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enquête
Par Juilien Roulland

Résoudre
la crise requin
à la réunion ?
Déjà sous le choc suite aux nombres et à la violence des attaques
qui avaient frappé l’île de La Réunion durant l’année 2011,
(six attaques dont deux décès et une blessure grave) Surf  Session
avait tenté d’alerter l’opinion voire les pouvoirs publics sur l’anormalité
des évènements que traversait l’île en publiant un premier dossier dans notre

magazine de novembre 2011. L’inquiétude grandissante quant à l’avenir du surf
local et afin de mesurer l’impact des accidents sur le terrain, la rédaction avait
décidé d’approfondir son enquête en atterrissant fin mai sur l’île, à la rencontre des
acteurs sévèrement touchés par cette crise.

©S. Fournet

©E. Blivet

Hommage à Alexandre Rassiga,
21 ans, décédé en juillet 2012.

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#302 septembre 2012

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enquête

Le secteur des activités nautiques était

déjà fortement impacté lors de notre arrivée sur
l’île, avec dès le mois de septembre la fermeture
de certaines écoles de surf et « la chute de 40 à
60% du chiffre d’affaires » de certains commerces
de la station de St Gilles, me confiait le propriétaire d’un surfshop, mais aussi la vendeuse de
sandwichs ou le magasin de paréos situé plus
loin dans la rue principale menant aux plages
de Boucan et des Roches. Une véritable catastrophe dont les enjeux sont pourtant essentiels
sur l’île, tant sur le plan psychologique et sportif,
qu’économique pour les nombreux commerçants sur tout le littoral ouest. Les activités
nautiques représentaient 162 établissements
sportifs et 189 emplois.
 

©Gazzo

©S. Fournet

©Gazzo

©E. Blivet

©S. Fournet

Actions provisoires

La technique de marquage reste très artisanale.
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Suite à l’attaque de Mathieu Schiller en septembre 2011, paix à son âme, des dispositifs de
réduction du risque requin avaient été déployés.
Les clubs ont fait l’acquisition d’équipements
supplémentaires pour la sécurité, comme
des planches de stand-up pour les cours ou

zodiac afin de sécuriser les zones de pratique.
La région a également apporté son soutien à
hauteur de 25 000 euros, destinés à permettre
l’acquisition par la ligue de surf de matériels de
protection et de sécurité (sharkshield…). Enfin
des panneaux d’informations sur les plages et
les sites non surveillés ont vu le jour, avec la
mise en place d’une signalétique drapeau rouge
et orange requin, désormais effective. Deux
filets de protection pour la baignade ont été
placés sur les plages, renvoyant ainsi la plupart
des habitants et touristes vers le seul lagon de
l’Hermitage pour se détendre... qui risque à son
tour de subir une forte pression.

Réalités et amalgames.
Il est vrai que le risque requin, même dans
une moindre mesure, a toujours été présent
à La Réunion, comme aiment à rétorquer de
nombreux locaux rencontrés parfois loin des
plages, comme lors d’un dîner avec des vieux
natifs de l’île, me renvoyant avec peu de compassion à nos responsabilités de surfeurs. Ajoutant
et on doit les comprendre aussi « qu’ils se sont

le risque requin, a toujours
été présent à la Réunion,
comme aiment à rétorquer
de nombreux locaux
rencontrés parfois loin des
plages
des radios VHF pour réagir au plus vite. Des
moyens humains ont aussi été mis en place
avec le recrutement de 25 personnes en contrat
aidé pour former les équipes  « vigies requins ».
Equipées,  les patrouilles exercent une mission
de surveillance (sous et sur l’eau) pendant les
cours de surf organisés par les clubs, lors des entraînements du pôle espoir ou lors des compétitions et manifestations. Pour ces deux actions,
la DJSCS a apporté un financement de 100 000
euros dont 20% restait à la charge des clubs et
comités. À noter le don de 10.000 euros offert
généreusement par Jérémy Flores, nouvellement ambassadeur de l’île, à l’association PRR
(Prévention Requin Réunion) pour l’achat d’un

