L'enfant polyhandicapé .pdf



Nom original: L'enfant polyhandicapé.pdf
Titre: 1Cairn.info
Auteur: 2Cairn.info

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Tentative de représentation
de la corporéité d’une enfant
polyhandicapée et accompagnement
en bain sensoriel

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Une belle petite fille avec des yeux de mer et de forêt,
des cheveux d’encre, de soie, de louve et de poisson et des lèvres de soleil qui tombe,
une petite fille tout à fait ordinaire en somme,
qui vit dans un jardin particulier, comme vous et moi, mais qui ne parle pas !
C’est un grand mystère !
Philippe Claudel (2006).

C

oraline est une petite fille polyhandicapée que je rencontre en
institut médico-éducatif (IME). Pour vous la présenter, j’ai
choisi de vous parler de son corps : quoi de plus banal pour
une psychomotricienne ! Corps handicapé, «harnaché», «haubané»,
habillé, habité… Autant de corps auxquels je cherche à donner du
sens, afin d’appréhender un tant soit peu le vécu de Coraline. Autant
de corps que je cherche à éveiller par la sensorialité et à réunifier en
un seul et même corps, celui du sujet qui l’habite et l’anime. L’accom1. Psychomotricienne DE. A exercé en IME (institut médico-éducatif) auprès d’enfants et d’adolescents polyhandicapés et travaille actuellement au CMPP d’Aubervilliers (93) ainsi qu’en milieu associatif auprès de bébés et de parents dans l’eau
(association Vivre l’Eau Paris) et auprès de jeunes enfants, lors d’ateliers d’éveil
psychomoteur.

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Orianne LEGRAND1

Orianne LEGRAND

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Dans un contexte où le polyhandicap de Coraline la fait toute petite,
apathique, «carapacée» d’une coquille et d’un corset, parfois douloureuse et entièrement dépendante d’un autre humain pour vivre, l’intervention psychomotrice se propose de traverser cette surface des
apparences – miroitante et déformante telle celle de l’eau –, afin de
contacter avec un infini respect la profondeur de son être. La psychomotricité tente ainsi de dégager l’identité psychocorporelle de Coraline
du poids du handicap en l’accompagnant à habiter son corps avec plaisir, désir et vie ; ce corps, qui réagit, agit, interagit, se meut, s’émeut.
La médiation de l’eau vient à propos dans ce projet d’allègement et de
(re)naissance à soi-même.

Lecture plurielle du corps-visible
Parler de Coraline en représentant son corps à travers la mise en mots
et en images est une tentative incertaine de compréhension de son
vécu corporel, puisqu’il est en partie question de ma lecture subjective.
Pourtant, je ne peux me soustraire à la problématique posée à chaque
psychomotricien dans sa rencontre unique et singulière avec un enfant,
à savoir «comment il habite son corps, comment il s’en sert pour dire
qui il est» (Potel Baranès, 2006). L’investigation s’avère d’autant plus
délicate auprès d’enfants polyhandicapés sans langage et aussi démunis
que Coraline.

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pagnement psychomoteur de Coraline vient questionner son être-aumonde et son corps-en-relation. La médiation du bain sensoriel est
une invitation à la rencontre mutuelle, «une proposition d’accordage,
de mise en accord et en partage» (Potel Baranès, 2006) de regards, de
sourires, d’émotions, de sensations de peau, d’effluves, de sonorités,
de mots accompagnant, identifiant et unifiant l’expérience corporelle.
Coraline est appelée à renouer avec un corps-plaisir, éprouvant, mouvant et vivant. Ce bain riche en sensations contrastées réveille l’expressivité du sujet et éveille à la prise de conscience de soi.

Tentative de représentation de la corporéité d’une enfant polyhandicapée...

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Le corps de Coraline est marqué par le handicap. D’emblée, sa petitesse interpelle : quel âge pourrait avoir cette enfant d’environ 75 cm ?
5 ans. Coraline est atteinte d’une chondrodysplasie ponctuée (Delamare, Garnier, 1998). Il s’agit d’un trouble de la transformation des
tissus cartilagineux en os dû à une maladie génétique rare et dont le
pronostic est très grave. Cette maladie se caractérise cliniquement par
un nanisme, une flexion et une raideur des articulations, des malformations osseuses multiples, une microencéphalie, une déficience mentale
profonde, une cataracte congénitale (opérée à 10 mois) et une ichtyose
(peau sèche couverte de squames fines semblables à des écailles de poisson au niveau de la face, des plis, des paumes des mains et des plantes
des pieds).
Toutes les structures du corps (Lesage, 2006) de Coraline sont touchées :
– les os non formés, malformés, déformés, fixés perdent leurs caractéristiques de solidité, d’articulation et de charpente structurant l’espace corporel et profilant des directions ;
– l’atrophie musculaire associée à l’atteinte cérébrale affecte la tonicité
et la motricité. La capacité à mobiliser son corps pour changer de
position, se déplacer et agir sur le monde est extrêmement restreinte.
La variation des états toniques entre tension et détente comme entre
diverses nuances tonico-émotionnelles est limitée ;
– certaines fonctions organiques essentielles sont entravées (la respiration à cause des déformations thoraciques et rachidiennes, la digestion notamment par le manque de verticalisation et de mouvement,
la mastication et la déglutition…) ;
– bien qu’affectée par la maladie, la peau reste un moyen privilégié
d’entrer en relation et de communiquer avec Coraline. Stimulée, elle
lui donne le sentiment de son unité psychocorporelle.

