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Titre: Leishmanioses cutanées en Algérie Bilan de 386 cas diagnostiqués au CHU Mustapha d'Alger de 1998 à 2007
Auteur: Houria Zait; Bousaad Hamrioui

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THÉMATIQUE
PARASITOLOGIE
À TAPER

Leishmanioses cutanées en Algérie
Bilan de 386 cas diagnostiqués
au CHU Mustapha d’Alger de 1998 à 2007
Houria Zait a,*, Bousaad Hamrioui a

RÉSUMÉ
L lleishmanioses
Les
i h
i
cutanées
é sont endémiques
dé i
en Algérie.
Al é i La
L conséquence
é
directe de leur recrudescence alarmante dans ce pays depuis la fin des
années 1990 a entraîné une forte demande de diagnostic au laboratoire
de cette affection.
De début 1998 à fin 2007, 386 patients atteints de leishmanioses cutanées (LC) confirmées biologiquement ont été colligés au laboratoire de
parasitologie-mycologie du CHU Mustapha à Alger. L’objectif du présent
travail est d’essayer de préciser les caractéristiques épidémiologiques et
diagnostiques de la LC à travers les cas rapportés.
La majorité de nos patients habitaient au nord du pays ou avaient séjourné
en zones d’endémies. L’affluence des malades était maximale en automne
et au début de l’hiver.
Dans notre série, la LC touche essentiellement les enfants de moins de
5 ans. Le visage constitue la région anatomique la plus atteinte, les membres arrivent en seconde position. Nous avons noté, à travers ces cas,
une similitude des caractéristiques épidémiologiques avec celles déjà
rapportées dans le passé.
Leishmaniose cutanée sporadique du nord –
leishmaniose cutanée zoonotique – épidémiologie – Algérie.

1. Introduction
La leishmaniose cutanée existe en Algérie sous deux entités
épidémiologiques distinctes : la leishmaniose cutanée zoonotique (LCZ), largement répandue au centre et au sud du
pays [1, 2], due à Leishmania (L) major MON-25 [1, 2, 3] et la
leishmaniose cutanée sporadique du nord (LCS) provoquée
par L. infantum avec un variant enzymatique dermotrope
prédominant, le zymodème MON-24 [1, 2, 4, 5].
À la fin des années 1990, l’Algérie a connu une recrudescence alarmante de cette zoonose. De 2000 à 2004,
45 363 cas ont été notifiés par Institut national de santé

a Laboratoire de parasitologie-mycologie
Centre hospitalier universitaire Mustapha
Place du 1er Mai
16000 Alger – Algérie

* Correspondance
houria.zait@yahoo.fr
article reçu le 22 octobre 2008, accepté le 7 mars 2009.
© 2009 – Elsevier Masson SAS – Tous droits réservés.

SUMMARY
Cutaneous leishmaniasis in Algeria. About 386
cases diagnosed in the Mustapha University
Hospital (Algiers) from 1998 to 2007.
Cutaneous leishmaniasis (CL)are endemic in
Algeria. The alarming recrudescence of the disease in this country since the end of nineties
has for direct consequence a strong demand for
laboratory diagnosis of this affection.
From the beginning of 1998 to the end of 2007,
samples from 386 patients with a biologically
confirmed diagnosis of CL were collected over
a 9-year period at the laboratory of parasitologymycology in the Mustapha University Hospital
center in Algiers. The aim of this work was to
specify the epidemiological and diagnostical characteristics of CL through the cases reported.
The majority of our patients lived in the North of
the country or had stayed in endemic areas. The
highest incidence was observed in autumn and
at the beginning of winter.
In our serie, CL mainly affected children of less
than 5 years. The face constituted the most involved anatomic region, members coming in second
position. By comparing the present cases with
those reported in the past, it was obseved a similarity in the epidemiological characteristics.
Sporadic cutaneous leishmaniasis (SCL) –
zoonotic cutaneous leishmaniasis (ZCL) –
epidemiology – Algeria.

