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4

0123

Dimanche 26 - Lundi 27 février 2012

GÉO & POLITIQUE

Qatar

Les ambitions démesurées
d’une micro-monarchie
golfe
26 et 27 février | conférence internationale sur jérusalem à doha

Boulimique d’investissements aux quatre coins du monde, le minuscule émirat cherche
à s’imposer au sein du monde arabe. Un interventionnisme qui fascine, agace et inquiète à la fois

Benjamin Barthe

L

Doha, envoyé spécial

a scène se déroule le 23 juin 2009
dans le salon d’apparat de la mairie de Paris. Le tapis rouge est
déroulé devant son Altesse Sérénissime Hamad Ben Khalifa
Al-Thani, le monumental émir du
Qatar. Dehors, la police parisienne est sur les
dents. Des hélicoptères sillonnent le ciel de la
capitale et les voies sur berge sont cadenassées. La conversation entre Bertrand Delanoë
et son hôte glisse sur la boulimie d’investissements du micro-Etat qui, en l’espace de quelques mois, est entré au capital de poids lourds
européens comme Porsche, Suez et la banque
Barclays. Tamim, le prince héritier, fils chéri
de l’émir, intervient avec un sourire sibyllin :
« Il faut que vous compreniez, en ce moment
nous rachetons nos chevaux aux Egyptiens et
nos perles aux Indiens. »
Le Qatar : un nabot par la taille (11 500 km2) et
la population (1,7 million d’habitants, dont

85 % d’expatriés), un mammouth par la force
de frappe diplomatique et économique. Gavé
de devises par son industrie gazière, l’une des
plus performantes au monde, la presqu’île du
golfe Arabo-Persique pratique une politique
d’intervention tous azimuts.
Ces derniers mois, il a non seulement raflé
l’organisation de la Coupe du monde de
foot2022 et racheté le PSG, ses deux faits d’armes les plus connus en France, mais il a aussi
investiun milliardde dollars (755millions d’euros) dans des mines d’or en Grèce, pris 5 % de la
banqueSantanderau Brésil, leplus gros établissement financier d’Amérique latine, renfloué
les studios de cinéma Miramax mis en vente
par Disney et placé un autre milliard de dollars
dans un fonds d’investissement en Indonésie.
Parallèlement, le Petit Poucet qatari montait au front des révolutions arabes, en
envoyantses avions de chasse Mirage et ses forces spéciales à la rescousse des rebelles libyens
et en sonnant la charge contre Bachar
Al-Assad, le tyran de Damas. Un activisme
débordant, avec dans le rôle du porte-voix, la
chaîneAl-Jazira, rouleaucompresseurmédiati-

La stratégie se décide
entre quatre personnes :
l’émir, son fils Tamim,
son épouse et le premier
ministre
du pays. « Dans la psyché des Qataris, la perle
est quelque chose de fondamental, explique un
conseiller du maire de Paris. Il y a, chez eux, un
vrai ressentiment historique, un besoin de
revanche sur ces voisins, cheikhs arabes ou
maharajas indiens, qui l’ont copieusement

ROYAUME-UNI

ESPAGNE

FRANCE

Construction d’un port
de luxe à Marbella
400 millions d’euros

Barclays
Banque
Participation de 7,1 %

Village olympique
2 818 résidences avec
le développeur Delancey

La Fermière de Cannes
2 casinos et 2 hôtels
(Majestic et Gray d’Albion)

London Stock Exchange
Bourse de Londres
Participation de 20 %

The Shard
Plus haute tour d’Europe

35 000 m2 sur les Champs-Elysées
ancien siège de la banque HSBC
400 millions d’euros en 2009

Iberdrola
Géant de l’énergie
Participation de 6,5 %

Harrods
Magasin de luxe
100 % du capital

Club de foot de Malaga
36 milliards d’euros

Chelsea Barracks
448 logements. 1,14 milliard d’euros

Spanish Banks
300 millions d’euros

PORTUGAL

Energias
Entreprise membre
de l’indice Euronext 100.
Opérateur dans
le secteur de l’énergie
Participation de 2 %

Chelsfield Partners
Camden Market,
Elisabeth House Waterloo,
ancienne ambassade américaine,
ancien bâtiment du Commonwealth
Participation de 20 %

Songbird
Plus grand constructeur
de bureaux à Londres
Participation de 24 %
Cadbury-Schweppes
Société de confiseries
et de boissons
Sainsbury
Chaîne de supermarchés
Participation de 27,3 %
Imagination Technologies Group
Télécommunications
Participation de 11,4 %