pour la plupart privés de baignade pendant des générations par peur des requins alors… » Un sentiment partagé avec “froideur” par une majorité de
la population locale et les autorités rencontrées
à la préfecture : « Le risque n’est pas nouveau, il
est lié à la présence régulière et depuis toujours de
plusieurs espèces de requins pélagiques * ou semi
pélagiques, principalement les requins bouledogues
et tigres, dans les eaux littorales non protégées par
une barrière de corail. Mais sa manifestation n’a
jamais été régulière, et la société réunionnaise paraît
s’en être plus ou moins accommodée pendant longtemps », peut-on lire dans le rapport  “Gestion
du risque requins”. “Durant la décennie 1990, entre
une et quatre attaques et un à deux décès ont été

recensés chaque année. De ce point de vue, si l’année
2011 demeure hors normes en raison du nombre
total d’attaques, elle peut cependant être rapprochée
d’une année comme 1992 (quatre attaques dont
deux mortelles). En revanche, la décennie 2000 s’est
traduite par une longue accalmie (un décès pendant
toute la décennie, en 2006, et plusieurs années sans
aucune attaque), pouvant expliquer le relatif désintérêt, voire l’amnésie collective, envers les attaques de
requins” me confiait le Sous-Préfet de St Paul M.
Campo, en mai dernier. Une position quelque
peu fataliste qui n’est pas fait pour détendre le
dialogue avec les usagers de l’océan. 

Stratégies
La recrudescence des attaques avait conduit les
pouvoirs publics, dès le milieu de l’année 2011,
à développer une stratégie de “compréhension”
puis de “gestion” du risque requin. Ne pouvant
ignorer le danger ou interdire totalement toute
activité dans une zone supposée à risque, cette
première démarche collective s’est concrétisée
autour de trois axes. Le premier est consacré à
l’amélioration de la connaissance scientifique du
risque requin à travers le programme CHARC
(Connaissances de l’écologie et de l’habitat
de deux espèces de requins côtiers sur la côte
Ouest de La Réunion) ainsi que l’identification
des protections les plus appropriées. Le second
vise à développer l’information des populations
et la prévention du risque. Enfin le troisième
est relatif à la gestion opérationnelle du risque,
conduit par le CROSS et en lien avec l’ensemble
des services de secours pour agir au plus vite en
cas d’accidents. Mais “Force est de constater qu’en
matière de requins, on n’y connaît pas grand-chose !”
me confiait Antonin Blaison, rencontré sur le port
de St Leu, pourtant spécialiste du grand blanc et
scientifique chargé du marquage des squales à La
Réunion : “C’est la raison pour laquelle il était nécessaire de lancer en premier lieu cette ambitieuse étude
scientifique spécifiquement autour des requins tigres et
bouledogues, impliqués dans les attaques !” C’est le
projet CHARC, copilotés et cofinancés par l’Etat
et la région à hauteur de 780.000 euros ! Étude
qui doit également rechercher des réponses sur
les facteurs favorisant la présence et le risque
d’attaques sur la côte Ouest. Une deuxième
étude en cours de réalisation vise à recenser les
dispositifs de protection et déterminer les plus
adaptés à la situation de La Réunion. Mais le sujet
a également pris une dimension internationale au
niveau de la Commission de l’Océan Indien qui
a lancé, à l’initiative de la France-Réunion, une
réflexion commune à ses membres concernés
par le risque (Maurice, Seychelles, Madagascar,
Comores).

* : Un poisson est appelé pélagique lorsqu’il vit entre la surface et le fond. Le hareng, la sardine, le thon… sont des poissons pélagiques.
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La pollution les attire

La surpêche est malheureusement une triste
réalité de notre monde. À tel point que la
FAO (Organisation des Nations Unies pour
l’agriculture et l’alimentation) s’inquiète du phénomène en termes de menace pour la sécurité
alimentaire et les équilibres écologiques marins.
L’organisation estime ainsi à 77 % la proportion
d’espèces de poissons impactées. 8 % seraient
épuisés, 17 % surexploités et 52 % seraient
exploités à leur maximum. Les filets pélagiques
au large poussent logiquement les requins
à chercher des proies plus près des côtes. La
production mondiale des pêches a augmenté
de manière spectaculaire depuis le milieu des
années 2000, la production totale s’élevait à
11,2 millions de tonnes en 2010, soit une augmentation de 30% depuis 2004. Les navires-

