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16 au 30 juin 2012 - numéro 26

ACTUALUTTE

www.actualutte.info

NOTRE DAME DES LANDES

STOP
T
R
O
P
O
À L’AÉR
Le cauchemar de darwin P.26

Sommaire
EVENEMENT
vv- Notre Dame des Landes : Stop à l’aéroport p.4

MONDE
v- Après un an de lutte : les indignés continuent le combat p.10
- Egypte : Politique, religion, armée p.14

POLITIQUE
- Bonnet bleu et bonnet rose p.19

PHOTOREPORTAGE
- Bucarest : Chronique sans fin d’une table rase p.22

SOCIETE
- Le cauchemar de Darwin p.26
- Qu’est ce que la domination p.30

CULTURE
- Aliénation : la fin de l’Histoire p.32

Actualutte
Médialutte - 155 impasse des merisiers - 74890 Bons en Chablais
contact@actualutte.info

Directeur de publication : Raphaël Rezvanpour
ISSN 2119-937X
Actualutte est édité et diffusé par l’association Médialutte.
Imprimé par CyberPrint.

QUI SOMMES-NOUS ?
Créé en mai 2011, Actualutte est une revue internationale
bimensuele qui tente d’apporter une information alternative
à ce qui existe dans les massmédias. Actualutte aborde
notamment tout ce qui touche aux Résistances et alternatives au système libéral. Son équipe est composée d’une
trentaine de personnes de nombreux pays (France, Argentine, Chili, Espagne, Belgique, Roumanie, Canada..). Son
coût est libre ce qui lui permet d’être accessible à tous, la
revue est entièrement indépendante car uniquement financée par ses lecteurs. Chacun peut d’ailleurs y apporter des
contributions en les envoyant à l’adresse
contact@actualutte.info

Photo : service photographique de Matignon

Editorial

Idylle sur un banc
Par Nicolas Blaise
Oooh ! C'est t'y pas mignon de regarder ces deux petits amoureux qui se cherchent sur le
coin d'un banc public ? Ils ont dans leurs attitudes toute la poésie des débuts. Une timidité
feinte, une pudeur surjouée, une innocence qui ne demande qu'à devenir coupable.
Sur le petit coin du banc public, par une nuit claire, la demoiselle extrême-droite fait semblant
de poser ses gros yeux méchants sur son jeune promis de droite-populaire qui, lui, fait semblant de regarder quelque part, là-haut, en sifflotant nonchalamment pour essayer de faire
croire à la demoiselle que l'affaire n'est pas tout à fait dans le sac.
Quand, par hasard, leurs yeux se croisent, ils essaient en vain de reprendre la posture des
deux petits garnements qu'ils sont en se remémorant, la cervelle pleine d'un petit sourire
nostalgique, qu'ils se chamaillaient déjà à l'époque où ils usaient leurs petites culottes sur
les chaises miniatures des classes maternelles. À y regarder de plus près, on voit bien, pourtant, que les rétines brillent, que les pupilles se dilatent.
Sur les planches à la peinture verdâtre du banc, leurs petits doigts rampent. Millimètre après
millimètre, pour ne pas montrer que le désir a déjà envahi leurs corps, leurs mimines, toutes
poisseuses de timidité, s'avancent inexorablement l'une vers l'autre.
Puis, d'abord s'effleurant tendrement du bout de l'ongle, les doigts s'enchevêtrent et, enfin,
leurs mains se lient. Là, sur le coin d'un banc public, sous les branches feuillues d'un grand
platane, les yeux baissent leur dernière garde et leurs lèvres s'unissent. À cet instant, un éclair
fend le ciel donnant, pour quelques secondes, l'impression que le jour est revenu au milieu
de la nuit étoilée.
L'affaire est dans le sac. Cette nuit, les ressorts grinceront. Et au matin, de cette union, naîtra
un petit être immonde.

3

© Sergiy Serdyuk - Fotolia.com

Evènement

4

NOTRE DAME DES LANDES

STOP
À L’AÉROPORT
Par les Zadistes

LA ZAD : Historique du projet d'Aéroport du Grand Ouest

On peut s’étonner d’un tel projet au regard de la sous utilisation de l’aéroport existant de Nantes Atlantique. Comment justifier ce projet destructeur, coûteux, superflu et
hyper-polluant, qui ne concerne qu'une mineure partie de
la population qui a les moyens de voyager en avion, sinon
à glorifier ceux qui ont eu cette idée saugrenue ? Tel l'ancien maire de Nantes, aujourd'hui premier ministre, JeanMarc Ayrault.
Dans un contexte de guerre économique entre métropoles, Jean-Marc Ayrault a de grands projets pour “sa” ville
: pour ne pas être un cul-de-sac, elle doit être une interface
attractive pour capter les différents flux mondialisés. L’aéroport (1) serait une porte d’entrée dans l’arène internationale pour rayonner. Cette novlangue technocratique,
faussement neutre, est l’outil des élites politiques et économiques au service de leurs intérêts
Leur projet est la construction d'une plate-forme économique « Grand Ouest» d’envergure internationale allant
de Nantes à Saint-Nazaire, qui ne formeraient plus qu’une
seule et grande métropole. La réalisation de cette plateforme demande de maîtriser tant le ciel, la mer, que la
terre à travers le remplacement de l’actuel aéroport de
Nantes par un nouveau à Notre-Dame-des-Landes, mais

aussi l’agrandissement du port de Saint-Nazaire, la
construction de nouvelles routes et autoroutes. (2)
Depuis quarante ans, pour réaliser ce projet, le Conseil Général rachète par droit de préemption tous les terrains et
maisons qui se libèrent sur la Zone d'Aménagement Différé et tente de vider la zone de ses habitant-e-s. Mais la
lutte contre la construction de ce nouvel aéroport international à côté de Notre-Dame des Landes, dure, elle
aussi, depuis plus de quarante ans.
Les habitant-e-s et agriculteur-trice-s qui restent se sont
constitué-e-s en associations ou collectifs pour se défendre et certain-e-s sont, par exemple, actuellement en train
de remettre en cause la notion d'utilité publique couvrant
ce projet. L'opposition est cependant plus large qu'une
histoire de riverain-e-s impacté-e-s par un projet. Elle est
constituée d'une multitude d'autres composantes, des environs et de plus loin, qui luttent ensemble ou chacune à
leur manière, sur place ou là où le projet se décide.

Juin 2006

Moulins - Photo sous licence CC 3.0

E

n 1965 le préfet de la Loire-Atlantique lance officiellement les recherches d’un site pour accueillir un aéroport pour les régions de la Bretagne et du Pays De
Loire. Notre-Dames-Des-Landes est choisi deux ans plus
tard. Avec les deux crises pétrolières puis la crise économique mondiale des années 70, les ventes du Concorde
ne décollant pas, le projet tombe à l’eau. En octobre 2000,
un avis favorable du premier ministre L.Jospin réactualise
ce projet d’aéroport international. De décembre 2002 à
avril 2003 l’Etat lance un débat « public», qui se conclut en
faveur du projet. Après une enquête publique fin 2006, le
10 Février 2008 une déclaration d’utilité publique est publiée dans le Journal Officiel . En juillet 2010 Vinci remporte l’appel d’offre de la première concession
aéroportuaire à capitaux privés en France : à sa charge
l’élaboration, la construction et l’exploitation de l’aéroport
jusqu’à sa fermeture.

5

Evènement
Le 10 juillet 2011, les opposants à l’aéroport ont formé une fresque humaine géante, la première partie formant un avion et la seconde «Vinci Dégage»

Une occupation en expansion
En 2007 des membres de l’ACIPA (3) proposent à des personnes d’occuper une première maison sur la ZAD – devenue depuis Zone A Défendre- laissée vide par le
Conseil Général depuis son rachat. A l'été 2009 une «semaine de la résistance» et un CAC (Camp Action Climat
(4) ) lancent un mouvement plus large d'occupation des
maisons vacantes : une nouvelle maison est squattée, une
maison d’accueil et d'organisation est créée dans la foulée. En mai 2010 six nouveaux squats sont ouverts. Le 7
Mai 2011, environ un millier de personnes défrichent un
hectare et demi à l’appel des occupant-e-s de la ZAD et
de Reclaim The Field (RTF) et y installent publiquement
un collectif maraicher sur ces nouvelles terres occupées.
A l'heure actuelle, plus d'une vingtaine de lieux sont occupés et participent à un mouvement plus large d'opposition directe au projet d'aéroport.
Où en est la lutte ( et le projet ) ?
Depuis que l'appel d'offre a été remporté par Vinci, les
travaux préliminaires à la réalisation du projet ont démarré : études d'impact environnemental pour compter
le nombre d'espèces menacées et promettre de les déplacer ou de les compenser, études des sols, fouilles archéologiques… Mais aussi achats des terres et maisons,
procédures d'expropriations pour les propriétaires refusant de vendre, procédures d'expulsions pour les maisons
squattées... Le 8 mai dernier, suite à 28 jours de grève de
la faim menée par des paysan-ne-s de Notre Dame des
Landes et leur comité de soutien, les habitant-e-s et exploitant-e-s ont obtenu du PS (en pleine campagne éléctorale), l'assurance de ne pas être expulsés de leurs
maisons ou exploitations agricoles avant la fin des recours
juridiques déposés par les associations en lutte. Les procédures d'expropriations elles, continuent.
Cet accord ne change en rien la situation de plus de la
moitié de la population de la ZAD, dont les maisons sont
d'ores et déjà pour la plupart expulsables à n'importe
quel moment. Cet accord ne retarde pas non plus les pre-

6

miers travaux prévus : la construction d'une desserte routière, permettant ensuite l'accès au site, est annoncée
pour le printemps 2013.
Pour l'instant tous les recours juridiques ne sont pas encore arrivés à terme et les Zadistes veillent au grain. La
lutte continue, ici et ailleurs !

LA ZAD : pourquoi occuper ?
La ZAD, ce sont des personnes venues rejoindre une lutte
contre la destruction de 2000 hectares de terres au dépend
de toutes les formes de vie présentes. Ce sont aussi des
personnes venues pour vivre autrement, hors du système
capitaliste et des formes de domination ou de destruction
des écosystèmes. Cette lutte est « au carrefour d'enjeux
sur lesquels s'unir, croiser des problématiques et penser
des stratégies communes. À travers elle, se combattent
l'alimentation sous perfusion, la société industrielle et son
réchauffement climatique, les politiques de développement
économique et de contrôle du territoire, les métropoles et
la normalisation des formes de vie, la privatisation du commun, le mythe de la croissance et l'illusion de participation
démocratique». (5)
Pour ces raisons et d'autres, parfois pas pour toutes, les
gens se sont installés pour continuer à faire vivre l'espace
voué à disparaître sous le béton : « habiter sur un territoire
en lutte, ce qui permet d’être proches des personnes qui
s’y opposent depuis 40 ans pouvoir agir en temps de travaux ; profiter d’espaces laissés à l’abandon pour apprendre
à vivre ensemble, à cultiver la terre, à être plus autonomes
vis à vis du système capitaliste.» (6)
Pour d'autres encore, la ZAD est « une contre-société dans
l’immédiat, où action directe et organisation horizontale
vont de pair. A une échelle locale, ils favorisent le lien social
et essayent d’être le plus autonome possible. C’est une
propagande par le fait, une parcelle de futur dans le présent.

La ZAD se veut un espace «libéré» où
l’autonomie collective est garante
d’une autonomie individuelle. Il faut se
confronter au réel : la ZAD cherche un
équilibre entre deux extrêmes avec
d’un côté une autonomie totale et irresponsable (l’autarcie) et de l’autre
une irresponsabilité sans autonomie
(notre modèle de société). Il faut combattre la deuxième sans basculer dans
la première, à l’aide de réseaux décentralisés qui permettent le renforcement des liens sociaux, de l’autonomie
et une participation active à un nouveau projet politique.» (7)
Occuper ces terres car nous avons besoin d'habiter comme tout un-e chacun-e (la terre et l'habitat se paient et
cher) , car nous voulons faire pousser
nos légumes et cueillir des plantes
sauvages aussi. Et enfin parce que si
nous voulons protéger ce bocage, il
faut qu'il continue à vivre.
Occuper ces terres, est une bonne
façon d'empêcher qu'elles soient bétonnées, ne pas les laisser aux promoteurs du projet : au début des
occupations, la présence sur place a
permis plus d'une fois d'empêcher ou
de perturber des travaux d'études du
milieu ( géomètres, forages, études
environnementales... ) Depuis, la présence militaire qui en a résulté ne permet plus d'être aussi efficace sur ce
mode là ( il y a désormais 2 ou 3 camions militaires pour chaque géomêtre, archéologue ou botaniste).