Qatari Diar Brazil
Property Fund
Fonds d’investissement créé en
2010
Adecoagro SA
Participation de 6,5 %. Un des
principaux producteurs d’aliments
et d’énergies renouvelables
en Amérique du Sud

AFRIQUE DU SUD

PME Infrastructure
Managment Limited Fund
Fonds de 300 millions d’euros.
Investissement dans
les infrastructures, les transports,
la communication et l’énergie

KENYA

Achat de terres en négociation

Les principaux investissements
Finance
Immobilier et hôtellerie
Agriculture
Sport

CUBA

Hôtel de luxe à Cayo
Largo
57 millions d’euros
d’investissement
dans un joint-venture
avec le groupe hôtelier
Gran Caribe

ÉGYPTE

Achat de terres
agricoles en négociation

St Regis
Complexe touristique
et résidentiel au Caire

SOUDAN

Usine Altis
Fabriquant de semi-conducteurs
Veolia Environnement
5 % du capital en 2010

MONACO

Société des Bains de mer
Compagnie qui gère des actifs
dans l’hôtellerie haut de gamme
et les loisirs. 6 % du capital

Vinci
BTP. Echange en 2009 du
groupe Cegelec contre 6 %
d’actions de BTP Vinci
Lagardère Group
10,7 % du capital
Investissement
pour les jeunes
issus des quartiers populaires
50 millions d’euros
Qatar prix Arc de triomphe
sponsoring
Club Paris-Saint-Germain
Club de football

LUXEMBOURG

KBL
Banque privée luxembourgeoise
Plus de 1 milliard d’euros

SUISSE

Credit Suisse
Banque
9,9 % du capital

SUÈDE

OMX
Grand opérateur nordique
sur le marché des valeurs
immobilières. Participation
de 9,9 %

United States Real Estate Opportunities Fund
Fonds d’investissement

Banco Santander Brazil
Banque. 5 % de participation
Achat de terres agricoles
75 millions d’euros en 2010

The Peninsula. Hôtel. Partenariat avec
The Hong Kong and Shangai Hotels

Suez environnement
5 % du capital en 2010

ÉTATS-UNIS

BRÉSIL

ARGENTINE

pillé. » Dans les années 1980, alors jeune prince
héritier, le cheikh Hamad fait une autre expérience amère. Lors d’un voyage en Europe, un
douanier à l’aéroport lui agite son passeport
sous le nez, goguenard : « Mais c’est où ça, le
Qatar? Ça existe vraiment ? » Mortifié, le futur
émir aurait juré de faire très vite connaître son
confetti de terre.
Son arme sera le North-Dome, le plus grand
gisement mondial de gaz naturel, à cheval sur
les eaux territoriales du Qatar et de l’Iran. Son
père, l’émir Khalifa, redoutait que la mise en
valeur de cette manne n’agace justement la
République islamique. Il craignait aussi de braquer l’Arabie saoudite, sourcilleux patron des
micro-Etats de la péninsule.
En 1995, à l’âge de 43 ans, l’impétueux
Hamad profite d’un séjour en Suisse de son
pusillanime de père pour le déposer et lancer
son royaume dans un processus de modernisation à marche forcée. Instruit par les déboires du Koweït, le jumeau pétrolier du Qatar
envahi par les troupes de Saddam Hussein en
1990, le jeune monarque veille à assurer ses
arrières. Un an après son putsch de palais, il

que, à l’avant-garde de la stratégie d’influence
développée par Doha.
Pour comprendre ce qui fait courir la dynastie Al-Thani, il faudrait donc, comme le soufflait Tamim, remonter à l’époque des perles et
des chevaux, les deux « mamelles » historiques

Sharm El-Sheikh Resort
Complexe touristique
et résidentiel

Fisker Automotive
Automobile haut de gamme
General Motors
Automobile
Miramax Films
Société de production
et de distribution de cinéma

TUNISIE

Tunisian Desert Hotel
Complexe touristique
5 étoiles à Tozeur
Investissement
de 38 millions d’euros

MAROC

Moroccan Touristic Engineering
Compagny
Développement du tourisme
pour le compte de l’Etat
Al-Houara Resort (Tanger)
Station touristique de luxe

Achat de terres
agricoles en négociation

Industrie, énergie, transport
Divers

Le portefeuille de la Qatar Investment Authority (QIA) est évalué
à 60 milliards d’euros. Sa stratégie obéit à plusieurs logiques :
une logique de placement, à l’œuvre dans la plupart des achats
immobiliers hors hôtels, avec une rentabilité garantie d’au moins 5 % ;