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Un corps handicapé

Orianne LEGRAND

Ce corps handicapé relativement figé souffrirait d’une désafférentation
sensorielle s’il n’était pas enrichi de stimulations sensorimotrices, que
l’enfant sain se procure par sa propre activité ainsi que par les soins
continus, réguliers et suffisamment bons de l’entourage (Winnicott).
Le schéma corporel nécessitant l’apport de données proprioceptives
(kinesthésiques et vestibulaires), tactiles et visuelles s’appauvrirait. Le
sentiment de soi perdrait de sa cohésion.

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Le corps de Coraline est appareillé d’un corset, qui comporte une têtière ainsi qu’une mentonnière, afin de corriger sa cyphose. La petite fille
est installée en fauteuil roulant dans une coquille. «Certes l’appareil en
soi n’est pas un ennemi, ni une catastrophe psychique. Mais la question est celle de son statut. Comment est-il nommé ? Qu’est-ce qui en
est dit pour l’enfant ?» (Faivre-Jussiaux, 2005). C’est ce à quoi nous
allons réfléchir à partir du terme «coquille», qui est loin d’être anodin,
et ce à double titre.
Premièrement, la coquille renvoie à l’enveloppe dure, qui protège le
corps mou d’un «mollusque» – autre terme qui, pris au sens figuré,
nomme un individu sans énergie. Le mot rappelle la nécessité de protéger le corps de certaines personnes polyhandicapées hypotoniques et
apathiques comme Coraline. L’appareillage corrige et prévient l’aggravation des déformations orthopédiques, prolongeant ainsi la qualité et
l’espérance de vie. Il déplie, redresse et maintient le corps de Coraline. Il
structure artificiellement son axe corporel et sa verticalité. Il humanise
le corps en le rendant pareil à ses semblables (Faivre-Jussiaux, 2005).
En tant qu’enveloppe dure moulée aux formes du corps, l’appareillage
renforce-t-il les limites corporelles, la sensation de l’appui dorsal, le
sentiment d’être contenu, maintenu, soutenu, porté ? Cet appareillage
fonctionnerait-il comme un «tuteur contenant» ? Comment s’articulet-il au schéma corporel et à l’image du corps alors qu’il intervient «le

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Un corps harnaché ou haubané

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plus souvent à contresens de l’expérience que les enfants avaient d’euxmêmes, du point où ils en étaient de leur propre construction subjective» (Faivre-Jussiaux, 2005) ?
Deuxièmement, l’expression «rentrer dans sa coquille» signifie «se
replier sur soi-même, refuser la communication, l’échange avec autrui»
(Dictionnaire de langue française, encyclopédie et noms propres, 1987). Ici ce
n’est pas l’appareillage mais bien le polyhandicap qui entraîne une
restriction extrême des possibilités de perception, d’expression et de
relation. L’appareillage au contraire posture le corps en position de
socialisation. Le corps est amené en ouverture, sortant ainsi Coraline de
sa position de repli due à la triple flexion des membres et à l’hypotonie
axiale créant l’enroulement sur soi. La verticalisation du corps induit
potentiellement un élargissement de sa vision sur le monde et une disposition pour entrer en relation.
Parfois, l’appareillage vient redoubler la douleur et la paralysie (FaivreJussiaux, 2005). L’équipe et la famille sont particulièrement attentives aux pleurs de Coraline (qui se transforment parfois en véritable
sirène d’alerte), lors d’un changement de coquille ou de corset, afin de
lui assurer un confort optimal. L’appareillage vient temporairement
immobiliser Coraline, la figer, la priver de ses rares mouvements volontaires. Au cours des échanges entre les divers protagonistes entourant
Coraline, nous choisissons pour elle ce qui nous apparaît comme la
plus juste prescription d’appareillage. Nous devons veiller à ce que ce
dernier ne soit pas vécu comme persécutant le corps de l’enfant, entravant sa motricité ou nuisant à sa qualité de vie. Un consensus est à
trouver et à adapter en fonction de l’évolution de l’enfant. Coraline ne
porte pas son corset la nuit, afin de préserver la qualité de son sommeil.
Les moments de la journée où elle éprouve son propre corps, sa propre
peau et son propre mouvement sont limités : la toilette quotidienne,
les trois séances de kinésithérapie et la séance de psychomotricité hebdomadaires et, parfois, une des activités éducatives.

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Orianne LEGRAND

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Bien que déformé et discordant, le corps de Coraline n’en est pas moins
investi par ses parents. Ces derniers prennent soin de son apparence
physique comme dans un souci d’embellissement, d’harmonisation,
voire de réparation. La maman lui fait des couettes avec des élastiques
amusants dont les couleurs vives sont coordonnées à celles du vêtement. Même habillée en taille 12 mois, ses parents veillent à ce que sa
tenue corresponde au style des petites filles de son âge. Ils portent une
attention particulière au choix des matières comme le velours pour sa
douceur. Coraline a tout de la petite fille coquette ! Ses cheveux noirs
de geai, ses yeux foncés et son teint mat sont mis en valeur par l’habit chatoyant. Bien que petite, relativement immobile et silencieuse,
Coraline ne se fait pas oublier : elle est «visible». Elle reflète même
la gaieté. Elle est «attrayante» : on la voit, on la regarde, on a envie
d’aller à sa rencontre, de s’approcher d’elle, de la toucher, de lui parler
pour la complimenter et la faire sourire ! Ses parents auraient-ils plus
ou moins consciemment investi son corps en ce sens ? Chercheraientils à «peaufiner» le corps de leur enfant polyhandicapée ? À lui faire
«peau neuve» ?
L’enveloppe qui intéresse plus particulièrement le psychomotricien se
trouve enfouie sous les autres : la peau sous le corset, sous le vêtement,
sous la coquille. Jusqu’ici, nous nous sommes attaché à une possible
lecture du vécu corporel de Coraline, plutôt centrée sur son corpsvisible : corps-sujet dépossédé par le handicap de ce qu’il aurait dû être
et de ce qu’il est par la nécessité physique et psychique de le réparer.
Nous allons nous intéresser maintenant à son corps-sensible, c’est-àdire à sa tonicité, sa motricité, sa sensorialité, ses émotions, ses intentions et sa communication. Il s’agit de cheminer un peu plus encore
vers la compréhension de son être psychomoteur.