publique (INSP) [6]. En 2005, l’incidence nationale de la
LC avait atteint le chiffre record de 78,5 pour cent mille
habitants [6].
Au laboratoire, la conséquence directe de cette forte incidence s’est traduite par une demande accrue de l’analyse
parasitologique de cette affection.
Nous rapportons 386 cas de LC, confirmés par un examen parasitologique direct colligés, sur une période de
9 ans, au laboratoire de parasitologie-mycologie du CHU
Mustapha à Alger.
L’objectif de ce travail est d’essayer, à travers les cas
recensés, de préciser les caractéristiques épidémiologiques et diagnostiques des LC diagnostiquées au sein de
notre laboratoire.
REVUE FRANCOPHONE DES LABORATOIRES - MAI 2009 - N°412 //

33

2. Patients et méthodes

Figure 1 – Provenance et séjours des patients.

Il s’agit d’une étude, monocentrique, rétrospective de
tous les cas de LC diagnostiqués du 1er janvier 1998 au
31 décembre 2007. La preuve parasitologique a été apportée par la détection directe des leishmanies après examen
microscopique des frottis dermiques colorés au Giemsa
et/ou après culture, des sérosités cutanées, sur le milieu
de Novy Mac-Neal Nicolle (NNN).
Pour chaque patient, une fiche de renseignement comportant, l’âge, le sexe, le lieu de résidence habituelle, les
déplacements effectués avant la survenue des lésions, le
délai de consultation, la date de début, le siège des lésions,
la forme clinique, le type de traitements antérieurs ainsi
que l’existence d’éventuelles maladies sous-jacentes, a
été établie.
Une étude statistique entre les résultats obtenus et les
renseignements fournis a été réalisée (le pourcentage est
calculé sur chiffre total 386).

Figure 2 – Distribution des cas de LC chez l’enfant.

3. Résultats
Il y a 189 hommes et 197 femmes soit un sex ratio de 0,95.
Le tableau I résume les données statistiques des cas de
LC reçus au laboratoire.
L’incidence annuelle moyenne était de 42,8 cas/an avec
des variations extrêmes allant de 11 à 80 cas. Une augmentation progressive de l’incidence a été constatée à partir
de l’an 2000 pour atteindre un pic en 2003 puis décroître
les années suivantes.
La majorité des patients s’étaient présentés au laboratoire
en automne (110 cas soit 28,4 %) et en hiver (141 cas
soit 36,5 %).
L’interrogatoire a retrouvé que sur les 386 cas, 330 patients
habitaient au nord. 222 ont révélé une notion de déplacements soit vers des foyers connus de LCS du nord ([78 cas]
20,2 %), soit vers des foyers primaires de la LCZ du sud
([144 cas] 37,3 %).
Pour le reste des consultants, aucun déplacement n’a été
décrit. Le lieu présumé de la contamination était les résidences habituelles pour 108 patients (27,9 %) habitants
au nord et 32 patients (8,2 %) originaires et demeurant
au sud (figure 1).

Dans notre série, nous avons recensé 186 cas de LCS
(48,1 %) et 176 cas de LCZ (45,5 %) (figure 1).
Tous les âges étaient concernés (de 1 mois à 90 ans). La
tranche d’âge de 0 à 10 ans était la plus touchée avec
143 cas (37 %) (tableau I). Les enfants de moins de 5 ans
représentaient 27,4 % (106 cas) du total des patients tout
âge confondu et 65 % du nombre d’enfants atteints de
moins de 16 ans (163 cas). La distribution selon l’âge chez
l’enfant est représentée sur la figure 2.
Le délai moyen entre l’apparition des lésions et le premier
prélèvement s’échelonnait entre un (49 cas soit 12,6 %),
deux (55 cas soit 14,2 %) et trois mois (33 cas soit 8,5 % des
consultants). 8,2 % des patients (32 cas) n’ont consulté

Tableau I – Données statistiques des cas de LC reçus au laboratoire.
Années

1998

1999

2000

2001

2002

2003

2004

2005

2006

2007

Total

Cas

21

11

16

43

61

80

39

54

43

18

Ages
Cas
(%)