Qata
ta

une logique de développement, viss
de Veolia, dont le cœur de métier (e
Doha ; une logique politique, évide
e
de Lagardère ; et enfin une logique

GÉO & POLITIQUE
lance Al-Jazira. A la fois professionnelle et
populiste, bête noire des rivaux du régime,
comme l’Egypte de Hosni Moubarak et l’Arabie du roi Fahd qui avaient critiqué le coup
d’Etat de 1995, mais beaucoup plus conciliante avec ses alliés comme la Libye de Mouammar Kadhafi –, avec qui l’émir partage une
même détestation des Saoud – la nouvelle
venue s’impose comme la caisse de résonance
planétaire de la diplomatie de Doha.
En 2003, nouvelle rupture : le Cheikh
Al-Thani ouvre son pays au Pentagone, qui
installe dans les sables du Qatar ce qui va devenir la plus grande base aérienne américaine
en dehors des Etats-Unis. La tête de pont de
ses opérations en Irak et en Afghanistan.
Dans les années 1990, l’émir avait aussi noué
un début de lien diplomatique avec Israël,
pays avec lequel il restera en contact jusqu’à
l’offensive de Tsahal contre la bande de Gaza,
en janvier 2009.
Soucieux de ne froisser personne, le Qatar se
transforme dans le même temps en terre d’accueil des opposants islamistes aux régimes en
place dans le monde arabe : du prédicateur
libyen Ali Al-Salibi à l’Algérien Abassi Madani,
en passant par le télé-coraniste égyptien Qaradawi et le Tunisien Rached Ghannouchi, le
patron d’Ennahda, futur vainqueur des législatives tunisiennes… Sans oublier Oussama Ben
Laden, l’ennemi public numéro un de l’Oncle
Sam, dont les messages audio sont retransmis
sur Al-Jazira. Objectif de ce jeu d’alliance à
360 degrés : tenir à bonne distance Riyad et
Téhéran, et surtout s’assurer un accès ininterrompu au détroit d’Ormuz, passage obligé de
ses exportations de gaz naturel liquéfié. « Le
Qatar est assis sur un tas d’or mais il se sait très
fragile, analyse un diplomate français. Pour
continuerà exister, il a compris qu’il doit se faire
connaître et reconnaître.»
Le Qatar aurait pu en rester là. Continuer son
numéro d’équilibriste diplomatique tout en
plaçantsafortune dansdes bons du trésor américain ou des projets immobiliers sans valeur
ajoutée, comme dans l’ex-Europe de l’Est, où il
achète des morceaux de ville entiers. Une stratégie de bon père de famille, avisé mais sans
aucunrayonnementdansles capitales occidentales. Témoin, la morgue de Bertrand Delanoë,
en 2006, lorsque le Qatar Investment Authority (QIA), bras financier de l’émirat, classé au
douzième rang des fonds souverains les plus
riches de la planète, avait tenté une première
approche du PSG. Le maire de Paris avait fustigé « ces fonds exotiques », allant jusqu’à émettre des doutes sur « l’origine des capitaux ».
Tout change avec la crise financière de
2007-2008.En quelques mois, les grands trésoriersde la planètese retrouvent à court de liqui-

ALLEMAGNE

Volkswagen
Automobile
Participation de 17 %

5

de passion particulière pour la démocratie.
Mais son désir d’être du bon côté de l’Histoire,
le positionnement marketing d’Al-Jazira – « la
voix des sans-voix » – et surtout, l’impuissance de ses pairs arabes qui laissent un espace à
prendre, l’ont incité à sauter dans le train des
révolutions. « Le Maroc est trop loin, l’Algérie
trop sénile, l’Egypte paralysée par sa révolution, l’Irak enfoncée dans la crise et l’Arabie
engluée dans les calculs de succession, résume
un diplomate français. Il y avait un vide et les
Qataris l’ont occupé. » Du pur opportunisme,
donc : un peu comme si la France et l’Allemagne faisaient faillite et que la Slovénie se
retrouvait à piloter l’Europe.
Combien de temps cette business-diplomatie tapageuse peut-elle encore durer ? Mise sur
orbite par la volonté d’un homme et quelques

Dans le monde arabe
« l’interventionnite »
du clan Al-Thani
suscite une exaspération
croissante

