Un être exceptionnel chapitre 1 .pdf



Nom original: Un être exceptionnel - chapitre 1.pdfAuteur: Olivier Dupret

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Chapitre 1 – Nouvelle donne

Je serai un être exceptionnel.
Le frottement de la plume contre le papier fit place au silence.
C'est ainsi que son récit quotidien se terminait pour la énième fois en début de page paire. Témoins de
cette obsession qui est la sienne, ses yeux aux iris de couleur ébène pétillaient dans la contemplation de
cette dernière ligne. Au travers de la fenêtre, le clair de lune berçait de sa lumière les quais déserts de la
petite gare de Wickmos et un faisceau sélénite venait illuminer les caractères bleutés fraîchement
inscrits. Par la magie de l'électricité, les lumières intérieures de la voiture se rallumèrent lorsque le
sifflement strident de la locomotive annonçant la reprise du voyage raisonna. Ne se préoccupant
absolument pas de ce qu'il se passait à l'extérieur, Ciarán restait pensif au son de la respiration cadencée
et de plus en plus rapide de la motrice qu'il entendait depuis tôt ce matin. Dans peu de temps, il allait
mettre sa vie en accord avec ses pensées, avec ses écrits. Il en frémissait d'impatience si bien qu'un
picotement traversait sa nuque.
Mais, brusquement, l'état de félicité qui l'ankylosait s'estompa à l'arrivée d'un quidam à sa table. Il
referma son carnet, ferma l'encrier et sépara plume et porte-plume alors que cet importun se délestait
de ses affaires pour prendre place, en face de lui, dans la voiture-restaurant. Mécontent, c'est le moins
que l'on puisse dire, il l'était. Que lui voulait donc cet hurluberlu qui n'avait pas trouvé mieux que de
venir dîner à une heure si tardive – il était neuf heures et quart – alors que tous les voyageurs s'étaient
sustentés bien auparavant ? Il n'en savait rien. Il ne voulait pas le savoir. Il allait être privé d'un paisible
dîner et contraint de différer ses réflexions pour écouter, probablement, des niaiseries pédantesques si
coutumières à certains spécimens tels que celui qui se trouvait désormais assis en face et qui lui souriait
bêtement en saisissant le menu posé près de la fenêtre. La venue de cet homme aurait pu le flatter,
mais Ciarán savait très bien que si discussion il y avait, elle n'évoluerait pas vers sa propre personne
bien que l'usage voulait qu'elle débute par elle. L'individu, à la moustache et aux favoris denses, portait
un complet fantaisie aux couleurs chaudes. Il avait sorti de la poche intérieure de son veston un petit
étui à cigares, façonné dans le cèdre, duquel il avait ôté un spécimen à la robe oscuro. Il le renifla de
son nez bourbonien, savourant sans aucun doute ses saveurs exotiques et, après avoir réussi, l'espace
d'une seconde, à intercepter le regard de son vis-à-vis, prit la parole au plus grand désespoir de Ciarán.
« Excusez-moi, cela vous plairait-il de sentir cet arôme terreux, très délicat pour l'odorat ?
— Sans façon, merci, répondit-il sans lui porter la moindre attention.
— Son exhalaison est tout bonnement exceptionnelle, renchérit-il, dans l'attente vaine que son
interlocuteur cède. Tch, comme c'est regrettable. »
Contrarié, il rangea posément le cigare dans son écrin, après s'être délecté une dernière fois de son
parfum enivrant. Ciarán était ravi. L'homme faisait la moue. Sa tentative d'entamer une discussion
venait d'avorter ni plus ni moins, mais le repas que venait de lui apporter le serveur allait surement
servir de prétexte à une nouvelle conversation bien qu'il espérât plutôt un simple échange précaire.
L'excentrique ne prit pas la peine de laisser le barman s'enquérir de sa commande : « La même chose
que Monsieur », déclara-t-il. Comme vous vous en doutez, cela irrita passablement le voyageur.

