Ferdinand de Saussure.pdf


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historiquement, le fait de parole précède toujours. Comment s’aviserait-on d’associer une idée à une image
verbale, si l’on ne surprenait pas d’abord cette association dans un acte de parole? D’autre part, c’est en
entendant les autres que nous apprenons notre langue maternelle; elle n’arrive à se déposer dans notre cerveau
qu’à la suite d’innombrables expériences. Enfin, c’est la parole qui fait évoluer la langue: ce sont les impressions
reçues en entendant les autres qui modifient nos habitudes linguistiques. Il y a donc interdépendance de la langue
et de la parole; celle-là est à la fois l’instrument et le produit de celle-ci. Mais tout cela ne les empêche pas d’être
deux choses absolument distinctes.
La langue existe dans la collectivité sous la forme d’une somme d’empreintes déposées dans chaque cerveau, à
peu près comme un dictionnaire dont tous les exemplaires, identiques, seraient répartis entre les individus. C’est
donc quelque chose qui est dans chacun d’eux, tout en étant commun à tous et place en dehors de la volonté des
dépositaires. [...]
Telle est la première bifurcation qu’on rencontre des qu’on cherche à faire la théorie du langage. II faut choisir
entre deux routes qu’il est impossible de prendre en même temps; elles doivent être suivies séparément.
On peut à la rigueur conserver le nom de linguistique à chacune de ces deux disciplines et parler d’une
linguistique de la parole. Mais il ne faudra pas la confondre avec la linguistique proprement dite, celle dont la
langue est l’unique objet.
Nous nous attacherons uniquement à cette dernière, et si, au cours de nos démonstrations, nous empruntons des
lumières à l’étude de la parole, nous nous efforcerons de ne jamais effacer les limites qui séparent les deux
domaines.
Principes généraux - Nature du signe linguistique
1.Signe, signifié, signifiant
Pour certaines personnes, la langue, ramenée à son principe essentiel, est une nomenclature, c’est-à-dire une liste
de termes correspondant à autant de choses. Par exemple:

Cette conception est critiquable à bien des égards. Elle suppose des idées toutes faites préexistant aux mots; elle
ne nous dit pas si le nom est de nature locale ou psychique, car arbor peut être considéré sous l’un ou l’autre
aspect; enfin elle laisse supposer que le lien qui unit un nom à one chose est une opération toute simple, ce qui
est bien loin d’être vrai. Cependant cette vue simpliste peut nous rapprocher de la vérité, en nous montrant que
l’unité linguistique est une chose double, faite du rapprochement de deux termes.