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Un corps habillé

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La psychomotricité, ou l’approche du corps-sensible

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Généralités
L’accompagnement psychomoteur de l’enfant polyhandicapé s’articule autour de propositions ludiques et vivantes visant l’éveil de ses
appétences et de ses compétences sensorielles, toniques, posturales,
motrices et relationnelles, afin qu’il puisse se vivre sujet de son corps,
interagissant sur l’environnement comme avec autrui. C’est un espacetemps privilégié, sécurisant et respectueux de l’expression de l’enfant,
où il lui est donné de venir à la rencontre de son corps et de l’éprouver davantage ou autrement, à travers diverses stimulations sensorielles fondamentales – souvent archaïques –, qu’il ne peut bien souvent
pas expérimenter par lui-même et qui pourtant s’avèrent nécessaires à
une «suffisamment bonne» structuration de son identité corporelle et
psychique.
L’examen psychomoteur
L’examen psychomoteur de l’enfant polyhandicapé consiste en un temps
de rencontre et d’observation de ses potentialités et de ses appétences
à interagir avec autrui, à agir sur son environnement et à éprouver son
corps. Il s’agit de :
– se représenter le vécu corporel de l’enfant relié à son histoire ;
– recueillir les modalités sensorielles auxquelles il a recours pour éprouver son corps et interagir ;
– s’interroger sur sa manière de se mouvoir et d’agir ;
– rechercher ses capacités psychomotrices et les conditions de leur
expression, afin d’envisager un projet d’accompagnement.
Certes les incapacités sont prises en compte puisqu’elles balisent les
voies de passage vers les possibles et tempèrent les attentes envers
l’enfant.

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Psychomotricité et polyhandicap

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L’observation et la stimulation

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Le psychomotricien recherche les conditions dans lesquelles l’enfant
peut, aujourd’hui, exprimer au mieux ses capacités relationnelles, sensorielles, motrices et de détente. Il se soucie d’abord de la satisfaction des besoins physiologiques de l’enfant (alimentation, hydratation,
transit intestinal, respiration, vigilance, douleur, maladie…) auprès
des membres de l’équipe et de la famille, avec qui l’institution correspond quotidiennement par l’intermédiaire d’un cahier de liaison.
En séance, il repère les conditions d’émergence des capacités de l’enfant selon les critères (non exhaustifs) suivants : le port ou non d’appareillages, le recours ou non à des aides techniques, l’installation et
la posture, les paramètres environnementaux (température de la pièce,
luminosité, calme…). La qualité de la relation instaurée entre l’enfant
et le soignant reste un facteur essentiel à prendre en compte.
Nous constatons combien l’accompagnement de l’enfant polyhandicapé est contextuel. Toutefois, il ne s’agit pas de proposer des conditions
«aseptisées de laboratoire» mais d’essayer de comprendre l’enfant tel
qu’il est, étayé par une relation vivante et chaleureuse, ainsi que par
un environnement contenant et sécurisant, où sa disponibilité peut se
déployer sans être «parasitée». Il est question de créer des conditions
pour se rencontrer vraiment.

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L’observation de l’enfant polyhandicapé demande au psychomotricien d’éveiller ses propres sens, afin d’être aussi conscient que possible
des paramètres de son observation, qu’ils soient inhérents au sujet,
à l’environnement ou à la relation instaurée. Cette observation fine
l’aide à mieux comprendre l’expression de l’enfant (à quoi réagit-il ?),
à l’accompagner à se rendre disponible, à adapter les propositions en
fonction de son état physique et psychique, à repérer l’intégration des
différentes modalités sensorielles entre autres.

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La stimulation induite par le psychomotricien est soit proposée indépendamment et successivement aux autres, soit associée à une première
stimulation, une fois qu’une habituation sensorielle est constatée. Chaque stimulation est introduite de façon mesurée pour déceler le seuil de
réaction propre à cette modalité sensorielle-ci, à ce moment précis. En
fonction de l’accueil de la stimulation par l’enfant, une même stimulation peut être répétée puis déclinée. La disponibilité et les réactions de
l’enfant guident l’intervention du psychomotricien. Après le temps de
réaction de l’enfant, il laisse un temps de latence, qui peut être compris
comme un instant d’intégration parfois plus perceptive que sensorielle
ou comme un moment d’attente d’où peut émerger une demande, un
désir. Le psychomotricien veille à éviter toute surstimulation aux effets
déstructurants et angoissants pour l’enfant. Sa fonction de pare-excitation est mise en jeu.
Observation psychomotrice de Coraline
Dans sa coquille
Appareillée, Coraline a accès à d’infimes mouvements volontaires,
qu’elle exerce spontanément. Les bras repliés sur le thorax, elle saisit
deux ou trois doigts de l’autre main ou bien elle porte son index à
la bouche. Elle ne fixe pas son regard sur ce qui l’entoure. Ses yeux
balaient l’espace de-ci de-là. Parfois, Coraline louche à travers ses
lunettes sur les bulles qu’elle forme avec sa salive et qu’elle accompagne parfois d’un bruit de bouche. D’autres fois, ce sont ses mâchoires
qu’elle anime d’un bruxisme. Elle semble jouer avec son corps ou tout
au moins se donner des sensations… et peut-être celle de la permanence de son existence. Ces expériences corporelles toutes simples ne
sont pas sans rappeler celles du bébé, qui exerce ses coordinations oculomanuelles, oculobuccales, buccomanuelles et bimanuelles unifiant le
schéma corporel et structurant l’espace corporel.

