L'industrie nucléaire n'est plus compétitive.pdf


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Directeur de la publication : Edwy Plenel
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que deux possibilités : prolonger la durée des réacteurs
au-delà de 40 ans, ou réduire la part du nucléaire dans
le mix énergétique.
• • L’essor des énergies renouvelables

Cette parité réseau a déjà été atteinte en Allemagne,
au Danemark, en Italie, en Espagne et dans
certaines régions d’Australie. Selon une étude citée
par Schneider et Froggatt, le coût de l’électricité
d’origine photovoltaïque, dans des régions de fort
ensoleillement, va passer dans la prochaine décennie
de 0,16 € à 0,06 € par kilowatt-heure.

En France et plus encore dans d’autres pays, le
ralentissement du nucléaire s’accompagne d’une
montée en puissance des énergies renouvelables, de
plus en plus compétitives. La puissance éolienne sur
la planète a augmenté de 41 gigawatts (GW) en 2011,
ce qui représente plus d’un huitième de la puissance
nucléaire en service.

En
Allemagne,
l’électricité
photovoltaïque
représentait 1 % de la production totale il y a trois
ans ; le chiffre est aujourd’hui 4 % et atteindra 7 %
en 2016. Cela peut sembler une contribution modeste,
mais elle est en augmentation rapide et elle participe à
la stabilisation du prix de l’électricité, qui a légèrement
baissé en 2012 outre-Rhin.

Le cas de la Chine est frappant : en cinq ans,
la puissance éolienne y a été multipliée par 50,
pour atteindre 63 GW, soit l’équivalent de toute la
puissance nucléaire française ; les centrales nucléaires
chinoises produisaient dix fois plus d’électricité que le
vent il y a cinq ans ; aujourd’hui, l’écart est inférieur
à 30 %. Autrement dit, même si la Chine construit
des centrales nucléaires, elle développe encore plus
rapidement ses énergies renouvelables.

Selon une estimation récente faite par le groupe
Lazard, aux Etats-Unis, l’énergie nucléaire coûterait
entre 77 et 114 dollars par mégawatt-heure et serait
plus chère que l’énergie éolienne (de 48 à 95 $/MWh).
L’électricité photovoltaïque est légèrement plus chère
(101 à 149 $/MWh pour les cellules cristallines et 102
à 142 $/MWh pour les couches minces) mais l’écart
devrait disparaître dans les trois prochaines années.

Dans l’Union européenne, la capacité nucléaire a
baissé de 14 GW depuis 2000, tandis que 142 GW
de nouvelles sources d’énergies renouvelables ont
été mises en place. La production d’électricité par
les énergies renouvelables en Allemagne équivaut
aujourd’hui à 29 % de la production d’électricité
nucléaire française. Or, cette dernière représente
presque la moitié de l’électricité nucléaire dans toute
l’Union européenne.
• • Un coût de moins en moins compétitif

En France, selon la Cour des comptes, l’électricité
produite par l’EPR de Flamanville devrait coûter
entre 7 et 9 centimes d’euro par kilowatt-heure, un
prix que l’énergie éolienne pourrait concurrencer dans
plusieurs régions d’Europe, et qui est nettement plus
élevé que celui de certains projets éoliens aux EtatsUnis.
Globalement, l’ère des énergies renouvelables très
coûteuses et du nucléaire bon marché est révolue.
De nombreux projets nucléaires dépassent fortement
leur budget initial : aux Etats-Unis, le projet de
centrale nucléaire à Watts Bar, dans le Tennessee, a
vu son coût augmenter de 60 % au cours des cinq
dernières années ; en France, l’estimation du coût
de l’EPR a été multipliée par 4 en dix ans. Les
exigences croissantes de sûreté font augmenter le prix

En France, depuis des décennies, le nucléaire est
défendu économiquement comme étant de loin la
source d’électricité la moins chère. Mais cette
affirmation est de moins en moins exacte dans notre
pays, et l’est encore moins si l’on sort de l’Hexagone.
Le « croisement historique » entre nucléaire
et solaire est atteint
Du point de vue du coût, les énergies renouvelables se
rapprochent progressivement de la « parité réseau »
(« grid parity »), autrement dit du moment où le prix
à l’unité équivaut à celui auquel les consommateurs
paient leur électricité.

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