« Autre chose avec votre canette rôtie aux girolles, monsieur ?
— Ce sera tout, merci.
— Désirez-vous à boire, monsieur ?
— Un verre de vin rouge suffira », répondit-il d'un acquiescement de la tête, appuyé par un large
sourire.
Ciarán observait cette scène insipide du coin de l'œil alors qu'il se saisissait de ses couverts. Allait-il
devoir se résigner à passer la soirée en compagnie de cet ennuyeux personnage ? Si tel devait être le
cas, il le déplorait. Cependant, il savait pertinemment que très bientôt son existence allait être arrachée
à la banalité quotidienne et généralisée de ce monde. Elle allait être écartée et élevée au-dessus de
cette platitude propre à la société actuelle. Encore un peu de patience , se disait-il au fond de luimême.
Plaignez-le autant que vous le voulez, car je vous fais grâce de ce qu'il a subi le reste du voyage : cela
ne vous aurait rendu que plus impatient.
Le train défilait à vive allure, au milieu des prés humides et vallonnés des basses-terres de la région et
cheminait vers le nord du pays. Il s'engouffra bientôt dans la gueule béante d'une gare couverte et,
dans un chuintement, il stoppa nette la fin de sa course.
Posant le pied sur le quai, Ciarán souleva le couvercle de sa montre de gousset et contempla, à la
lumière des compartiments du train, d'un air impassible, les petites aiguilles. L'une était agitée mais
n'en attirait pas pour autant l'attention du jeune homme. L'autre, la plus courte, était figée sur le
nombre onze latin. Quant à la dernière, elle chatouillait la notation toujours latine, restons logiques,
de l'heure du crime. Un sourire fugace se dessina sur son visage et aussitôt il referma le couvercle dans
un claquement hâtif avant de ranger dans son gousset, avec la plus grande habileté, la montre qu'il
tenait dans la paume de sa main. La fin du voyage n'avait pas été des plus plaisantes mais le train n'avait
pas de retard. Il saisit son bagage et marcha d'un pas vif bien qu'engourdi par la fraîcheur ambiante.
Les grilles des deux guichets, situés dans un renfoncement en face de la plateforme, étaient descendues
et les préposés devaient certainement être chez-eux à cette heure-ci. Tout était désert. Sur les bancs
en hêtre qui étaient disposés devant les quais, près de la papeterie et du point restauration, se
trouvaient quelques affaires et bibelots abandonnés par des voyageurs peu scrupuleux et quelques
pages de journaux trainaient par terre comme des détritus. L'entrée principale étant close, il fut
contraint de prendre une sortie latérale, celle de gauche, l'amenant en retrait du parvis de la gare.
L'éclairage de cette dernière laissait à désirer. Et pour cause, la plupart des passages stratégiques et
autres galeries étaient tapis dans l'obscurité. L'atmosphère qui découlait de ce jeu des lumières et des
ombres n'inspirait pas spécialement la quiétude aux rares voyageurs et autres piétons qui passaient en
ces lieux, mais Ciarán y trouvait son compte.
En quelques minutes, il avait réussi à mettre assez de distance entre lui et les autres voyageurs et il fut
le premier à se trouver sur la place du dehors. Les pavés gris jonchaient le sol et entouraient, en un arc
de cercle, toute les façades nord de la gare. A une centaine de mètres, quatre lampadaires coniques
éclairaient la petite station de tramway, et au-dessus du petit porche d'où il était sorti luisait une
lanterne. De là où il se trouvait, il ne pouvait voir la sortie principale mais il distinguait seulement la
lueur qu'émettait les réverbères qui l'éclairait.