Le 7 juin 2011

Occuper la terre en y vivant ensemble
favorise de meilleures modes d'action
pour sa défense, comme les repas sur
la place publique, des blocage de
routes, des occupations de bureaux,
des sabotage de machines, des potagers sauvages au cœur de Nantes, de
l’activisme clownesque, des vélorutions, des guérilla potagères...
« Nous ne demandons pas d'autorisation pour occuper, manifester, ou
écrire la liberté et le ras-le-bol général
sur le macadam des départementales
du coin. Pourquoi demander l'autorisation ? A quelle autorité supérieure
devrait-on obéir ? Nous n'avons pas de
chefs et n'en reconnaissons aucun.
Ceux qui luttent en demandant des autorisations les voient souvent refusées
ou détournées. La liberté ne se mendie
pas, elle se prend.

TEMOIGNAGE D’UN ZADISTE
Cela fait 40 ans maintenant que les dirigeants vident la zone de ses habitant-e-s petit à petit en rachetant toutes les terres. Venir vivre sur la
ZAD est un acte fort qui marque ma volonté de défendre cette terre. C'est
un moyen d'agir directement, de défendre ce qui m'est cher plutôt que
d'attendre que quelqu'un le fasse pour moi. Je veux prendre mon destin
en main au lieu d'attendre un improbable changement du pouvoir politique. Il ne fait plus de doutes pour moi que notre système politique de
«démocratie représentative» n'est pas une vraie démocratie. On élit des
mecs qui ensuite peuvent faire ce qu'ils veulent pendant les 5 prochaines
années sans avoir à tenir compte de l'avis de gens. On est dépossédé des
prises de décisions qui nous concernent.
J'aime vivre sur la ZAD, ça a du sens pour moi. Expérimenter l'autonomie
et vivre simplement je pourrais le faire dans une vallée reculée mais ca
serait me résigner aux injustices et à laisser la planète se faire détruire
petit à petit.
Et puis il faut bien habiter quelque part alors pourquoi pas dans un coin
de nature magnifique entouré d'ami-e-s, dans une zone de liberté, d'autonomie et d'expérimentations ? Il y a tellement de choses à faire, à apprendre ici : travailler le bois, l'argile, faire du vin de pissenlit, un potager,
une éolienne, une serre, des récup, souder, forger, réparer des outils, écrire
des tracts, un article pour le site, dessiner, jouer de la guitare, chanter, organiser une action, inventer et tester des moyens de lutter et tellement
d'autres choses. Ce qui permet toute cette richesse, c'est l'émulation collective , l'accès direct aux ressources de la nature et surtout du temps
libre (pas de travail salarié quotidien). Faire les saisons 1 ou 2 mois me
suffit largement pour vivre une année.
Vivre sur la ZAD, pour moi c'est aussi montrer que vivre de manière radicalement plus simple, plus respectueuse de la nature et des humains
c'est possible et surtout enviable.
Vivre sur ces terres permet aussi de les défendre physiquement en essayant d’empêcher les travaux. Les actions de blocages, de sabotages et
de harcèlement sont nombreuses. On fait de notre mieux même si c'est
difficile car on est souvent confronté à plusieurs dizaines/centaines de
gendarmes sur-armés. On doit régulièrement faire face aux abus des
forces de «l'ordre» : la violence et les menaces mais aussi les contrôles
à répétition, les pneus de vélo et camion lacérés au couteau, les perquisitions illégales où des outils et des instruments sont volés, l'empoisonnement d'un puit avec du produit à vaisselle ,etc... Et tout dans l'impunité
la plus totale.
C'est libérateur pour moi d'agir de la manière qui me parait juste, plutôt
que de me soucier de légalité. Etre confronté aux flics et à la « justice »,
avoir moins de «confort» ce n'est pas toujours facile, mais c'est compensé
milles fois par le fait que ca a du sens et que je vis pleins de moments
magnifiques ici.
Il y a 2 ans je m'ennuyais, je ne savais pas vraiment quoi faire de ma vie
alors je continuais ma licence en apprentissage, je n'étais pas si loin de
tomber par défaut dans une petite vie pépère : travail – consommation –
fête alcoolisée le weekend. Tout ca parce qu'on m'a seriné que je n'avais
pas le choix, que c'est la norme et que la société marche comme ca...
Briser ce conditionnement et la peur de l'inconnu n'a pas toujours été facile au début, maintenant tout ca est loin derrière moi et je ne peux même
plus l'imaginer.
Je vous invite tou-te-s à venir goûter à la liberté, à une vie hors du système, à une vie qui a du sens. Ici sur la Zad ou ailleurs.

7

Evènement

De fait nous sommes considérés comme des hors-la-loi.
Et qui n'a pas été considéré comme hors-la-loi au moins
une fois dans sa vie ? Nous vivons dans un régime de
peur. Peur de son-sa voisin-e, peur de la police, peur de
commettre une infraction... Mais si l'on transforme son
point de vue alors on n'a plus peur et on est libre. De fait,
le clown activisme en est un bon exemple. Il tourne en ridicule la société actuelle pour mieux en montrer sa bêtise
et propose d'autres manières de communiquer. Il se
moque de l'incroyable force policière engagée contre de
joyeux-euses planteur-euse-s de carottes qui souhaitent
simplement être heureux-ses, libres et ensemble.» (8)

semaines de rencontres internationales artistiques, militantes ou d 'échanges de savoirs, des fêtes, des repas, des
ateliers de clowns, un journal, des chansons, des batailles
de boue avec le juge d'expropriation et un million d'autres
choses !
C'est aussi une boulangerie à prix libre où se fabrique un
excellent pain sans pesticides deux fois par semaine, une
chèvrerie avec son bon fromage, une radio pirate «Radio
Klaxon», une forge, un cyber-espace, plusieurs zones de
gratuité (donation de matériel, vêtements), des ateliers
vélos...
La ZAD, c'est encore un lieu d'accueil pour qui veut rejoindre la lutte,
un lieu où se croisent les activistes
d'ici et d'ailleurs, luttant contre
d'autres projets comme la TAV, l'autoroute de Khimki, les “écoquartiers” de Dijon ou Rennes et bien
d'autres.

Pas de chefs, des décisions prises
collectivement, une attention portée aux relations de domination
(9)(sexisme, racisme, agisme...) et à
la liberté de remettre en cause les
normes sociales (apparence, hygiénisme, relations...) Ce mode de vie
où nous refusons de dépendre du
système pour vivre nous rapproche,
Manifestation fourche en main, défrichage du sabot et installation d'un collectif de maraichers
ce qui est à l'opposé du système
imposé, qui isole les individus.
Nous n'attendons pas de l'Etat qu'il
La ZAD : Sur le terrain (9)
règle les problèmes, nous essayons de trouver des solutions ensemble, de s'entraider et de ne pas laisser tomber
Sur la ZAD, en plus des maisons squattées, se sont aussi
ceux qui sont en difficulté.
construites des cabanes en bois, au sol ou dans les arbres
Nous connaissons des plantes qui nous permettent de se
parfois à plus de 17 mètres de haut, des cabanes en terresoigner et sommes indépendants des produits de l'induspaille (kerterre), des tipies se sont installés ainsi que des
trie pharmaceutique. Nous sommes capables de fabriquer
caravanes, des camions, des yourtes... Chacun-e fait selon
nos habitats sans passer par les industries de matériaux
ses envies ou ses possibilités. Toutes ces formes d'habitats
polluants, bien que l’État nous l'interdise. Comme dans
sont considérées comme illégales. Probablement parce
beaucoup d'autres endroits qui se multiplient en ville ou
qu'elles ne font pas marcher le grand business de la
à la campagne, on vit en groupes par plaisir de partager.
construction et de l'aménagement d'intérieur et que ni vu
Mettre les savoir-faire, les outils et les idées en commun
ni connu, les autorités ne savent plus qui habite où. Il y a
est un besoin élémentaire. Naturellement, tout cela nous
de la diversité dans nos façons d'habiter, elle reflète un
permet de vivre avec un minimum d'objets de consompeu de nous-mêmes. Ce ne sont plus les cubes pâles et
mation et d'énergie.
homogène dans lesquels les autorités veulent nous confiner.
Nous avons une réflexion sur notre consommation en géLe résultat : une multitudes de groupes et d’individus
néral. Pour la nourriture nous sommes dans l'auto-proavec beaucoup d’idées communes et beaucoup de difféduction avec nos potagers et la récupération d'invendus
rences produisant une richesse autour de la pratique de
ou d'invendables (marché, supermarché). Nombre d'entre
luttes et des modes de vie.
nous ont aussi choisi d'être végétarien-ne-s et même végétalien-ne-s (qui ne mangent aucun produit issu de l'exRepenser le village monde
ploitation animale), pour leur santé et contre un élevage
industriel grand consommateur d'eau et de terres, généDes cabanes dans les arbres pour lutter contre les expulrateur de formes odieuses d’exploitations des animaux.
sions, des potagers collectifs pour se nourrir, l'autogesPeu de lieux ont l'électricité, ni le même «confort» qu'un
tion et l'entraide pour réapprendre à vivre autrement et
logement conventionnel, cependant nous mangeons,
ensemble. Plusieurs dizaines de lieux de vie, avec leurs
nous nous lavons, nous dormons et sommes satisfait-ecuisines collectives, leurs potagers, leurs ateliers, et leurs
s du confort que nous nous sommes créé. Nous utilisons
esprits. Les lieux s'entraident entre eux et organisent des
l'eau de manière plus raisonnable, nous avons des toichoses collectivement : des actions (manifestations, perlettes sèches et récupérons l'eau de pluie. Nous nous
turbations des travaux et sabotages), des potagers colchauffons au bois et les machines sont mises en commun
lectifs pour toute la ZAD, des chantiers collectifs, des
(6 machines à laver pour toute la ZAD).

8

Nous essayons de faire le plus possible de choses par
nous-mêmes, ce qui nous amène à apprendre des techniques et à en inventer d'autres. Nous réapprenons les
savoir-faire que l'école, qui a monopolisé le temps de
notre jeunesse, nous a empêché de découvrir. Comment
peut-on arriver à l'âge adulte et ne pas savoir faire son
jardin, construire son habitat ou raccommoder son pantalon ?
L’occupation collective de la ZAD est un acte nécessaire,
illégal mais légitime, pour montrer clairement le refus de
ce projet tout en proposant ici et maintenant un «vivre
ensemble autre». Les uns ne doivent plus décider de ce
que les autres subissent !

et habitations et trouver cela écologique, prouve que le
capitalisme vert n'a pas de limite...
(2) Site de la ZAD
(3) Association Citoyenne Intercommunale des Populations concernées par le projet d'Aéroport. Contre-argumentaire précis du projet sur leur site.
(4) Rassemblement des « résistances aux crimes climatiques par l’action directe créative et non-violente et le
développement d’alternatives concrètes pour un mode
de vie soutenable ici et maintenant ».

Notre mode de lutte est en
perpétuel mouvement.
Car créer c'est résister et résister c'est créer.
Autrefois il y avait une Zone
d'Aménagement Différé.
Aujourd'hui il y a une Zone A
Défendre.
Et demain pourquoi pas une
Zone d'Autonomie Définitive ?
Pour plus d'infos :
http://zad.nadir.org (2)
http://stopvinci.noblogs.org/ (où
on peut aussi avoir des infos sur
d’autres luttes contre Vinci).
Pour en savoir plus sur le projet
d'aéroport et les arguments économiques ou techniques contre :
http://acipa.free.fr
pour nous contacter :
zad@riseup.net
La ZAD est a tou-te-s celleux qui
veulent y vivre et la défendre.
Rejoignez la lutte si le cœur vous
en dit ! Et n'oubliez pas vos
bottes !
(1) Et en plus, ce projet est garanti Haute Qualité Environnementale, grâce aux haies qui
orneront ses parkings, à la pelouse qui verdoiera sur son toit,
à son musée du bocage, à son
AMAP pour salarié-e-s... (non,
pas grâce à ses avions qui ne
consommeraient rien ni ne rejetteraient rien… il ne faut pas exagérer, on vous parle
d'un
aéroport, pas de ce qui se fait
dedans ! ) Faire disparaître 2000
hectares (équivalent à 1/3 de
Nantes). de bocage préservé où
se côtoient forêts, étangs, troupeaux de vaches, friches, cultures

PROCHAINS RENDEZ-VOUS
- 29/30 juin Jeu de Rôle Grandeur Nature « les enfants de l'autonomie »
- 30 Juin – 1 juillet Festival Vinci Crash Fest sur la ZAD
- Manifestation de réoccupation, le 4ème samedi suivant une expulsion

9

MONDE

APRES UN AN DE LUTTE

LES INDIGNÉS
CONTINUENT LE COMBAT
Par Jérome Duval

« La puissante bombe sociale va exploser à la face du système »
|1| avait pourtant prévenu une militante du mouvement 15M au
Conseil de l’Europe devant la Commission des Affaires sociales
de l’Assemblée parlementaire le 24 janvier dernier. En attendant l’explosion, le feu couve et la colère gronde.