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Orianne LEGRAND

Tonicité
Nous rencontrons là Coraline dans un autre état de corps, puisque ses
appareillages lui sont retirés. Au repos, installée en décubitus dorsal,
elle adopte une posture globale «en batracien» avec une hypotonie axiale. Lors de l’épreuve du tiré-assis, son rachis cervical est en hyperextension. Puis, arrivée en station assise, Coraline parvient à maintenir sa tête
dans l’axe avec quelques oscillations et une certaine fatigabilité. Installée en procubitus avec un soutien sous-axillaire (assuré par un cylindre
de petit diamètre), Coraline fait des efforts pour redresser sa tête et la
tourner. Sans installation particulière, le procubitus est inconfortable.

Installée en procubitus sur un cylindre et stimulée tactilement au
niveau plantaire, Coraline réagit en repoussant légèrement le sol de
ses pieds. Son mouvement volontaire se trouve comme «amplifié» par
le cylindre, qui roule sur le sol. Coraline fait ce lien de cause à effet :
elle cherche à répéter son expérience et babille lorsqu’elle y parvient,
encouragée par mes valorisations.
C’est en étant installée en décubitus dorsal que Coraline exerce et
éprouve pleinement sa motricité volontaire. Elle rentre la tête dans les
épaules et la tourne de droite à gauche en riant peut-être de ses sensations kinesthésiques ou vestibulaires, du frottement de l’arrière de
son crâne sur le sol ou encore de cette sorte d’automassage des trapèzes
qu’elle se procure. Elle aime aussi jouer à alterner les états toniques
de tension et de détente en se contractant pour s’enrouler légèrement
au niveau cervical et des ceintures, puis en se relâchant soudainement.
Parfois, elle engage davantage l’ensemble de son corps dans un mouvement de frétillement ! Elle initie pour son plus grand plaisir une sorte d’ondulation, qui se propage de la tête au bassin. Son mouvement
entraîne un léger déplacement à condition que je l’installe sur un tissu
replié en deux, afin que les surfaces glissent l’une sur l’autre sous l’ef-

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Motricité globale

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fet du tortillement. Il me semble que Coraline est davantage dans une
recherche de plaisir proprioceptif que dans un désir de se déplacer,
«d’aller vers». Coraline n’a pas acquis les retournements. Quand elle
est guidée, son corps suit d’un bloc.

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Coraline présente des pouces adducti, néanmoins l’ouverture des paumes est possible. Si je glisse un petit jouet dans l’une de ses mains et si
j’en accompagne la prise de conscience (en verbalisant, en renforçant les
informations tactiles, visuelles ou auditives lorsque je bouge le jouet
dans sa paume), progressivement Coraline parvient à refermer fermement ses doigts autour et à le conserver plusieurs secondes. Elle peut
tenir une clochette dans chaque main et les entrechoquer au niveau de
son axe. Comme la préhension est déficiente, Coraline ne peut s’engager dans la manipulation d’objets. Ses conduites exploratoires sont très
pauvres, pour ne pas dire absentes. Le monde doit venir à elle, si l’on
désire qu’elle en fasse l’expérience.
Intégration des sensations
Le canal visuel est affecté. Dans les conditions ordinaires de luminosité, Coraline présente des réactions d’orientation oculocéphalogyre.
Cependant, on ne peut pas proprement parler de fixation. Elle témoigne d’une plus vive réactivité aux stimuli lumineux ou fluorescents,
qui contrastent dans l’obscurité et à la lumière ultraviolette.
Coraline sursaute à un stimulus sonore nouveau, plutôt grave et soudain,
puis s’habitue et laisse apparaître une réaction d’orientation céphalogyre. Elle se montre plus réactive aux stimuli auditifs que visuels.
Les stimulations vestibulaires procurées par le changement postural
sont bien tolérées. Coraline apprécie en ce sens les bercements doux
proposés dans les bras, un hamac ou sur un matelas à eau.
Le canal somesthésique se révèle d’emblée être autant un moyen d’en-

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Motricité manuelle

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Communication corporelle
Coraline réagit à l’appel de son prénom par une expression corporelle de
vigilance (suspension de l’activité motrice, mimique d’écoute, regard
qui s’oriente brièvement vers la source de stimulation). Lorsque j’approche mon visage du sien et lui parle, elle sourit. Je ne sais pas exactement ce qu’elle comprend de mes mots, en tout cas, Coraline se montre
sensible à la prosodie. Elle est demandeuse de ces moments de relation
dans lesquels elle est active : elle rit et gazouille de façon à entretenir
l’interaction. Je capte son regard quelques secondes. Spontanément,
j’entre en contact avec elle par le toucher : je lui tiens la main lorsque
je m’adresse à elle. La relation à cette enfant ne peut s’établir que dans
la proximité physique. Coraline apprécie d’ailleurs d’être portée dans
les bras : elle manifeste pleinement son contentement en riant de bon
cœur et en plissant les yeux.
À travers cet aperçu du corps-sensible en mouvement et en relation,
un projet d’accompagnement en psychomotricité peut prendre forme
pour Coraline.