Son Altesse Sérénissime Hamad Ben Khalifa Al-Thani,
lors de l’assemblée générale des Nations unies du 21 septembre 2011.
XINHUA/ZUMA/REA

dités. La Russie et la Chine étant jugées infréquentables, c’est vers le Golfe que les multinationales en mal de cash choisissent de se tourner. Chance pour le Qatar, son industrie gazière arrive à maturité au même moment. Le
méga-complexe de liquéfaction de Ras Laffan,
à 80 kmau nord de Doha, voitdéfiler les méthaniers. « C’est à partir de ce moment que le Qatar
s’est mis à investir dans des marques prestigieuses comme Suez, Vinci ou Harrods et que sa cote
s’est envolée, explique un banquier qui a travaillépourle Palais.Sans lacrise, onen serait resté à la situation de 2006. »
Le QG de cette métamorphose est situé dans
une tour vertigineuse, surmontée d’un dôme
de verre bleuté, qui domine la baie de Doha. La
Qatar Holding, la branche du QIA en charge des
investissements dans le secteur industriel, y
occupe quelques étages. C’est là qu’ont afflué
des dizaines de banquiers étrangers, laissés sur
le carreau par la faillite de Lehman Brothers, à

UKRAINE

Achat de terres agricoles
75 millions d’euros en 2010

Porsche
Automobile
Participation de 10 %
Hochtief
Entreprise de BTP
chargée des installations
de la Coupe du monde
de football en 2022 au Qatar
Participation de 9,1 %

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Dimanche 26 - Lundi 27 février 2012

RUSSIE

Russian Industrial Urals
Exploration géologique
pour l’extraction de minerais
380 millions d’euros

l’été 2008. « C’est l’une des rares institutions du
pays dont les employés bossent comme des
malades », sourit un familier de West Bay, le
quartier des affaires de Doha. Un activisme qui
s’explique facilement: alors que dans l’émirat
voisin d’Abou Dhabi, le processus de décision
est dilué entre une multitude de frères et demifrères,au Qatar,la stratégie se décide entrequatre personnes : l’émir, son fils Tamim, de plus
en plus associé à la marche du pays, une de ses
épouses, la fringante Cheikha Mozah à la tête
de la Qatar Foundation, et le premier ministre,
Hamad Ben Jassem Al-Thani, patron du QIA.
« Dans un pays normal, le business va vite et le
gouvernement est lent, explique un homme
d’affaires qatari. Ici, c’est le contraire. Les hommes d’affaires courent en permanence après
l’autorité publique.»
Arrive la dernière étape de l’ascension de la
start-up Al-Thani : 2011 et les « printemps arabes ». Despote éclairé, le cheikh Hamad n’a pas

CHINE

PAKISTAN

Banque industrielle
et commerciale de Chine

Achat de terres agricoles
en négociation

INDE
GRÈCE

Recyclage des infrastructures
des JO de 2004.
5 milliards d’euros
Canadian European Goldfields
Investissement dans le groupe
minier pour l’extraction de mines
d’or en Grèce. 570 millions d’euros

TADJIKISTAN

Diar Dushanbe
Tours résidentielles comprenant
un hôtel 5 étoiles, des centres
commerciaux, des salles
de conférence et des jardins
Achat de terres agricoles
en négociation

accidents de l’Histoire, la fusée qatarie subira
un jour ou l’autre des accidents contraires qui
l’obligeront à redescendre sur Terre. Dans le
monde arabe, par exemple, « l’interventionnite » du clan Al-Thani suscite une exaspération
croissante.
Venu mi-janvier assister aux célébrations
dupremieranniversairedela révolutiondu jasmin, l’émir a été conspué par des milliers de
Tunisiens qui l’ont accusé d’être le complice
d’un plan américain visant à remodeler le Proche-Orient au profit du camp islamisto-sunnite incarné par les Frères musulmanségyptiens.
Quelques jours plus tôt, l’émir avait été renvoyé de Mauritaniepar son homologue, Mohamed Ould Abdel Aziz, ulcéré que son royal invité lui ait enjoint de dialoguer avec son opposition… islamiste.
A force de se faire le chantre de la démocratisation,le pachade Doha a dû annoncerdes élections législatives pour 2013. Le courant ultraconservateur salafiste, dominant dans la société qatarie, pourrait lui signifier son peu d’entrain à cohabiter en 2022 avec des supporters
de foot éméchés. Sans compter les risques de
coup d’Etat, une valeur sûre aux pays des perles. Conclusion de la politologue Fatiha Dazi
Héni: « La famille Al-Thani est loin d’être à l’abri
d’un effet boomerang. » p