U

n an après la naissance d’un mouvement social historique sur les places espagnoles le 15 mai 2011, le
rendez-vous était donné. Dans les rues d’Espagne et
dans de nombreux pays du monde des milliers de personnes se sont retrouvées pour fêter de manière pacifique
et revendicative cet anniversaire.
En Espagne, malgré les multiples arrestations réprimant le
droit de manifester, ce fut une belle réussite. Le 12 mai
2012, dans un contexte de crise aiguë et de luttes sociales,
la foule a de nouveau envahi les rues, |2| occupé les places
de nombreuses villes pour y tenir des assemblées populaires. Le thème de la dette et de l’audit citoyen pour en
répudier la partie illégitime y était fortement présent. Alors
que beaucoup pensaient le mouvement 15 M espagnol assoupi ou en perte de vitesse, la mobilisation prouve qu’il
est toujours là, actif, organisé et prêt à agir.

Les indigné-e-s espagnol-e-s dans la rue pour
le premier anniversaire du 15M
A l’occasion de la journée du 12 mai de nombreuses mobilisations ont été massivement suivies pour commémorer
l’anniversaire du mouvement des indigné-e-s. Dans différentes villes les manifestant-e-s ont occupé des places
centrales avant de se faire déloger par la police comme à
Madrid, Séville, Cadiz, Palma de Mallorca ou encore Valencia.
A Barcelone, la Plateforme Unitaire en Défense de l’Université Publique (Plataforma Unitària en Defensa de la Universitat Pública, PUDUP) avait décidé la grève étudiante le
3 mai contre la décision gouvernementale d’augmenter les
frais universitaires, coïncidant ainsi avec le sommet de la
Banque centrale européenne (BCE) dans la capitale cata-

10

lane les 2 et 3 mai pour lequel l’accord de Shengen (qui
permet la soi-disant libre circulation des personnes entre
les pays de l’Union européenne) avait été suspendu afin
de freiner l’arrivée de militants européens. Dès le 12 mai,
le mouvement, autorisé à occuper la Place Catalunya sans
doute pour effacer la sale image qu’avait donnée le pouvoir local lors d’une précédente occupation, organise des
débats et actions. Une « cacerolada » (concert de casseroles) contre la banque Caixa de l’avenue Diagonal dure
ainsi plus de 11 heures le jeudi 17 mai, |3| à l’endroit où
plusieurs centaines d’indigné-e-s avaient décidé de camper avant d’être délogé-e-s par la police.
À Madrid, l’assemblée populaire a décidé de braver l’interdiction en restant sur l’emblématique place Puerta del Sol
au-delà des horaires autorisés. Le 13 mai à l’aube, l’expulsion aura lieu avec une démonstration de force disproportionnée. Rien qu’à Madrid, les manifestations pacifiques
entre le 12 et le 15 mai se sont soldées par 29 détentions
et plusieurs centaines de contrôles d’identité. Des manifestations se sont déroulées devant la Banque d’Espagne
et devant le siège de Bankia alors en pleine dégringolade
et récemment sauvée de la faillite par l’État, sur le dos des
contribuables, en nationalisant les pertes et les actifs
toxiques.
A Valencia, le 12 mai, la municipalité avait décidé d’installer une « mascletà » (concert de pétards très populaire)
sur la place de la mairie rebaptisée « place du 15M » par
le mouvement. Les manifestant-e-s ont répondu à cette
provocation4 en balayant toute l’installation (barrière et
pétards) pour occuper la place et y tenir une assemblée.
Non loin de là, des prises de parole ont exposé l’audit citoyen de la dette en cours, dénoncé les expulsions de logements, les coupes immorales et criminelles dans la
santé et l’éducation...

Le 17 septembre 2011 à Paris / Photo Raphaël Rezvanpour

L’importante présence de lycéens équipés de crayons
géants et de pancartes en forme de livre (symboles de
leurs seules armes) montre que la révolte de Lluis Vives
n’est pas loin. |4| Rappelons que le nouveau gouvernement
de Mariano Rajoy, aussitôt après avoir adopté le budget
2012 réduit de 27,3 milliards d’euros par des coupes budgétaires historiques, décida par décret loi de l’amputer de
10 milliards supplémentaires dans l’éducation et la santé.
Le 16 mai marquait donc le début de la deuxième année
de ce mouvement puissant, revendicatif, innovant et surprenant. Mais ce fut aussi le début d’une grève des professeurs de la Communauté Valencienne convoquée par
cinq syndicats (STEPV, FECCOOPV, CSI·F, ANPE, FETE-UGT
PV) et une manifestation de près de 10 000 personnes. La
grève de tout l’État espagnol du 22 mai a été très suivie et
constitue la 1ère grève unie des professeurs et élèves, du
collège à l’université, de la jeune démocratie espagnole
convoquée par tous les syndicats dans un secteur de l’éducation plus que malmené par les restrictions budgétaires
(3 milliards d’euros de coupes budgétaires dans l’éducation ont récemment été approuvés dans le cadre de ce décret loi cité plus haut).

Un contexte international tout aussi
encourageant !
Ailleurs, le mouvement a été également présent dans de
nombreux pays. À Londres, en Angleterre, 11 personnes
ont été arrêtées lors de l’expulsion d’une assemblée paci-

11

fique sur les marche du ‘Royal Exchange’. En Belgique, plus
de 1000 personnes ont défilé dans la capitale, avant de se
rassembler en différentes assemblées thématiques pour
organiser et coordonner les mobilisations à venir.
Au Québec, confrontée à un mouvement étudiant porteur
de nouvelles formes de luttes à l’image du mouvement
des indigné-e-s d’une ampleur exceptionnelle, la ministre
de l’Éducation et vice-première ministre, Line Beauchamp,
a dû démissionner le 14 mai 2012. En grève illimitée, les
étudiant-e-s entamaient alors leur 14ème semaine de lutte
pour empêcher une hausse de près de 75 % en cinq ans
des frais de scolarité universitaire : de près de 2 200 dollars
canadiens (environ 1 700 euros) par an à près de 3 800
dollars (3 000 euros) en 2017. Le 22 mai, jour de la grande
grève du secteur de l’éducation en Espagne, plusieurs centaines de milliers de personnes manifestaient dans les rues
de Montréal et des grandes villes pour marquer les 100
jours de lutte de la plus longue grève étudiante de l’histoire du Québec |5|.
À Francfort, rebaptisé "Bankfurt" à l’occasion d’un rassemblement anti-capitaliste de quatre jours, plus de 20 000
personnes ont manifesté à l’appel du collectif Blockupy le
19 mai pour dénoncer le règne de l’austérité en Europe.
Les autorités locales, qui avaient interdit toutes les autres
manifestations ( jusqu’à certaines conférences prévues depuis longtemps), ont empêché à la dernière minute l’itinéraire proposé par les organisateurs et la manifestation n’a
pu se terminer devant le siège de la Banque centrale européenne (BCE), partie intégrante de la Troika. |6|

11

MONDE

En Russie, les rues se remplissent aussi ! Vladimir
Poutine fait face à une contestation sans précédent
depuis les législatives de décembre 2011 entachées de fraudes massives et remportées par le
parti au pouvoir Russie unie. Des manifestations
anti-Poutine ont rassemblé jusqu’à 100 000 personnes à Moscou et, impensable auparavant, des
centaines de jeunes opposant-e-s ont occupé dès
le 8 mai le parc de Tchistye Proudy. Ce campement
du centre de Moscou s’est établi en réaction à la
répression violente d’une manifestation de l’opposition le 6 mai dernier, la veille de l’investiture de
Vladimir Poutine. Le camp a été “évacué” une semaine plus tard, plusieurs centaines de manifestant-e-s ont été interpellé-e-s.
De l’autre côté de l’Atlantique, le mouvement Occupy étatsunien a pris les devants en appelant à la
grève le 1er mai 2012. Relayé par d’autres villes au
Canada, en Australie et en Corée du Sud, cet appel
sonne fort. En effet, depuis la fameuse grève générale du 1er mai 1886, |7| la fête des travailleurs
était célébrée le 1er lundi de septembre. Au-delà
du symbole, le fait d’imposer le 1er mai dans
l’agenda social des Etats-Unis est un acte politique
qui renoue avec l’histoire des mouvements sociaux,
c’est en soit une victoire de la mémoire des luttes.
Enfin, le sommet du G8 initialement prévu à Chicago s’est déplacé à Camp David par peur des manifestations du mouvement Occupy, mouvement
qui s’en prend aussi au sommet de l’OTAN le 20 et
21 mai à Chicago où se sont retrouvés les chefs
d’Etat ou de gouvernement des 28 pays membres.
Cette organisation militaire qui a pris le commandement de la force internationale de sécurité (ISAF)
en Afghanistan en 2003, est dirigée depuis sa création par un Etatsunien.
Peu importe d’où on vient, peu importe où on vit,
le mouvement des indigné-e-s est partout et
compte bien se faire entendre. Les jours qui ont
précédé ou suivi la date anniversaire du 15M ont
démontré une fois de plus que ce mouvement a
une capacité de mobilisation et d’action laissant
présager de nouvelles luttes... jusqu’à ce que victoires s’en suivent !
Notes
|1| "la potente bomba social va a estallar en la cara
del sistema". EFE, 24 janvier 2012.
|2| Photos de manifestations en Espagne :
http://www.rtve.es/mediateca/fotos/... et ailleurs :
http://occupywallst.org/article/wat...
|3| http://www.youtube.com/watch?v=prnD...
|4| Espagne. Le mouvement social exige des
comptes,
http://www.cadtm.org/Espagne-Lemou... et http://primaveravalenciana.com/
|5| Plus de 700 arrestations ont eu lieu. Une nouvelle loi, dénommée Loi 78, interdit de se couvrir
le visage de masques ainsi que toute concentration
à moins de 50 mètres des centres universitaires.
|6| On dénomme ainsi la Commission européenne,
le FMI et la BCE qui agissent de concert pour appliquer les plans d’austérité en Grèce, en Irlande et
au Portugal où ils forment les créanciers principaux.
|7| La grève du 1er mai 1886 est très suivi et particulièrement à Chicago où des centaines de policiers font irruption et chargent les ouvriers
rassemblés en lutte pour la journée de huit heures.

12

Empenada_Paris / Photo sous licence CC 2.0

Marre de la presse
docile ?

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À ACTUALUTTE
[Voir au dos de ce numéro]
13

MONDE

ÉGYPTE
POLITIQUE, RELIGION, ARMÉE
Par Albidochon

L

Le 11 février 2011, à la suite d’une révolution de 18 jours,
démissionnait le Président Hosni Moubarak, le pouvoir
tombant alors entre les mains du Conseil Suprême des
Forces Armées (CSFA). Depuis, le pays est donc gouverné
par l'armée, qui devrait passer le pouvoir au monde politique civil. Cette passation de pouvoir devrait être réalisée
avant la fin 2012, selon les dire du pouvoir militaire en
place. S'ouvre ainsi une période de transition, à la recherche d'un nouveau pouvoir, d'une nouvelle constitution, qui voit éclore toute une floraison de partis et de
coalitions tentant d'accéder à la tête de l'Egypte. Il s'agit
aussi de réinventer une nouvelle constitution, ce qui fut
entrepris en mars 2012 par 50 parlementaires et 50 personnalités qui furent chargés de travailler à sa rédaction.
Ce comité fut boycotté par les libéraux, et les salafistes,
qui dénoncèrent la main mise des Frères musulmans sur
le processus.
Le premier tour des élections présidentielles a eu lieu le
23 et 24 mai 2012, le second tour est prévu pour les 16 et
17 juin.

