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d’attraction, que nous étions comme de tristes planètes
prisonnières de son champ magnétique. Un champ composé
uniquement de vide, de sorte de gaz de bêtise et
d’abrutissement.
Je me sentais comme un élément perdu dans un vaste
espace vierge de toute possibilité, de toute issue.
C’était terrifiant. J’étais figé comme un épouvantail.

3 août
Le vendredi
était généralement
une journée
plus
paisible que les autres. Les salariés de l’entreprise
avaient déjà la tête au week-end futur qui allait
devenir le présent très bientôt.
La charge de travail abattue durant la semaine devait
permettre de ne garder que des miettes pour cette
dernière journée. Il y avait même un léger soleil, on
pouvait distinguer parfois, les ombres des arbres
timides qui jonchaient le parvis des immeubles. L’ombre
des feuilles rendait vraiment bien sur le sol carrelé
du parvis, surtout lorsque celle-ci se déhanchait sous
les assauts du vent.
Cette quiétude apparente n’avait pas de prise sur
Saucisse, qui offrait une fois encore, un après-midi de
haute voltige à son « public ».
La situation s’était créée suite à une explication pour
une mise en paiement avec Marie, qui avait dû répéter
plusieurs fois qu'elle travaillait à J+2, au niveau de
ses prévisions de trésorerie, tout en se confrontant à
l'incompréhension de Saucisse ! Au bout d'une vingtaine
de minutes, d’un dialogue de sourds apocalyptique,
Esther, ma sublime voisine de travail (après que je lui
eut soufflé l'idée) la surnomma "Saucisse Pignon" en
référence, bien sûr, au personnage cinématographique.
Août semblait être "la foire à la Saucisse"... j'avais
peur de faire une overdose de viandes...mon estomac
était fragile...et Esther s'en allait ce soir... La
solitude n’était pas bonne compagne pour affronter les
affronts de Saucisse. Il fallait un palliatif, un
détournement. Saucisse, il ne fallait pas la regarder
de pleine face, elle était nocive comme le soleil. On
avait
besoin
d’une
armure,
d’une
coquille
pour
s’enfermer, se tordre à l’intérieur et se mettre à
l’abri. Sinon, c’était la mort, la fin, le terme de
toutes choses.
Esther, pour moi, prenait le rôle d’abri, de coquille,
de lunettes en aluminium afin d’observer calmement et
sans crainte les rayons de Saucisse. En son absence, je