Il était seul.
Scrutant les environs à la recherche de quelque chose, qu'il, apparemment, ne trouva pas, il fronça les
sourcils d'un air dubitatif. Se pourrait-il que... non...
A peine eut-il le temps de douter qu'un coup de feu, venu d'on ne sait quelle direction, retentit. Le
sifflement de la balle lui indiqua qu'elle lui était destinée. Ciarán ne trouva pas le temps de sursauter et
se hâta à toute vitesse. Il n'avait pas le temps de réfléchir. Ses agresseurs sur les talons, il longea la façade
de la gare, prit à gauche, puis à droite et dévala le trottoir de la rue. Il fallait les semer dans le dédale
des rues. Il décida de s'engouffrer dans une ruelle et descendit les marches d'un petit escalier avant de
s'apercevoir que la venelle le menait à nouveau sur la place où l'on avait tenté de le trouer d'une balle.
Les bruits de pas, de plus en plus audibles, indiquaient que ceux qui les provoquaient s'approchaient
dangereusement. Et pour cause, quatre individus venaient de dévaler les marches et arrivaient euxaussi au bout de la ruelle alors que deux autres complices rappliquaient depuis la place. Les six
agresseurs se retrouvèrent nez-à-nez. Leurs armes de poing examinaient le vide à la recherche du
moindre mouvement. Mais tout était immobile. Plus aucune trace de leur cible. Miraculeusement
évaporée.
Aucun autre coup de feu ne se fit entendre et le silence s'installa à nouveau dans la ville de Clonford.
Peu de temps après, un bruit métallique quasi-inaudible vint à nouveau troubler le calme ambiant. Il
provenait d'une petite rue piétonne, très faiblement éclairée, qui se situait à quelques encablures des
faubourgs ouest de la ville.
Il s'en est fallu de peu... moi et mon sens de l'orientation, pesta intérieurement Ciarán alors qu'il
s'épuisait, haletant, à dégager cette plaque de métal bien plus lourde qu'il n'aurait pu l'imaginer. Après
plusieurs essais, il y parvint et évacua sans regret les égouts nauséabonds qui lui avaient sauvé la vie.
Ne sachant pas où il avait atterri après ses pérégrinations dans les souterrains insalubres, il prit la
précaution d'inspecter les lieux avant de se remémorer que ce quartier de la ville n'était pas l'un des
plus famés et que de toutes manières, il n'avait pas de temps à perdre puisque ce dernier lui était
compté. Les évènements s'accéléraient et il le savait. Sa personne faisait l'objet d'attentions extérieures
qu'elle n'avait jusqu'alors jamais connues. Tous les évènements sonnaient comme des avertissements
qui lui signifiaient clairement qu'il était proche de son but. Il en était persuadé.
C'est au cent dix-neuvième numéro de la rue Édouard Moer qu'il s'arrêta. Une fois qu'il eut pressé le
bouton métallique de la sonnette flambant neuve – qui pourtant n'émit aucun son audible, il
redescendit les marches du perron, dévala un autre petit escalier – dont l'entrée était cachée derrière
deux imposants hortensias accolés à la façade, et atterrit au sous-sol du pavillon, sous le palier extérieur
du rez-de-chaussée où il s'était trouvé un instant auparavant. La porte sortit de sa torpeur dans un
cliquetis mécanique et s'entrebâilla légèrement.
« Est-ce toi ? s'enquit une voix de femme.
— Non. Ce n'est pas moi », répondit-il machinalement.
La mélodie de l’engrenage raisonna à nouveau pendant quelques secondes. Le visiteur, d'une petite
trentaine d'années, pénétra le sous-sol et referma la porte en prenant soin de la verrouiller alors qu'elle
retournait dans son état léthargique. Ses cheveux d'un noir profond, à reflets bleutés, étaient d'une
longueur moyenne. Il portait une frange assez longue qui, disposée depuis le haut de son front,