Le parlement :
Entre le 28 novembre 2011 et le 10 janvier 2012, en trois
étapes, a été élu un parlement multi-partiste, approuvé
par le CSFA. L'Egypte dispose maintenant d'un Parlement
élu, qui bénéficie d’une réelle légitimité populaire. Sa
composition est un melting-pot de partis politiques et religieux, recouvrant des alliances croisées entre droite,
gauche, partis islamistes et coptes (chrétiens d'Egyptes)
et laïcs. Les 498 députés de l’Assemblée du peuple sont
élus aux deux tiers à la proportionnelle pour des listes
présentées par les partis et, pour un tiers restant, sur un

14
14

© Alex_Mac - Fotolia.com

'Egypte, ou République arabe d’Égypte de son nom
officiel, vient de sortir d'une longue période de dictature du régime de caste d'Hosni Moubarak. C'est
maintenant un Régime présidentiel, dont le chef de l’Etat
est le Maréchal Mohamed Hussein Tantaoui. En réalité,
c'est toujours une dictature militaire, l'armée contrôlant
toujours tous les rouages politiques et économiques du
pays. Mais elle a permis une libéralisation du régime, avec
notamment l'apparition du multipartisme. La révolte politique s'est transformée en révolte sociale après le départ
de Moubarak, réclamant entre autres, la fin d'un Etat policier, plus de justice sociale, et la mise en place d'une démocratie. La révolte sociale réclame aussi une
amélioration des conditions de travail, une augmentation
des salaires, et plus de protections sociales. Enfin, elle dénonce le régime de corruption et de réseaux qui fut la
norme sous le régime Moubarak.
scrutin majoritaire à deux tours, concernant des candidats
de partis et à des indépendants.
Le parlement égyptien comporte deux chambres. Ces
deux chambres ont un pouvoir législatif, l'assemblée du
Peuple (ou chambre basse dont les membres sont élus
pour une durée de cinq ans au suffrage universel) et le
conseil de la Shoura (conseil consultatif ou chambre
haute, constituée des représentants des gouvernorats).
Mais l'exécutif reste seul au main du président de la république, qui nomme comme en France un premier ministre dans le parti qui a le plus de sièges à l'assemblée.
Cette assemblée se compose, pour les plus gros partis de
la manière suivante :
- Parti de la Liberté et de la Justice des Frères musulmans disposant de 222 sièges, ayant récolté 44.6 % des
suffrages
- Parti de la Lumière, parti Salafiste, qui obtient 112
sièges, après avoir obtenu 22.5 % des voix
- Le Néo-Wafd, parti National-libéral, occupant 39 sièges
et ayant glané 7.8 % des voix.
- Parti égyptien social-démocrate, représentant la tendance Social-démocrate avec 16 sièges et 3.2 % des voix
- Le Parti des Égyptiens libres, pour le Social-libéralisme, occupe 15 sièges après avoir recueilli 3.0 % des suffrages
- Le Parti de la construction et du développement, se
réclamant d'un Islamisme radical, avec 13 sièges et 2.6 %
des suffrages ;
- Le Parti du Centre nouveau, représentant un Islamisme
modéré, qui a gagné 10 sièges avec 2.0 % des suffrages.

L'ancien PND (parti national démocratique) créé par le
président Anouar el-Sadate qui remplaça l'Union socialiste
arabe créée par Gamal Abdel Nasser, trop divisé, a pourtant gagné 19 sièges, mais n'a pas réussi à les réunir dans
un front commun. C'est l'ancien parti du président Moubarak, dissous en avril 2011.

Les coalitions en présence :
Ce n'est pas moins d'une cinquantaine de partis qui se
sont présentés aux élections législatives. Plusieurs tendances sont représentées, entre des partis religieux fondamentalistes ou modérés, des partis de gauche
révolutionnaires, des parties de droite libérale, et des partis
d'extrême droite, nationalistes ou religieux. Les partis politiques soustendus par des valeurs de l'Islam religieux forment quand même la majorité des tendances, se déroulant
sur tout l'échiquier politique.

Ces coalitions se regroupent en cinq gros
"blocs" :
- Religieux de droite extrême, l'alliance islamiste, créé par
le parti salafiste Al-Nour après une dissention avec le parti
des Frères Musulmans, propose l'application de la charia,
et une politique dure envers Israël. Il regroupe des partis
salafistes," Al-Fadila" et "Al-Asala", ainsi que le" Parti de la
construction et du développement", organe officiel de la
Gamaa Al-Islamiyya.
La Gamaa Al-Islamiyya est un groupe armé islamiste, dirigé
par le cheikh Omar Abdel Rahman et qui pris la suite du
Jihad islamique égyptien au début des années 1990 en
s'attaquant à l'état. Il figure sur la liste des organisations
terroristes aux Etats-Unis, du Canada et de l'Union Européenne. Il a rejoint la mouvance islamiste internationale
d'al-Qaida. Cette union est fondée sur le salafisme qui est
un mouvement sunnite (85 à 90% des musulmans), lequel
prône un retour à l'islam des origines. Ses principes, fondés sur le Coran et la Sunna, représentent un mouvement
fondamentaliste, soutenu par une mouvance traditionaliste et une mouvance djihadiste. Ils revendiquent la pratique de l'islam originel appliqué à toute la société.
- Autre coalition de partis islamistes, de libéraux et de
gauche, l'Alliance démocratique a vu le jour en juin 2011.
Elle représente un regroupements de partis nés à la suite
de la révolution égyptienne. Elle est majoritairement représentée par le Parti de la justice et de la Liberté des
Frères musulmans, de Al-Karama et Al-Ghad.
Les Frères musulmans représentent une lutte non-violente
contre les valeurs de l'occident, appuyée sur une renaissance d'un Etat islamique. Certains groupes comme
Gamaa Al-Islamiyya et le Hamas sont issus de cette mouvance, mais ont abandonné l'aspect non violent. Les FM
sont très hostiles aux pays Arabes laïcs, et luttent contre
Israël depuis la création du mouvement. Cette organisation ne bénéficie pas d'une stucture très organisée, mais
est plutôt hétérogène, très instable et regroupe de nombreuses branches. C'est en fait une tendance religieuse
fondamentaliste qui cherche à s'affirmer et croître grâce à
une représentation politique au sein de gouvernements
des pays arabes. Ils sont foncièrement contre la notion de
démocratie, et prônent que la vie publique doit être régie
par les règles d'un islam originel. Ils disposent de réseaux
puissants qui s'appuient sur des actions caritatives, d'éducation et de santé.
- La tendance droite-libérale est représentée par le Bloc
égyptien, tendance née en 2011 d'une action d'un grand
patron des télécommunications, Naguib Sawaris. Bien qu'il
soit copte, il prône la reconnaissance de l'islam comme religion d'Etat, mais il recommande la séparation de la religion et de l'Etat. Il soutient une économie libérale, et veut
imposer un Etat fort. Il préconise une égalité en droit de
tous les citoyens, quelle que soit leur confession religieuse.

Dans cette coalition, on retrouve le Parti social-démocrate
et Al-Tagammu, pourtant colorés à gauche.
- Pour représenter la gauche, l'Alliance pour l'achèvement
de la révolution regroupe plusieurs tendances marxistes
ou socialiste (Parti Egalité et développement, Alliance populaire socialiste, Parti socialiste égyptien), ainsi que d'anciens du NPD (parti de l'alliance égyptienne), un parti
salafiste (Al-Tayyar), et un parti de centre libéral (Parti
égyptien de la liberté). Ce bloc fondé en 2011 par un intellectuel, milite pour un libéralisme à forte coloration sociale. Il n'écarte pas une coopération avec les islamistes
bien que défendant la laïcité, et milite pour la mise en
place d'un Etat civil, et non religieux.

Le découpage politique :
Ces coalitions, comme on a pu le voir, sont transversales
aux idéaux politiques et religieux. Cependant, on peut définir six grandes familles politiques en Egypte, qui regroupent la cinquantaine de partis un minimum représentatifs
des opinions du peuple.
- Le bloc de gauche et d'extrême gauche regroupe des
partis de toutes les tendances de la gauche classique de
centre gauche, jusqu'à l'extême gauche. La "Coalition de
la jeunesse révolutionnaire", les "gardes révolutionnaires",
le "parti constitutionnel libre", le "parti nassérien"... Ils sont
en tout une bonne dizaine à se partager toutes les valeurs
du marxisme traditionnel au socialisme de centre-gauche.
Il représentent moins de 10% du total des votes, mais ils
ont le mérite d'exister dans cette démocratie naissante.
Mais certains partis regroupent des militants de toutes
tendances qui s'unissent plus contre le pouvoir de l'armée
que pour partager un idéal politique. Ansi on trouve des
Frères musulmans unis avec des militants d'extrême
gauche et des militants indépendants dans la "Coalition
de la jeunesse révolutionnaire".
- Le courant libéral, du centre droit et de droite regroupe
une petite dizaine de partis. Du centriste "Parti égyptien
de la liberté, au droitiste "Front démocratique", le "Parti
des egyptiens libres" rallie aussi Al-Ghad, parti de centredroit.
- Le courant islamiste regroupe lui, au "centre" politique
jusqu'à la droite plus dure, des partis islamistes modérés
(Al-Tayyar), des partis plus radicaux (Parti de la justice et
de la liberté des Frères musulmans), jusqu'au plus droitier
"Révolution égyptienne" et "Parti de la révolution égyptienne". Les avis divergent au sein de ce bloc religieux
entre la création d'un Etat qui respecte les valeurs islamiques sans appliquer la charia (Al-Tayyar), jusqu'aux partis qui veulent imposer la charia et un islam pur et originel
(les "Frères musulmans"). Les plus représentatifs de ces
partis représentent une tendance politique de centre-droit.

«On peut définir six grandes familles politiques en Egypte, qui
regroupent la cinquantaine de
partis un minimum représentatifs des opinions du peuple.»
- Les Centristes purs, sont représentés par le Al-Adl,
l'"Egyptian Alliance Party", "Paix démocratique", "Droits de
l'homme et citoyenneté", et le "Parti de la civilisation". Une
majorité des partis centristes sont favorables à un Etat islamiste cependant, et loins des valeurs laïques. Ces partis
centristes veulent offrir une troisième voie entre le bloc islamiste et les partis libéraux.

15

16

MONDE

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MONDE

- Le bloc salafiste dur de droite et d'extrême droite regroupe
autour du parti "Al-Nour", les partis "Al-Fadila" et "Al-Asala". Ils
prônent une politique de droite et un Etat religieux avec l'Islam
comme religion d'Etat.
- A l'extrême droite, se trouvent les anciens du parti national
démocratique, regroupant une quirielle de petits partis explosés
issus du NPD. Ils sont partisans du Conseil Suprême des Forces
Armées, pour qu'il maintienne la paix et la cohésion sociale du
pays. Ce bloc regroupe entre autres le "Parti Al-Wafd", les anciens du "Parti national démocratique", l'ancien secrétaire de la
Ligue arabe et candidat à la présidentielle Amr Moussa, et le
candidat à la présidentielle Mohamed Selim Al-Awa.

Présidentielles - Les forces en présence :
La situation est assez confuse, entre le désir de démocratie, le
poids de la culture religieuse, le besoin de sécurité, et les aspirations sociales à un mieux vivre. Il n'est pas simple de tout synthétiser dans un seul parti, et la situation semble plutôt se
diriger vers "Tout sauf l'armée" contre "Tout sauf l'islamisation".
Le choix s'oriente vers un vote "contre" plutôt que vers un vote
"pour". La situation électorale à laquelle est confronté le peuple
égyptien, est avoir à choisir entre un suppôt de l'ancien régime,
aux ordres de l'armée, Shafik en l'occurence, et une pâle figure
des Frères musulmans, un islamiste du nom de Morsi. Les populations qui ont mené la révolution ont le sentiment qu'on la
leur a volée, et se trouvent à choisir entre la peste et le choléra,
ou l'abstention.
La partie de la population qui a voté pour Shafiq, est en partie
copte, et elle craint l'arrivée d'islamistes au pouvoir. Une autre
partie a peur d'un pays instable, sans sécurité, qui n'est pas favorable au tourisme grande source de revenus, et ils voient dans
l'armée la possibilité d'avoir un pouvoir fort contre les débordements civils et l'islamisme terroriste. D'autre part, quel que
soit le président élu, il devra composer avec les Etats-Unis qui
apportent technologie militaire et aide financière (2 milliards
de dollars par an), ces derniers ayant déjà dans plusieurs pays
de très bonnes relations avec les Frères musulmans.
En effet, le Candidat des Frères musulmans Mohammed Morsi,
qui représente la principale force politique, le "Parti de la justice
et de la liberté", et qui a quasiment raflé la moitié des sièges
de députés, a obtenu 5,76 millions de voix. Mais une partie de
la population ne veut pas d'un pays gouverné par la charia, surtout dans ce qu'elle a d'archaïque. Une partie de la population,
si elle n'est pas complètement ouverte au monde occidental,
n'en demeure pas moins ouverte à la modernité, à la démocratie, valeurs qui ne sont pas foncièrement portées par le bloc islamiste dont on a parlé. Cependant, la dictature militaire de
Moubarak a laissé aux mains des islamistes des Frères musulmans et des salafistes les actions sociales, caritatives, l'éducation, l'aide sociale, la santé, ce qui les a implanté dans les
quartiers pauvres et les campagnes. De plus, la propagande politique des partis religieux se faisant en sous-main de toutes les
actions sociales a profondément marqué la population, essentiellement musulmane. Pour l'instant, ces deux courants (islamiste et salafiste) religieux ne tiennent pas un discours
imposant des règles de charia très strictes, à la fois pour ne pas
faire peur aux électeurs, et d'autre part pour ne pas effrayer les
puissances étrangères. Mais dans leurs rangs, des voix s'élèvent
pour une application stricte des principes de la charia, pour un
Etat islamique, installant une confusion toujours plus grande.
Les Salafistes ayant pour objectifs d'imposer les règles de la
charia à toute la société égyptienne, se confrontent aux islamistes qui eux, ne veulent qu'islamiser les institutions et les lois.
L'armée quand à elle, représente un Etat dans l'Etat, une économie parallèle, qui a des relations privilégiées avec l'Occident,
les Etats-Unis surtout en ce qui concerne l'armement, et n'est
pas prête à lacher le pouvoir sans garantir ses arrières. C'est elle
qui est réellement au pouvoir depuis bien longtemps (60 ans),
et la passation ne se fera pas sans négociations à son avantage.
Trois entités regroupent les participations des militaires dans
l’économie nationale. L’organisation arabe pour l’industrialisation envoie une grande partie de ses biens de consommation
en direction des civils. Le ministère de la production militaire

