode

chien à l'autre … ce qui ne veut pas dire qu'elles sont identiques et qu'un chien en vaut un autre

auront tendance à la contrarier. C’est ainsi qu’il n’est pas rare que des problèmes d’agression se

comme géniteur. L'expression de cette aptitude qui n'a rien à voir, rappelons-le, avec l'agressivité,

manifestent dans les races à la mode alors qu’elles ne faisaient pas parler d’elles auparavant, parce

dépendrait donc avant tout de l'environnement du chien, maternel, peut-être, humain, sans doute,

que des éleveurs ont gardé, pour la vente, des chiots qu’ils auraient dû éliminer et, pour la

mais aussi d'interactions entre gènes qui sont, par essence, aléatoires et non transmissibles (cf.

reproduction, des femelles instables.

chapitre 3).

L’agressivité d’origine monogénique est sans doute plus rare. On met dans ce cas en évidence une
prédisposition familiale ou de lignée. Ce fut la situation bien connue et très étudiée du Cocker spaniel

Les études génétiques faites à partir des résultats de concours ont l’avantage de réclamer moins de

chez lequel des adultes sans problème dans leur jeune âge mordaient en semblant incapables de se

moyens que les études sur tests et de considérer les chiens dans des situations plus proches de la

contrôler, donnant l’impression ensuite de le "regretter". Presque toujours, l’un des deux parents au

réalité de l’utilisation, mais elles ont l’inconvénient d’être soumises à de plus fortes influences du

moins était atteint du même syndrome ce qui a fait penser à la responsabilité d’un gène dominant ou

milieu. Nous présentons les deux seules études, à notre connaissance, réalisées ainsi.

partiellement dominant. La sélection a d’ailleurs été efficace dans les élevages qui l’ont entreprise.

Pfleiderer-Hogner (1979) a utilisé les résultats obtenus par des bergers allemands en Schutzhund. Le

Des formes d’agressivité voisines de celle du Cocker sur le plan génétique ont été décrites chez le

Schutzhund est un ensemble d'épreuves testant les chiens en pistage, obéissance, défense ("man

chien de Montagne des Pyrénées et le Bouvier bernois.

work" = "protection") et attaque ("character" = "courage") ; il existe 3 niveaux de difficulté croissante.
L'auteur a analysé 2046 présentations de 1291 chiens (issus de 37 pères), tous nés en 1973. Chose

L’aptitude à la défense

assez surprenante, les héritabilités trouvées ne différent pas significativement de 0. Houpt et Willis

Les travaux qui ont été conduits sur l’aptitude à la défense ont, soit exploité les résultats de tests

(2001), considérant qu'il est peu vraisemblable que les effets génétiques additifs ne participent pas du

pratiqués dans des communautés de chiens de l'armée qui ont l'avantage de présenter des effectifs

tout à la variabilité des performances en Schutzhund, pensent que c'est le déroulement des épreuves

élevés et un encadrement humain disponible, soit exploité les résultats de concours officiels de chiens

qui est en cause : celui-ci ne permettrait pas de mettre en évidence les différences de potentiel

de défense dans des pays de tradition cynophile.

génétique entre les chiens ; en conséquence, ils pensent que ces résultats auraient dû inspirer une
11

12

réforme du Schutzhund, ce qui n'a toujours pas eu lieu. C’est aussi l’un des intérêts des études

Goddard et Beilharz (1982, 1983) ont obtenu des résultats très encourageants, en Australie, sur 394

génétiques réalisées dans le cadre des concours que de permettre un jugement sur leur utilité pour la

labradors puisqu’ils obtiennent une héritabilité de la réussite globale aux tests de 0,44. Au contraire de

sélection : si l’héritabilité des résultats d’épreuves est nulle alors qu’on peut raisonnablement penser

ce que nous avons dit en conclusion sur les aptitudes du chien de défense, cette valeur nous paraît

qu’elle ne l’est pas, cela signifie que le concours ne permet pas de distinguer les chiens de valeurs

un peu surestimée. Les caractères plus spécifiquement liés au comportement dans le travail

génétiques différentes.