Petronet LNG
Compagnie de gaz indienne
Participation de 10 %
Hinduja National Power
Corporation Limited
Société du groupe Hinduja
dans le secteur de l’énergie
Participation de 10 %

Fonds d’investissement
créé avec Carbon Trust (RU)
pour lutter contre le réchauffement
climatique. Accord avec China Energy
Conservation Investment
Corporation
Sino-Singapore Tianjin Eco-City
Projet de ville écologique,
respectueuse de l’environnement.
Participation de 10 %
Banque agricole de Chine

SRI LANKA

THAÏLANDE

Achat de terres en négociation

VIETNAM

JSM Indochina
Fonds immobilier mis en place
pour investir dans l’immobilier
commercial et résidentiel
au Vietnam et au Cambodge
Participation de 5,7 %
Dragon Capital
Groupe d’investissement centré
sur les marchés financiers
émergents au Vietnam
Achat de terres en négociation

Qatar Sri Lanka
Investment Fund
Fonds commun
d’investissement

SINGAPOUR

Raffles Hotel
Chaîne hotelière
Raffle’s Medical Group
Réseau de cliniques médicales

MALAISIE
QATAR

Qatar and Philippines Fund
Fond d’investissement destiné
au développement du tourisme,
de l’agriculture, des mines
et de l’énergie
Capitalisation
de 750 millions d’euros

Achat de terres agricoles
en négociation

TURQUIE

The Turkuvaz Media Group
Grand groupe de médias turcs
Participation de 25 % en 2008
Achat de terres agricoles
en négociation

PALESTINE

Rawabi
Complexe immobilier
de 5 000 maisons
Participation de 70 %

de palaces comme le Royal Monceau. Gare aux fantasmes, toutefois :
le Qatar ne « rachète » pas le monde et pas non plus l’Hexagone. La QIA
reste un nain par rapport à Abou Dhabi Investment Authority, le fonds
souverain des Emirats arabes unis, coté à 470 milliards d’euros.

QIA Malaysia Fund
Investissement dans l’énergie
et l’immobilier
Capitalisation initiale
de 3,8 milliards d’euros

INDONÉSIE

Qatar Holding Indonesia
Investissement
dans les ressources minérales
et les projets d’infrastructure
Capitalisation initiale
de 750 millions d’euros
Achat de terres agricoles
en négociation

SYRIE

Complexe commercial
et résidentiel à Damas
Complexe touristique
Ibn Hani Bay Resort
à Lattaquié

ar Inc.

sible dans son entrée au capital
eau, déchets) intéresse beaucoup
ente dans son implication au sein
de prestige, symbolisée par le rachat

PHILIPPINES

AUSTRALIE

LIBAN

BLC Bank
Acheté par QIA en 2005
pour plus de 180 millions d’euros.
Racheté par Fransabank en 2007

JORDANIE

Jordan Qatar Join Investment Fund
Fonds commun de placement

INFOGRAPHIE LE MONDE
SOURCES : QIA (WWW.QIA.QA), QATARI DIAR (WWW.QATARIDIAR.COM) ;
COMPILATION DE DONNÉES À PARTIR DE L'AFP ; LE MONDE ; HTTP://FARMLANDGRAB.ORG ; HTTP://TAIGHDE.COM

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GÉO & POLITIQUE
Doha veut
les Jeux
olympiques
de 2020
Mustapha Kessous

E

Le Shard, gratte-ciel
au bord de la Tamise,
devrait être achevé
en juin 2012.
LUKE MACGREGOR/REUTERS

Le Qatar s’offre la plus haute tour d’Europe
Le Shard, 310m, fait partie des nombreux investissements de l’émirat à Londres
Eric Albert
Londres, correspondance

A

u bord de la Tamise, le long de London
Bridge, se dresse une énorme tour
actuellement en construction. Visible à
des kilomètres à la ronde, le bâtiment
s’élance, fin et gracieux, dans le ciel de Londres,
s’amincissantvers le sommet. A sonpied, la réalité de son gigantisme rattrape le visiteur.
A 310 mètres, quand sa construction sera terminée au mois de juin, le Shard (« l’éclat de verre ») sera le gratte-ciel le plus haut d’Europe. Il
comprendrapresquecentétages debureaux,restaurants, hôtels et appartements… Achevé pour
les Jeux olympiques de cet été à Londres, conçu
par Renzo Piano – coarchitecte du Centre Pompidou à Paris –, le bâtiment sera le plus éclatant
symbole de la présence toujours plus importante du Qatar dans la capitale britannique, première d’Europe investie par ce petit pays.
Le Shard, qui a coûté 1,8 milliard d’euros, a été
financé à 80 % par quatre banques et fonds d’investissement de l’émirat. Il se murmure même
que deux de ses appartements de très haut luxe,
qui prennent un étage entier chacun, serviront
de résidence à la famille royale qatarie. De leurs
fenêtres, ses membres pourront admirer la capitale britannique, dont ils possèdent désormais
une bonne partie.
Depuis environ cinqans, le Qatar multiplie les
investissements au Royaume-Uni. A travers ses
diversesentités(QatarHolding,QatariDiar, Ches-