18

destine en réalité une bonne partie de sa production en direction des civils. Enfin, le service national pour l’organisation de
projets se ramifie en quinze entreprises et entités agricoles qui
développent sur tous les domaines de la consommation des
biens de consommation destinés au public. L'armée contrôle
aussi toutes les entreprises nationalisées par Nasser et regroupées en holding par Moubarak. Ces entreprises gérées par des
généraux en retraite devaient être privatisées à terme, mais ce
processus a été stoppé net par la révoltion égyptienne. C'est
enfin l'armée qui gère le canal de Suez. Selon les sources, très
difficiles à obtenir, les seuls bénéfices de l'armée se situeraient
entre 750 Millions de dollars et 5 milliards de dollars par an,
opacité due au manque de contrôle des activités économiques
des militaires. Quel que soit le nouveau régime, il sera difficile
de retirer cette manne opaque des mains de l'armée. Et pour
ce qui concerne le contrôle, l'audit possible de ces activités, il
se ferait par un membre des Frères musulmans, qui se révèle
être un général à la retraite. Quel que soit le président élu, il
tentera de poursuivre les privatisations amorcées sous Moubarak, mais il ne pourra s'attaquer aux secteurs gérés par les généraux, y imposer des contrôles et de la transparence. On se
dirigerait vers une gestion économique où
une grande partie de l'activité serait invisible, et dont les flux financiers échapperaient à la gestion nationale. Ahmed Chafik,
second au premier tour des élections présidentielles, est présenté comme le candidat du Conseil suprême des forces armées et entretient de bons rapports avec le maréchal
Mohammed Hussein Tantaoui, l'actuel président.
Le candidat nassérien Hamdin Sabahi, qui a occupé la troisième
place au premier tour de la présidentielle égyptienne, est le
créateur du parti de gauche Al-Kalama, de tendance socialiste.
Il passe un peu pour le Robin des Bois égyptien, et a les faveurs
des étudiants, des jeunes révolutionnaires, des intellectuels et
d'une partie du monde des campagnes. C'est le candidat du
changement laïque. Dans son programme, le candidat nassériste promettait une augmentation des petits salaires de 60%
en taxant les plus riches. Il a bien failli passer devant Shafiq, mais
la campagne n'a pas été assez longue pour lui permettre de remonter. Il faudra sans doute s'attendre à le voir actif sur la scène
politique égyptienne dans quelques temps.

Egypte - société en devenir :
Pour nous, pays démocratiques de nom (on sait par expérience
à quoi s'attendre des démocraties électives d'Occident en ce
qui concerne le bien des peuples), on aimerait voir des pays qui
ont quitté un régime autocratique ou dictatorial entrer dans le
processus démocratique. C'est oublier que la culture politique,
déjà bien piètre dans nos sociétés, est une nouveauté pour ces
peuples dont une partie non négligeable n'a jamais voté. Le
modèle occidental, dans la façon dont il est décrit par les médias et les groupes religieux, n'est pas forcément pour eux le
modèle à suivre, surtout quand ils voient le comportement des
Etats-Unis, de l'Europe, pour ce qui concerne les spoliations
économiques, les comportements néo-coloniaux, l'exploitation
qu'ils font de la pauvreté dans les pays émergents, et la façon
dont ils crèent, soutiennent, et lâchent des dictatures à leur profit. Le processus démocratique ne s'est pas installé sans violence
dans nos sociétés, sans bains de sang, et il n'est d'ailleurs pas
finalisé en ce qui nous concerne. Laissons donc ces peuples
vivre leurs chemins, qui d'ailleurs divergent si on observe les
lendemains des révolutions tunisiennes, ou lybiennes. C'est en
confrontant leurs choix gouvernementaux qu'ils verront, lors
des élections, quels sont les choix à faire. Et si cela n'est pas suffisant, comme hier, ils descendront dans la rue, à nouveau,
comme nous l'avons fait et le referons encore, pour petit à petit,
instaurer plus de démocratie, de justice et de liberté. Pour tous,
nous compris, le plus long chemin reste à faire, et nous n'avons
d'exemple à donner à personne, sauf à aider les peuples à avoir
accès à la communication, la culture, la santé, la paix, quand ils
le demandent.
Aujourd'hui, grâce aux moyens de communication modernes,
l'information passe, est transmise, et c'est ce média qu'il nous
faut aussi défendre car il peut servir de lien entre les peuples
qui se révoltent contre le capitalisme, l'obscurantisme religieux,
ou le dictat d'autocraties dictatoriales.

POLITIQUE

BONNET BLEU ET
BONNET ROSE..
Par Albidochon

Hollande  nous avait prévenu : finis les cumulards, finies les rémunérations  gargantuesques pour les entreprises dont l'Etat est
actionnaire, place à  la transparence et à l'exemplarité.

O

ui, ministres, secrétaires d'Etat et autres hauts
fonctionnaires devront faire preuve d'exemplarité,
avoir un parcours sans tâche, et participer à l'effort
collectif de serrage de ceinture en ces temps de crises. En
est pour preuve la baisse des salaires des ministres de
30%.
Oui, fini les abus, finie l'injustice, la finance n'a qu'à bien
se tenir, les dirigeants d'entreprises n'ont pas intérêt à
brutaliser leurs employés, on va voir ce qu'on va voir !
Le message est-il passé ? l'application à la lettre est-elle
respectée ?

Le petit manuel du contournement de Valls :
Monsieur le ministre Valls, comme convenu, a abandonné
son poste de maire d'Evry. Ministère oblige...Il reste juste
cependant conseiller municipal délégué de sa ville. Ne
mégotons pas, ce poste secondaire ne représente pas
une entorse au non cumul de mandat tant exigé par notre
nouveau président normal.
Dans un bel élan de solidarité, l'ex-équipe de l'ex-maire
a voté malgrè tout un émoluement à notre ministre :
1700€/mensuels. Cela représente 57% de l'indemnité versée pour le poste de maire. Cependant, le nouveau ministre de l'intérieur pourra-t-il mériter cette indemnité par
sa participation régulière et effective aux conseils municipaux d'Evry ? Le premier adjoint, qui lui est présent et
actif sur le terrain se voit verser la même somme. On voit
mal comment Monsieur Valls pourra, au regard des fonctions qui sont les siennes et du temps qu'il doit leur
consacrer, justifier sur le terrain et dans la ville ces versements. D'autant qu'il n'est pas premier adjoint mais seulement conseiller municipal délégué...
De plus, les 15 autres adjoints présents tous les jours sur
Evry ne perçoivent que 36% de l'indemnité du maire.
Quant aux 25 conseillers municipaux, qui sont pratiquement tous les jours dans leurs permanences, actifs dans
les réunions, au contact des citoyens, ils ne perçoivent
qu'entre 4% à 23,5% de l'indemnité octroyée au maire.
Sans doute, en ces temps de crise, le salaire à hauteur de
9940€/mensuel au titre de son ministère, ne lui permet
pas de joindre les deux bouts.

Qu'il est Doux de respecter ses employés :
Monsieur Doux, grand producteur de poulets bas de
gamme, a coulé son entreprise pour ne pas en perdre le
contrôle. 800 éleveurs-smicards, 4000 emplois directs et
des dizaines de milliers d'emplois indirects jetés aux horties. Cet industriel, qui paye plus de 80% de ses employés
au smic, ceux des abattoirs et usines du groupe, qui est
le plus gros bénéficiaire des subventions de la PAC (1 milliard € depuis 1995), qui a refusé l'aide proposée par les
pouvoirs publics au travers d'une injection de capitaux
de la part de la banque Barclay, met Montebourg devant
le fait accompli.

19

POLITIQUE

Monsieur Doux, 146ème fortune de France, n'est pas
dans le besoin. Sa déconfiture est le résultat d'une gestion calamiteuse de délocalisation au Brésil qui a mal
tourné : 430 millions € de dettes qui plombent le
groupe. Pour ne pas perdre le contrôle de son groupe
résultant de la prise de parts de la Banque Barcley suite
à sa mise de capitaux qui le sauverait pourtant, il préfère
laisser tout son monde sur la paille, avec toutes les
dettes contractées par des investissements faits pour
s'installer.
Que fait l'exemplaire gouvernement socialiste pour
mettre fin à cet incroyable mépris, pour mettre la main
sur cette entreprise mal gérée, pour exiger le remboursement des subventions européennes, ou pour obliger
monsieur Doux à collaborer avec la banque Barclay,
quitte à perdre sa main-mise royale sur cet entreprise.
Ce qui permettrait sans doute d'améliorer la qualité de
vie des poulets, des consommateurs, et des travailleurs
qu'il employait.

Proglio est bien au courant :
Dans le cadre de la réforme des rémunérations des dirigeants d'entreprises publiques, Ayrault a bien précisé
que les mesures seront prises de suite, et non au renouvellement des mandats.
Ce dont M Proglio, patron d'EDF, a pris bonne note. En
effet, afin d'éviter le sort des chefs de la police aux ordres de sarkozy et vivement remerciés, il a fait savoir
qu'il accepterait de voir baisser son salaire jusqu'à la
barre des 20 fois le salaire minimum à EDF.
Mais cette baisse de 69% de ses revenus, ne le laissant
pas de marbre, il envisage d'arrondir ses fins de mois
par une multiplication de présences au sein de divers
conseils d'administration. Le 4 juin dernier, il est ainsi
devenu président d'Edison, groupe d'énergie italien,
contrôlé par EDF depuis peu.
Les jetons de présence à ces divers conseils d'administration compenseront sans doute une partie de cette
perte de revenu en temps de crise.
Travailler plus pour gagner plus, il ne l'a pas oublié.

C'est pas Graff, je suis à la retraite :
Le président des aéroports de Paris, Pierre Graff, va aussi
être touché par cette mesure restrictive sur les salaires
des chefs d'entreprises publiques. Il devra déduire 330
000 € des ses 736 000 € de salaire sur 2011, au titre de
cette nouvelle mesure.
Cependant, un peu avant l'élection présidentielle, à l'annonce de cette possible mesure en cas de victoire de la
gauche, il a tout prévu...
Il a en effet fait valoir ses droits à la retraite pour sa carrière d'inspecteur général des Eaux et Forêts, à compter
d'Avril.
Toucher une grosse retraite en sus d'un salaire non négligeable, c'est un gage de solidarité explicite à tout le
peuple, face à un gouvernement intraitable quand aux
inégalités sociales et aux dérives du capitalisme.
Des morts qui votent dans le Nord ? :
En matière de transparence et d'exemplarité, le PS fait
fort : Carvin, dans le Pas de Calais, est le théâtre d'une
lutte fratricide entre trois élus PS pour la course à la députation.
Outre qu'aux dernières législatives, une coalition PSUMP a dézingué la candidate communiste, aujourd'hui,
ce fief socialiste a adopté des méthodes dignes des
pires autocraties.
En lice, Kemel maire de Carvin face au sortant Facon, et
Corbizet, dans un scrutin interne au parti pour désigner

20

le futur représentant du PS aux législatives.
Quelques jours avant ce scrutin, dans la ville de Kemel,
le nombre d'adhérents du PS a brutalement bondi. Il est
passé de 140 à 293. Dans ce subit stock d'adhérents, figuraient des doublons, des militants de villes voisines,
des militants appartenant à la droite, et étrangement des
militants communistes, qui n'étaient pas au courant de
leur brutal changement de courant politique. Et bien sûr,
des défunts, qu'on avait sans doute inscrits sans leur accord.
Cerise sur le gâteau, le vote s'est déroulé sans isoloir,
sans enveloppe garantissant l'anonymat du choix du
candidat, et les bulletins étaient déposés tels quels sur
une table, sous le regard scrutateur de Kemel.
Victorieux à 65 voix près, ce proche de Aubry bat donc
le pro-Hollande dans des conditions qui amusent les
militants du Front de Gauche et du Front National.
On attend toujours la réaction en exemplarité des instances dirigeantes du parti face à cette mascarade, à défaut d'en avoir du gouvernement qui est devrait mettre
ses promesses en pratique.