présentent des valeurs d'héritabilité assez bonnes : 0,28 pour "concentration", 0,22 pour

Courreau et Langlois (2005) ont réalisé leur étude sur le Berger belge à partir des résultats obtenus

"disponibilité", 0,08 pour "distraction par un chien".

lors des concours de chiens de défense en ring français par 2427 chiens totalisant 15772

Dans le cadre de la fondation américaine, "The Seeing Eye", un programme de sélection est mené

participations entre 1986 et 1996. Ces concours comportent 6 à 19 épreuves selon le niveau de

depuis 1980 afin de réduire le pourcentage de chiens inaptes au travail de guide d'aveugle. La

difficulté (5 niveaux) ; les notes obtenues à ces épreuves ont été additionnées pour disposer de notes

sélection porte sur l'aptitude caractérielle (combinaisons de tests de stabilité caractérielle,

évaluant diverses aptitudes : au saut, à la suite au pied, au rapport d’objet, à l’attaque, à la garde, à

d'obéissance et d'aptitude au dressage), bien sûr, mais aussi sur la qualité des hanches (dysplasie) et

l’obéissance (suite + rapport + positions), au mordant (attaque + garde), à la réussite globale. Les

le poids (limite supérieure à ne pas dépasser). L’héritabilité obtenue pour l’ "aptitude caractérielle" est

notes sont corrigées pour l’effet de la variété, du sexe, de l’âge, de chaque concours. L’héritabilité de

d’un ordre de grandeur moyen : 0 ,15 en Berger allemand, 0,31 en Labrador. Il nous paraît intéressant

toutes les aptitudes est faible, mais avec des nuances : nettement faible pour "suite" et "réussite

de signaler que la sélection des géniteurs est réalisée, à la fondation, à l'aide d'indices génétiques

globale" à 0,07, modérément faible pour les autres qui se situent entre 0,13 et 0,17. Les corrélations

obtenus à partir des performances de l’individu, de ses collatéraux et de ses descendants. Ce choix a

génétiques ont été calculées entre les aptitudes pour vérifier si certaines d’entre elles étaient

donné des résultats satisfaisants : s'il a simplement permis de maintenir stable, mais à un faible

gouvernées, au moins partiellement, par les mêmes gènes. Paradoxalement, les aptitudes qui

niveau, le pourcentage de chiens rejetés pour inaptitude comportementale (12 % en Berger allemand,

concourent à l’obéissance (suite, rapport, positions) sont moyennement corrélées entre elles ce qui

4 % en Labrador), il a permis de faire passer, en 4 générations, le pourcentage de chiens indemnes

laisse supposer que ces aptitudes sont partiellement indépendantes sur le plan génétique. Par contre,

de dysplasie de la hanche de 74 % à 89 % en Berger allemand et de 85 % à 100 % en Labrador

les aptitudes à l’attaque et à la garde sont très fortement corrélées. Enfin, la corrélation entre les

(l’héritabilité pour la qualité des hanches est d’environ 0,30).

aptitudes à l’obéissance et au mordant est assez forte ; ce fait nous apparaît intéressant, non pour
conclure que des gènes commandent à la fois l’obéissance et le mordant, ce qui serait erroné, mais

Si ces résultats génétiques sur les chiens d'aide aux handicapés sont peu nombreux, ils sont

pour faire remarquer que le mordant dans les concours de chiens de défense n’est pas un mordant

cohérents avec ceux issus des études sur les éléments du "caractère" (cf. supra) : la fiabilité du chien

« pur » mais un mordant qui s’exprime sous le contrôle du maître, c’est-à-dire dans l’obéissance.

au travail par sa stabilité et sa bonne volonté sont d'héritabilité moyenne. En génétique, moyenne
signifiant, ne l'oublions pas, satisfaisante, cela devrait encourager la mise en place et le

La synthèse des travaux réalisés sur les chiens de défense nous conduit à conclure que l’héritabilité

développement de programmes d'élevage et de sélection pour améliorer le niveau moyen des chiens

de leurs aptitudes est faible, mais pas très faible. Nous pensons même qu’elle pourrait être moyenne

d'aide et réduire le pourcentage d'inaptes.

