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L’accusé est Jean-Paul Raemaekers, quarante-cinq ans, Bruxellois. Il doit répondre du viol et de la
torture de trois enfants: huit, neuf et dix ans. Les preuves sont convaincantes: neuf séquences qu’il a
filmées lui-même en vidéo, où tout est clairement visible. Comme il a déjà été condamné en 1989
pour des faits identiques, l’issue du procès est facile à deviner. Les perspectives de Raemaekers
s’assombrissent encore lorsqu’il s’avère, au premier jour du procès, que son avocat, le célèbre
pénaliste Jean-Paul Dumont, ne sera pas présent à l’audience. Il s’est fait excuser et remplacer par ses
confrères Marc Depaus et Patrick Gueuning. La défense semble déjà se résigner à une situation
déses pérée.
Le seul qui a l’air de voir les choses sous un autre angle, c’est Jean-Paul Raemaekers lui-même. Il
joue le petit-bourgeois au grand cœur qui, d’une bêtise, a gâché une vie jusqu’alors irréprochable. Il
est rasé de près et sort de chez le coiffeur. Au début, il ne parle que lorsqu’on l’interroge. Quand il
s’exprime, c’est avec pathos; il se perd en considérations lyriques tout à fait déplacées. Son débit est
vertigineux. Il peut aussi prendre un ton d’excuse, presque de soumission. Ou pompeux: «Je ne veux
rien cacher et j’entends jouer cartes sur table», répond-il à la première question de la présidente Karin
Gerard. Oui, reconnaît-il, son orientation sexuelle est un problème particulièrement grave. Oui, lui
aussi a visionné les films, mais dans un premier temps, il ne pouvait pas croire que c’était bien lui
qui, en violant la petite fille, éclatait de rire à mesure qu’elle hurlait de douleur. Lorsque de telles
choses se produisaient, il perdait complètement le contrôle de ses actes. «Pour compenser ma
maladie, j’ai toujours tenté de faire le bien», dit-il en se complaisant dans le rôle du malade. «J’ai
souvent fait des dons anonymes à des homes et des orphelinats.» 1
Certains membres du jury somnolent déjà lorsque Karin Gerard aborde, en ce premier jour
d’audience, le sujet inévitable: sa jeunesse. Une jeunesse triste, comme celle de presque tous les
accusés d’assises. Raemaekers n’est pas le nom sous lequel il est né, le 25 juin 1949, premier enfant
d’une certaine Rose Wattiez, d’Etterbeek. Mère célibataire, elle l’abandonne un an et demi plus tard à
l’assistance publique à Bruxelles. Il apprend ses premiers mots à l’orphelinat. En 1954, il est adopté
par Armand Raemaekers, un colonial à la tête d’une famille déjà nombreuse. Le petit Jean-Paul part
vivre avec eux au Congo belge jusqu’à l’indépendance. De retour en Belgique, la famille place
l’enfant, âgé maintenant de onze ans, en pension; il en est renvoyé à dix-sept pour faits de mœurs sur
des camarades plus jeunes. «Elle m’a vendu pour 40.000 francs», fulmine l’accusé lorsque la juge
Gerard prononce le nom de Rose Wattiez. Il n’estime pas davantage son père biologique. Selon l’acte
d’accusation, il s’agit de François Deliens, évêque de l’Eglise gallicane à Liège. Un homme marié et
père de cinq enfants. D’après Raemaekers, il faut y ajouter neuf enfants naturels, dont lui-même.
Rose Wattiez l’a confirmé lors de l’instruction: Deliens est bien le père. Lorsque l’évêque est appelé
à témoigner, il le nie avec force.
Mais plus encore que l’évêque, il déteste sa famille adoptive: «C’est là qu’il faut chercher la
cause», s’écrie-t-il. «Dans cette famille, je recevais plus de coups que de nourriture. Je souffre
aujourd’hui encore de n’avoir jamais connu la chaleur d’un vrai foyer. A cause de ce qui est arrivé là,
j’ai commencé à haïr les femmes. Je suis violent avec elles.» Ce ne sont pas des femmes que la
présidente veut entendre parler, mais des enfants. «Je ne veux pas minimiser mes problèmes», déclare
Raemaekers en se repliant sur son rôle. «Je recherche surtout la vérité.»