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A mon père

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FRANÇOIS MAUPLOT
MÉMOIRE DE PROFILS

ACTE III

500 portraits profils de vençois
Photographiés entre 2010 et 2012

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PRÉFACE
Derrière les murs, il y a les hommes.
En filigrane de la ville médiévale que l’on
restaure, objet de toutes les attentions, on
peut entrevoir la succession des générations qui l’ont bâtie et habitée. Mais on
ne se souvient jamais que des prélats, des
évêques de la cathédrale, des aristocrates,
les seigneurs de Villeneuve qui se transmettaient la cité et s’en adjugeaient les
revenus, et puis après la révolution, des
notables qui l’ont administrée et dont les
rues portent le nom.
Aujourd’hui, il y a les vençois, originaires ou d’adoption, résidents ou de passage, en partance ou installés, les amis et
les voisins venus au chef-lieu de canton, les
touristes en balade dans les ruelles, attablés aux terrasses des cafés. Chacun avec
sa propre histoire, ses réseaux de sociabilité, ses parcours du quotidien, ses habitudes, chacun ajoutant sa trace à celle des
autres ; tous ensemble, ils font la vie et la
mémoire de la cité. C’est à eux que le projet artistique de François Mauplot rend
hommage, c’est eux qu’il rend visibles et
qu’il relie aux générations passées en les
installant sur le mur séculaire de la place
Godeau.

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« Mémoire de profils, acte III » donne
corps à une humanité à laquelle nous
appartenons tous forcément, au moyen
d’un dispositif esthétique autant que
sociologique réalisé à partir de 500 photos de vençois prises par l’artiste entre
avril 2010 et avril 2012, au hasard des rencontres, comme on l’aurait fait pour un
sondage statistique réalisé à partir d’un
échantillon de population construit selon
les principes de la méthode random road.
Si bien que le fragment devient représentatif de l’ensemble de la population.
Le protocole - les visages photographiés dans un format identique, en noir et
blanc, tous dans une même posture, tous
de profil droit, tous immobiles - contribue
à effacer les distinctions, comme le bulletin
de vote - un homme une voix - dans l’urne
des démocraties où s’expriment les choix
du peuple. Chacun peut s’y chercher et
s’y voir, et si il ne s’y trouve pas, s’y voir
quand même, transcendé par l’accumulation des 500 portraits de l’installation.
Le projet esthétique est aussi politique,
il témoigne d’un engagement de l’artiste
pour révéler le peuple. Et ils ne sont pas
si nombreux à s’y être essayés, depuis
Brueghel aujourd’hui encore considéré

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comme “inclassable” pour s’être intéressé à la vie quotidienne du peuple, à ce
que les historiens de l’art appellent “un
genre mineur”. Plus récemment encore,
Courbet ne s’est-il pas lui aussi fait éreinter par la critique, moins pour ses nus
scandaleux, que pour avoir osé peindre
des scènes prosaïques de la vie quotidienne, le monde paysan, les travailleurs
à la besogne, accusé pour cela d’abîmer
l’art tout entier, de corrompre l’ordre du
monde, de l’abaisser et de le conduire à sa
perte. Aujourd’hui encore, dans nos univers dominés par les mass media avides
d’événements dramatiques et «people», la
vie quotidienne et le peuple demeurent
des sujets mineurs. Et les artistes le savent,
si ils veulent être reconnus, devenir des
stars, grimper au sommet de la pyramide
pour effacer tous les autres.

Mauplot est un artiste légitime issu
d’une lignée d’artistes, diplômé d’école
d’art, professeur d’arts plastiques, avec
déjà à son actif une œuvre de plasticien
talentueux, s’inscrivant tour à tour dans
l’hyperréalisme de la fin du XXe siècle
et dans des installations contemporaines
décapantes, surprenantes, renouvelant le
genre. Celle-ci en fait partie, indéniablement, ici, aujourd’hui, avec le langage
esthétique du happening et la technique
de la photographie numérique projetée
sur des bâches acryliques.