(limite inférieure cependant). En effet, les notes qui permettent de la calculer découlent de tests ou
d’épreuves qui ne sont peut-être pas assez sélectifs et de barèmes de notation qui ne différencient

L’aptitude à la chasse

pas assez les chiens sur la stricte qualité de leur prestation.

Il faudrait bien sûr parler des "chasses". Les disciplines de chasse sont très variées et la plupart n'ont

L’aide aux handicapés

des résultats d'une discipline à l'autre. Le contexte des études est soit celui des épreuves des

Les travaux de recherches sur le sujet ont été essentiellement réalisés grâce à l'aide de grandes

concours de travail (field-trial) qui sont évidemment réalisés en milieu naturel, soit celui de séries de

associations qui procurent des chiens aux aveugles. En effet, constatant que le taux de chiens

tests standardisés. L'étude des field-trials pose comme problèmes essentiels la non-maîtrise de la

déclarés inaptes après la période de dressage était élevé quand les chiens étaient d'origine inconnue

plupart des facteurs de milieu, la non-identification de nombre de ces facteurs ainsi que d'éventuelles

(dons) ou non maîtrisée (achats dans des élevages divers), celles-ci ont souhaité mettre en place

interactions génotype - milieu. L'étude de tests en conditions artificielles interroge, quant à elle, sur la

leurs propres élevages afin d'améliorer la qualité de leurs produits par la sélection.

possibilité d'exploiter les résultats pour la sélection en vue de l’utilisation en milieu naturel. Notons

Les caractères comportementaux étudiés se rapportent à l'aptitude au dressage, à la stabilité du

pour leur rendre hommage que la grande majorité des travaux a été réalisée par des chercheurs

caractère, à la sociabilité, à la concentration au travail. Comme pour l’aptitude à la défense, nous nous

scandinaves.

focaliserons sur les caractères qui n’ont pas été traités dans l’étude sur le "caractère".

A côté des qualités de chasse spécifiques, telles que flair, vitesse, endurance ou voix, le chien de

jamais fait l'objet d'étude génétique ce qui doit conduire à une certaine prudence dans l'extrapolation

chasse doit allier des qualités apparemment contradictoires : forte concentration, capacité d'initiative
13

14

dans le travail, attention et soumission au maître. Tous ces caractères sont considérés dans les

plupart des caractères ce qui autoriserait à focaliser l’effort de sélection sur un petit nombre de

études où, selon le type de chasse pratiqué, sont notés la technique de recherche (style, vitesse), la

caractères seulement, les autres progressant dans la foulée.

méthode et l'efficacité de la recherche (flair, repérage du gibier), le comportement en présence du
gibier (marquage, suivi, aboiement), la coopération avec le chasseur.

Des études originales consacrées au Spitz finlandais méritent d’être citées car elles concernent une
chasse au gibier à plume en forêt, soit une pratique très sensiblement différente de la chasse au chien

Parmi les disciplines de chasse, la génétique du chien d’arrêt est la mieux documentée et nous allons

d’arrêt : le milieu est ici plus ou moins fermé, le chien doit aboyer pour signaler le gibier et doit le

nous efforcer de faire une synthèse en nous aidant du tableau 2 qui regroupe une partie des résultats

suivre. De plus, ces études sont conduites dans le cadre d’un programme de sélection du Spitz

des trois principales études.

utilisant les indices génétiques, situation encore rare chez le chien. Karjalainen et coll. (1994, 1996)
ont poursuivi le travail commencé par Vangen et Klemetsdal en exploitant les résultats des concours

