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Evolution des dépenses de publicité par habitant en France

L'objectif officiel des instruments qui produisent la culture de masse n'est pas de fabriquer l'idéologie du système. A la différence de la religion, essentielle dans les sociétés pré-capitalistes, ils ne prétendent même pas proposer une vision globale du
monde. Apparemment, ils ne visent qu’à distraire, informer ou donner envie d'acheter un produit. Mais en réalité, ils diffusent de nombreuses représentations culturelles,
en valorisant les comportements qui sont favorables au capitalisme. Ce n'est d'ailleurs
pas un hasard si la publicité joue un rôle économique central dans les industries culturelles ou médiatiques, car l'idéologie de la consommation est le cœur de la culture
de masse diffusée par le capitalisme de notre époque. Les mouvements «anti-pub»
ont compris les premiers l’enjeu de cette bataille et devraient bénéficier bien plus
qu’aujourd’hui du soutien actif des militants de gauche.
Cette offensive idéologique pénètre tous les milieux sociaux, contrairement à une vision
répandue chez les plus diplômés selon laquelle ce bourrage de crâne ne toucherait que
les couches populaires, tandis que l’élite partagerait une culture libre et éclairée. Cette
mentalité de la petite-bourgeoisie qui est persuadée qu’elle se distingue du peuple, est
au contraire une manière très efficace pour obtenir l’adhésion aux normes du capitalisme
de ceux qui se réjouissent d’appartenir aux «classes moyennes».

Les institutions
La critique de l'idéologie dominante conduit à s'intéresser à toutes les institutions
sociales, et pas seulement celles qui sont liées au système économique, car chacune
d'elle contribue à diffuser des modèles culturels.
Les institutions politiques, par exemple, ne sont absolument pas neutres. Après avoir fait
du suffrage universel (d'abord masculin) l'un de ses principaux objectifs au 19e siècle,
après avoir développé la critique du pouvoir personnel et du régime présidentiel (à la
suite de l'utilisation plébiscitaire du suffrage universel faite par Napoléon III contre la
République), le mouvement socialiste français a grandement négligé ces
questions, se contentant de défendre les «institutions démocratiques» face aux pays de
l'Est sans réfléchir plus avant à leur fonctionnement. Parmi les exceptions à cette tendance
générale, il faut citer la critique faite par François Mitterrand contre les institutions de la
Cinquième République après 1958. Il s'avèrera effectivement par la suite que les institutions de la Cinquième République ont contribué à l'isolement et aux reculs de la gauche
au pouvoir.
On peut remarquer que ces institutions correspondent à la vision paternaliste et autoritaire qui était celle des couches sociales représentées par De Gaulle en 1958 (petits
commerçants, agriculteurs...), que l’on retrouve dans la représentation conservatrice
du rôle du chef de famille ou du chef d'entreprise. Nous sommes donc en présence
de modèles culturels sur lesquelles les institutions s’appuient, et qu’elles vont contribuer ensuite à renforcer dans la société.

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Cette critique doit également s'étendre à des institutions qui sont parfois considérées
comme étant d'un progressisme irréprochable. Par exemple, l'école. Force est de
constater qu'elle contribue, malgré l'engagement majoritaire des enseignants, à reproduire les inégalités sociales qui existent entre les enfants à la naissance et à les rendre
légitimes par le biais du diplôme.