recouvrait sa tempe gauche. Sur le côté droit du haut de son crâne, une raie se dissimulait sous les
cheveux légèrement en désordre à cet endroit précis et jouait parfaitement son rôle en rendant
l'ensemble harmonieux. Ses yeux soutenaient son nez puissant mais non volumineux et ses lèvres fines
s'inséraient mélodieusement avec son large menton.
La femme continuait son observation à travers le psyché qui reflétait le corps de Ciarán alors qu'il se
tenait sur le pallier de la porte. Son regard se posa davantage sur le visage de son hôte et elle en déduit
qu'il avait eu quelques soucis. Curieuse et peut-être inquiète, elle le questionna à ce sujet. Ciarán ne
s'en étonna pas.
« Je n'ai pas à te répondre à ce sujet, lâcha-t-il, d'un ton détaché, en guise de réponse.
— Et je pourrais savoir qu'elle est la raison de cette visite prématurée ? Soupira-t-elle, en
continuant de s'adresser au reflet dans le miroir.
— Des trouble-fête m'ont ennuyé ce soir. Les derniers étaient particulièrement charmants,
ajouta-t-il d'un haussement de sourcils. Cette ville n'est plus sûre. Je dois partir dans les plus
brefs délais, annonça-t-il sans tenir compte de l'interrogation de son interlocutrice.
— Et alors ? Il me semble t'avoir posé une question », lança-t-elle avec fermeté.
Pris au dépourvu face à l'autorité soudaine dont faisait preuve la femme, Ciarán se résigna à répondre à
la question.
« C'était prévu.
— C'était prévu que tu viennes avec Devnet, et seulement en début de matinée, corrigea-t-elle.
— Sa ruse l'aura peut-être sauvé. »
Elle se retourna d'emblée et resta interloquée quelques secondes avant de se ressaisir tandis que Ciarán
se débarrassait nonchalamment de ses effets, les déposant sur le dossier d'une chaise sans prêter la
moindre attention à ce qu'elle pouvait penser à cet instant précis.
« Son sort t'indiffère-t-il à ce point ? répliqua-t-elle avec une pointe d'irritation.
— Ne dis pas de sottises, fit-il, toujours aussi imperturbable, alors qu'il s'asseyait. J'ose espérer que
tu n'as pas oublié— Je n'oublie pas ! » coupa-t-elle sèchement.
Ciarán n'essaya pas de répliquer. Il était déjà plongé dans ses pensées comme en témoignait son regard
absent. Devant ce mutisme auquel elle ne s'attendait pas, la femme contourna sa stupéfaction et
commença à s'atteler à différentes tâches pour calmer son esprit préoccupé après cette éphémère
discussion. Mais il ne fallut que quelques instants pour que Ciarán l'interpelle.
« Marianne. J'aimerais que tu rassembles mes affaires, demanda-t-il posément. Mon cabinet a
surement été fouillé et il doit désormais être surveillé. Je n'ai plus d'espace pour travailler
convenablement ; et pour vivre en sécurité, cela va de soi.
— Et que vas-tu faire ?
— Les précieux documents que j'ai rassemblés doivent être préservés.
— A quoi servent-ils si tes recherches sont entre leurs mains ?
— Je n'en avais entreposé qu'une infime partie au cabinet. L'essentiel est ici et le reste avec moi.
— Tu as pris tes précautions à ce que je vois, » fit-elle en recouvrant de serviettes de table, deux
revolvers situés dans le tiroir du buffet.

Ah, Marianne. Cette femme rousse, pétillante et épanouie, s'était, très tôt, vue jouer un rôle capital. Il
avait du mal à l'admettre mais elle lui avait apporté une aide substantielle depuis maintenant trois ans.
A l'époque, les choses étaient bien différentes. Elle ne le comprenait pas et ne représentait qu'un
pénible fardeau. Aujourd'hui, il pouvait trouver refuge auprès d'elle, du moins, dans une certaine
mesure – il ne voulait pas développer une intimité qu'il aurait jugé abusive à ses yeux tandis que
n'importe qui n'aurait rien trouvé à redire. Mais il avait pris conscience qu'elle ne le comprenait
toujours pas. Il en éprouvait un certain chagrin, d'ailleurs. Elle avait pourtant adhéré à ses thèses
malgré les préceptes antagoniques de l'organisation pour laquelle elle travaillait autrefois.
Ciarán jeta un coup d'œil austère à Marianne qui restait immobile, pensive.
« Qu'attends-tu ? Ne t'ai-je pas dit de rassembler mes affaires ?
— Je me demandais ce qu'il en advenait me concernant, répondit-elle sans tenir compte de
l'impatience dont faisait preuve Ciarán.
— Tu n'as pas trente-six options. Tout porte à croire que rester ici serait pure aberration. Il
semblerait logique que tu m'accompagnes, répondit-il, sans rien ajouter, pour laisser planer le
doute.
— …
— Toutefois, poursuivit-il en esquissant un sourire, j'envisage autre chose pour toi. »
Il marqua une pause comme il se plaisait si souvent à le faire mais cette fois-ci, c'était pour une raison
bien précise. Il sortit sa montre, releva le couvercle et s'affaira à une activité assez curieuse, celle de
modifier la position des petites aiguilles.
« Je te confie la tâche de savoir ce qu'il est advenu de Devnet ; et de me tenir au courant de leurs
agissements. Tu es tout indiquée pour ce travail. Tu connais leurs méthodes et tu es la plus à même
pour les approcher.
— Et de toutes manières, il ne reste que moi de disponible, observa-t-elle dépitée alors qu'il
lâchait sa montre dans le vide, cette dernière terminant sa chute fatale en se brisant sur le
plancher.
— Exact. »


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