Tableau 2 - Héritabilité (h²) de quelques qualités de travail chez diverses races de chien d'arrêt
----------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------Auteurs :
Vangen et
Schmutz et
Brenoe et
Klemetsdal
Schmutz
coll.
(1988)
(1998)
(2002)
----------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------Caractères



----------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------Flair
0,19 à 0,35
Recherche
0,12 à 0,48
Arrêt
0,10 à 0,31
Ardeur au travail
0,22
0,05 à 0,31
0,17 à 0,28
Style en course
0,18
0,16 à 0,27
Qualité du travail sur le terrain
0,18
0,18 à 0,25
Coopération avec le conducteur
0,09
0,08 à 0,34
0,09 à 0,21
Pointage total
0,17
0,08 à 0,34
-----------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------

de chasse entre 1978 et 1992 (1683 chiens totalisant 12432 présentations). Les notes portent sur la
qualité de la recherche, la découverte du gibier, son marquage, la qualité des aboiements, la tenue au
ferme, le suivi du gibier ; elles sont corrigées des effets du sexe, de l’âge, du mois, de la combinaison
région – année et des conditions météorologiques. Toutes les héritabilités sont faibles voire
insignifiantes : de 0,01 (découverte du gibier) à 0,14 (qualité de la recherche). Ces résultats sont
cependant intéressants sur un plan fondamental car ils montrent à quel point la perturbation de la
performance du chien par une action de l’environnement, à la fois forte et variée d’un concours à
l’autre, peut affecter la valeur de l'héritabilité. Malgré la faiblesse des héritabilités calculées dans ces
conditions, le suivi des spitz a montré que leur valeur génétique moyenne progressait grâce à la
sélection sur indice, ce qui démontre le potentiel de cette méthode.

Il existe peu de données sur les retrievers. Le Club suédois du Flatcoated retriever a mis en place des
tests pour évaluer différents caractères de chasse chez les chiens âgés de 12 à 24 mois : réaction au

Vangen et Klemetsdal (1988) ont étudié le Setter anglais en épreuve sur gibier de plaine en Norvège

tir, mémoire de l'impact au sol, recherche et rapport, rapport à l'eau, coopération avec le conducteur,

en exploitant 5285 présentations en concours (968 chiens issus de 224 pères).

comportement en groupe. Lindberg et coll. (2004) ont étudié les résultats qui portent sur 800 à 1150

Schmutz et Schmutz (1998) ont travaillé à partir des résultats aux tests conçus par la North American

chiens selon les caractères. Les notes sont corrigées pour les effets du sexe, de l’âge, de

Versatile Hunting Dog Association de 5 races de chiens d'arrêt allemands : Braque allemand,

l’expérience, de l’objet utilisé à la place de l'oiseau et du testeur. Les héritabilités vont de 0,12

Drahthaar, Griffon, Grand épagneul de Münster, Pudel pointer. Pour chaque race, une centaine de

(coopération avec le conducteur) à 0,74 (comportement en groupe), valeurs qui indiquent à la fois des

couples parent moyen – enfant a été étudiée.

effets additifs déterminants dans l’expression des caractères mais aussi un protocole de tests bien

Brenøe et coll. (2002) ont exploité les notes aux tests de qualités de chasse pour chiens d'arrêt que le

conduit. En regroupant les caractères pour lesquels les résultats aux tests étaient fortement corrélés,

Norwegian Kennel Club organise à côté des traditionnels field-trials afin d'aider au choix des

trois aptitudes synthétiques ont été conçues : éveil, volonté au travail, indépendance, dont les valeurs

reproducteurs. L'étude a porté sur 397 braques allemands (2605 tests), 338 drahthaars (1906 tests) et

d'héritabilité sont respectivement de 0,49, 0,28, 0,16. Les corrélations génétiques entre les trois

264 épagneuls bretons (2129 tests). Les notes sont corrigées des effets du sexe, de l’âge, de l’année,

caractères sont presque nulles ce qui signifie qu’ils sont génétiquement indépendants : la sélection

du type de terrain, de la classe d'expérience.

doit donc obligatoirement être conduite en parallèle sur les trois.