La démarche artistique se veut populaire au sens noble et plein du terme, par
la présence du peuple sur les murs, dans
ce lieu de la place Godeau, où se manifestent, si fortes, les traces laissées par les
générations précédentes. Et il n’y en a pas
tant, car les cultures populaires ont cela
Et puis le risque est toujours là, en ces de particulier qu’elles ne sont pas faites
temps incertains, de résurgence des vieilles pour durer, mais pour l’instant, pour rasidéologies réactionnaires, de manipulation sembler la communauté, dans des formes
des foules, des passions et des peurs, de se d’expression collectives, festives, occasionfaire accuser de populisme. Pourtant, c’est nelles, et qu’elles s’éteignent juste après le
bien au peuple que François Mauplot départ des derniers musiciens, alors que
rend hommage, à cheval sur deux cultures. chacun retourne à ses occupations laboLes cultures populaires sur lesquelles rieuses. Car les cultures populaires sont
nous reviendrons plus loin et la Culture d’abord immatérielles, leur transmission
légitime avec un grand “C”, car François orale, est, comme la mémoire de l’homme,

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toujours très imparfaite. Elles vivent
dans les communautés qui les partagent
et disparaissent avec elles quand elles se
dispersent, emportées par les avanies de
l’histoire. Et quand elles s’expriment sur
des supports matériels, ceux-ci sont généralement trop grossiers, de mauvaise facture, trop pauvres pour résister à l’altération du temps.
Il y aura une fête bien sûr comme
dans la plupart des formes d’expression
populaire, comme dans tous les projets
de François Mauplot, pour rassembler les
amis, les voisins, d’autres artistes, les amateurs d’art et de convivialité auxquels se
mêleront les curieux de passage toujours
bienvenus. Pour que tous puissent témoigner à leur tour qu’ils y étaient, qu’ils en
étaient, qu’ils ont aimé ou pas, mais toujours, qu’ils ont apprécié l’attention, cette
occasion de rencontre avec et autour de
l’art.
Le projet est social, François Mauplot
le défend, à l’heure où les villes se métamorphosent à vitesse accélérée, se réinventent sans cesse, se rasent et se reconstruisent, où les quartiers historiques qui
ont échappé au bulldozer de la modernité
se rénovent, se réhabilitent, se restaurent.

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Mais c’est trop souvent aux dépens des
habitants, du moins des couches sociales
les plus modestes, confrontées à la hausse
des logements, obligées de migrer vers les
banlieues, remplacées qu’elles sont, insidieusement, par des catégories sociales
plus aisées. La ville se ré-enchante, mais
se gentrifie, autrement dit s’embourgeoise.
Les commerces traditionnels de proximité
ferment pour faire place à des enseignes
luxueuses, franchisées, mondialisées. La
ville devient fluide, factice, toute de circulation et de chalandise ; elle est belle,
animée, bien vivante en apparence, alors
qu’elle perd son âme. François Mauplot le
dit, son projet lutte contre cette tendance
dangereuse. 500 portraits seront là, sur les
murs de la place Godeau réhabilitée, pour
rappeler qu’une cité est faite de la diversité de tous ses habitants.
En général, au fur et à mesure qu’une
œuvre progresse, gagne en maturité et
en reconnaissance, l’artiste a tendance à
affirmer sa présence dans un narcissisme
de plus en plus appuyé. Ici le mouvement
est inverse ; la présence de l’auteur se fait
plus simple plus subtile, s’efface progressivement. L’Acte I était centré sur lui ;
son visage reproduit à l’infini interrogeait sa posture d’artiste. Dans l’Acte II,
les vençois étaient invités, mais l’artiste

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intervenait encore sur chaque portrait
pour les rehausser, y apporter sa part de
créativité. Dans l’Acte III, les vençois
sont là l’artiste les réunit, les donne à voir,
mais se retire. Il n’y a plus que la mémoire
des pierres et les visages, les portraits
installés sur les murs de la place Godeau,
tous transcendés, subsumés par le projet
esthétique et politique. L’artiste se retire,
s’efface pour nous inviter à découvrir l’ensemble et à penser...
Paul Rasse / mai 2012

Paul Rasse est Professeur à l’Université de Nice SophiaAntipolis, directeur du laboratoire des Sciences de l’Information et de la Communication I3M, et directeur du master
professionnel Médiation et Ingénierie Culturelle. Il a publié
une dizaine de livres et de nombreux articles scientifiques dans
les domaines de l’anthropologie de la communication, sur les
cultures savantes et populaires, la médiation dans les musées et
le théâtre, l’ingénierie culturelle, les identités face à la mondialisation, la communication scientifique ... Et plus récemment : La
rencontre des mondes, Diversité culturelle et communication,
éd. Armand Colin, 2006 ; La mondialisation de la communication, sous la dir. de, coll. Les Essentiels d’Hermès, Ed. CNRS,
2010 ; dirigé le numéro de la revue Hermès, Les musées aux
prismes de la communication, Regard sur les arts, les sciences
et les cultures en mouvement, à travers les débats qui agitent
l’institution muséale, N° 61, Ed. CNRS, 2011.

