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communication, et qu’elle concerne donc l’ensemble des messages subordonnés à des codes sous-jacents
(« langue » ou plus largement convention culturelle).
Encore cette définition, qui en globe des systèmes de signes sans signifié comme la musique, peut-elle sembler
trop restrictive: qu’en est-il des signes sans code ou qui émergent au seuil du code, comme les indices? C’est le
cas en particulier de la photographie, qualifiée un temps de « message sans code » par Roland Barthes. Cette
sémiologie des indices (au sens de Peirce) est certainement une des tâches les plus stimulantes de la sémiotique et des plus urgentes, si l’on songe à l’impact émotionnel (donc indiciel) des communications de masse, et
particulièrement de la télévision. On voit par ces brèves remarques que les discussions autour de la théorie du
maître de Genève se déplacent, et se poursuivent.
Source: Cours de linguistique générale, de Ferdinand de Saussure, publié par Charles Bally, Albert Sechehaye et
Albert Riedlinger en 1915, édition critique de Tullio de Mauro, Payot, Paris, 1982.
Introduction - Objet de la linguistique
1. La langue; sa définition
Quel est l’objet à la fois intégral et concret de la linguistique? La question est particulièrement difficile; nous
verrons plus tard pourquoi: bornons-nous ici à faire saisir cette difficulté.
D’autres sciences opèrent sur des objets donnés d’avance et qu’on peut considérer ensuite à différents points de
vue; dans notre domaine, rien de semblable. Quelqu’un prononce le mot français nu: un observateur superficiel
sera tenté d’y voir un objet linguistique concret; mais un examen plus attentif y fera trouver successivement trois
ou quatre choses parfaitement différentes, selon la manière dont on le considère: comme son, comme expression
d’une idée, comme correspondant du latin nudum, etc. Bien loin que l’objet précède le point de vue, on dirait
que c’est le point de vue qui crée l’objet, et d’ailleurs rien ne nous dit d’avance que l’une de ces manières de
considérer le fait en question soit antérieure ou supérieure aux autres.
En outre, quelle que soit celle qu’on adopte, le phénomène linguistique présente perpétuellement deux faces qui
se correspondent et dont l’une ne vaut que par l’autre. Par exemple:
1° Les syllabes qu’on articule sont des impressions acoustiques perçues par l’oreille, mais les sons
n’existeraient pas sans les organes vocaux; ainsi un n n’existe que par la correspondance de ces deux aspects. On
ne peut donc réduire la langue au son, ni détacher le son de l’articulation buccale; réciproquement on ne peut pas
définir les mouvements des organes vocaux si l’on fait abstraction de l’impression acoustique.
2° Mais admettons que le son soit une chose simple: est-ce lui qui fait le langage? Non, il n’est que
l’instrument de la pensée et n’existe pas pour lui-même. Là surgit une nouvelle et redoutable correspondance: le
son, unité complexe acoustico-vocale, forme à son tour avec l’idée une unité complexe, physiologique et
mentale. Et ce n’est pas tout encore:
3° Le langage a un côté individuel et un côté social, et l’on ne peut concevoir l’un sans l’autre. En
outre:
4° À chaque instant il implique à la fois un système établi et une évolution; à chaque moment, il est une
institution actuelle et un produit du passé. Il semble à première vue très simple de distinguer entre ce système et