field ou Barwa International), l’émirat a investi
des dizaines de milliards d’euros. L’argent a été
partiellementinjectédansdesprisesdeparticipation de grandes entreprises cotées en Bourse: les
supermarchés Sainsbury, la banque Barclays, la
Bourse de Londres… Mais l’essentiel est allé dans
l’immobilier, particulièrement à Londres, avec
un goût prononcé pour les quartiers luxueux
autour de Mayfair.

Le pays a investi
plus de 6 milliards d’euros
en immobilier dans
la capitale britannique
«C’est l’un des principaux investisseurs immobiliers à Londres aujourd’hui, estime Damian Corbett, qui travaille à Jones Lang LaSalle, une entreprise de conseils en immobilier. Contrairement
auxautresétrangersquipréfèrentacheterdesbâtiments existants, le Qatar est prêt à se lancer dans
desconstructions,parce qu’ilest là pour le long terme.» Selon DamianCorbett, le Qatar y a investi
ces dernières années plus de 5 milliards de livres
sterling (6 milliards d’euros). Cette somme ne
recouvreque le prixdes terrainset des bâtiments.
Ilfautyajouter« substantiellementplus »pourles
programmes de construction en cours.

L’une des acquisitionsles plus emblématiques
a été, pour 1,8 milliard d’euros, en 2010, le grand
magasin Harrods, jusqu’alors détenu par l’homme d’affaires égyptien Mohamed Al-Fayed. Le
Qatar possède aussi Chelsea Barracks (1,2milliard
d’euros), une ancienne caserne militaire avec
cinq hectares de terrain ; il construit un grand
complexeimmobilier au cœur d’Oxford Street; il
est le principal actionnaire de Canary Wharf, le
quartierd’affairesde l’est de Londres. En février, il
a ajouté à sa collection le 1, Cabbott Square, une
tour où la banque Credit suisse a établi son siège
britannique. Enfin, symbole étonnant, le Qatar a
acheté l’actuelle ambassade américaine à Mayfair (celle-ci va bientôt déménager et le bâtiment
sera transformé en hôtel et appartements).
Tous ces investissements sont-ils purement
financiers? Parfois, la diplomatie se mêle à l’argent. L’été dernier, l’émirat a attiré l’attention
quand il a acheté pour 670 millions d’euros la
moitié du village olympique: après les JO, en partenariat avec le promoteur immobilier Delancey,
ilva mettreà lalocation1400 appartementsutilisés par les athlètes. La décision retire une épine
du pied des organisateurs des Jeux, qui cherchaient depuis longtemps un repreneur.
Le Qatar a multiplié les investissements à partir de 2008, au moment où les financements privés disparaissaientà cause du début de la crise. Le
projet du Shard était notamment bloqué, et c’est
l’argent de l’émirat qui l’a relancé. « Ils ont comblé
un vide en choisissant idéalement leur moment
pouracheteràbasprix»,estimeM.Corbett.L’émirat ne fait pas dans la charité. p

Le premier client de la planète sur le marché de l’art
Depuis quelques années, Doha collectionne les œuvres comme les stars du secteur des beaux-arts
Harry Bellet