« Il paraît que le gouvernement va lutter
contre les niches fiscales. Enfin, c'est ce
qu'il a promis. »
Du haut de ces pyramides, Delanoë vous contemple :
Un projet phraonique sur Paris va coûter cher aux contribuables : la tour Triangle.
Connaissant le goût immodéré de Delanoë pour les
constuctions modernes, le groupe Unibail-Rodamco
proposé au maire de construire un immeuble de bureaux, par l'intermédiaire de son négociateur Poitrinal.
180 mètres de hauteur, en forme de triangle, ce projet
voit le jour en septembre 2008. Mais le terrain de 190
000m² qui doit accueillir l'immeuble appartient à la ville
de Paris, et il faut donc expertiser son coût de location.
Deux cabinets d'expertise, Atisreal (BNP) et Vif Expertise
donnent cependant des loyers très différents. Le premier
chiffre le loyer annuel entre 9 et 13 millions d'€, le second lui le voit plutôt entre 3 à 6 millions d'€.
Mais Unibail trouve la note trop salée, et la mairie de
Paris demande une troisième expertise en 2010 à Vif Expertise, dont l'évalutation est plus favorable à Unibail.
Après bidouillages, le loyer est revu à la baisse, et se
situe autour de 2,2 millions d'€.
En 2011, Poitrinal signe le contrat sur la base de ces derniers chiffres, avec une clause très juteuse. La part variable de la location ne sera versée que si Unibail réussit
à louer tous les bureaux, à bon prix, sans jamais dépasser 6,3 millions d'€, avec un plafond indexé pendant 80
ans que sur la moitié de la hausse des prix. en clair, en
cas d'inflation, la mairie perdra une bonne partie de son
loyer...
Ne confions pas de responsabilités politques à ce curieux maire qui confond folie des grandeurs avec l'argent du contribuable, cadeaux au privé au lieu du bien
public, et s'assied sur le bien commun du moment que
ce n'est pas lui qui paye : on ne lui confiera pas le ministère du budget sans inquiétude, face au silence assourdissant du parti et du gouvernement.

Chien de garde pour niches fiscales :
Il paraît que le gouvernement va lutter contre les niches
fiscales. Enfin, c'est ce qu'il a promis. Il devrait raboter,
aplanir, pour instaurer de la justice sociale dans le système des impôts.
A ce titre, il s'apprête à doubler le plafond du livret A de
15 000€ à 30 000€. Officiellement, cette mesure servirait
à doper la construction de logements sociaux, c'est du
moins l'argument de Duflot. Mais deux problèmes se posent.
Le premier, c'est le coût d'une telle mesure. Le montant
de l'intérêt à 2,25%, qui risque en plus d'être réévalué, est
exonéré d'impôts. Coût annuel d'une telle mesure, 150
millions d'€ pour les finances publiques. Mais les sommes
qui sont allouées au logement social, aujourd'hui, représentent 200 milliards d'€, et ne couvrent que 70% des
sommes inscrites au titre du livret A.
Cette réévaluation du plafond n'apportera rien de plus en
terme de financement, qui a encore de la marge au vu des
dépots utilisables. Ce qui manque, ce sont les terrains, et
la bonne mesure aurait été de libérer de suite des terrains
publics, ou de racheter des terrains privés.
Le second problème, se situe au niveau des populations
touchées par cette mesure. Seuls 8,5% des bénéficiaires
de livret A ont atteint le seuil de remplissage. Cela représente donc une centaine de milliards d'€, la moitié des
sommes épargnées. Ces contribuables, dont les capitaux
sont placés dans des banques ou assurances à un taux
voisin de 2% imposable, vont donc combler le trou de leur
livret A dont le taux de rendement est plus intéressant, et
non imposable pour sa part. Ce qui représente une opération d'optimisation fiscale pour les contribuables qui
ont les moyens de placer plus de 15 000€, jusqu'à 30
000€, et représentent une portion plutôt aisée de la population.On attend une vingtaine de milliards d'€ de
transferts, d'où un manque à gagner pour l'Etat d'environ
150 millions d'€.
Ces fonds seront perdus pour le financement des entreprises, pour le rachat de la dette de l'Etat, soit en tout une
dizaine de milliards d'€.
Choix politique clairvoyant ? réflexion profonde sur le
bien fondé d'ajustements qui tiennent plus d'enfumage
électoraux que de mesures réelles pour rétablir plus de
justice sociale, accroître l'habitat social, et relancer le crédit aux entreprises...

Andrieux, la reine de Marseille :

tine Aubry, en octobre 2011, alors que le parlement lui
avait retiré son immunité parlementaire en mars 2010. En
juillet 2010, elle était mise en examen par le juge Landou
pour "complicité de tentative d'escroquerie et complicité
de détournement de fonds publics". En fevrier 2012, le
procureur de la république déclarait que Mme Andrieux
"était intervenue très concrètement" pour attribuer 700
000 € à des associations fantômes, dans le but d'une "fidélisation de l'électorat" et dans un processus "d'intérêts
politiques" entre 2005 et 2007.
Comme justification, les 3 et 4 juin, Madame Aubry se justifiait dans "le Monde", en expliquant qu'au PS "nous sanctionnons lorsque les faits sont graves et avérés"...
Depuis 2009, date de sortie de l'affaire, puis en 2010, date
de la première mise en examen, puis en fevrier et mai
2012, dates des déclarations officielles et renvois en correctionnelle, les faits n'étaient ni graves et avérés ? C'est
que Mme Andrieux appartient à un système clanique politique clientéliste, installé depuis très longtemps dans les
moeurs de la région, et sa politique populiste auprès des
électeurs permet de cacher ses malversations financières.
Ces activités ne pouvaient pas ne pas être connues par les
instances du parti !
Une ère exemplaire, promise par le nouveau président estelle vraiment en train de voir le jour, ou reste-t-on dans la
même mascarade politique de clan, de caste et d'intérêts
privés au détriment des fonds publics ?

Epilogue :
Voilà, le quiquennat vient juste de commencer, et déjà la
déception est grande. Des mesurettes, du camouflage en
attendant les législatives. Rien de fondamental, aucun
signe fort en direction des grandes entreprises, pour leur
signifier que la gauche est au pouvoir, que ça va changer.
Rien en direction du peuple, pas de mesures fortes, la retraite, les salaires, la protection sociale...on ne touche à
rien, on va calfeutrer, plâtrer, racommoder.
Pas de mesures, même symboliques, en direction du
monde de la finance, des banques, pour les prévenir que
le gavage, la gabegie vont prendre fin.
On retrouve les mêmes pathétiques combats pour des
postes, des sièges, des responsabilités...le pouvoir. Les
mêmes malversations, manipulations politiques, se reproduisent, les responsables politiques mis en cause dans des
affaires dans la région PACA, dans le Pas de Calais sont
toujours éligibles, membres du PS.

Attendez, attendez, Grèce, Espagne, Italie, Portugal...la rue
gronde...
Madame Andrieux, députée sortante de Marseille, risque
fort de conserver son mandat
: elle se présente sous les couleurs officielles du PS, en tout
cas, c'est ce que montrent ses
tracts et affiches.
Pourtant, derrière cette candidature, se cache une affaire relevant des tribunaux, et ce
depuis quelques années...
Cette députée, fille de Antoine
Andrieux, ancien député de
Marseille, à l'époque patron
des taxis marseillais et grand
copain de Gaston Defferre,
traîne depuis 2009 (révélations
du Canard Enchaîné cette
année là) une jolie batterie de
casseroles accrochées à son
jogging blanc.
Le 30 Mai dernier elle a été
renvoyée en corectionnelle et
dans la foulée, le PS lui a retiré,
trop tard le 31 mai, son investiture à la députation. Elle
Affiche de candidature aux législatives 2012 de Sylvie Andrieux
l'avait reçu de la part de Mar-

21

PHOTOREPORTAGE

BUCAREST ET
Chronique sans fin d'une table rase
Par Anita Pouchard Serra

N

ous sommes 20 ans après, sur la terre d’un vieux monastère, rasé à l’époque
par la folie architecturale d’un dictateur voulant y construire une base nautique qui ne verra jamais le jour. Aujourd’hui seuls quelques abris de fortunes et promeneurs solitaires s’aventurent dans cette jungle encerclée par
d’interminables quartiers de logements collectifs aux façades défraichies par le
temps-des grands ensembles dirait-on ici- le regard tourné malgré eux vers la ville
en marche. Des grands ensembles où (presque) rien n’a changé, où le temps n’a
pas toujours permis d’achever les espaces publics initialement prévus, et aujourd’hui offerts à la spéculation omniprésente. Pendant ce temps, aujourd’hui encore et demain toujours, la ville tombe sous les pelleteuses affamées des grands
projets ou bien se laisse mourir d’elle-même, résignée mais toujours fière s’offrant
ainsi aux récupérateurs urbains avides de matières premières. Cette histoire urbaine n’est pas une histoire lointaine. C’est une histoire presque d’ici...l’histoire de
nos voisins. C’est l’histoire de Bucarest 20 après la fin du régime de Ceausescu.

22

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24

25

SOCIETE

Par Albidochon

LE CAUCHEMAR DE

DARWIN
26

N

ous faisons partie de la faune de ce monde, et à
ce titre, nous sommes des "animaux", évolués
certes, mais des pensionnaires du monde qui
nous héberge au même titre que les autres. En tant que
tels, nous partageons à la fois l’espace et le temps, et
nous disposons dans nos gènes d’un instinct grégaire
qui, comme pour les autres mammifères, nous permet
de vivre en « tribus » plus ou moins structurées, qui
nous assurent protection et vie sociale, et qui nous
permettent d’évoluer vers ce que je nommerai l’homo
sapiens-sapiens humanisé. Mais que de route à parcourir avant de quitter définitivement ce statut d’animal
aux instincts plus forts que la raison, à la violence plus
forte que son humanité, et à l’égoïsme plus développé
que la fraternité et le respect des « frères » qui nous
entourent, qu’ils soient humains ou non.

Délocaliser pour le profit : tant pis pour les
faibles
Depuis 2002, les entreprises du CAC40 ont multiplié
leur bénéfices de plus de 1000% et voient cette année
encore une embellie non négligeable de leurs profits,
nouveaux cadeaux aux actionnaires en perspective…
Bien que l’argent entre et coule à flot dans les caisses,
ces grosses entreprises continuent de délocaliser leur
production afin de profiter des bas salaires pratiqués
dans les pays où la protection sociale n’existe pas, où
les salaires sont très bas et la défense des ouvriers
(syndicats, droit du travail) inexistante. Ceci a pour
conséquence bien sûr de laisser sur le carreau social et
économique des centaines, des milliers d’ouvriers chez
nous, qui ont passé une grande partie de leur vie au
service des dites entreprises, et qui se retrouvent du
jour au lendemain « remerciés », sans plus de revenus
pour payer maison, études des enfants, nourriture et
divers crédits qu’on leur alloue pour bien les enchaîner
à leur statut d'exploité. Ces entreprises qui reconvertissent la détresse de leurs employés en richesses personnelles, profitent en plus de pays où la démocratie
n’est pas encore installée, pays qui finissent comme la
Chine ou le Maghreb par exemple, par leur dérober
leurs outils de production délocalisés sur place pour
leur propre compte, et souvent en plus pour créer des
contrefaçons qui iront inonder nos marchés et qui profiteront à une élite sociale qui a su investir dans ce nouveau rêve capitaliste. L’arroseur arrosé, des loups dans
la bergerie…
Pendant ce temps, des destins brisés des deux côtés du
monde, certains par l’inobservance des valeurs humanistes par un groupe de privilégiés, d’autres par l’exploitation outrancière voire de l’esclavage moderne.