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AVANT-PROPOS
Le 1er juin 2010 je réalisais les premiers
clichés de ce qui deviendra Mémoire de
Profils. En juillet 2012 et 500 portraits
plus tard Mémoire de Profils jouera son
troisième et dernier acte.
Il aura fallu deux années de travail,
10 séances de prises de vues, 1500 clichés,
500 contrats de droit à l’image, une centaine d’heure de tri et de retouches, 3 000
tirages numériques, des journées d’atelier,
des pots de peinture, quelques dizaines de
Poscas et 3 manifestations pour montrer,
au travers de simples profils, la diversité
et la richesse de la communauté vençoise.
Mémoire de Profils s’inscrit dans une
intention de marquer les mémoires, d’affirmer la nécessité de conservation du souvenir du patrimoine humain, et de faire
prendre conscience que nos sociétés ne sont
construites que de l’existence des êtres. Le
temps efface de la mémoire l’image souvenir des autres et il reste comme jalons
indestructibles le patrimoine paysage et
architectural, témoin muet de l’histoire.
L’accélération des faits de l’histoire nous
conduit à un oubli nécessaire.
Mémoire de Profils n’est pas un remède
aux difficultés identitaires que la société
traverse en ce moment, elle contribue

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seulement à faire que se rencontrent, dans
ce carrefour privilégié, les individus.
Ce travail a produit de brefs, mais
intenses moments de souvenirs , il a initié
des rencontres autour des images, effacé
pour de courts moments les tensions, il a
modestement mis à égalité tous les participants, nivelant les appartenances, les
différences.
Mémoire de Profils est une action
populaire simple et c’est cette simplicité et
cette proximité qui en ont fait le succès.

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Portrait n.m. (Portret, pourtrait, 1175
p.p. de portraire « dessiner »)

4° Pop. Figure. Se faire abîmer le portrait, se faire défigurer.

I. 1° Représentation d’une personne
réelle, spécialement de son visage, par le

II. fig. Description orale, écrite d’une

dessin, la peinture, la gravure. Faire le personne (peinture). Portrait physique,
portrait de qqn. Portrait en pied. Portrait

moral d’une personne. Faire, tracer le

de face, de profil, de trois-quarts. Portrait

portrait de qqn. « Nous ne prétendons

grandeur nature, en miniature. Portrait

pas que le portrait que nous faisons ici

au crayon, au fusain, au pastel, à l’huile. soit vraisemblable »(Hugo). Le portrait
Portrait d’un peintre par lui-même (auto-

des vaniteux, du bourgeois, du Français.

portrait). Portrait fidèle, ressemblant,

« Portraits de femmes », de Sainte-Beuve.

chargé, caricatural, flatté.

Le portrait, genre littéraire du XVIIe s.

« Un portrait est un modèle compliqué Jeu du portrait, où un joueur doit devid’un artiste » (Baudelaire). Par extension. ner le nom d’une personne (ou d’une
Le portrait, le genre du portrait.
2° Photographie d’une personne.

chose) en posant des questions auxquelles
on ne répond que par oui ou non. Rare.

« C’était un très grand portrait photo- Description

d’une

chose.

(Peinture,

graphique, rehaussé de couleurs d’aqua- tableau). « Il fit de la capitale un portrait
relles » (Colette). Familier et vieilli. Se si extravagant... »
faire tirer le portrait.

(Musset).

3° Fig. Image, réplique (d’une personne), dans l’expression : Virginie « était
tout le portrait de sa mère » (Balzac).
C’est tout son portrait (cf. C’est lui tout
craché).

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Définition donnée par le dictionnaire
Le Robert, édition 1989.

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présentation
Mémoire de profils est un projet participatif mettant en action 500 volontaires
vençois.
Ce projet relevant de la sociologie et de
l’art interroge sur la trace laissée par un
fragment de la population durant une année entre avril 2010 et avril 2011.
La population d’une cité comme la ville de
Vence constitue un potentiel de mémoires
agissant collectivement comme un témoin
d’un fragment de notre société.
Il a pour ambition de mettre en lumière
l’existence des populations actives d’une
cité à travers la collecte de plusieurs centaines de portraits profils droits et d’insister sur l’importance de la diversité des
populations. Notre société n’a d’yeux que
pour la starisation de l’individu, nous évoluons dans l’éphémère et nous ne prêtons
plus l’attention indispensable au collectif.
Il n’y a dans Mémoire de profils aucune
intention idéologique, simplement une
attention à « l’autre ».
Le traitement plastique des portraits
contribue à la lisibilité de l’individu et
renforce sa présence au sein du fragment
de population qui a participé à la réalisation du travail. Il ne s’agit nullement de
caricatures.