Qu’en est-il des questions fondamentales sur la
qualité des eaux, les changements de salinité
aux abords des ravines, de la turbidité de l’eau ?
Certains requins ont une supériorité sensorielle
dans les eaux troubles. « Ils peuvent approcher
plus facilement leur proie. Les requins côtiers comme
les bouledogues et les tigres travaillent beaucoup
avec l’odorat, plus qu’avec la vue » selon Gery
Van Grevelynghe plongeur à La Réunion depuis
15 ans. « Ils attaquent de préférence dans les eaux
troubles et cela augmente le risque de confusion
avec leurs proies habituelles, comme les tortues.» et
l’on connaît le drame qu’ occasionne cette
ressemblance. Une réalité majeure des eaux
troubles à laquelle on peut ajouter le lâcher d’un
bon millier de tortues cette année, on imagine
la démultiplication des risques. M. Ciccione a
d’ailleurs reconnu que “le lâcher de tortues par
la ferme aux tortues Kélonia, dont il est le directeur,
est une piste qu’il ne faut pas objectivement et définitivement écarter.” Quant à la turbidité de l’eau,
elle est une caractéristique optique et résulte de
la présence dans l’eau de particules minérales
ou organiques en suspension (MES).  Elle est
classée en trois catégories : eau claire, eau légèrement trouble, eau trouble. La turbidité de
l’eau étant le résultat de la gestion locale du retraitement des eaux usées, du rejet des déchets
en mer et de la propreté des ravines qui bordent
toute la côte et charrient tout ce qu’elles contiennent les jours de fortes pluies. Pluies qui
lessivent aussi naturellement tous les produits
chimiques utilisés pour le rendement agricole.
Un ensemble de sédiments qui stagne au fond
et se fait brasser à la moindre houle. Dès lors et
après les trois récents décès faut-il le rappeler,
il est évident que le raccordement de la totalité
de l’île au réseau du tout-à-l’égout doit être
envisagé et le plus rapidement possible, avec
des stations d’épurations obligatoires et dignes
de ce nom. Quitte à ce qu’une commission de

quelles sont les raisons de
leur présence ? La surpêche
les affame, les pollutions
les attirent, le littoral
les nourrit ?
encore plus d’un an, voire deux, avant d’agir
“en connaissance de cause” pour les scientifiques, laisse les pratiquants et commerçants
dans le désarroi le plus total. Combien faut-il
d’accidents encore pour preuve du changement ? Nul besoin d’être diplômé pour observer
et témoigner de cette forte présence des
bouledogues dans une zone qui abritait autrefois
d’autres requins de récif, comme le revendiquent

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usines exploitent de plus en plus de zones
(Afrique, Océan Indien, sud-est du Pacifique…)
Et pêchent toujours plus profond capturant de
nombreuses espèces et endommageant des
écosystèmes. 25 % des poissons (27 millions de
tonnes) qui sont péchés sont rejetés morts à la
mer car ils n’appartiennent pas aux espèces souhaitées. De plus, 80 à 100 % des récifs coralliens
du monde sont menacés de blanchiment, dégra-

©S. Fournet

La surpêche les affame

Sur l’île chacun a son point de vue... et dans l’attente, les avis divergent.
Les bouées sont remises
en question, des DCP
au large des spots
s’avèrent risqués.

©S. Fournet

dation ou disparition par la montée des océans.
L’aquaculture pourrait être une solution, mais la
plupart des poissons d’élevage sont carnivores.
Il faut pêcher deux kg de poisson sauvage pour
produire un kg de poisson d’élevage. Et les
produits de l’aquaculture ont un prix élevé et
n’améliorent pas la sécurité alimentaire. Les
effets du manque de nourriture, induits par la
surpêche ont montré que les relations prédateur -proie sont essentielles pour comprendre la
dynamique des écosystèmes marins. La pêche
excessive à ce rythme conduirait à un épuisement des stocks de poissons d’ici à une cinquantaine d’années. Enfin la traîne des filets de pêches
hauturières, les bateaux senneurs peuvent être
une autre piste à suivre concernant le déplacement des requins.