Vietnam : crevettes aux antibiotiques
contre production de riz.
Au Vietnam, où les conditions climatiques et environnementales sont favorables à l’élevage des crevettes,
il aurait été aisé de créer des unités de production de
crevettes d’élevage de très bonne qualité, qui aurait pu
profiter à tout le monde, producteurs et consommateurs. Au lieu de ça, de gros producteurs ont inondé
d’eau de mer les champs des producteurs de riz, petits
paysans qui produisaient pour leur compte, afin de les
exproprier de force pour créer des élevages de crevettes. Ils ont poussé le vice jusqu’à les réemployer
comme éleveurs, employés sur leur propre terre, mais
en leur permettant quand même de cueillir un peu de
la production pour leur consommation personnelle.
Pour augmenter la production, produits chimiques et
médicaments sont largement utilisés, afin de pouvoir
vendre même la pire qualité de crevette au prix fort. On
observe du coup une destruction d’écosystèmes millénaires telle la mangrove, car les pratiques chimiques

et d’élevage se font au détriment de l’environnement.
Des pratiques millénaires effacées, une économie
d'auto-suffisance détruite, un esclavage né de l'expropriation par de gros producteurs de paysans cultivateurs, et une production pour l'exportation d'un
produit qualitativement dangeureux à terme : un bon
exemple d'une économie libérale au Vietnam.

Du "bon" filet pour le Nord, de l’ammoniaque pour les autochtones.
Les pays occidentaux, plus riches que ceux du Sud,
sont friands de poisson. Alors s’est développé dans la
zone africaine du Nil, d’immenses élevages de perches,
dont on revend uniquement les filets aux pays du Nord.
La perche étant un prédateur, elle a tôt fait de dévorer
les espèces indigènes, ce qui a fait disparaître une
pêche traditionnelle qui nourrissait depuis des centaines d’années les autochtones.
Les filets prélevés, on rejette le reste et on trouve de
vastes décharges de déchets (têtes et arêtes de
perches) près des usines de traitement des filets, qui
sont juste jetés là, à même le sol, dans un premier
temps. Finalement une activité économique s’est développée autour de ces restes, qui finissent comme aliments pour les familles pauvres employées ou non par
les riches industriels qui exploitent ces élevages. Autour
des usines, on peut voir d’immenses champs d’où se
dégage un nuage d’ammoniaque et les malheureux qui
ramassent les ordures de poisson ont les yeux et la
peau brûlés par les vapeurs. Ces restes sont consommés dans cet état par les populations locales, bien que
des risques sanitaires existent. On peut aussi observer
une pollution de l’eau et de l’environnement à proximité de ces décharges alimentaires, ce qui crée des
complications sanitaires pour les organismes les plus
faibles.
Cela ne gêne en rien les entreprises venues du Nord
(Europe, Etats-Unis) qui surexploitent la main d’œuvre
locale tout en détruisant des équilibres écologiques et
des pratiques ancestrales de pêche et de commerce ou
de troc.

Vous n’aurez pas ma fleur : ni mon manioc
ni mon poisson d’ailleurs.
Ah les jolies fleurs de la fête des mères ou de la SaintValentin…
Il est très possible qu'elles viennent du lac Victoria, traversé lui aussi par le Nil, et qui subit à son tour de
grave problème de pollution. Comme la production de
fleurs dont sont friands les pays du Nord et d’Asie se
fait de manière intensive, au détriment de la faune et
la flore locale, on observe plusieurs phénomènes :
D’une part, les produits utilisés pour améliorer les rendements polluent les eaux du lac, ce qui pose des problèmes à la fois sanitaires – liés à la consommation de
l’eau - et écologiques - destruction de la faune et la
flore du lac et prolifération des hyacinthes d’eau.
D’autre part, les populations locales traditionnellement
pratiquaient la pêche et la culture alimentaire. Aujourd’hui il leur est impossible de subsister grâce à ces
activités qui ont disparu, et on remarque même un
recul des berges du lac, tant le déséquilibre écologique
mondial et local a des influences néfastes sur la vie
même du lac. Obligés de travailler à la production des
fleurs pour les pays riches, ces populations perdent à
la fois leur cultures alimentaires et leur pêche traditionnelle au profit d’une activité qui détruit leur environnement.
Encore une fois, des populations ont perdu leur autosuffisance, leur autonomie économique, voient leur environnement se dégrader à grande vitesse et se
retrouvent du coup en quasi esclavage pour subsister.

27

SOCIETE
Où l’argent justifie le poison :
Un pays est passé maître dans l’art de truquer la qualité
des produits dont il inonde les marchés mondiaux : la
Chine.
Ce pays en passe de devenir le numéro Un mondial, devant les Etats-Unis, fait peur à tout le monde (il est d’ailleurs propriétaire pour une grande part de la dette
Américaine). Face à sa nouvelle puissance économique
et financière, les plus grands pays du monde cèdent à
son chantage : c'est à la fois un grand marché pour y
vendre des biens de consommation, des technologies
et on est donc peu regardant aux problèmes des droits
de l'homme et du concept de
"citoyen" et aussi un monstrueux supermarché potentiel

on
peut
s'approvisionner à moindre
frais.
Alors on laisse passer à nos
frontières des cargaisons de
produits dont on sait qu’ils
sont non seulement de mauvaise qualité, mais qu’il sont
dangereux et qu’ils représentent des risques sanitaires
majeurs. Il y eut l’affaire des
fauteuils empoisonneurs, du
lait contaminé, des crevettes
traitées à l’eau de javel, des
jouets truqués pour convenir
aux normes européennes,
mais dangereux pour les enfants, la contrefaçon…etc
Ce pays qui a accueilli fut un
temps les entreprises américaines et européennes trop
contentes de faire des profits monstres grâce au miracle social de la dictature chinoise peu regardante à ce
propos, s’est mué en hydre pour ces mêmes entreprises…
Avec les chaînes de production délocalisées sur place,
les composants de base des biens à produire ainsi que
les compétences acquises par la population locale, la
chine a volé la production de ces biens aux entreprises
qui doivent maintenant leur racheter ce qu’elles fabriquaient naguère sur place.
Les chinois poussent même le vice jusqu’à produire des
contrefaçons de biens alors même qu’ils sortent d’autres usines les versions normales. Le grand danger vient

aussi des contrefaçons de pièces de haute technologies
(avions, voitures..), de produits alimentaires pour lesquels aucune norme sanitaire n'est ni imposée ni respectée, de produits cosmétiques dont on ignore
souvent la composition, dont la traçabilité une fois les
éléments arrivés dans les chaînes de transformation ou
de fabrication est devenue invisible et pollue ou fragilise le bien complexe final. Les pays émergeants en sont
souvent les plus grandes victimes, mais même dans les
pays du Nord, de nombreuses industries alimentaires,
technologiques, médicales, souffrent de cette pollution
et de ce manque de traçabilité.
Pour les médicaments il en va de même. Ils sont prêts à
empoisonner ou
laisser
mourir - si le médicament
n’a aucun effets positif sur
les pathologies - des populations entières, surtout
d’ailleurs celles des pays en
voie de développement qui
n’ont pas les moyens de la
recherche ou de l’achat de
molécules trop chèrement
vendues par les laboratoires
américains ou européens.
Ainsi, voit-on des pays africains inondés de simili médicaments contre le sida,
l’hépatite, ou d’autres pathologies potentiellement mortelles et ni l'Europe, ni les
Etats-Unis ne sont à l'abri de
ces produits pervertis qui se
glissent grâce aux industriels
ou parfois aux mafias, dans
le circuit légal.
Quand on pense qu'il suffirait qu'on ne leur achète plus
de produits pollués pour qu'ils n'en vendent plus...

« Ainsi, voit-on des pays
africains inondés de simili
médicaments contre le sida,
l’hépatite, ou d’autres pathologies potentiellement mortelles et ni l'Europe, ni les
Etats-Unis ne sont à l'abri de
ces produits pervertis qui se
glissent grâce aux industriels
ou parfois aux mafias, dans
le circuit légal. »

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L’élevage pourri la mer, le moderne tue l’ancestral…
Des sangliers morts sur la plage. Des cochons qui tuent
des sangliers, ou plutôt des éleveurs de cochons qui
tuent par la bande des sangliers.
Nourries par le lisier de porc qui vient polluer l’eau qui
retourne à la mer, les algues vertes prolifèrent de façon
incontrôlable et viennent encombrer les plages et dégager des vapeurs nocives à la fois pour l’homme et les
animaux - voir également les cas de chevaux morts.

Toutes ces pratiques d'élevage industriel se font au détriment de la santé publique, et ont un coût sur la sécurité sociale pour laquelle nous cotisons aussi. Mais les profits
engendrés par ce type d'élevage sont immenses et le pouvoir des lobbies n'est pas étranger à leur pérennisation. Plutôt que de changer les méthodes d’élevage, les producteurs
de porcs préfèrent nier l’évidence et les communes, au frais
des contribuables, doivent donc désherber leurs plages qui
seraient sinon désertées par les touristes – ce qui ne
manque d'ailleurs pas de se produire. Des sommes considérables sont ainsi prélevées sur les deniers publics au profit
finalement d’intérêts privés, sans toutefois résoudre le problème de fond : le lisier et les phosphates nourrissent les
algues vertes. Il faut maintenant jeter un œil du côté des
éleveurs de poulets qui ne sont pas en reste eux non plus
quant à la pollution des nappes phréatiques et donc des
terres arables et des ressources en eau potable et d’arrosage.

Dis moi ce que tu manges, je te dirai de quoi
tu vas mourir…
Les phosphates ne sont pas le seul problème posé par l’élevage intensif d’animaux. Afin d’obtenir plus de viande, plus
vite et au moindre coût, les éleveurs ont trouvé un moyen
imparable : gaver leur bêtes de médicaments pour faire
baisser la mortalité, pour les faire gonfler (et non grossir)
plus vite et plus, en leur donnant à manger des substances
habituellement non dévolues à leur alimentation – exemple
avec les farines animales pour les bœufs ruminants.
Le contrecoup, outre le fait que la viande soit de très mauvaise qualité, soit gorgée d’eau plutôt que de protéines, est
que les antibiotiques dont les animaux sont gavés restent
dans leur chair après l’abattage et deviennent du coup inopérants pour l’homme quand il en a besoin pour une infection lambda. Non seulement les bactéries deviennent
résistantes à ces antibiotiques issues des animaux mais
notre corps ne sait plus les utiliser pour se défendre puisque
présents en grosse quantité
depuis trop longtemps dans
notre organisme, ce qui a habitué les agents pathogènes à
leur présence et les rend inefficaces.

nant de France. Dans nos vergers aussi, la pousse artificielle
des fruits et légumes qui finissent dans nos assiettes, avec
l’apport de vitamines que l’on imagine, se fait au détriment
de la qualité et du goût, mais toujours au service du profit.
Des tomates qui doivent tenir et pouvoir voyager, mais dont
on se soucie peu de la qualité; des pêches qui ne doivent
pas tâcher ni marquer, cueillies trop tôt, résistantes aux parasites, mais inodores et sans goût; de grosses fraises, bien
rouges, qui tiennent des jours mais qui n’ont de fraise que
le nom: voilà à quoi conduit la chasse au profit, sans jamais
tenir compte des risques et désagréments que l’on fait courir aux consommateurs.
En Afrique, en Amérique latine, on a remplacé les cultures
locales par celle des betteraves, du maïs, servant à fabriquer
du carburant pour véhicules, mais cette production de biens
alimentaires affame en fait les populations locales, car il ne
reste plus d'espace ni de main d'oeuvre pour produire ce
qu'il faut d'alimentation pour la population locale. Les bénéfices amassés par la vente de ces bio-carburants encore
une fois ne profite qu’à une petite fraction de privilégiés,
fréquemment liée par contrat avec de grosses entreprises
qui leur rachètent les productions.
Voilà de quoi nous sommes capables… A l'origine, la rationalisation de la production, l'amélioration de l'élevage, les
améliorations des techniques de pêche, devaient permettre
une plus grande quantité de biens alimentaires, de biens de
consommation, pour le bien être des êtres humains. On a
oublié que le progrès ne vaut que s'il est partagé, réparti
équitablement, pour le bien du plus grand nombre. On a
juste oublié un détail : c'est l'humain qui doit être au centre
du progrès, dans le respect de la faune et la flore, et non le
profit.
Seule consolation, si l'homme reste cette peste noire qu'il
est pour lui-même et son environnement, il scie la branche
sur laquelle il est assis et il participe à sa propre disparition.
Etre civilisé ou disparaître, devenir Humain ou disparaître,
telle est l'alternative.