0-10
143
37 %
< 20 j

11-20
38
9,8 %
1

21-30
58
15 %
2

31-40
42
10,8 %
3

41-50
35
9%
4

51-60
34
8,8 %
5

61-70
20
5,1 %
6

71-80
8
2%
7

81-90
1
0,2 %
8

Ind.
7
1,8 %
9

10

≥ 1 (an)

9
2,3 %

49
12,6 %

55
14,2 %

33
8,5 %

28
7,2 %

17
4,4 %

32
8,2 %

8
2%

7
1,8 %

13
3,3 %

03
0,7 %

27
6,9 %

Délais (mois)
Cas
(%)

386
386

Mois
Cas

Janvier

Février

Mars

Avril

Mai

Juin

Juillet

Août

Septembre

Octobre

Novembre

Décembre

55

45

41

30

31

22

17

17

18

21

37

52

Saisons
Cas
(%)

Hiver
141
36,5%

Printemps
83
21,5%

Ind. : indéterminé

34

// REVUE FRANCOPHONE DES LABORATOIRES - MAI 2009 - N°412

Eté
52
13,4%

Automne
110
28,4%

386

386

PARASITOLOGIE

qu’après une période d’évolution clinique supérieure ou
égale à six mois (tableau I).
Il a été noté que 6,9 % (27 cas) des consultations étaient
tardives et se voyaient après un an d’évolution. Il s’agissait, dans la quasi-totalité des cas, de malades porteurs
de lésions cutanées du nord.
Les lésions étaient uniques chez 201 patients (52 %) et
multiples (≥ à 2 lésions avec un maximum de 16 lésions)
chez 127 malades (32,9 %) (tableau II).
Le visage avec 203 lésions (52,5 %) et en particulier la
joue avec 97 cas (25,1 %) constitue le site préférentiel
des localisations. Au front, 30 cas ont été diagnostiqués
soit 7,7 %. L’atteinte péri-oculaire et palpébrale était présente dans 5,4 % des atteintes (21 cas).
Les membres supérieurs et inférieurs étaient touchés
avec une fréquence similaire soit, respectivement, 31,6 %
(122 cas) et 31,8 % (123 cas).
Au tronc : le dos 2,5 % (10 cas), le thorax 0,25 % (1 cas),
l’abdomen 0,7 % (3 cas) et les fesses 0,7 % (3 cas) étaient
le siège de lésions dans 21 cas (5,4 %) (tableau III).
Au laboratoire, l’examen direct, à la recherche de formes amastigotes de leishmanies dans les prélèvements
cutanés, a été réalisé systématiquement pour chaque
patient et a permis de porter le diagnostic de certitude
chez 385 malades.
La mise en culture des sérosités cutanées sur le milieu NNN
n’a été pratiquée que pour un nombre restreint de patients.
49 cultures ont été ensemencées. Pour 10 malades, la
culture a confirmé l’examen direct positif associé. Elle a,
cependant, permis d’apporter le diagnostic positif chez un
patient considéré négatif en lecture microscopique. Pour
le reste des patients, la culture était négative.
La sérologie, réalisée par immunofluorescence indirecte (IFI)
sur promastigotes de culture, a été pratiquée uniquement
pour 41 patients. Elle fut positive pour 22 malades parmi
lesquels 11 avaient un examen direct négatif. Tous nos
patients étaient indemnes d’une atteinte viscérale.
Au plan thérapeutique, 20 malades (5,1 %) avaient déjà
reçu un traitement à base d’antimoniate de méglumine
(Glucantime –) par voie intralésionnelle ou par voie générale
en intramusculaire. Pour certains patients, un traitement
local avait déjà été entamé (quelques infiltrations de glucantime) avant de se présenter au laboratoire.
Les maladies sous-jacentes rapportées étaient : le diabète (3 patients), la sarcoïdose (1 patient), infection par
HIV (1 enfant) et une immunodépression imprécisée
(1 patient).

