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dégouliner nos corps dans ce qu’il y avait de plus
répugnant. Nous étions comme des fruits trop mûrs dont
le jus sortait par delà la peau.
J’avais des difficultés à trouver un souffle qui aurait
pu m’apaiser un instant. Je respirais par saccades, et
mes pensées étaient hantées par les joutes verbales
matinales de Saucisse.
Elle semblait comme une neige éternelle sur un sommet ;
elle ne disparaissait jamais. Même les rayons les plus
intenses de réflexions et de bon sens ne faisaient pas
fondre la bêtise épaisse de Saucisse. C’en était
exaspérant. C’était le monde. Le monde dans son nonsens le plus total.

2 août
Saucisse « épisode deux », il était 8h34 et elle était
encore plus forte qu'hier...on était sur des bases de
record du monde comme on entendait ces jours-ci aux
jeux Olympiques. Elle n'arrêtait pas de répéter "je
pensais qu'il faisait beau...c'est dingue ; j'avais pas
vu qu'il allait pleuvoir...j'ai pas pris de parapluie.
Marie...Marie...si ce soir il pleut...” ”Oui, j’ai un
parapluie” répondait Marie dans un souffle de dépit.
Elle n’avait même pas détourné son regard de l’écran
d’ordinateur. A vrai dire, on sentait déjà que Marie
était abîmée par Saucisse, la situation d’hier avait
donné des séquelles invisibles, comme des tâches noires
sur les yeux, comme un doigt qui bouche la sortie d’un
tuyau, faisant prisonnier le filet d’eau qui s’y
déverse.
Saucisse était seule à son pôle aujourd'hui, je
m'attendais donc à ce qu'elle parle encore plus fort.
J'en tremblais d'avance.
J’avais une certaine notion de la souffrance, un seuil
de tolérance bien défini que je n’avais encore eu
l’occasion de tester complètement. Les êtres humains
ont une aptitude à souffrir, cela fait partie de leurs
gênes, mais ils passent, pour beaucoup d’entre eux,
leur
existence
sans
connaître
réellement
leur
potentiel. Et heureusement d’ailleurs. Je faisais
partie de ces chanceux, je n’avais que peu souffert
comparé à d’autres.
Mais Saucisse rebattait les cartes, elle donnait un jeu
différent, avec des données différentes. Je regrettais
déjà le temps où elle était en vacances, loin d’ici,
loin de nous, de moi. Elle possédait une telle force