article rfsp 0035 2950 1977 num 27 1 393715.pdf


Aperçu du fichier PDF article-rfsp-0035-2950-1977-num-27-1-393715.pdf - page 5/33

Page 1...3 4 56733


Aperçu texte


Daniel Gaxie
côté du mercenaire des partis de cadres ou du client des partis de patro
nage, le militant apparaît alors comme un type particulier de commis des
entreprises de conquête du pouvoir politique.
En offrant de puissants mobiles et stimulants symboliques, les partis
de masse donnent un sens à la vie et à l'activité de leurs membres et s'
analysent
dès lors comme la réponse à la nécessité de recruter des parti
sans devant laquelle un personnel politique dépourvu d'autres ressources
se trouve placé.
Sans prétendre y voir la seule cause, on peut se demander par exemp
le
si la naissance des partis ouvriers ne constitue pas l'invention histori
que
par laquelle des hommes issus de la classe ouvrière, de l'intelligent
sia
« prolétaroïde » ou de la bourgeoisie déclassée ont trouvé les moyens
d'affronter leurs adversaires issus des groupes dominants dans la lutte
concurrentielle pour la conquête des postes électifs.
Il ne s'agit pas de soutenir ici que les grandes doctrines des partis de
masse — socialisme, communisme, fascisme, démocratie chrétienne,
etc. — , ont été consciemment produites pour les besoins de la... cause
mais simplement de noter que l'existence d'un matériel symbolique ratio
nalisé et systématisé, ou, si l'on préfère, d'une idéologie politique, favo
rise le recrutement et l'activité des agents de certaines entreprises politi
ques.

Militantisme et mobiles idéologiques
Cependant, si l'attachement à une cause est bien un facteur de mobil
isation
politique, il est beaucoup plus douteux qu'il en soit un élément
unique et même déterminant. L'analyse du militantisme à partir des
seuls mobiles idéologiques présente en effet plusieurs difficultés.
Elle suppose tout d'abord que tous les adhérents maîtrisent l'idéolo
gie
qui justifie cette cause ou, à tout le moins, qu'ils en articulent som
mairement
les principaux concepts faisant ainsi preuve d'un niveau élevé
de politisation. Or cette hypothèse apparaît bien fragile quand on sait
que la politisation cmme la compétence politique sont d'autant plus fai
bles que les individus appartiennent à des catégories situées plus « bas »
dans la hiérarchie sociale 7 — celles-là même dans lesquelles les adhérents
des partis de masse sont le plus fréquemment recrutés. L'objection selon
laquelle les membres des partis présenteraient des caractéristiques atypi-

iel),
versité
126

7. Sur ces problèmes, nous nous permettons de renvoyer à notre thèse : Gaxie (Dan
Indifférence et politisation, Thèse pour le doctorat en science politique, Paris, Uni
de Paris I, 1975, 843 pages, reprogaphié.