Le bain sensoriel, ou l’éveil du corps habité
«Dans l’habitacle qu’est son corps et qui lui est donné, l’enfant est
habité» (Ajuriaguerra, 1971).
Inscrire l’enfant dans un projet
«La plus pertinente des indications est celle qui laisse place au plaisir»
(Potel Baranès, 2002).

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trer en relation avec elle qu’un moyen de lui procurer des sensations
corporelles gratifiantes de bien-être et de détente. La mobilisation passive douce de ses articulations lui permet d’éprouver son corps en mouvement ainsi qu’un certain degré de liberté qu’elle ne peut explorer
spontanément. Le toucher thérapeutique à l’huile lui permet de ressentir son corps dans son unité et sa globalité ainsi que de communiquer.

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Comme l’eau est une médiation que j’investis pleinement, j’ai eu envie
de partager avec Coraline la richesse sensorielle de cet élément, le bienêtre, la détente et le plaisir que l’on peut retirer à y éprouver son corps.
L’eau s’insinue entre nous comme une source régénérante et vivifiante,
après que nous avons cheminé ensemble en séance individuelle autour
de la médiation du toucher thérapeutique, puis en groupe sur le thème
«corps et sensations». L’eau afflue avec son lot de nouveautés : nouveau
lieu de rencontre, nouvelles sensations, nouvelle distance relationnelle,
puisque d’une part nous sommes trois (avec Rosane, son aide médicopsychologique) et d’autre part le toucher de l’eau se substitue autrement à celui de la main ! Par ailleurs, l’eau devient un prétexte évident
pour retirer tout appareillage !
Quel contenant ?
Dans l’institution, nous disposons d’un vaste choix de contenants : un
bassin, une pataugeoire, une baignoire, un bac de douche, des bassines
de tailles et de formes différentes, une piscine gonflable, un chariot de
douche… Autant de contenants pour autant de projets d’accompagnement différents. Nous optons finalement pour le chariot de douche.
D’une part, nous souhaitons continuer à accompagner Coraline dans sa
capacité à se distancer d’autrui, malgré sa grande dépendance physique
et psychique. Depuis son arrivée à l’IME, elle a déjà gagné en autonomie psychoaffective puisqu’elle cesse de pleurer pour exprimer son
besoin d’être portée en permanence. Cet objectif d’autonomisation me
paraît d’autant plus significatif que Coraline présente physiquement,
mentalement et psychiquement un très grand décalage par rapport à
son âge réel. Malgré son nanisme et la gravité de son polyhandicap,
elle n’est plus un bébé mais une enfant. Auprès des personnes polyhandicapées, le temps paraît toujours s’être arrêté. Pourtant, le temps
s’écoule inexorablement et Coraline atteindra, qui sait, l’adolescence,

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Pourquoi l’eau ?

Orianne LEGRAND

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De plus, nous envisageons de proposer suffisamment d’espace à Coraline pour lui permettre d’exercer son mouvement volontaire de frétillement. Le chariot est large de 76 cm, long de 1 m 90 et à inclinaison
variable, ce qui facilite le déplacement, voire induit une douce sensation de glisse. Le contact du matelas est plus mou et plus chaud que
l’émail d’une baignoire ou le plastique d’une bassine. Enfin, nous nous
soucions du confort des soignants : le chariot est réglable en hauteur.
Or, une bonne installation est un préalable indispensable pour assurer un toucher relationnel sécurisant, confiant, ainsi qu’un dialogue
tonico-émotionnel de qualité.
Quel contenu ?
Le projet s’articule autour des actions suivantes :
– donner des repères spatio-temporels stables, fondés sur des indices
sensoriels significatifs, la succession, la répétition et ouvrant sur
l’anticipation ;
– sortir Coraline de la passivité. Éveiller son attention, son intérêt
et son désir d’habiter pleinement son corps, d’investir son activité
propre, d’explorer les stimuli et d’échanger avec les accompagnants.
Être à l’écoute de ses initiatives, de ses refus, de ses choix, si restreints soient-ils ;
– l’amener à se réapproprier son corps en enrichissant son schéma cor-

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l’âge adulte… Aujourd’hui, elle a intégré une sécurité intérieure suffisante, qui lui permet d’être en relation autrement que dans un corps
à corps et moins dans un peau à peau. En ce sens, le chariot de douche
différencie deux espaces :
– au-dedans, celui de Coraline, où elle est confortablement allongée
sur le dos, en grande partie immergée ;
– au-dehors, celui des accompagnants situés de part et d’autre d’elle,
debout, au sec… comme au-dessus d’un «berce-eau»…

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Évoquons un autre contenu : l’eau. Cet élément est par nature porteur
de qualités que l’on peut souhaiter éveiller chez Coraline. L’eau est
vivante, animée, infiniment présente et disponible, sensible et réactive. «Elle se fait écho du mouvement et cet écho de l’eau témoigne de
la présence du corps, de soi, de l’autre» (Potel Baranès, 2002). L’eau
rompt avec une certaine indifférence en réagissant aux imperceptibles
mouvements de Coraline. L’eau est si sensible qu’elle se disperse sous
un souffle infime. Elle prolonge et amplifie les mouvements de Coraline, nous les restituant visibles et parfois lisibles. Coraline reçoit un
feed-back sur sa motricité grâce à la résistance de l’eau. L’eau a un puissant pouvoir de réflexivité notamment par son toucher. Elle exerce une
pression sur tout le corps renforçant ainsi le sentiment de sa consistance, de son volume et de son enveloppe. L’eau accueille mieux que
quiconque le corps de Coraline tel qu’il est, en se moulant en douceur
et avec fluidité à ses déformations. Elle rassemble, contient et unifie le
corps dans une perception continue et globale tant elle en épouse parfaitement les contours. L’eau redouble la peau. En dessinant les limites
du corps, l’eau délimite un dedans et un dehors, sépare le moi du nonmoi et participe du processus d’individuation.
Le bain est multisensoriel et intersensoriel. L’eau stimule le toucher,
la vue, l’ouïe, la proprioception et la peau, celle-ci reliant toutes les
sensations en un vécu assimilable et structurant l’identité psychocorporelle du sujet. «Être soi-même, c’est en premier lieu avoir une peau à
soi et en second lieu s’en servir comme d’un espace où mettre en place
ses sensations» (Anzieu, 1995). Cette médiation a été pensée et choisie
en particulier pour la richesse et la pertinence des sensations tactiles

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porel et en stimulant son mouvement propre. Favoriser la prise de
conscience de soi ;
– encourager l’expression de ses réactions aux stimuli et de ses émotions, ainsi que la communication.