4. Commentaires
Les leishmanioses sont endémiques dans 88 pays dans
le monde. Selon l’OMS, l’incidence de la LC est estimée
à 1,5 million de cas par an [7).
En Algérie, sévit la LC zoonotique qui évolue sur un mode
endémo-épidémique au centre et au sud du pays. Elle est
due à L. major zymodème MON-25 [1, 2 3]. Ses réservoirs
naturels sont Psammomys obesus [1, 2, 8] et Meriones
shawi [2, 9]. Elle est véhiculée principalement par Phlebotomus papatasi [10]. Ses aires de répartition sont en
extension et s’étendent vers l’ouest du pays et les régions
indemnes [1, 2, 11].

Tableau II – Nombre de lésions
dénombrées par malade.
Nombres de lésions
Patients
%

1

2

3

4

5

>6

201

56

28

13

8

22

52 %

32,9 %

La LC localisée existe à état sporadique au nord du pays.
Sa répartition géographique se superpose avec celle de la
leishmaniose viscérale zoonotique [1, 2, 4]. Elle est causée
par L. infantum, avec un variant enzymatique dermotrope
prédominant, le zymodème MON-24 [1, 3, 5]. D’autres
zymodemes (MON-1, MON-34, MON-80) du complexe
Tableau III – Siège des lésions.
Sièges
Cas
(%)

Sièges

Nombre
de cas
(%)

Front

30
(7,7 %)

Nez

18
(4,6 %)

Yeux/
paupières

21
(5,4 %)

Lèvres

05
(1,2 %)

Joues

97
(25,1 %)

Oreilles

03
(0,7 %)

Menton

07
(1,8 %)

Cou

04
(1 %)

Indéterminé

18
(4,6 %)

Bras

35
(9 %)

Avant-bras

52
(13,4 %)

Mains

33
(8,5 %)

Indéterminé

2
(0,5 %)

Cuisses

8
(2 %)

Jambes

78
(20,2 %)

Pieds

33
(8,5 %)

Indéterminé

4
(1 %)

Dos

10
(2,5 %)

Abdomen

3
(0,7 %)

21

Thorax

1
(0,2 %)

(5,4 %)

Fesses

3
(0,7 %)

Indéterminé

4
(1 %)

Tête
(visage)
203
(52,5 %)

Membres
supérieurs
122
(31,6 %)

Membres
inferieurs
123
(31,8 %)

Tronc

REVUE FRANCOPHONE DES LABORATOIRES - MAI 2009 - N°412 //

35

L. infantum ont été, également, identifiés et incriminés [1, 2,
3]. La LCS est véhiculée par P. perfiliewi [12]. Son réservoir
demeure inconnu. Le chien serait impliqué dans le cycle
d’évolution parasitaire. En effet, L. infantum MON-24 a été
isolée une fois en Algérie chez le chien [13].
L’Algérie a connu une recrudescence alarmante de la LC
ces dernières années [6, 11]. En 2005, l’incidence annuelle
nationale avait atteint 78,5 pour cent mille habitants [6].
Durant cette même année, une explosion en nombre de cas
avait été notée dans le foyer primaire de Biskra où l’incidence avoisinait 1 357,42 pour cent mille habitants [6]. Par
ailleurs et à l’instar de Biskra, d’autres wilayas telles que :
Ghardaïa, Laghouat, M’sila, Djelfa, Naâma et Batna avaient
enregistré une incidence variant de 239,22 à 599,08 cas
pour cent mille habitants [6], ce qui a fait de cette parasitose un véritable problème de santé publique.
Dans notre série, la fréquence annuelle était de 42,8 cas
par an. Avant l’année 2000, le biais de recrutement était
faible. Après cette date, une augmentation progressive de
l’incidence annuelle avait été notée et était le reflet de la
situation épidémiologique qui prévoyait durant les années
étudiées [6]. En 2007, un net fléchissement a été observé.
Il s’agit là d’une des retombées de la compagne de lutte
antivectorielle (aspersion de delthamethrine) débutée, par
la tutelle, en 2006 pour contrer les poussées épidémiques
de la LCZ. Depuis, une baisse de l’incidence annuelle
nationale est constatée. Amorcée en 2006, cette chute
s’est poursuivie en 2007 pour atteindre 20,2 cas pour
cent mille habitants [6].
La leishmaniose cutanée a été observée au cours des
douze mois de l’année.
Durant celle-ci, c’est en automne (28,4 %) et en hiver
(36,5 %) que les plus forts taux de positivité ont été enregistrés, ce qui concorde avec le constat fait par l’INSP
sur l’incidence mensuelle au cours de l’année et qui note
une élévation sensible de cette dernière durant la période
allant de novembre à mars confirmant ainsi le caractère
saisonnier de la LC en Algérie. En effet, cette zoonose
possède un mode de transmission estivo-automnal, lié

