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moins sectaires, ont depuis longtemps résolu le dilemme en regroupant ces deux
tendances sous l’appellation « mystery » ; et les auteurs possédant un imaginaire assez
vaste pour les combiner, on les qualifie de « mystery writers ». Si, chez eux, la part
policière l’emporte souvent sur le fantastique, celui-ci n’y est jamais décalé, au
contraire : il en découle presque logiquement. Et cela donne des œuvres aussi
fascinantes que La Chambre ardente (1937) de John Dickson Carr, Le Chien des
Baskerville (1902) d’Arthur Conan Doyle ou Le Mannequin assassiné (1932) de S.-A.
Steeman. D’autres auteurs de « mysteries » poussent le bouchon plus loin encore, liant
le fantastique au policier au point que le lecteur le plus cartésien a du mal à s’y
retrouver : où classer des ouvrages comme Le Nommé Jeudi (1905) de Gilbert Keith
Chesterton, La Nuit du Jabberwock (1949) de Fredric Brown ou Le Bourreau et la
Victime (1957) d’Helen McCloy, parfaitement hybrides, jamais tiraillés par le besoin de
choisir un genre ou un autre ?
Il faut être aveugle pour ne pas voir que le roman policier et le fantastique procèdent
bien souvent de la même structure : la rupture soudaine de la réalité, de l’ordre établi du
monde, par l’irruption de l’inattendu – un inattendu bien vite menaçant et qui ne semble
avoir pour but que de vous prendre tout ce qui vous est cher. Surnaturel ou violence
humaine bien tangible, seule change la nature de cette menace. Mais que ce soit à un
niveau réaliste, occulte ou métaphysique, l’angoisse reste la même, chez les héros
comme chez le lecteur : c’est toujours celle qui nous renvoie à notre condition humaine,
à la vanité de l’existence, à l’horreur de devoir se battre pour conserver quelque chose
qui peut nous être retiré à n’importe quel moment et dont nous ne sommes même pas
certains de la valeur. Partis de deux points différents (le réalisme, l’occulte), le roman
policier et le roman fantastique aboutissent au même objectif : la description, aussi
directe que possible, d’une humanité écrasée par le Destin.
L’exemple de Marc Agapit rend justice à nos affirmations. Il a donné tous ses chefsd’œuvre dans le genre fantastique, sans perdre de vue la dimension spéculative et le
réalisme chers au polar (rien de plus banal que le héros « agapitien »). Dans un pays où
le fantastique a fait figure de parent pauvre durant tout le XXème siècle, il a su mêler de
façon convaincante le surnaturel et l’enquête policière – avec en plus cette touche de
dérision et d’ironie macabre dont seuls sont capables les Anglo-Saxons. Mais en réalité,
peu importe que ses livres relèvent de tel ou tel genre : ceux-ci ne sont qu’un
déguisement propice à livrer un certain discours, à faire passer une vision précise.
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