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et sonores qu’elle apporte à l’épanouissement corporel et relationnel de
Coraline. En effet, «la communication originaire […] est un miroir à
la fois tactile et sonore. Communiquer, c’est d’abord entrer en résonance, vibrer en harmonie avec l’autre» (Anzieu, 1995). L’eau et l’ensemble du dispositif du bain sensoriel apportent des contrastes sensoriels
intenses et signifiants, renforçant la prise de conscience de son corps, la
relation à autrui et la prise de repères spatio-temporels.
Vers l’appropriation d’un corps-plaisir

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Dans l’unité de vie, nous préparons ensemble les affaires dont Coraline
a besoin pour le bain sensoriel et partons pour la salle de balnéothérapie, qui est la seule pièce de l’établissement accessible par un code et
un verrou de sécurité. Nous demandons à Coraline de tendre l’oreille
lorsque je tape le code et déverrouille la porte. De séance en séance,
Coraline sourit à ces sonorités comme si elle établissait un lien de cause
à effet entre ces sons et le moment du bain. Nous entrons dans un
sas étroit, où la lumière est tamisée par rapport à celle du couloir et
où l’augmentation de la température est significative. C’est ici que
nous nous déchaussons toutes les trois : Coraline, pour engranger un
repère de plus, Rosane et moi, pour des raisons d’hygiène. Puis, nous
ouvrons la porte qui donne accès à une grande salle, plus lumineuse
et plus chaude encore que le sas. Coraline semble inquiétée par le son
de l’aérateur : elle pleure les premières séances ainsi qu’à son retour
d’une période d’interruption due aux congés ou à son indisponibilité
(fatigue, maladie…). Dès qu’elle est sortie de sa coquille, portée dans
les bras et accompagnée par des mots, elle s’apaise et s’habitue au bruit
de fond comme à la chaleur. La succession des événements ritualisés
du début de la séance ainsi que les contrastes sensoriels qu’ils amènent
participent à la prise de repères. Coraline peut petit à petit entrer dans
la salle en souriant !

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Le Petit Poucet, ou comment créer des repères significatifs

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Cette salle comprend une pataugeoire et un bassin placés côte à côte,
elle est longée par une baie vitrée. Nous nous installons dans un espace
enclavé, plus bas de plafond et donc plus contenant, où se trouvent le
chariot de douche et une table à langer. Il n’y a pas de lumière directe
au plafond, qui pourrait éblouir Coraline en décubitus. En fin de séance, nous investissons une petite pièce mitoyenne pour lui sécher les
cheveux, la coiffer, la crémer, la parfumer (au chèvrefeuille) et échanger
avec elle autour de son image spéculaire. Toujours dans un souci de lui
donner des repères structurants, que ce soit d’un point de vue spatiotemporel ou en termes de reconnaissance des personnes qui l’accompagnent, nous avons choisi de bien différencier les temps de handling
proposés par Rosane et qui encadrent le temps de holding et d’object
presenting (Winnicott, 1975), ou encore le temps de stimulations multisensorielles amené conjointement par les deux professionnelles.
Rosane prend soin d’accompagner tranquillement Coraline à retrouver
son corps tel qu’il est. Elle installe Coraline sur la table à langer et la
déshabille en nommant chacun des gestes qu’elle dirige vers l’enfant.
Ces mots permettent à Coraline d’anticiper ce qui est agi sur son corps.
Bien que nous ne soyons pas certaines que les mots fassent sens au
niveau explicatif pour Coraline, ils sont au moins «une musique relationnelle qui contient, rassure, garantit l’unité corporelle de l’enfant»
(Potel Baranès, 2002). Le contact continu de la table à langer et des
mains de Rosane la réconforte lors des changements de position, qu’elle
ne maîtrise pas. Dans ce bain de mots, de regards, de contacts, Rosane
remarque que Coraline participe un tant soit peu au déshabillage. Bien
qu’il reste encore le corset à retirer, Coraline entre en mouvement et
rit. Rosane fait une pause pour lui laisser expérimenter ce degré de
liberté, ce premier contact de sa peau avec la chaleur de l’air ambiant.
Le retrait du corset s’accompagne d’une gesticulation et de rires gutturaux encore plus sonores. Coraline frétille sur sa serviette molletonnée.
Elle est revêtue d’une culotte de bain, sans couche. Ses cheveux sont

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détachés et elle est enveloppée au chaud dans sa serviette. Coraline
s’impatiente car, depuis le début du déshabillage, elle est stimulée par
le bruit de l’eau qui coule et par l’effluve d’une huile de bain tilleuloranger, qui embaume la pièce. Coraline et nous-mêmes en prenons
bien conscience les premières minutes et inspirons plus profondément,
puis les récepteurs olfactifs s’habituent et Coraline se trouve à nouveau
disponible pour s’intéresser à une nouvelle stimulation. Nous proposons des stimuli olfactifs différenciés pour l’avant et l’après-temps du
bain. Nous savons combien les odeurs participent à la réminiscence.
Selon A. Bullinger (2004), «les odeurs ont valeur de contenant».