à la dynamique saisonnière des phlébotomes durant la
saison estivale [4, 14, 15]. Par conséquent, les malades
qui s’infectaient durant l’été n’affluaient au laboratoire
qu’après des durées d’incubation et d’évolution réunies
moyennes de 3 mois, c’est-à-dire vers la fin de l’automne
et au début de l’hiver (figure 3).
La majorité des malades (330 cas) reçus au laboratoire
provenaient du nord du pays soit 85,4 %. Les questionnaires révélaient que 20,2 % des patients avaient effectué
des déplacements dans les foyers connus de LCS du
nord et 37,3 % avaient séjourné dans les foyers de LCZ
du sud. Le reste des patients avait, semble-t-il, contracté
la maladie à leurs résidences habituelles respectivement
au nord pour 27,9 % et au sud pour 8,2 %.
Les motifs des déplacements et les séjours effectués par
les malades étaient en rapport avec les départs en vacances et les séjours de détente dans les wilayas d’origine
des individus (bleds).
Au nord, les wilayas pourvoyeuses citées étaient celles
bordant Alger : Boumerdes (11,9 %), Blida (6,2 %), Tipaza
(3,8 %), Médéa (3,6 %), Bouira (2,8 %), Tizi Ouzou (2,3 %),
et Ain Defla (1,8 %). Elles représentent les foyers de la
LCS du nord [1, 2, 4] témoignant ainsi de leurs hyperactivités. Trente-sept patients atteints ne décrivaient aucun
déplacement hors d’Alger (9,5 %). Il reste cependant
difficile d’établir avec précision où la piqûre infectante
avait-elle eu lieu. Rappelons que des travaux algériens
antérieurs rapportèrent la présence de cas de LCS dans
l’algérois [16].
D’autres wilayas éloignées avaient été également citées
avec des fréquences faibles (0 à 1 %). La distance lointaine
de ces contrées par rapport au site d’implantation de notre
laboratoire explique cette faible fréquence.
Au Sud, les wilayas de M’sila (15,2 %) et Biskra (13,7 %)
(en particulier la ville de Boussaâda) étaient les principales
wilayas pourvoyeuses. Elles représentent les régions d’enzootie leishmanienne et foyers anciennement connus de
la LCZ, en Algérie [1, 2, 17]. Cependant, d’autres wilayas
comme Batna (5,1 %), Djelfa (3,1 %), Ghardaïa (2 %) et

Figure 3 – Nombre de cas mensuel de LC recensés de 1998 à 2007.

36

// REVUE FRANCOPHONE DES LABORATOIRES - MAI 2009 - N°412

PARASITOLOGIE

Figure 4 – Distribution des cas reçus au laboratoire selon la wilaya de provenance.

Figure 5 – Lésion palpébrale (LCS).

