Pas de sushi 2.pdf


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confrontionnelle, à déterminer quelle action était censée ou appropriées et lesquelles ne l'étaient pas), et l'enjeu devient alors le pouvoir. Là aussi, la gauche extraparlementaire en fin de décomposition se cherche un
alibi en jouant aux arbitres : là où les staliniens grecs
empêchent la foule révoltée de prendre le parlement
lors de la dernière grève générale d'octobre 2011 (peut
être par peur qu'il ne soit incendié), les néo-staliniens
"autonomes" italiens ont joué aux "militants sérieux"
dans un mouvement qu'ils tentent de contrôler pour y
faire la pêche aux nouvelles recrues et se refaire une
jeunesse mais qui les débordent tant par sa forme que
par son contenu, et qu'ils sont donc incapables de comprendre aussi bien théoriquement que pratiquement
pour les raisons expliquées plus haut. Plus simplement,
ce qui se joue là n'est pas qu'une querelle d'ordre syndical ou même seulement de classe ou la question de
savoir au juste qui sont "les vrais gens qui mènent la
lutte anti-TAV", mais bien plus de remise en cause du
fonctionnement même du processus d'industrialisation
et de ce qu'il implique : c'est à dire d'une véritable offensive qui transforme le capitalisme en machine de
guerre et renforce tout les pouvoirs de l'Etat.
La société (comme ensemble prétendument pacifié et
homogène) devient ainsi plus visiblement ce qu'elle
était déjà essentiellement : un faux semblant de l'Etat,
lui toujours prêt à sortir les armes et à montrer les crocs
lorsqu'un axe des flux de marchandises est sous le coup
d'une menace. Ce peut être une grève générale à
l'échelle d'une nation, et ce peut être le mouvement
No-Tav sur une frontière. Dans les deux cas, c'est un
mouvement qui paralyse un pan de l'économie et jette
un pavé dans les rouages.
Mais bien plus qu'un simple mouvement "anticapitaliste", le mouvement No-Tav rencontre
sans doutes un tel engouement spontané et international parce qu'il touche à tout ce que la vie quotidienne
dans la société capitaliste a de plus insupportable : destructions de la nature comme habitât humain et comme
ensemble vivant, restructurations permanentes et dégradations exponentielles des conditions d'existence, exodes quelconques, et répressions féroces de toutes
contestations ou révoltes autonomes.
... psychose sociale de la vitesse et destruction de la
nature.
"Les maîtres de la société sont obligés maintenant de parler de lapollution, et pour la combattre (car ils vivent, après tout, sur la
même planète que nous ; voilà le seul sens auquel on peut admettre que le développement du
capitalisme a réalisé effectivement une
certaine fusion des classes) et pour la dissimuler : car la simple vérité des nuisances et des risques présents suffit pour constituer un
immense facteur de révolte, une exigence maté-

rialiste des exploités, tout aussi vitale que l'a été
la lutte des prolétaires du XIX siècle
pour la possibilité de manger."
Guy Debord, in "La planète malade".
Entre les jeunes actionnaires toujours plus assoiffés de
chiffres qui défilent à 200 à l'heure mais qui revendiquent leur voiture "hybride" ("mi-pétrole, mi-nucléaire")
et leur mode de vie "bio", les jet-setters et les animateurs
télé défoncés à la cockaïne qui font des stages de désintoxication à la campagne pour y rechercher le "terroir"
et le "local", une jeunesse dorée fascinée par un modèle
de réussite fait de flambe et de consommation ostentatoire mais toujours plus attirée par les artificiels "espaces
verts" urbains, dans les images d'environnements domestiqués et autres erzats de "nature", le nouvel "exode
urbain" de cette petite bourgeoisie qui vient gentrifier
les banlieues et les campagnes en quête "d'humanité et
de nature", le capitalisme génère chez ses enfants les
plus gâtés un ennui et une sensation de vide qui ne peut
être compensée que par une quête absurde d'intensité
et de vitesse (dont le pendant "vert" est le bobo bio et
ses quêtes mystiques) dans laquelle l'illusion d'être
"proche de la nature" constitue le plus rassurant des
palliatifs dans des villes où tout en a été parfaitement
chassé, dégradé et détruit. Les marchandises doivent
aller et venir toujours plus vite au milieux des plantes
en plastiques et des micro-forêt enfermées dans des
cages en béton, le capital circuler toujours plus vite à
mesure que se déverse tout les flots de déchets toxiques
dans les airs, sur la terre, dans les océans, les rivières et
les mers, etc. Cette fuite en avant de la société reflète en
fait le dépérissement de l'économie et son expression
culturelle la plus grotesque : le mépris de la nature
"teinté de vert" (où le "réformisme écolo" façon capitalisme vert ne représente en fait qu'une autre facette guimauve de la bourgeoisie éprise de ses propres états
d'âme pour les conséquences de son mode de vie, et
qui croit encore pouvoir se survivre) , la haine des faibles sous couvert de "plaisir" ou de "réussite", le machisme le plus caricatural, le culte de l'apparence, la
fascination morbide et le fétichisme de la violence
(comme simple défouloir) ou son rejet abstrait et dogmatique, et évidemment les tentations réactionnaires,
etc... Ces attitudes et ces visions du monde correspondent parfaitement à la morale dominante faite de darwinisme social et d'individualisme libéral dans laquelle
seul-e-s ceux et celles qui "s'adaptent" survivent. Et c'est
là que l'évidence crève les yeux : tout le monde ne peut
pas manger "bio" ni s'acheter une maison ou une ferme
à la campagne avec panneaux solaires. Et ce paradigme
s'exprime aujourd'hui sous ses aspects les plus brutaux
précisément parce que le capitalisme est pourrissant.
Et il implique nécessairement la destruction de la nature : l'écocide. A la bagnole et son idéologie la pollution de l'air et les milliers de morts sur les routes chaque année, aux milliers de produits cosmétiques et aux
abats-faim de l'alimentation polluée l'empoisonnement
Contre le TGV et son monde - 41