Lorsque l’écoulement cesse, Rosane porte Coraline de manière à ce
qu’elle s’ouvre sur l’environnement et qu’elle soit orientée vers sa destination : le chariot de douche d’un bleu franc. Coraline gigote dans les
bras de Rosane, alors que je lui propose des «caresses mouillées» (Potel
Baranès, 2002) des pieds à la tête, humidifiant de proche en proche
les différentes parties de son corps que je nomme. Coraline réagit à
chacun de ces touchers de l’eau sur sa peau ou de ma peau mouillée sur
la sienne encore sèche. Je lui propose des pressions contenantes ou un
effleurage suivant l’écoulement de l’eau. La température du bain est
proche de celle du corps humain (36°C). Cette chaleur est nécessaire
pour parer le refroidissement par manque de motilité et par difficulté
de thermorégulation chez les personnes polyhandicapées. La famille
baigne Coraline à cette température. Si le bain est plus froid, elle pleure. La chaleur procure une détente globale, un enveloppement douillet
sans pour autant renforcer l’apathie de Coraline. Néanmoins, ce faible
écart de température n’amoindrit-il pas la conscience de la limite entre
la peau et l’eau ?
J’accompagne Coraline à s’immerger progressivement en décubitus
dorsal sur le matelas. Nous mouillons son visage, d’une part pour ren-

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L’eau : une matière pour se sentir vivant et inventer

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Le contraste entre les sonorités aquatiques (dedans) et les sonorités
aériennes (dehors) s’amplifie à travers ces mêmes mouvements cervicaux, où s’immergent et émergent alternativement son oreille droite
puis son oreille gauche. Qui, enfant, n’a pas fait cette expérience-là
dans son bain ? Depuis l’air ou sous l’eau, Coraline perçoit la voix parlée ou chantée d’autrui, ses propres vocalises, les sons aquatiques et
les silences. L’imaginaire et la musicalité de l’eau se déploient au fil
des séances, laissant le temps à Coraline de s’approprier d’abord ses
sensations nouvelles et les émotions qui en découlent. Rosane et moi
jouons avec les sonorités de l’eau pour mettre en scène des chansons
ou des comptines enfantines. Nous installons un coussin sous la tête
de Coraline pour lui permettre d’écouter du dehors. Ce bain sonore
stimule la participation de Coraline : elle vocalise avec nous, seule, ou
nous accompagnons sa voix d’une improvisation sonore… Clapotis,
vague, pluie mais aussi animaux agrémentent notre espace transitionnel. L’eau est visuellement et auditivement attractive pour Coraline.
Le chariot de douche, tel un tapis d’eau volant, nous embarque pour
une traversée bien au-delà des murs. Le handicap met des limites que
l’imagination ne connaît pas.

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forcer l’éprouvé du corps dans sa globalité, et d’autre part pour diminuer la surprise, le désagrément, voire l’intrusion que peut provoquer
une éclaboussure. Son visage se trouve en quelque sorte préparé aux
stimulations tactiles. Puis, nous laissons à Coraline le temps de vivre
son corps dans l’eau, en mouvement, et de communiquer ensemble
dans une autre distance relationnelle. Coraline tourne sa tête de droite
à gauche et semble rechercher la juste amplitude de ses mouvements
cervicaux, afin de ne pas immerger ses yeux ou sa bouche. Coraline ne
semble pas particulièrement gênée par le contact de l’eau au niveau de
ces zones corporelles ni même au niveau de ses oreilles. Ses mouvements
se propagent jusqu’à ses cheveux, qui ondulent comme des algues.

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Les courants d’eau. Les accompagnants déplacent l’eau de leurs mains
et créent ainsi des courants sur la peau de Coraline. Le toucher est différent si beaucoup ou peu d’eau est déplacée à distance ou près de la
peau, rapidement ou lentement, ainsi qu’en fonction de l’intentionnalité et donc de la gestualité des accompagnants. Ceux-ci déplacent
l’eau alternativement (chacun sur un hémicorps) ou simultanément,
dans la même direction ou en sens contraire. Par exemple, nous créons
une vague en déplaçant l’eau d’un même mouvement, d’un bout à
l’autre du chariot, puis laissons l’eau agir. Coraline est massée par le
flux et le ressac, qui s’atténuent progressivement, étirant sa chevelure
puis la ramenant le long de ses joues et de ses épaules. Elle rit. Autre
exemple, nous faisons tournoyer nos mains dans l’eau comme si des
tourbillons massaient Coraline.
En fonction de la créativité des accompagnants, les mouvements s’inventent, se partagent, se transforment, font écho à d’autres images au
contact de l’eau…
Le toucher aquatique. Ce toucher de l’eau consiste à appliquer de
petits mouvements vifs de friction près de la peau. L’eau masse la peau,
la réchauffe, vient s’y écraser et ballotte les masses musculaires ou
viscérales.
Les flux aquatiques. Cascade, filet d’eau, pluie, bruine, gouttelettes…
autant d’images d’eau qui s’écoule d’un seau, d’un entonnoir, d’un arro-

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Nous investissons l’eau en tant que matière tangible pour l’oreille, l’œil
et la peau. L’eau devient palpable comme le serait un tissu balayant,
tournoyant, glissant, caressant, effleurant, enveloppant, frottant, frictionnant, chatouillant la peau de Coraline. Le projet d’accompagnement de Coraline privilégie le toucher médiatisé, et en particulier par
l’eau, bien que les contacts peau à peau ne soient pas exclus comme
nous l’avons vu avec les caresses mouillées. Voici quelques nourritures
de peau que nous proposons à Coraline.