Globalement, l’héritabilité des caractères figurant dans le tableau 2 se situe autour de 0,20. Pour un
même caractère, on constate que l’héritabilité va souvent du simple au double voire au triple : il ne

La chasse à courre n’a jamais fait l’objet d’études génétiques proprement dites. C’est pourquoi il nous

faut pas s’en étonner compte tenu de la diversité des races, des performances collectées et des

semble intéressant de signaler au moins l’enquête réalisée par Coudert (1993) sur le choix des

méthodes de calcul. C’est l’occasion de rappeler que les valeurs moyennes sont généralement celles

reproducteurs dans les équipages de grande vénerie. Sur 132 équipages questionnés, 56 ont répondu

qu'il faut retenir. A 0,20, le niveau d'héritabilité est encourageant pour l'amélioration génétique des

pour signaler que les qualités recherchées sont, dans l’ordre de priorité :

caractères par sélection. De plus, les auteurs ont trouvé des corrélations génétiques fortes entre la

15

-

pour le cerf : flair, goût de la chasse, vitesse, résistance ;

-

pour le sanglier : résistance, goût de la chasse, vitesse, nez ;
16

-

pour le chevreuil : vitesse, change, goût de la chasse, nez.

L’aptitude à la conduite du troupeau

En toute logique, ces qualités devraient correspondre aux critères de choix des reproducteurs.

Le chien de conduite a suscité beaucoup d'intérêt sur le plan génétique chez ses utilisateurs compte

Cependant, comme pour le Spitz finlandais, l'évaluation des performances lors des actions de chasse,

tenu du niveau qu’il a atteint dans les domaines de l'obéissance, de l'aptitude à apprendre et de la

même par des juges expérimentés, rend sans doute mal compte de la valeur génétique des sujets.

coopération avec le maître. Le Border collie a tout particulièrement attiré l'attention pour ses

Autrement dit, nous pensons que si l’héritabilité de ces qualités était calculée, elle serait faible. Si l’on

remarquables résultats.

ajoute à cela que la sélection traditionnelle se base sur les performances des individus et

Burns (1969) a réalisé une étude fouillée du Border collie pour les caractères suivants : intérêt pour le

secondairement sur celles de leurs ascendants, on peut penser que le niveau génétique moyen des

troupeau, style de l'approche, coucher à proximité du troupeau, "prise de possession" du troupeau par

équipages ne peut qu'être stable et, pour aller plus loin, qu'il ne peut espérer progresser. Par ailleurs,

le regard ("the eye"), absence d'aboiement. Par l'étude de produits d'accouplements dirigés, Burns a

Coudert souligne, parmi les facteurs limitant l’efficacité de la sélection, les problèmes économiques

cherché l'explication de la transmission des caractères dans des déterminismes monogéniques et des

qui empêchent d’augmenter sensiblement le nombre de candidats à la reproduction, réduisant ainsi la

relations de dominance incomplète. Pour Willis (1989), les propositions de Burns pourraient suffire

pression de sélection, et les difficultés de suivi des performances.

pour des caractères comme l'intérêt pour le troupeau et l'absence d'aboiement, mais les autres
caractères semblent obéir à des déterminismes plus complexes de type quantitatif, position que nous

En ce qui concerne la chasse à vue, à défaut d’étude génétique spécifique, nous proposons deux

rejoignons.

études de caractères qui peuvent se rattacher à cette pratique.

