democratie Polere.pdf


Aperçu du fichier PDF democratie-polere.pdf - page 2/32

Page 1 23432



Aperçu texte


Introduction
La démocratie est une notion en trompe l’oeil. Elle semble simple, et fait consensus (qui est contre
la démocratie ?). C’est la seule figure du pouvoir qui n’a pas besoin de justification autre que la
définition qui découle de son étymologie, au demeurant si simple que chacun l’a retenue de son
passage à l’école : la démocratie, du grec ancien dèmokratia, « souveraineté du peuple », de
dèmos, « peuple » et kratos, « puissance », « souveraineté », est un régime politique où le peuple
détient le pouvoir. Il se distingue de ce point de vue des deux autres formes de régimes que
distinguaient Aristote et Platon, la monarchie et l’aristocratie. On peut déjà qualifier de manière
succincte ces autres régimes (on se référera à l’Annexe 1 « les systèmes politiques » pour la
typologie la plus actuelle).
Monarchie

Aristocratie

Oligarchie
Théocratie

Dictature

Le gouvernement par un être suprême unique (roi, reine, empereur). Les monarchies sont
aristocratiques, absolutistes, ou, comme en Europe aujourd’hui constitutionnelles et
parlementaires avant tout, avec des compétences royales réduites (Belgique, Danemark,
Espagne, Lichtenstein, Luxembourg, Monaco, Norvège, Pays-Bas, Royaume-Uni, Suède)
(conception actuelle) : Le gouvernement par la noblesse ou par les catégories privilégiées de la
société.
(conception classique, celle d’Aristote) : Le gouvernement par un petit nombre d’hommes, une
élite.
Le gouvernement par un petit groupe de personnes
(conception actuelle) : Le gouvernement par des dirigeants religieux.
(conception classique) : le gouvernement relève d’un rapport privilégié à la divinité, qui peut
être très varié (le gouvernant s’identifie à Dieu : Empereur du Japon ; il est est l’envoyé de Dieu
: régimes messianiques ; son représentant : césaropapisme médiéval, etc.)
(conception actuelle1) : Le gouvernement par des gens qui ont saisi le pouvoir ; forme de
pouvoir arbitraire, autoritaire, parfois tyrannique.
(à l’origine – République romaine) : magistrature suprême exercée de manière provisoire par un
dictateur investi par le Sénat pour rétablir l’ordre dans une situation critique.

La démocratie est, selon la formule de Périclès, reprise 19 novembre 1863 par Abraham Lincoln
(un des pères fondateurs de la démocratie américaine), « le gouvernement du peuple, par le
peuple et pour le peuple. »
Mais si l’on se penche sur la réalité démocratique, on s’aperçoit très vite, qu’à côté de
l’idéal politique assez facile à identifier, cette réalité est justement beaucoup plus
complexe, changeante, et finalement éloignée de cet idéal. Que signifient, en termes de
traductions concrètes, « gouvernement du peuple », « gouvernement par le peuple, gouvernement
pour le peuple » ? Qu’est, déjà, le peuple, et qu’elle est la nature de sa souveraineté ? De plus, la
notion de démocratie a constamment évolué et a qualifié des régimes réels forts différents. Le fait
qu’il n'existe pas de critère officiel internationalement reconnu pour indiquer ce qui est une
démocratie ne dissipe pas la confusion, et même les régimes communistes se sont qualifiés de
démocratiques.
A partir de constats similaires, Giovanni Sartori pouvait en déduire de manière ironique, dans sa
Théorie de la démocratie, que la démocratie est « le nom pompeux de quelque chose qui n’existe
pas ». De manière moins radicale, nous sommes obligé d’admettre que les démocraties
telles qu’elles sont ne peuvent que trahir perpétuellement l’idéal d’un peuple qui détient
le pouvoir à travers sa participation aux affaires de la cité. Cette « trahison
démocratique » est sans doute un élément structurel de la fameuse « crise » de la
démocratie, expliquant que la démocratie est, peut être avant toute chose, un référent
auquel doit tendre l’action. Elle rend aussi impérieuse l’utilisation par le citoyen d’autres modes
de participation que leur seul vote périodique.
La synthèse a pour objectif principal de clarifier la démocratie, notion et « chose », dans une
perspective historique et géographique large. Cela implique de retracer sa genèse, et d’indiquer
comment et pourquoi elle a pris les formes qu’elle a connues et connaît aujourd’hui. Cela nécessite
aussi de resituer les principaux débats que ces choix ont suscité. Les dates clés de l’histoire de la
démocratie sont renvoyées à une chronologie.

1

Depuis Auguste, qui ne rend pas le pouvoir et lui enlève son caractère légal.

2