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Au-delà des forces maléfiques et des apparitions monstrueuses, Marc Agapit cherche
surtout, d’un livre à l’autre, à peindre un certain type d’homme. Les bons sentiments
n’étouffent guère ses personnages. Sous leur vernis de médiocrité et de conformisme, ils
se révèlent d’une sauvagerie et d’une cruauté sans limites envers autrui, n’hésitant pas à
pactiser avec des puissances occultes pour satisfaire leurs caprices. On aurait tort
cependant de voir en eux de simples descendants du marquis de Sade. Ces fantasmes
féroces qui sont leur marque de fabrique paraissent l’envers d’une souffrance cachée,
d’une hantise métaphysique qu’Agapit dégage peu à peu de sa gangue d’apparences. En
réalité, l’être agapitien ne cesse de courir après une liberté inexistante : c’est cette
absence qui exaspère sa frénésie et entraîne sa perte. En cela, l’auteur annonce l’œuvre
de Kââ : même vision nihiliste d’une humanité prisonnière de son propre destin,
condamnée à l’enfer d’un monde sans Dieu, sans libre arbitre, sans amour. Et comme
chez Kââ, c’est par le biais d’un genre populaire (le polar pour l’un, le conte fantastique
pour l’autre) et d’une maison d’édition grand public (le Fleuve Noir) qu’il a fait passer
son message. Mais alors que l’écrivain de Silhouettes de mort sous la lune blanche
arrivait sur un terrain libéré de la censure, celui d’Ecole des monstres dut ruser pour ne
pas subir les foudres de cette dernière. Pour cela, il mit au point un double jeu d’une
rare subtilité, qui rejaillit sur son œuvre et la rend inimitable. Nous avons tâché ici d’en
rendre toute la complexité.

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