La seule étude génétique débouchant sur des estimations d’héritabilité pour les caractères majeurs du

La poursuite d'une proie est un réflexe encore présent chez de nombreuses races canines. Il est

chien de conduite est due à Isnard (2005). Il a utilisé les résultats des concours organisés par le club

possible de l’étudier sur n’importe quelle race à partir d'épreuves de poursuite à vue sur leurre.

du Border collie français de 1995 à 2003. Ces concours sont propres au Border collie et leur

Mackenzie et coll. (1985) ont trouvé une héritabilité de 0,51 chez le Berger allemand.

déroulement est très standardisé au niveau international. Ils évaluent l'aptitude des border collies pour

Vraisemblablement, les valeurs seraient moindres chez les races de lévriers anciennement

chacune des épreuves qui se succèdent : recherche du troupeau, prise de possession du troupeau,

sélectionnées pour la chasse ou la course (rappel : la sélection accroît l'homogénéité génétique d'une

conduite du troupeau vers le berger, conduite sur un tracé en triangle, contention et séparation d'un

population et diminue, de ce fait, l'héritabilité ; cf. chapitre 3).

sous-lot, mise en enclos. Toutes les héritabilités sont faibles voire nulles (0 à 0,08), ce qui surprend

La vitesse de course a été étudiée par Poncet (1992) chez le Whippet en utilisant les résultats des

quand on sait combien tout utilisateur de Border collie est intimement persuadé du réel déterminisme

épreuves sur cynodrome organisées en France de 1985 à 1988 (926 chiens ayant réalisé 2092

génétique des aptitudes. Nous partageons d'ailleurs cet avis. De même que pour le Spitz finlandais,

performances). Les vitesses mesurées sont corrigées des effets du sexe, de l’âge, du format, de la

nous pensons en effet que les valeurs très médiocres d'héritabilité tiennent aux conditions de

catégorie de vitesse et de chaque réunion de courses. L’héritabilité de la vitesse est forte : 0,54. Cela

concours. Ainsi, l'héritabilité est nulle pour la prise de possession par le chien et pour la contention -

est peut-être à relier au fait que la vitesse dépend en partie de facteurs physiques dont l’héritabilité est

séparation : dans l'une et l'autre épreuve, le résultat dépend en grande partie du comportement des

elle aussi élevée.

brebis (brebis sensibles bougeant facilement à la prise de possession, brebis très grégaires
s'opposant à la séparation, par exemple). La conduite vers le maître (h² = 0,04), la conduite en

En définitive, malgré des études encore fragmentaires, il semble que les qualités de chasse soient

triangle (h² = 0,08) et la recherche du troupeau (h² = 0,08) sont dotées d'une héritabilité un peu

assez héritables. Cela signifie que les chiens d'une même race n'ont pas les mêmes dispositions

meilleure, sans doute parce que le chien est un peu plus maître de la situation. Si l'on se reporte à

génétiques à la naissance ; il appartient ensuite au dresseur d'exploiter au mieux les meilleurs et de

l'esprit du règlement qui régit la notation, le chien doit être noté sur le résultat de son action, c'est-à-

compenser les lacunes des moins bons.

dire sur ce que font les brebis. Cela est a priori justifié pour obtenir un classement en concours, mais

La question qui reste en suspens est celle de savoir s'il vaut mieux évaluer les chiens lors de tests ou

les mauvaises valeurs d'héritabilité trouvées à partir des notes qui en résultent indiquent que ces

lors d'épreuves de chasse. Nous avons cité, en introduction, les avantages et les inconvénients des

concours ne permettent pas de déboucher sur un bon classement génétique qui servirait de base au

deux approches sur le plan méthodologique ; sur le plan des résultats, les héritabilités découlant des

choix des reproducteurs. Les concours ne serviraient-ils à rien ? Certainement pas. Convaincu que

performances de tests ont tendance à être plus élevées. La sélection à partir des tests pourrait donc

l'héritabilité réelle des aptitudes est plus élevée que ce que laisserait supposer l'étude d'Isnard, nous

être plus intéressante que celle basée sur les résultats de field-trials, pour autant, bien sûr, que les

sommes persuadé qu'un éleveur expérimenté tire profit des concours dans une optique de sélection

caractères testés soient effectivement ceux qui sont nécessaires pour faire un bon chasseur.

quand il regarde le travail du chien plutôt que ses notes.