©S. Fournet

S’appuyant sur une volonté de 80 marquages
acoustiques et sur les observations de deux
caméras sous-marines, le projet scientifique doit
permettre de suivre plusieurs dizaines de requins
tigres et bouledogues pour établir une corrélation entre le comportement de ces animaux et
les facteurs du milieu qui les influencent : Turbidité de l’eau, courants, effets de la réserve,
DCP, pollutions… 23 opérations de pêche effectuées sur trois mois  avaient permis de capturer
32 requins. 20 requins dont huit bouledogues et
12 tigres avaient ainsi été marqués. Des balises
sont placées par incision ou en externe, selon
la technique « Gazzo », (famille légendaire de
surfeurs, professionnels de la plongée et de
la pêche sur l’île) qui consiste à descendre en
apnée à l’aide d’un fusil pour planter une balise
à côté de l’aileron dorsal du requin, afin de ne
pas trop le gêner. Dix stations d’écoute ont été
déployées entre le port de Saint-Gilles et la baie
de Saint-Paul. “Le système vidéo a été placé sous les
cages aquacoles et une balise d’écoute et une sonde
multiparamétrique ont été également installées sur
la zone d’étude. Les observations ont duré 28 jours
et ont permis d’acquérir 168 heures d’images. Les
résultats montrent que durant cette période, cinq à
six requins bouledogues de taille moyenne ont été
observés entre 10 et 17h sous les cages au total, seuls
ou en groupe de deux. Une seule observation a été
faite avec quatre requins” précise l’IRD (Institut
de Recherche pour le Développement). Un
projet qui débouchera sur un modèle de prévision et des outils de gestion du risque requins
mais l’étude s’étalera sur une durée de 30 mois
et c’est bien là que le bât blesse ! Car attendre

les surfeurs, les pêcheurs et autres usagers de la
mer. Hugues Savalli : « Je ne suis pas scientifique
mais je suis pêcheur et nos observations valent bien
leurs suppositions. Je peux vous assurer que pour
avoir plongé une fois par semaine minimum pendant
les années 80-90, voir des requins sur le récif était un
événement, aujourd’hui c’est de ne pas en voir qui
en est un. À Boucan, aux Aigrettes, les bouledogues
tournent sur les patates de corail à l’affût d’une
proie. » et à M. Guy Gazzo, en sage marin de
l’île d’ajouter : “Lorsqu’il y a des événements il
faut en tenir compte, les bouledogues sont arrivés
et installés, on les voit, on est passé d’un risque potentiel à un risque réel depuis quelque temps déjà.”
Alors quelles sont les raisons de leur présence ?
La surpêche les affame, les pollutions les attire,
le littoral les nourrit ?

©S. Fournet

Le marquage des requins

©L.Capmas

enquête

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enquête

Jérémy Flores, nouvel ambassadeur de
l’île, aux côtés de l’équipe de PRR.

Photos©S. Fournet

Les «vigies requins», une
solution de secours face
à l’urgence de la crise.

riverains se monte pour suivre précisément le
dossier et demander des comptes. Aujourd’hui
on estime que la capacité des stations est tout à
fait insuffisante puisqu’elle serait adaptée pour
le retraitement d’un peu plus de la moitié de la
population vivant sur l’île. Pour avancer, il est
nécessaire d’obliger les collectivités territoriales à respecter les lois dans le domaine de
l’assainissement. Enfin, il est urgent de mettre
en place des moyens d’analyses des eaux un
peu plus développés et fréquents. À notre connaissance, aucune analyse n’a été faîte spécifiquement les jours des accidents.