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Fragment de zone mémorielle contenue. transmettre, mais de conserver], vouloir
Ce travail s’inscrit dans une réflexion
globale sur la conservation des mémoires.
Depuis plusieurs années, à travers différents travaux sur les objets lithiques
(érections et alignements - 2007, 400 stèles
/ 1600 menhirs - 2008, jalons de mémoire 2009) émergeait dans mon esprit la nécessité de la présence de l’Homme. L’humain
porte en lui la raison de la mémoire : du
regard qu’il porte sur la transmission,
naît probablement l’idée de la société. La
conservation de la mémoire est une problématique collective, elle ne s’entend
qu’à travers la volonté de transmettre
les informations et n’existe que dans les
organisations sociétales. Est-ce le propre
de l’homme ? Probablement. Le seul fait
de la conscience de soi, éclaire la réponse.
Chez l’individu, la conscience d’être et
la conscience de devenir provoquent la
nécessité de la trace de son passage et probablement l’obligation de son empreinte
dans la construction générale du monde et
en particulier de la société dans laquelle
il vit.
La transmission s’associe à l’identité, à
l’existence et donc à l’espoir de pérennité.
Dans l’histoire de l’humanité, la prise
de conscience de la conservation est une
notion contemporaine [il ne s’agit pas de

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mémoriser, enregistrer, garder, sont des
valeurs contemporaines propres à notre
société, seules probablement les valeurs
immatérielles méritaient dans un passé
pas si éloigné d’être transmises : valeurs
de croyances, de savoir-faire. La conservation participe à une nouvelle approche de
la spiritualité et à une influence sociologique capitale dans la pensée des hommes.
Détruire pour mieux régner fut durant des
millénaires la solution envisagée. Effacer
de la mémoire des hommes ce qui pouvait
corrompre les philosophies absolutistes.
Destruction des vestiges, élimination des
savoirs par peur, par ignorance, ce n’est
que récemment, parce que l’on comprend
mieux que la contemporanéité de notre
société repose sur les jalons de mémoire,
que l’on conserve tout.
Générations futures courbées sur les
strates du conservatoire de l’humanité,
vous réécrirez peut-être l’aventure des
hommes.
En effet, pour qui ou pour quoi conserver, s’il n’y a pas de volonté ou de besoin
de transmettre dans un contexte de solitude et donc de non-avenir ?
C’est l’espoir du devenir, la nature
résolument optimiste de l’Homme qui le
conduit au concept de conservation de

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mémoire.
L’unicité du portrait ne peut renvoyer
seul au concept de conservation, seuls
les supports à travers lesquels apparaît
l’image du portrait font l’objet d’une
conservation. Se pose alors le problème
de l’identité du portrait, du contenu, qui
est-il ?
Que lit-on dans ses yeux, que penset-il ? La dérive des interprétations nous
éloigne de notre propos. C’est donc naturellement que le double portrait de profil
s’imposa à moi.
« Je ne « me ressemble » que dans un
visage toujours absent à moi et au-dehors
de moi, non comme un reflet mais comme
un portrait porté au devant de moi, toujours en avance sur moi ».
« Je suis le regardant regardé, je regarde
mon absence, mon passé accompagné de la
charge d’affect liée au souvenir de l’instantané ».
Le face à face portraital génère un
regard croisé avenir-passé ou passé- présent, il semble intervenir vers l’infini,
regard porté vers un horizon fictif ou tout
au moins imaginaire, horizon donc perspective, projection dans le temps donc
nécessité de conservation. L’utilisation
du double profil fait écho à la résonance
des regards croisés, incitation au dialogue

entre deux identités similaires, monologue, seul le regardé voit le regardant,
ils sont seuls. Observable à loisir, le profilportrait se décharge de l’émotion.
Le choix délibéré du profil-portrait
retire à l’individu la profondeur du
regard, la lumière de l’œil, il n’y a pas de
sentiment, d’espoir contenu. Le visage
profil-portrait existe sans artifice, il est
l’expression simple de l’être. Il dégage les
zones latérales, sièges des mémoires. Il est
la mémoire conservée de la présence passée de l’être, rien d’autre.