17

18

III – PEUT-ON SELECTIONNER SUR LE COMPORTEMENT ET LES QUALITES DE TRAVAIL ?

sur l'aptitude à la défense que les notes données à ces épreuves dépendaient aussi de l'aptitude du
chien à obéir : elles n'évaluent donc pas le mordant pur. Dans ce cas, il est possible d'instaurer un

La réponse à cette question est évidemment oui : la sélection empirique par les grands éleveurs

nouveau barème de notation qui ne prend strictement en compte que le mordant ou il est possible de

passés et présents a mené nombre de races à de hauts niveaux de performance au travail, la

créer des tests conçus pour l'évaluation du mordant pur. Ces deux dernières possibilités ne sont

sélection conduite dans de rares expériences scientifiques pour modifier le caractère (cf. les pointers

d'ailleurs pas des vues de l'esprit : c'est ce que pratiquent nombre d'éleveurs qui, au bord du ring,

de Dykman et coll.) a eu des résultats probants et les clubs de races qui ont voulu faire de même y

évaluent selon leurs propres barêmes les chiens qui concourent ou lorsqu'ils testent les jeunes chiens

sont en général parvenus.

ou les reproductrices potentielles au sein de leur élevage.

A vrai dire, tout est dans la méthode ou, plus exactement, dans la rigueur de son application. Nous
avons vu que l'héritabilité des caractères comportementaux et des aptitudes de travail était faible à

Compte tenu de ce que nous venons de dire, que peuvent apporter les épreuves et les tests officiels à

moyenne. Pour le praticien de la sélection, cela signifie que les résultats ne seront pas rapides mais

la sélection des chiens sur le comportement et le travail ?

qu'ils seront bien au rendez-vous si l'on travaille avec application et constance.

En premier lieu, un "plateau" varié et renouvelé de chiens exprimant leurs capacités dans le cadre
d'épreuves dont le règlement est connu. Il s'agit donc d'excellents outils de comparaison entre

Les méthodes de sélection sur le comportement et le travail n'ont rien de spécifiques : ce sont les

animaux voire entre élevages. Il faut cependant bien connaître ces épreuves pour interpréter la note

mêmes que celles qui ont fait leurs preuves sur la morphologie ou les productions dans toutes les

ou le qualificatif obtenu et en tirer le meilleur parti. Ainsi, le TAN (tests d'aptitudes naturelles) a été mis

espèces. Ces méthodes sont présentées dans le chapitre 5. Si les méthodes ne sont pas spécifiques,

en place pour faciliter le dépistage d'animaux trop nerveux ou trop craintifs et pour mettre en évidence

certaines difficultés de mise en œuvre sont à souligner.

des aptitudes de base précieuses dans la race. S'il est conçu exactement dans cet esprit et réalisé
précocement, les résultats obtenus constituent une bonne information sur ce que nous avons appelé

Dénommer, mesurer

le "profil psychologique" du jeune chien. S'il est un peu trop élaboré, il risque d'inciter le propriétaire à

Définir exactement quels sont les caractères que l'on souhaite améliorer (ce qu'on appelle les objectifs

préparer son chien pour le test : il faut alors considérer le TAN comme le premier des tests d'aptitude

de sélection) peut être difficile. Dans le domaine du comportement, nommer les caractères est déjà

à l'utilisation. Les concours de travail, quant à eux, présentent l'énorme avantage de mettre les chiens

délicat, les définir plus encore. Par exemple, nous avons vu qu'il existait plusieurs formes d'agressivité

dans une situation proche de celle de l'utilisation courante et de fournir des évaluations faites par des

et que la sociabilité pouvait être assimilée à l'absence de crainte ou à la recherche de contact tout en

personnes relativement indépendantes qui jugent selon des critères connus de tous. Si tel ou tel point

n'étant pas étrangère à la notion de stabilité caractérielle. Définir des objectifs de sélection pour une

du règlement ne satisfait pas un éleveur, libre à lui de corriger l'appréciation du juge pour son usage

race devrait donc passer par une réflexion dépourvue d'a priori, conduite par plusieurs personnes de

personnel.

cultures si possible différentes (utilisateur, simple propriétaire, scientifique) ayant le sens du dialogue

En conclusion, les épreuves et les tests officiels offrent à l'éleveur - sélectionneur qui le désire de

et du compromis.

précieuses informations complémentaires de celles qu'il recueille sur les chiens de son élevage.