Le littoral les nourrit-ils ?
La “ferme bordel”, tout le monde semble
d’accord sur un point. En effet, la ferme
aquacole de St Paul est une aberration
écologique et un gouffre économique renfloué
à coup d’argent public pour un poisson d’export
que les Réunionnais ne consomment pas. Que
dire de plus ? Que ces “ombrines” d’élevage
sont nourries aux farines... de poissons ! Que
naturellement une chaîne alimentaire se met en
place sous les piscines tandis que les courants
parfument le large dans cet océan devenu un
désert pour les grands prédateurs. Que les
bouées balisant cet équipement font office de
DCP (Dispositif de Concentration de Poissons).
Enfin, selon les déclarations du sous-préfet, les
autorités ont pris le problème en considération et bonne nouvelle selon ce dernier, la fermeture est désormais programmée. Reste à
savoir quand ? D’autant que l’état n’est pas si
étranger à la gestion de la ferme, cette dernière
est gérée par l’ARDA, organisme proche de
l’IRD, (l’Institut de Recherche pour le Dével-

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oppement), placé sous la tutelle conjointe
des ministères chargés de la Recherche et des
Affaires étrangères.

Réservoir Dog
On définit par réserve marine une zone maritime
destinée à la préservation des écosystèmes, des
espèces et au maintien des ressources vivantes
(animales et végétales) des milieux aquatiques.
La réserve naturelle marine de La Réunion a
été créée en 2007 et s’étend sur une zone de
40 kilomètres sur le littoral Ouest, car les récifs
coralliens de l’île s’avèrent “ le siège d’une biodiversité parmi les plus remarquables de l’outre-mer
français” peut-on apprendre dans le document
officiel de la préfecture concernant la réserve
marine. Le degré de protection de ces zones
peut aller de l’interdiction la plus stricte de la
pêche à l’autorisation d’exploitation des ressources sous certaines conditions. Le but étant
de préserver les récifs coralliens dont 80% sont
situés sur la côte Ouest de l’île, dans la zone où
les activités nautiques et la majeure partie des
spots se situent. On estime ces récifs dégradés
à 30% et menacés à 50% avec des causes clairement identifiées : forte fréquentation humaine,
pêche incontrôlée, pollutions parvenant dans
le lagon (pesticides, eaux usées et pluviales…)
S’ajoute l’érosion des sols et du littoral provoquée par l’urbanisation que subit l’île dans
son développement. La vitalité des coraux
est essentielle pour protéger le littoral des
houles, éviter l’érosion des plages et protéger
les espèces du récif (poissons, crustacés, mollusques, etc.) Des arrêtés préfectoraux fixent la
réglementation relative à la pêche et aux activités nautiques sur différentes zones. Ainsi, la

réglementation actuelle de la réserve n’interdit
pas la pêche aux requins dans son périmètre
sous certaines modalités complexes : “ La
pêche est autorisée, dans certaines conditions, pour
les pêcheurs professionnels munis d’une licence
délivrée par le comité régional des pêches maritimes
et des élevages marins.” confirme la Réserve.
Mais comme le veut la tradition locale, les
Réunionnais ne mangent pas ces requins, et
particulièrement parce que ces deux espèces
sont porteuses de la ciguatéra, voire de toxines
capables d’attaquer les neurones, sans compter
leur réputation de tueurs et les superstitions qui
vont avec. Ainsi sans aucune présence réelle de
l’homme, certains font les calculs sur leur facilité
à s’imposer, voire se reproduire par centaines en
quelques années. Un point zéro des populations
coralliennes et de poissons de la réserve a été
réalisé en 2004 et un nouvel état des lieux sera
finalisé en 2013. “La biomasse de poissons évaluée
depuis la mise en place de la réserve reste toujours
très faible, elle se situe entre 20 et 40 g/m2 selon les
zones. À titre comparatif, les biomasses se situent à
environ 60- 120 g/m2 sur la plupart des récifs de
l’Indo-Pacifique sous influence humaine moyenne à
forte » précise le document officiel de la réserve.
“L’augmentation de la biomasse de poissons au
sein de la réserve, produite par un « effet réserve »
n’est pas aujourd’hui avérée. Dans ce contexte,
l’effet d’attraction pour les requins qui cherchent à
s’alimenter n’est pas non plus démontré.» Un point
de contestation pour une partie des pêcheurs
et plongeurs qui confirment le rôle de gardemanger et d’ajouter que “ la première des interventions lorsqu’on se risque à vouloir modifier artificiellement un cheptel, c’est d’en organiser sa gestion.”
D’autant que la sédentarisation des poissons
de la réserve, emprisonnés par la lagune de