O

n ne s’ennuie pas à Doha. Du
moins si on aime les beaux-arts.
En ce moment même, on peut y
voir plusieurs expositions, qui
ont déplacé le ban et l’arrière-ban des marchands de tableaux du monde entier. Car
l’émirat est devenu le plus gros client de la
planète. C’est le mensuel The Art Newspaperquil’affirmaitenjuillet2011,et cestatut
semble confirmé par l’information, révélée par le magazine Vanity Fair, selon
laquelle le Qatar se serait offert, en vente
privée,une descinqversionsdes Joueursde
cartes de Paul Cézanne. Pour un montant
non divulgué officiellement, mais estimé
entre 250 et 300 millions de dollars (entre
189 et 227millions d’euros).
Lapremièrementiond’uneactivitéqatariedansce domainetrèsparticulierdesarts
remonteau 27octobre1999,lorsde lavente
d’une des plus belles collections de photographies du monde, celle du libraire français André Jammes. Un parent de l’émir,
SaoudMohammedAl-Thani,àl’époqueresponsable de la politique culturelle du pays,
avait acheté pour 40 millions de francs
d’épreuves,soit un peu plusde la moitiédu
produit de la vente. Le cheikh présidait

alors le Conseil national pour la culture, les
arts et le patrimoine du Qatar et avait mis
en chantier plusieurs musées, en confiant
la construction à des grands noms de l’architecture internationale.
En 2005, date à laquelle il a été écarté de
ses fonctions, le total de ses acquisitions
sur le marché était évalué à 1,5 milliard de
dollars (1,1milliard d’euros). Cela allait de la
dague moghole, achetée en 2004 plus de

Le Qatar se serait offert
une des cinq versions
des « Joueurs de cartes »
de Paul Cézanne
1,3 million de dollars (1 million d’euros),
onze fois son estimation, au marbre
romain, la célèbre Vénus Jenkins, payée
7,9millions de livres sterling (9,4millions
d’euros) en juin2002. Un record mondial.
Mais c’est à l’ouverture, en 2008, du
Musée d’art islamiqueconçupar l’architecte Ieoh Ming Pei qu’a été révélée en partie
l’ampleurdes acquisitionsqataries.Consti-

tuée en une dizaine d’années, la collection
rivalise,selonOliverWatson,sonresponsable, ancien conservateur du Victoria
& Albert Museum de Londres, avec celles
des plus grands musées du monde.
Il a fallu attendre l’inauguration, en
décembre2010, du Mathaf (« musée » en
arabe), pour comprendre d’où venait la
hausse régulière de la cote des artistes du
monde arabe: depuis vingtans, son fondateur Cheikh Hassan Ben Mohammed Ben
Ali Al-Thani, lui-même artiste et vice-président de la Qatar Museums Authority, les
collectionnait. Il a accumulé là près de
6000œuvres datant de 1840 à nos jours.
Comme un nouveau musée national,
conçu par l’architectefrançais Jean Nouvel,
doit ouvrir en 2013, et que sont aussi prévus un muséum d’histoire naturelle, une
bibliothèque nationale et un musée de la
photographie, il n’y a aucune raison que
cessent ces achats. Pour les effectuer, le
Qatar a d’ailleurs recruté, en juillet 2011,
l’ancien président de la maison de vente
Christie’s, Edward Dolman.
L’émiratcollectionneaussil’art contemporain : on le soupçonne d’être derrière
l’échec de la dation à l’Etat français des
œuvres de la collection du producteur de
cinémaClaude Berri(morten 2009),rachetéesensous-main,maisaussid’êtrel’acqué-

reur d’une œuvre de Damien Hirst, Lullaby
Spring, vendue 14,34 millions d’euros par
Sotheby’s, en juin 2007, à Londres, et qui
avait fait de son auteur l’artiste vivant le
plus cher du monde ; ou encore d’un
tableau de Mark Rothko cédé un mois plus
tôt par la famille Rockefeller pour la somme ahurissante de 72,8 millions de dollars
(55millions d’euros).
Moins coûteux, mais plus symbolique,
les deux portraits de Yan Pei-Ming, représentant l’émir et l’une de ses épouses,
ornent le hall du Mathaf. Une sculpture de
l’Américain Richard Serra est posée dans la
baie, face au musée d’art islamique, un
ensemble monumental du Chinois Cai
Guo-Qiang va être installé non loin, et
Maman, une araignée de bronze et d’acier
sculptée par Louise Bourgeois, se dresse à
9m de haut dans le hall du nouveau centre
des congrès. L’artiste américaine d’origine
françaiseest égalementexposée– une quarantaine d’œuvres – dans les locaux de
l’Autorité des musées du Qatar.
Enfin, le 9 février, a été inaugurée une
exposition du Japonais Takashi Murakami : plus de soixante œuvres, dont une
peinturede100 mde long! Lecommissaire
choisipourl’installerestMassimilianoGioni,leprochaindirecteurdelaBiennaled’art
contemporain de Venise. p