Ouargla (1,5 %), etc. étaient, également, citées. Toutes
ces wilayas sont situées dans les régions steppiques
à climat aride ou per-aride et sont le terrain propice au
déroulement du cycle parasitaire de la LCZ, conjoignant
la présence du réservoir naturel et le vecteur transmetteur
de la maladie [2]. Dans ces régions, la LCZ évolue sur un
mode endémo-épidémique lié au relais de ses deux cycles
évolutifs, stable et instable, assurés respectivement par
les réservoirs : P. obesus et M. shawi [18].
Depuis les années 80, une extension dangereuse de la
maladie, à partir des foyers primaires vers les régions du
centre et l’ouest du pays [1, 2, 11, 19], est observée. L’expansion semble s’étendre à presque la totalité des wilayas
que compte le pays, y compris celles qui n’ont jamais
rapporté des cas de cette zoonose (11] (figure 4).
Selon les caractères épidémiocliniques, nous avons diagnostiqué 186 cas de LCS (48,1 %) et 176 cas de LCZ
(45,5 %).
La LC touche tous les âges, du nourrisson au vieillard. Les
enfants de moins de 5 ans étaient particulièrement affectés
et représentaient 65 % du total des enfants atteints. Ces
résultats concordent avec les travaux algériens précédents [2, 4, 6]. L’enfant constitue un sujet non immun [18]
exposé pour la première fois de sa vie à la piqûre infectante du phlébotome lors des séjours en zone d’endémie
(séjours au bled, expéditions, en famille, dans les régions
à risques, etc.).
Dans cette série, il ne semble pas exister une différence
entre la distribution des cas selon le sexe.
Le délai observé par les patients, entre l’apparition des
lésions et la présentation au laboratoire, variait de moins
de quelques jours à plus de 3 ans. La majorité des patients
observaient un délai entre l’apparition des lésions et la
consultation de 2 mois en moyenne (14,2 % des consultants)

témoignant du caractère
indolent des lésions [18].
Parfois, lors de la LCZ,
ce délai était plus court
(15 jours). Ceci pourrait
peut-être expliquer les
consultations précoces
des patients, alarmés
par l’aspect creusé voire cratériforme, après décollement
des croûtes, et/ou les douleurs engendrées par les surinfections bactériennes surajoutées. En revanche, lors de
la LCS, ces délais étaient parfois très tardifs, pouvant
atteindre jusqu’à 3 ans. Ici et d’après l’interrogatoire, la
persistance des lésions, longtemps négligées et qui tardaient à disparaître spontanément, constituait le motif de
consultation le plus souvent évoqué.
Les lésions étaient plus fréquentes au visage (52,5 %) avec
comme siège de prédilection la joue (25,1 %). Elle était suivie,
loin derrière, du front 7,7 %. Les atteintes péri-oculaires et
palpébrales étaient plus rares (5,4 %) (figure 5). Les membres supérieurs et inférieurs étaient fréquemment porteurs
de lésions (63,4 %). L’aspect ulcéro-croûteux typique de
ces dernières orientait, pour la plupart d’entre elles, vers
la LCZ. Plus rarement, des localisations concernaient le
tronc et siégeaient : au dos (2,5 %), au thorax (0,25 %), à
l’abdomen (0,7 %) et aux fesses (0,7 %).La majorité de ces
localisations siégeaient sur les parties découvertes du corps,
ce qui est en rapport avec le comportement vestimentaire.
En effet, les grandes chaleurs estivales, notamment au
sud algérien, poussent à un habillement, léger, ample et
assez découvert (surtout les enfants), exposant ainsi une
plus grande surface du corps aux piqûres infectantes des
phlébotomes [4, 18].
Le nombre de lésions comptabilisés par patient variait
de une à plus de seize lésions. La majorité des patients
REVUE FRANCOPHONE DES LABORATOIRES - MAI 2009 - N°412 //

37

Figure 6 – Lésion ulcéro-croûteuse typique de la LCZ.

Figure 7 – Nodule inflammatoire de la LCS
chez un nourrisson.

Figure 8 – Lésions multiples lors de la LCZ.

