DOSSIER MARC AGAPIT.pdf


Aperçu du fichier PDF dossier-marc-agapit.pdf - page 2/103

Page 1 234103


Aperçu texte


INTRODUCTION

Le grand avantage des bons écrivains, c’est que même lorsqu’on croit les connaître à
fond, ils nous réservent des surprises inattendues. En consacrant un dossier à Marc
Agapit, nous croyions simplement faire justice à un univers aussi original que
méconnu : objectif qu’on remplit en général le temps d’un article. Nous reprîmes donc
les quarante-cinq ouvrages écrits sous ce nom, sans compter certains titres publiés sous
les noms d’Ange Arbos et d’Adrien Sobra (ce dernier étant le vrai patronyme de
l’auteur). Et les parcourant à nouveau, il fallut nous rendre à l’évidence : nous nous
étions trompés. Oui, cette atmosphère de « série B », ces livres écrits comme des
monologues frénétiques pulvérisant tout raffinement de style, ces personnages falots et
manipulés comme des pantins, cette défroque de roman populaire étaient pur trompel’œil. Nous avions devant nous un métaphysicien déguisé en écrivain de second plan.
Impossible d’enfermer l’univers d’Agapit dans quelques dizaines de pages, comme nous
avions pu le faire pour S.-A. Steeman et Kââ. Nous avons donc pris le temps de restituer
toutes les nuances de cet univers d’une richesse si diabolique, où l’auteur ne cesse
d’entrecroiser ses obsessions en un vaste « jeu de patience ». (Ceux qui estiment qu’un
petit dessin vaut plus qu’un long discours se reporteront directement à la bibliographie :
quelques couvertures des romans d’Agapit les y attendent.)
Une autre surprise guette le lecteur-internaute du site des Polarophiles Tranquilles.
Pour la première fois, c’est un auteur fantastique qui est étudié ici. Non que les
cigarettes, whiskies et autres petites pépées commencent à nous lasser : mais l’occasion
nous a semblé propice de montrer la porosité des frontières littéraires, surtout
lorsqu’elles séparent de façon arbitraire deux genres parfaitement compatibles. La
critique hexagonale adore cataloguer, classer dans des cases strictement définies toute
tentative de création littéraire : d’où incompréhension souvent, et batailles sanglantes de
chapelles. Cela est d’autant plus vrai pour le roman policier, qu’on ne s’amuse
nullement à confondre avec le fantastique : l’un, dit-on, est réaliste et s’en tient là,
l’autre ne rêve que de dépasser la réalité visible. Nos cousins anglo-saxons, nettement
2