n moins de deux décennies, ce
petit pays est devenu l’un des plus
grands terrains de jeux du monde.
Le riche Qatar a su attirer, grâce à
ses dollars inépuisables, les plus prestigieuses compétitions: tennis, golf, rugby,
cyclisme, moto, etc. Mais ce micro-Etat de
1,7million d’habitants veut voir beaucoup
plus grand.
Le Qatar a accueilli les Jeux asiatiques
en 2006, les Mondiaux d’athlétisme en salle en 2010, la Coupe d’Asie de football en
2011. Ce n’était pas suffisant. Il a décroché
l’organisation du championnat du monde
de handball en 2015. Surtout, la Fédération
internationale de football (FIFA) a choisi,
en décembre2010, cette nation désertique
de seulement 11 500km2 pour recevoir la
Coupe du monde 2022.
Le Qatar est-il rassasié? Pas tout à fait.
Doha, la capitale, veut… les Jeux olympiques 2020. La ville est candidate – tout
comme Istanbul, Tokyo, Madrid et Bakou–
pour être l’hôte de la compétition sportive
la plus médiatique de la planète. Doha
avait déjà postulé pour l’organisation des
Jeux de 2016, mais le Comité international
olympique (CIO) avait rejeté son dossier. A
cause de la chaleur étouffante de l’été, le
Qatar avait proposé d’accueillir les Jeux du
15 au 30octobre. Impossible. Le cahier des
charges du CIO précisait qu’ils doivent
avoir lieu entre le 15juillet et le 31août, la
période officielle.
Le Qatar a de nouveau proposé, le
20février, d’accueillir les Jeux 2020 du
2au 18octobre. «Le CIO laisse désormais le
choix aux villes requérantes de faire des
propositions de dates en dehors de la période officielle, explique-t-on du côté du CIO.
Le Comité étudiera ces dates et acceptera,
ou pas.» En mai, le Comité exécutif olympique décidera des villes candidates. Si
Doha y figure, l’émirat garderait alors toutes ses chances en vue de la décision finale,
en septembre2013.
D’ici 2020, la chaleur ne devrait plus
être un problème: le Qatar a prévu de
construire des stades entièrement climatisés et écologiques avec… zéro rejet de carbone. Afin d’être prêt pour la Coupe du
monde – et pour séduire les membres du
CIO –, le Qatar prévoit de dépenser, sur les
cinqprochaines années, 225milliards de
dollars (170 milliards d’euros) dans différents projets d’infrastructures: 3 milliards
dans la construction de stades, 17milliards
dans les hôtels… En s’appuyant sur de la
main-d’œuvre asiatique travaillant dans
de rudes conditions.

Résonance planétaire
Le choix de Doha viendrait définitivement consacrer les succès de la « diplomatie sportive» de ce minuscule pays.
Depuis son arrivée au pouvoir, en 1995,
l’émir du Qatar, le cheikh Hamad Ben Khalifa Al-Thani, a une obsession: faire briller
son Etat à travers le monde. La chaîne de
télévision Al-Jazira, créée en 1996 à Doha, a
largement contribué à sa notoriété. Le
sport lui a donné une résonance planétaire. «Le sport mondial est à vendre», a observé l’économiste français du sport Frédéric
Bolotny. Or le Qatar peut dépenser sans
compter grâce à son gaz, dont il est le troisième producteur de la planète.
En novembre2003, la chaîne Al-Jazira
Sport est lancée à Doha et devient vite le
bras armé de cette « diplomatie sportive».
Elle rachète les droits télévisuels de dizaine de sports; elle s’impose au MoyenOrient et en Afrique. Aujourd’hui, elle s’attaque à l’Europe. Dans quelques mois,
Al-Jazira Sport devrait voir le jour en France, au grand dam de Canal+ ou de TF1. Elle
a déjà décroché les droits télévisuels pour
l’étranger de la Ligue1 de football mais aussi de la Ligue des Champions et, il y a quelques jours, de la Ligue Europa.
L’appétit de la famille régnante pour le
sport est devenu gargantuesque. En 2010,
le club espagnol Malaga CF est devenu la
propriété des Al-Thani. Le 31mai, le Qatar
Sports Investments, groupe fondé par le
prince héritier Tamim, est entré à hauteur
de 70% au capital du Paris-Saint-Germain
pour quelque 50millionsd’euros et a déjà
dépensé plus de 100 millions d’euros pour
recruter des joueurs. La Qatar Foundation
a déboursé plus de 30millions d’euros par
an (de 2011 à 2016) pour figurer sur le
maillot du FC Barcelone. Et Qatar Airways
est devenue la compagnie aérienne officielle du… Tour de France. p


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