la ferme aquacole de
St Paul est une aberration écologique et
un gouffre économique renfloué à coup
d’argent public pour un poisson d’export
que les réunionnais ne consomment pas.
sable au large, pourrait expliquer le niveau de
visites des prédateurs dans les parages. Enfin, il
faut avouer qu’il y a un paradoxe certain entre
l’implantation géographique de la réserve et ses
conséquences immédiates sur la proximité des
plages les plus populaires de l’île. Avec là encore
des bouées de délimitation (en tout 51 balises,
11 sont constituées de marques terrestres,
14 balises fixées au large sur les platiers et
dans les chenaux et 26 balises sont flottantes)
qui font office de DCP. Un dialogue conflictuel qui empêchait des solutions d’être prises
jusqu’alors toujours dans l’attente des résultats
scientifiques. Face à l’incompréhension, le ton
est monté et une manifestation s’est tenue début
août devant la réserve marine, la tenant pour
«responsable de la présence plus accrue des
requins bouledogues près des côtes réunionnaises». Accusation à laquelle la structure a
tenu à répondre en s’expliquant sur les principes
qui ont été actés récemment. Ainsi, la réserve
marine rappelle qu’elle est «pour la réduction du
risque requins en mettant en place des mesures de réduction de ce risque». Elle explique que «La réserve

a participé à l’ensemble des ateliers mis en place en
2011». Elle souligne aussi qu’elle «a accompagné
la ligue de surf dans le protocole de surveillance des
spots de surf et qu’elle participera ou demandera à
participer aux réunions de travail qui permettent de
définir les mesures de protection du risque requins
car les prélèvements ne devront pas êtres effectués à
n’importe quel prix. Un contrôle et une surveillance
sur les espèces pêchées, les lieux où se dérouleraient
cette pêche et les techniques de pêche employées
doivent être réalisés. » Il est important de préciser
que les requins ne vivent pas de la production
des récifs, mais de celles des fonds océaniques
et des débouchés de ravines.

Qui sont-ils ?
Le scientifique Antonin Blaison fait une
synthèse bibliographique du requin bouledogue
et tigre. Concernant le bouledogue, son aire de
répartition est très étendue comprenant les eaux
chaudes tropicales et subtropicales. C’est une
espèce côtière et semi-pélagique dont les mouvements migratoires sont relativement restreints

en comparaison des autres espèces. Les estimations de taille maximale indiquent une longueur
de quatre mètres. Les requins bouledogues ont
un régime alimentaire diversifié mais bien défini
comprenant en majorité des poissons (y compris
les autres requins), les céphalopodes, les cétacés,
les tortues, les oiseaux et certains mammifères
terrestres.  “En revanche, on soupçonne que ce type
de requin, qui perd beaucoup d’énergie à se déplacer
vu sa taille, peut se transformer en opportuniste dangereux lorsque la faim le pousse “  ajoute Antonin,
entre deux cafés, face aux vagues parfaites de St
Leu ce matin là. Dans les zones côtières, la répartition des requins adultes semble dépendre majoritairement de la structure bathymétrique des
fonds, mais la température de l’eau, la salinité et
la turbidité semblent également avoir un effet. Il
peut vivre dans des eaux peu salées, possèdant
cette caractéristique unique chez les requins.
Cette espèce montre une grande fidélité au site,
particulièrement les nouveau-nés, les jeunes de
l’année et les juvéniles. Le requin bouledogue
serait responsable de 18 % des attaques de squale
mortelles répertoriées dans le monde. Il arrive en

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enquête

Un travail de fond doit être effectué
sur l’île, la pollution.