Des légumes pleins de
vitamines ? cinq doses
chimiques par jour.
Les producteurs de légumes
sont entrés aussi dans ce processus. On a vu le scandale des
fraises espagnoles du côté de
Huelva, où les environs des
serres sont entourés de décharges emplies de bidons de
produits chimiques, ou les cagettes de pêches espagnoles à
bas prix, qui sont étiquetées
par des grossistes ou exploitants français comme prove-

29

SOCIETE

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© JohanSwanepoel - Fotolia.com

Par Armel Campagne

Le pouvoir
Le pouvoir est l’ensemble de ces « rapports de force
déséquilibrés, hétérogènes, instables, tendus » (La Volonté de savoir, Michel Foucault, 1976) qui permettent,
une fois stabilisés, des rapports de domination entre
deux entités, qu’il s’agisse d’individus ou de groupes. Le
pouvoir est ainsi une guerre, traversée par un nombre
incalculable de batailles entre deux entités qui s’affrontent pour créer, renforcer, abolir ou réduire un rapport
de domination. Chaque fois qu’il y a une bataille, qu’elle
soit sociale, économique, politique ou militaire, son
enjeu principal est celui du rapport de domination entre
les deux entités qui s’affrontent.

La domination
Le pouvoir est donc ce qui précède ou ce qui succède à
un état de domination, caractérisé par une « paix belliqueuse ». La domination, par opposition à cet ensemble
chaotique de rapports de forces, est un ensemble stable
et organisé de rapports de violence ou d’instrumentalisation. La domination n’est donc pas une guerre ; c’est
un système. Un système fondé sur la violence, quand il

30

s’agit de négation physique ou morale du dominé ; sur
l’instrumentalisation, quand il s’agit de son utilisation
comme un moyen d’asseoir une domination.

Les formes de la domination
La violence, ainsi, n’est pas simplement physique, qu’elle
soit dirigée contre une personne humaine, un autre être
vivant ou son environnement ; elle est également morale, puisqu’il est aussi possible d’attenter à sa dignité
ou à son intégrité. L’instrumentalisation n’est pas simplement une forme d’esclavage ; c’est aussi une forme
de manipulation, de contrainte ou d’asservissement. La
violence morale est à la fois omniprésente et invisible
dans notre société occidentale ; celle qui est physique
s’exerce avant tout sur ceux qui n’ont plus aucun droit
depuis des siècles, victimes des vagues toujours plus
meurtrières de la colonisation et de l’impérialisme. L’instrumentalisation, quant à elle, est utilisée pour un « viol
des foules » perpétuel à travers une manipulation médiatique sans précédent, un appareil législatif toujours
plus répressif et une servitude économique, politique et
intellectuelle de plus en plus oppressante.

La critique des dominés par La Boétie dans Discours sur la servitude volontaire
« Pauvres et misérables peuples insensés, nations opiniâtres en votre mal et aveugles en votre bien, vous vous laissez
emporter devant vous le plus beau et le plus clair de votre revenu, piller vos champs, voler vos maisons et les dépouiller
des meubles anciens et paternels ! Vous vivez de sorte que vous ne vous pouvez vanter que rien soit à vous ; et semblerait que meshui ce vous serait grand heur de tenir à ferme vos biens, vos familles et vos vies ; et tout ce dégât, ce
malheur, cette ruine, vous vient, non pas des ennemis, mais certes oui bien de l’ennemi, et de celui que vous faites si
grand qu’il est, pour lequel vous allez si courageusement à la guerre, pour la grandeur duquel vous ne refusez point
de présenter à la mort vos personnes. Celui qui vous maîtrise tant n’a que deux yeux, n’a que deux mains, n’a qu’un
corps, et n’a autre chose que ce qu’a le moindre homme du grand et infini nombre de nos villes, sinon que l’avantage
que vous lui faites pour vous détruire. D’où a-t-il pris tant d’yeux, dont il vous épie, si vous ne les lui baillez ? Comment
a-t-il tant de mains pour vous frapper, s’il ne les prend de vous ? Les pieds dont il foule vos cités, d’où les a-t-il, s’ils ne
sont des vôtres ? Comment a-t-il aucun pouvoir sur vous, que par vous ? Comment vous oserait-il courir sus, s’il n’avait
intelligence avec vous ? Que vous pourrait-il faire, si vous n’étiez receleurs du larron qui vous pille, complices du meurtrier qui vous tue et traîtres à vous-mêmes ? Vous semez vos fruits, afin qu’il en fasse le dégât ; vous meublez et remplissez vos maisons, afin de fournir à ses pilleries ; vous nourrissez vos filles, afin qu’il ait de quoi soûler sa luxure ; vous
nourrissez vos enfants, afin que, pour le mieux qu’il leur saurait faire, il les mène en ses guerres, qu’il les conduise à la
boucherie, qu’il les fasse les ministres de ses convoitises, et les exécuteurs de ses vengeances ; vous rompez à la peine
vos personnes, afin qu’il se puisse mignarder en ses déli
ces et se vautrer dans les sales et vilains plaisirs ; vous vous affaiblissez, afin de le rendre plus fort et roide à vous tenir
plus courte la bride ; et de tant d’indignités, que les bêtes mêmes ou ne les sentiraient point, ou ne l’endureraient
point, vous pouvez vous en délivrer, si vous l’essayez, non pas de vous en délivrer, mais seulement de le vouloir faire.
Soyez résolus de ne servir plus, et vous voilà libres. »

Le processus d’accumulation de puissance

© JohanSwanepoel - Fotolia.com

Il existe, au sein de chaque système de domination, un
processus d’accumulation de puissance qui concerne
chaque entité et dans chaque domaine. Le système de domination capitaliste repose essentiellement, dès lors, sur
un processus d’accumulation de puissance économique,
matérialisé par une concentration croissante des richesses
monétaires Le capitalisme se renforce ainsi automatiquement grâce à une orientation des conduites vers la volonté de domination économique. Les possibilités
d’expression de cette volonté de domination étant plus

fortes que jamais, ce système atteint désormais son paroxysme de violence et d’instrumentalisation.

L’abolition de toute domination
La dignité humaine est incompatible avec toute forme de
domination. Il faudrait donc, non pas pour des raisons
idéologiques, mais pour des raisons pragmatiques, faire
apparaître, dénoncer puis éradiquer toute forme de violence ou d’instrumentalisation. L’abolition de toute domination. Voilà notre devoir.

31

CULTURE

ALINENATION
LA FIN DE L’HISTOIRE
Par Alan Ar Cloarec

En 1992, l’américain Francis Fukuyama publie son livre resté tristement célèbre sur La Fin de l’Histoire et le dernier homme ; l’idée
étant de prouver que la fin du bloc de l’Est et de la guerre froide
allait amener la démocratie partout et célébrer, par une mésinterprétation hégélienne, la fin de l’histoire. 

L

a fin de l’histoire comme le dit Fukuyama, sans être
le triomphe de la démocratie, est malheureusement
bien le triomphe du capitalisme. Il est probable que
cet américain de bonne tenue, et qui plus est néoconservateur, soit persuadé qu’il existe une corrélation
entre capitalisme et démocratie. Etant donné que ce système sacralise l’intérêt privé, l’ultra-individualisme,
l’égoïsme et la cupidité, c’est-à-dire tout le contraire de
la démocratie qui repose sur la justice et l’intérêt général ; il est clair que croire en cette corrélation tiens plus
de la pensée d’un candide, voire d’un panglossien, que
d’une pensée véritablement rationnelle. Si l’on considère
qu’avec la fin de la guerre froide, le quelque peu d’équilibre systémique qui contrebalançait la logique autoritaire des économies capitalistes a disparu, alors l’histoire
est loin d’être terminée, bien au contraire.
Avec les années 1990 et le triomphe de l’économie de
marché, les tensions n’ont fait qu’augmenter, dans les
pays occidentaux, ainsi que sur l’ensemble du globe. Les
conflits dans les Balkans, en Afrique, l’invasion de l’Irak,
de l’Afghanistan, de la Libye, la guerre civile en Syrie, autant de signes d’un monde toujours déstabilisé. Par ailleurs concernant les nouvelles violences du XXIème
siècle, celles qualifiées de terrorisme, l’immense travail
intellectuel de l’américain Noam Chomsky, nous montre
comment ces violences naissent, non pas des religieux,
ou des partis «  extrémistes  », mais uniquement des
grandes puissances occidentales. Son livre Autopsie du
terrorisme. Les attentats du 11 septembre 2001 et l’ordre
mondial en décrit bien les mécanismes. Une lecture nécessaire, et de quoi méditer pour les adeptes de la fin
de l’histoire grâce à la, et aux, démocratie(s), dans les
années 1990.

32

Sans doute que ces explosions de violences sont une suite
logique pour un système qui pense que le monde doit
être soumis à la concurrence sauvage entre les personnes,
les entreprises, les pays ; où le juste partage des richesses
est un mot à bannir, et où le culte de l’argent est l’unique
croyance respectable que l’on se doit de conserver.
De plus, pour proclamer ce genre de formule faussement
choc -véritable « bling bling » intellectuel - en 1992, Francis Fukuyama n’avait pas encore connu les dérives de 30
ans de libéralisme. Ne lui en tenons pas rigueur, imaginer
une augmentation des conflits autour de la répartition
des richesses à une échelle planétaire, doit être bien difficile pour un capitaliste conservateur. Et pourtant que de
conflits économiques depuis 1992, par exemple les attaques du FMI sur les économies locales qui, sous prétexte
de régler le problème de la dette souveraine, saccagent
la redistribution des richesses et favorisent les grandes
firmes exportatrices. Hier c’était le cas en Afrique, en
Amérique Latine, en Asie où le FMI a considérablement
accentué la crise de 1997, et aujourd’hui en Europe avec
la Grèce, et le Portugal. Et que dire de l’explosion de nombre de travailleurs pauvres, de la précarité, les émeutes de
la faim ; plus que n’importe quelle maladie c’est la gestion
de l’économie-ou plutôt sa non gestion- qui devient le
mal du siècle.

mique, sans parti politique, sans syndicat, sans encadrement institutionnel quelconque, a réussi à secouer le
monde. Même aux Etats-Unis, épicentre du capitalisme
mondial, cette contestation a été inédite. Un tel mouvement pour réclamer une vraie démocratie est bien le signe
que la fin de la guerre froide n’a apporté la démocratie
nulle part, pas même dans les pays occidentaux.
La fin de l’histoire, l’humanité la connaitra peut être avec
la révolution anticapitaliste, à condition qu’elle parvienne
à faire cohabiter les hommes et les peuples, dans la liberté, la justice et le respect, sous le régime d’une vraie
démocratie.
En attendant, l’histoire s’accélère, et il ne tient qu’à nous,
d’y trouver la place que nous voulons y occuper.

Il ne faut également pas se tromper sur la question des
idéologies depuis la fin de la guerre froide, en effet cette
dernière ne signifie en rien leur disparition, mais au
contraire leur renouveau. La différence étant tout de
même que les grandes oppositions sur les choix de sociétés, ne seront plus le fait exclusif des partis politiques,
mais émaneront directement de libérations individuelles
de l’esprit, et de la prise de conscience collective. Avec la
domination planétaire de l’économie de marché, nous
sommes rentrés dans un compte à rebours révolutionnaire passant par le renouveau de la pensée anticapitaliste. Se pensant dorénavant seuls maitres sur terre, les
capitalistes ne se remettent plus en question, ils arrêtent
de juger-et de réfléchir sur-l’efficacité de leur système (si
tant est qu’ils aient pu le faire auparavant). Comme toujours la solitude du pouvoir entraine la fin de l’autoréflexion et de la remise en question. Si personne ne vous
met face à vos contradictions, vous commencez à vous
enfermer dans vos considérations, c’est le début de la
mort de la pensée. Pas d’antagonisme, pas de progrès,
tant que le capitalisme n’aura pas disparu il faut s’y opposer pour le faire bouger, et ensuite le faire tomber définitivement. Si l’histoire est le moment des antagonismes,
alors le triomphe mondial du capitalisme, loin d’en être la
fin, en est l’accélération. En développant de façon exponentielle les antagonismes, le capitalisme mondialisé accélère dorénavant vers sa chute. Sans opposition
systémique, il ne pourra que développer les tensions, les
conflits, et les injustices, qui font grandir un peu plus
chaque jour, le camp de ses opposants.
Pour finir il me suffit ici de prendre un seul exemple, historiquement inédit, qui ne devrait sans doute pas exister
selon la fausse fin de l’histoire de monsieur Fukuyama, à
savoir le mouvement des indignés. Pour la première fois
de toute l’histoire de l’humanité, une contestation systé-

33

ables sur le site : www.actualutte.info/journal

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