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Baroudeur

Jean Buhler

Toujours un peu

Photo: Richard Leuenberger

«Vous rencontrer un matin? Vous n’y pensez

tzigane

pas, je travaille moi le matin.» Au téléphone, Jean Buhler,
e année, ne plaisante pas. Chez lui, à Neuchâtel,
dans sa 93e
il montre volontiers son propre portrait réalisé par Charles
L’Eplattenier. Dans des vitrines, des statuettes africaines,
des objets ethnos et, dans chacune des quatre pièces, des
livres, partout.
Né à La Chaux-de-Fonds le 3 juillet 1919, le journalisteécrivain se définit avant tout comme un baroudeur. Jean
Buhler raconte ses souvenirs, dans le désordre. Il saute
d’un concours de décathlon à son premier voyage en
Italie, à pied, pour rejoindre l’Albanie, «dont on parlait si
peu en 1938.» Après son école de recrues à Genève, il part
pour la Finlande, écrit pour des journaux d’Helsinki, en
allemand. De retour à La Chaux-de-Fonds, il travaille entre
1941 et 1943 à la rédaction de «L’Impartial». En 1946, il
réalise son premier voyage sur le continent africain. Notre
bourlingueur choisit ensuite la conquête des Andes, à pied
et en 1951, du Brésil au Chili.
En 1956, il voyage en 2 CV de La Chaux-de-Fonds à Kaboul
avec son ami Pierre Franz. A peine rentré en Suisse, il repart
pour couvrir les événements de Hongrie. Il a écrit sur Blaise
Cendrars, accompagné – en 1968 – Edmond Kaiser sur les
champs de bataille du Biafra pour en tirer: «Tuez-les tous».
Il est en Inde pour témoigner dans «Les derniers, les
premiers» (1979) du travail de son ami Baba Amte en
faveur des lépreux.

Mais c’est la terre africaine, où il sera tour à
tour conseiller pour l’Unesco et la FAO, qui l’attire le plus
souvent. Il revient toujours à sa passion: la découverte de
l’autre. «Je passe une sorte de contrat de confiance amical
avec les personnes que je rencontre.» Il se demande si son
trajet personnel, «jamais un seul jour de chômage»,
avance-t-il fièrement, serait possible aujourd’hui. On
répond au baroudeur, toujours plus ou moins tzigane, que
oui, pour des hommes de sa stature, de son indépendance,
il y aura toujours une aventure possible.
Jean Buhler à la ferme du Grand-Cachot-de-Vent en avril 2008

Jean-Luc Wenger

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