Une fois que l'on s'est entendu sur ce que l'on veut améliorer dans la race, il faut trouver le moyen de
mesurer le phénotype des chiens car une appréciation chiffrée est souvent préférable à un qualificatif

Enregistrer, synthétiser

plus ou moins subjectif et est indispensable dès qu'il faut faire la moyenne de plusieurs performances.

Sélectionner suppose que soient conservées en mémoire les observations. Objectivement, rares sont

Toiser un chien est déjà un exercice qui réclame de l'habileté et de l'expérience, mais cela apparaît

les personnes qui peuvent se passer de les noter. Encore plus rares sont les personnes capables d'en

ridiculement facile par rapport à la mesure d'un phénotype comportemental. Prenons deux exemples.

faire la synthèse dans le cadre d'une sélection combinée (rappel : sélection basée à la fois sur les

Mesurer la sociabilité d'un chien ? La mesure peut consister en une appréciation subjective de la

performances d'un chien et sur celles de ses apparentés) pour porter un jugement sur la valeur

recherche du contact humain en présence d'une ou plusieurs personnes ou en une mesure objective

génétique d'un chien. Enfin, seuls quelques éleveurs de génie sont susceptibles de comparer

du nombre de contacts établis en un temps déterminé ou encore, pourquoi pas, en une mesure

correctement, toujours sur le plan génétique, plusieurs chiens entre eux sur plusieurs caractères.

approximative de la distance moyenne à laquelle se situe le chien par rapport aux personnes. Pour un

L'éleveur - sélectionneur a donc tout intérêt à noter tant les observations fines qu'il fait sur ses

caractère à améliorer, il y a donc plusieurs mesures envisageables, plus exactement plusieurs

animaux que les résultats obtenus en épreuves par ses chiens et les chiens qui l'intéressent a priori

variables mesurables possibles (ce qu'on appelle critères), la variable correspondant à la mesure la

sur le plan génétique. L'association de race, quant à elle, a la lourde responsabilité d'enregistrer les

plus objective n'étant pas forcément celle qu'il faut préférer.

résultats de tous les chiens, de les archiver et de les mettre à la disposition des éleveurs ; pour ce

Mesurer l'aptitude au mordant d'un chien de défense ? La note obtenue à une ou plusieurs épreuves

faire, elle doit exploiter au mieux toutes les possibilités offertes aujourd'hui par l'informatique.

dans lesquelles le mordant intervient peut convenir. Nous avons cependant signalé dans la synthèse
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Nous ne terminerons pas ce chapitre, bien sûr, sans rappeler qu'une excellente synthèse des résultats
de tests et de concours est réalisable aujourd'hui avec le calcul d'indices génétiques (cf. chapitre 5).
Quand on n'en a pas l'habitude, il est sans doute difficile d'accepter que la valeur génétique d'un chien
pour un caractère se résume à un seul chiffre. C'est pourtant ce qu'admettent parfaitement la plupart
des éleveurs d'espèces domestiques de ferme pour lesquels, il est vrai, l'indexation génétique est déjà
une vieille histoire.

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(On trouvera, en Annexe 2, un texte complémentaire à ce chapitre, écrit par le Dr Nathalie SIMON,
vétérinaire comportementaliste, qui se penche sur la manière dont l’aptitude à une fonction donnée
peut interférer avec la fonction de compagnie auprès de l’homme)

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