RESPONSABILITÉ ET SÉCURITÉ
Certes le moustique, le serpent, la méduse ou encore l’hippopotame sont
responsables du décès de bien plus de personnes chaque année que le
requin (10 en moyenne/an). Aussi, on recense pas moins de 400 espèces de
requins dont seulement quatre jugées particulièrement dangereuses pour
l’homme. Néanmoins, et quand bien même les statistiques sont claires, la
première des mesures à observer reste sans doute la responsabilisation de
chacun d’entre nous face à une situation anormalement exceptionnelle et
surtout anormalement préoccupante. Rappelons peut-être et sans prétention
aucune, quelques principes de bases :

Photos©S. Fournet

1. Surfez en groupe. Le requin a en effet plutôt tendance à attaquer
une victime isolée. Raison pour laquelle le surf à plusieurs est
recommandé. En outre, surfer en groupe permet aussi de surveiller
le spot à tour de rôle, en mode subaquatique.

troisième position derrière le requin tigre (20 %)
et le grand requin blanc (48 %).

Des solutions 
Commençons les yeux dans le miroir, et avec
toute la franchise voire les confessions qui
doivent se faire devant de pareils drames,
les prises de risques ont été nombreuses ces
derniers temps et pour diverses raisons, qu’on
se l’accorde : le développement de la pratique
démultiplie mathématiquement le risque des
attaques, le monde à l’eau nous pousse vers des
horaires plus risqués, on surfe toutes les conditions, même après des météos à risque, voire on
peut faire un excès de confiance... Force est de
constater nos faiblesses à défaut de nos erreurs
qui sont la cause, il faut l’admettre aussi, d’une
majorité d’accidents. Mais aujourd’hui, dans les
conditions à risques telles qu’elles apparaissent, les limites ne doivent plus être franchies
et surtout les règles de sécurité strictement
respectées (voir encadré ci-contre ). Il nous
faut aussi réapprendre à “regarder sous l’eau”
comme nous le conseille Guy Gazzo. Les
anciens surfeurs avaient sans doute une tradition d’observations sous-marines plus affûtée
que les jeunes générations. Prendre une paire
de lunette pendant une session est désormais
un minimum à prévoir dans un groupe pour
pouvoir contrôler ce qu’il se passe dessous. Un
requin vu est un requin qui fuit, oeil contre œil
plutôt que dents contre dents. Pour autant, il ne
s’agit pas d’arrêter de surfer, il est clair que des
solutions immédiates doivent être prises côté
autorités. Et d’autant plus vite que des solu-

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#302 septembre 2012

tions existent. Avant tout, il s’agit de recréer une
pression immédiate dans la zone, en ouvrant
une plus large bande aux activités nautiques, à la
présence de l’homme, autorisant une pêche sélective raisonnée et contrôlée. Il semble y avoir
un accord sur ce point, en attentant les solutions
scientifiques et des décisions des autoritést. La
pose de drumline demeure à l’ordre des idées

aucun effet sur les causes, nous sommes tous
d’accord aussi, pire nous le déplorons. La ferme
aquacole doit être fermée, le plus rapidement
possible, peu importent les sommes en jeu,
la vie prévaut. Quant à la réserve marine, des
études doivent être plus poussées sur son rôle,
son patrimoine et sa gestion afin que l’équilibre
soit respecté sans bouleverser d’autres écosys-

Reste que côté terre,
les pollutions sont bien
réelles et représentent
sans doute le plus gros
chantier à venir.
concrètes même si provisoires face à l’urgence
de la situation. Les prises sont très sélectives
contrairement aux filets et offriraient des possibilités de marquage supplémentaires à des
requins que l’on pourrait relâcher plus au large,
en intervenant toutes les quatre heures après
que le requin ait mordu à l’hameçon, car au-delà
il meurt. Bien géré, avec des emplois, cela
épargnerait sans doute le racolage médiatique,
les opportunistes en tout genre et la récupération politique, qui valent aujourd’hui à quelques
dizaines de requins d’être sacrifiés sur l’autel
d’une psychothérapie de groupe douteuse. Sans