*Jean-Luc Nancy, Le regard du portrait, Paris, Ed. Galilée, 2001, p. 48.

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Auguste Comte écrivait «l’humanité
est faite de plus de morts que de vivants»
décrivant ainsi en une seule phrase l’importance du passé et son omniprésence
dans la fondation de nos sociétés.
Conservation des mémoires pour garantir la nôtre, rassurer celui que nous
sommes pour nous offrir un avenir ?
Homo a-t-il pris conscience rapidement
de cette vérité ? Cette première prise de
conscience de l’existence de soi a contribué probablement à rendre lucide notre
ancêtre qui a l’obligation de conserver
l’existence de l’autre à travers le souvenir
et l’association des rites qui s’y rattachent.
Même si l’ensemble des souvenirs qu’il
doit conserver ne sont liés qu’aux faits
matériels, reconnaissance des espaces de
chasse, de vie et organisation sociale des
clans, sans omettre la transmission des
savoirs technologiques.
Nos sociétés contemporaines s’enorgueillissent de la somme des savoirs
accumulés, débouchant sur un monde fait
de connaissances. Sont-elles conscientes,
ces sociétés ?! Elles qui refusent la mort,
dont les fondations structurelles ne sont
bâties que sur les dépouilles mortelles
de nos prédécesseurs. Confortablement
étayées sur des piles de crânes, nos

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existences puisent leurs vérités dans une
source morbide intarissable. Canalisée
par les cultures, elles irriguent notre
être, forgent notre identité. Identité et
mémoire seraient-elles inséparables ?
Lorsque l’on annonce à la population
d’une petite cité son intention de photographier des profils de quelques individus
volontaires, il y a comme une incompréhension dans la nécessité de le faire. Suspicion, crainte, interrogation sont d’autant
plus renforcées à mesure que l’on s’adresse
à des personnes âgées, mémoire et histoire
!
Expliquer que ce travail s’inscrit dans
un complexe de réflexion globale sur les
conservations des mémoires ne provoque
pas plus de considération. Expliquer qu’il
y une nécessité de capturer le profil pour
témoigner de leurs existences comme un
jalon de la mémoire collective, laisse la
population dubitative !
Le projet prend toute sa valeur lorsque
la population photographiée se sent fondamentalement impliquée dans l‘organisation sociétale de la cité.
L’adaptation du discours doit correspondre au besoin de l’individu de se positionner non pas dans la cité, mais dans
l’histoire de celle-ci.

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Si depuis vingt siècles, l’histoire de la
cité est écrite à travers les éléments architecturaux et livresques, seuls notables,
prélats et autres figures, témoignent par
les icônes les représentants, leur passage
dans l’histoire de la ville. Les peuples
actifs sont les bâtisseurs de la mémoire et
sont absents des registres iconiques qui
constituent les archives du souvenir.
MÈMOIRE DE PROFILS est donc
un tiroir de l’histoire que l’on tire vers soi
pour en regarder le contenu. Reflet d’un
temps entre 2010 et 2011, unique jalon
iconique de la population, à l’heure des
réseaux sociaux informatiques, n’est-il pas
nécessaire de marquer le pas et de regarder,
même de profil, l’individu; de lui donner une
existence dans l’histoire; de montrer, une
fois, que la société est faite d’individus et
non de numéros; qu’elle s’organise autour
d’une architecture d’Hommes diversifiés,
que chaque être est unique physiquement;
qu’il regarde devant pour vivre et derrière
pour exister; que le portrait est, même de
profil, la plus belle représentation de la figure humaine ? Il y a dans le détachement
des traits sur le fond photographique de
chaque être toute sa fortune, une richesse
insoupçonnée, une émotion rare et une
place au rêve.

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MÈMOIRE DE PROFILS prend au
cours de son déroulement une importance
qui à l’origine était insoupçonnée, le projet devient le projet d’une ville, de l’histoire, des autres. Nous aurons contribué à
figer le temps entre avril 2010 et avril 2012
et, puisque l’humanité est faite de plus de
morts que de vivants, faisons en sorte que
le terreau que nous offrions à l’histoire
puisse avoir un visage de profils.
Vence, mai 2010

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Photographies réalisées entre avril 2010
et avril 2012

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