38

// REVUE FRANCOPHONE DES LABORATOIRES - MAI 2009 - N°412

ont présenté une lésion unique (52 %) contre 32,9 %
des patients ayant présenté des atteintes multiples
(> à 2 lésions).
Toutes ces caractéristiques (délais, siège, nombre de
lésions…) semblent être classiques [18] et similaires à
celles déjà décrites dans des travaux algériens précédents [4, 11, 17].
Les aspects cliniques typiques fréquemment rencontrés
étaient des nodules inflammatoires recouverts de fines
squames pour la LCS et la forme ulcéro-croûteuse pour
LCZ [4, 7, 17, 18] (figures 6, 7 et 8). Outre ces formes, des
présentations cliniques diverses et variées étaient mentionnées sur les ordonnances par les dermatologues algériens :
sporotrichoïdes, placards inflammatoires étendus, lupoïdes,
etc. Ce polymorphisme clinique fut rapporté antérieurement
par des auteurs algériens [4, 17, 22] (figure 9).
Au plan diagnostic, l’examen microscopique direct constitue
l’examen de référence dans notre laboratoire. Il est effectué
sur des frottis confectionnés à partir de sérosités dermiques
recueillies après grattage sous le bourrelet périphérique
des lésions. Il a été pratiqué chez 100 % des malades et a
permis la mise en évidence directe des formes amastigotes
dans 99,7 % des cas (figure 10). Lors de LCS, les frottis
dermiques réalisés objectivaient de nombreux parasites,
de petites tailles, rendant la lecture aisée contrastant avec
ceux provenant des malades atteints de la LCZ qui étaient
souvent pauci parasités mettant en évidence de grosses
formes amastigotes.
La mise en culture des sérosités cutanées sur le milieu
NNN permet d’augmenter les chances d’isoler la forme
promastigote du parasite. Elle a posé et corrigé le diagnostic chez un malade présentant un examen direct
négatif. La non disponibilité permanente du milieu de
culture (NNN) a limité son usage de façon systématique
pour chaque patient.
Bien que la sérologie en IFI n’ait pas de rôle dans le diagnostic biologique de LC [7] car d’interprétation aléatoire,
elle a cependant permis de déceler la présence d’anticorps
antileishmaniens chez 11 malades présentant un examen
direct négatif, ce qui souligne un contact avec l’agent
infectieux. Alors que le typage de souches permet de
préciser formellement l’espèce et la souche en cause. Il
demeure, à l’heure actuelle en Algérie, l’apanage du seul
laboratoire de parasitologie de l’Institut Pasteur d’Algérie
et réservé aux études épidémiologiques et aux travaux
fondamentaux.
Au plan thérapeutique, bien que des échecs thérapeutiques aient été signalés dans le passé [20], l’antimoniate de
méglumine (Glucantime®) en injections intra-lésionnelles
reste le traitement de choix prescrit par les dermatologues
algériens. Le traitement physique, en complément, par
la cryothérapie [21] fut quelque fois utilisé dans certains
services de dermatologie. L’antimoniate de méglumine
par voie générale est réservé lors des atteintes faciales
particulières (œil, lèvre, nez…) et lors d’atteintes multiples
(supérieure à 3 lésions sur le reste du corps). Le kétoconazole qui fut utilisé dans le passé [20] est actuellement
totalement abandonné. Dans cette série, la persistance
du parasite après traitement chez quelques malades avait
été plus liée aux cures inachevées (période de pénurie
du médicament, quelques infiltrations perçus par les

PARASITOLOGIE

Figure 9 – Présentation clinique diverse
lors de LCZ.

malades…) qu’à des récidives post-thérapeutiques proprement dites.
Parmi les consultants présentant une maladie sous-jacente,
la greffe de la LC sur un terrain immunodéprimé a été observée chez cinq patients (VIH, sarcoïdose, diabète). Dans
notre série, les critères notés sur ces terrains semblent sans
particularités comparés à ceux retrouvés chez le reste des
patients et qui étaient : formes cliniques atypiques (aspect
lupoïde), durée d’évolution longue (> à 3 ans) et atteinte
multiple avec un nombre élevé de lésions.

Figure 10 – Forme amastigote. Examen microscopique des frottis colorés au MGG (Gx1 000).

6. Conclusion
Les LC sont un véritable problème de santé publique en
Algérie. Les caractéristiques cliniques et épidémiologiques
retrouvées, à travers les cas étudiés, semblent être similaires
à celles rapportées dans le passé. L’enfant algérien reste la
victime numéro un. La recrudescence notée, de 2000 à 2005,
a poussé les autorités concernées à lancer une compagne
de lutte. Selon l’INSP, les résultats encourageants sont déjà
constatés et la répercussion sur la baisse de l’incidence est
tout à fait vérifiée au niveau de notre laboratoire.
Conflit d’intérêt : aucun.

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REVUE FRANCOPHONE DES LABORATOIRES - MAI 2009 - N°412 //

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