tèmes. Et si les balises de la réserve restent attractives (dcp), comme le suggère M. Savalli :
“Pourquoi ne pas intégrer l’IFREMER à la recherche
de solutions. Cet organisme d’état a déjà donné des
amorces logiques de solutions, pour la sécurité des
côtes, par exemple en positionnant plus de DCP
sur des zones de courants dominant à quatre ou
cinq miles des côtes.” Reste que côté terre, les
pollutions sont bien réelles et représentent
sans doute le plus gros chantier à venir. Pour
se faire, il est nécessaire que la prise de conscience soit collective et citoyenne afin qu’une
réelle pression soit exercée, carte d’électeur à

la main, sur les responsables des communes. Les
surfeurs doivent mener des actions en ce sens
pour montrer l’exemple. La propreté des ravines
devraient être une campagne de communication
menée de fond par les autorités et soutenue par
les surfeurs. Une fois l’exemple donné, il y aura des
emplois à créer. Sans doute autant qu’en créant
une filière de formation spécifique et unique dans
le monde sur le risque requin. Des connaissances
qui pourraient bénéficier à l’ensemble des formateurs concernés comme les brevets d’état surf
au final. Côté emploi toujours, en plus des vigies
requins, prenons exemple sur les Sud-Africains
et leurs “sharks spotters”, des hommes qui surveillent en permanence depuis les hauteurs des
spots et alertent en cas de présence des squales.
De la même façon, considérons le développement
d’algorithmes capable de modéliser des données,
comme tente de le faire Christophe Mattei avec
une application pour Smartphone. Option technologique gratuite qui vient renforcer, sans déterminisme, notre prise de décision quant à la mise
à l’eau... ou pas. Enfin, il est temps d’admettre
que l’enfer est effectivement pavé de bonnes
intentions, même s’il est dur de reconnaître ses
erreurs, que cessent les oppositions déplacées qui
s’éternisent et divisent tandis que tout le monde
est majoritairement d’accord sur les causes et
leur solution. À quand un conseil démocratique
et citoyen des sages de l’île pour représenter et
défendre dignement l’ensemble de la population bleue ? Ai-je envie d’ajouter. Il est grand
temps d’agir à tous les niveaux d’organisations,
de façon responsable et collective, vu l’ampleur
du problème, vu la réalité de ce monde en 2012. 
C’est tous ensemble ou no futur. 

*

2. Surveillez aussi sous l’eau : « Le requin est un prédateur primitif
dont le comportement va dépendre de notre attitude. Et c’est cette
même attitude qui va nous désigner à ses yeux comme une proie
ou un danger pour lui » explique le spécialiste des requins, Walter
Bernadis. Aussi, pensez à prendre une paire de lunettes de piscine,
histoire de garder un œil régulier sur ce qu’il se passe dessous.
3. Sortez immédiatement de l’eau en cas de blessures et/ou
saignement.
4. Ne surfez pas la nuit, à l’aube ou au crépuscule qui correspondent
aux périodes de chasse du requin.
5. Ne surfez pas aux embouchures des cours d’eau ou à proximité
des estuaires, des ports ou des ravines pour cause de pollutions
organiques…
6. Ne surfez pas après des fortes pluies ou en cas de turbité de l’eau, là
encore pour des raisons évidentes de pollutions organiques.
7. Évitez aussi les périodes de fortes houles qui entraînent souvent une
turbité de l’eau et une pollution organique des fonds.
8. N’urinez pas dans l’eau.
9. Évitez les bijoux brillants que le requin pourrait confondre avec des
écailles de poissons.
10. Laissez au placard les combis et les boards flashies.
11. Ne vous attardez pas dans les passes des récifs.
12. Évitez les zones de pêches.
13. Ultime conseil en cas de face à face avec un requin, restez calme,
évitez les gestes violents et les grands mouvements frénétiques.
Gardez le requin à vue et adoptez une position verticale,
contrairement aux poissons qui nagent à l’horizontale. Si le requin
charge, frappez avec la planche, le poing… si possible dans les yeux
ou les branchies.

#302 septembre 2012

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