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«Il ne nous restait plus qu'une chose à faire. [...] tenter de nous découper un
passage à l'épée sur des lieues innombrables, dans une contrée hostile et
sauvage».

- R.E.H.
- Cela ne peut plus durer ! Nous avons par deux fois tenté d'envoyer au Roi des
corbeaux porteurs de messages et à chaque fois ces chiens de Volylois ont réussi à les
intercepter - et ils nous l'ont fait savoir.
Ces mots, dits avec colère et amertume, résonnent longuement dans l'air
lugubre de la Grand'Salle. Celui qui vient de prononcer ces phrases est un homme
grand, sinistre, au visage peu avenant. Il s'adressait aux deux hommes qui se
tiennent devant lui, le genou fléchi. Les grades de l'un, petit et trapu, le désignent
comme étant l'un des trois lieutenants du fort ; l'autre, brun et élancé, semble n'être
qu'un simple soldat. C'est pourtant vers lui que le premier homme tourne ensuite son
regard sombre :
- Si demain nous retrouvons à nouveau un corbeau mort, j'enverrai un homme porter
ce message au Château d'Ysul. Et cet homme sera vous - vous êtes le soldat le plus
capable de la garnison ; tous les rapports en attestent. C'est pour vous prévenir de
cette décision que je vous ai convoqué, bien qu'il soit encore possible que vous ne
partiez pas ; tout dépend de l'adresse des Volylois au tir. Mais, à votre place, je ne me
ferais pas trop d'illusions, et je commencerais à me préparer pour une telle
expédition dès que possible. Vous connaissez les cols des Sifflemort aussi bien que
moi, et vous savez sûrement que vous aurez bien pour une semaine de voyage dans
les défilés arides et tortueux ou sur les escarpements gris et raides, seul avec les
Volylois...
- Bien, messire, répondez-vous avec froideur.
Vous n'appréciez guère le capitaine du fort Nord - peu aimable et colérique,
comme doivent l'être les capitaines -, mais les ordres sont les ordres - et vous êtes
obligé de reconnaître leur bien-fondé.
- Maintenant, soldat, allez sur les remparts faire le guet, répond le capitaine ; tant que
votre départ n'est pas confirmé, vous combattrez sur les remparts comme les autres.
Quant à vous, lieutenant, restez : j'ai à vous parler.
Vous vous inclinez profondément, bien que cela importe peu à votre supérieur -il
vous a déjà oublié, et ne se souviendra de vous que lorsqu'il en aura besoin. Ensuite,
vous vous dirigez sur les remparts, arc à la main et épée à la hanche. Une fois dehors,
vous relevez l'homme de service, et vous postez contre les créneaux, prêt à accueillir
à coup de flèches les premiers assauts de cette grise matinée.
Car, si l'été de cette mille deux cent-unième année depuis la venue du Peuple
d'Harmonuil en Oloïd occidental semblait annoncer la fin de Longue Guerre (qui
dure déjà depuis près de cinquante ans - vous êtes né pendant), l'automne, lui, paraît
devoir s'achever dans le sang et le massacre. En effet, le Roi du Volyl a rompu les
serments énoncés durant la période estivale et a lancé voilà une semaine déjà ses
troupes dans les Montagnes de Sifflemort - nom donné aux montagnes en allusion au
gémissement du vent -, qui constituent un point stratégique de la défense de l'Ysul le plus septentrional des Royaumes occidentaux. Quatre forts - construits au début