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soir, d’une passoire, d’un jouet gicleur, d’un pulvérisateur… Le flux
tactile (Bullinger, 2004) est orienté, continu et plus ou moins long, sur
la peau qui émerge du bain. Puis, le flux voyage sur le corps de l’enfant
et varie en intensité comme en durée, selon sa réaction. Coraline bouge
ses mains et ses pieds dans une ébauche de conduite exploratoire. Son
intérêt et sa curiosité s’éveillent.

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Pour proposer un autre flux tactile au niveau du dos, nous portons
Coraline dans un tissu et la déplaçons à la surface de l’eau. Enfin, Coraline est allongée sur le tissu, son dos est cette fois en contact avec le
matelas et nous la déplaçons en faisant glisser et onduler le tissu. Cette
stimulation incite souvent Coraline à investir son propre mouvement
ondulatoire.
Le toucher sonore. Munis de tuyaux durs ou souples, les accompagnants proposent des bulles ou des bulles sonores (souffler en faisant
un son, en parlant, en chantant…) à la surface de la peau de l’enfant.
Le son stimule les récepteurs aux vibrations situés sur la peau, les tendons, les articulations, le périoste des os, le mésentère et bien sûr la
cochlée. Ainsi, le son donne un massage à la fois intérieur et extérieur.
Ces sensations nouvelles et surprenantes peuvent donner l’impression
d’être traversé par le son (surtout s’il est grave) au niveau du ventre.
Elles sont à manier avec précaution auprès de certaines personnes, qui
peuvent vivre des angoisses d’intrusion, de transpercement de la peau.
Coraline, elle, les apprécie. La vibration peut aussi être créée par l’agitation d’une maraca proche des capteurs sensoriels. Par ailleurs, Coraline ressent sa peau grâce à d’autres médiateurs que l’eau : tissus humides, balles, éponges, mousse savonneuse ou bien un flux d’air. Pour un

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Le jet de douche permet également d’appliquer un flux au niveau des
parties immergées du corps et de faire varier la température. Coraline
apprécie le contact du jet dans le dos et se montre chatouilleuse lorsqu’il est appliqué au niveau de sa taille, de son ventre ou de son cou.

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contact plus proche du contact direct, Coraline est enveloppée dans un
tissu et je lui propose des pressions contenantes entre mes mains. Audelà de son vécu de plaisir ou de déplaisir, elle commence à nuancer
son expressivité face aux stimulations proposées… à moins que ce ne
soit nous qui commencions à repérer ces tonalités… Son expression
varie en intensité en fonction du type de stimulation ou encore de l’effet de nouveauté ou d’habituation. Entre chaque stimulation, nous lui
laissons le temps de se manifester. Nous nous adaptons à son rythme,
à sa lenteur, afin de lui laisser le temps d’agir, de réagir, de désirer, de
demander, d’être sujet et actrice dans la relation à son corps, à l’eau,
aux jouets et à autrui. Parfois, elle revient à ses autostimulations en
faisant des bulles de salive ou en portant un doigt à la bouche. D’un
état de présence et de réceptivité, Coraline passe, au fil des séances, à
une participation plus active et plus motrice. Elle investit son mouvement de frétillement. Le chariot de douche est adapté pour transformer son mouvement en déplacement. Sensible à nos encouragements
et à nos valorisations, elle effectue parfois jusqu’à trois longueurs ! Elle
m’étonne par son endurance. Le mouvement de l’eau en réponse à celui
de Coraline renforce aussi la perception du déplacement.
Coraline reste allongée le temps que l’eau du bain se vide. Sa peau
est stimulée par le contraste entre la température de l’eau et celle de
l’air. Pour ne pas qu’elle se refroidisse, nous massons tout son corps
avec le jet de la douche. À la sortie du bain, elle est enveloppée dans
une serviette douillette, chauffée par le radiateur. Elle est portée ainsi
par Rosane, qui progressivement l’installe sur la table à langer. Nous
restons un moment près d’elle, cherchant à identifier si le bain a eu
aujourd’hui des vertus apaisantes ou vivifiantes. Les soins du corps
assurés par l’AMP sont riches de sensations quotidiennes et connues
de Coraline : être frictionnée au niveau de la peau, et en particulier du
crâne, avec la serviette, séchée avec le sèche-cheveux (flux tactile très
apprécié par Coraline), hydratée, langée, appareillée, habillée, coiffée,

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parfumée… Peut-être comblée par l’ensemble des stimulations et des
échanges qui ont eu lieu au cours de la séance, Coraline semble accepter sans réticence la mise du corset et donc une certaine immobilité.
Le bain sensoriel «satisfait ses besoins de mouvement et d’expression
corporelle, ainsi que ses besoins d’une expérience musculaire et tactile
génératrice de plaisirs […] les soins favorisent la tendance innée de
l’enfant à habiter son corps et à prendre plaisir aux fonctions corporelles, à accepter la limitation fournie par la peau, cette membrane
frontière qui sépare le moi du non-moi» (Winnicott, 1980). Où en
est Coraline de la prise de conscience d’elle-même ? Nous présentons
à Coraline son image dans le miroir. Elle semble davantage réagir aux
intonations de la voix et à nos valorisations qu’à son reflet… Les mots
aussi unifient le corps.

Pour conclure sur l’accordage psychomoteur
«Au fil du temps, j’ai pris confiance dans le doute permanent émanant
de ce langage du corps» (Potel Baranès, 2002).
La rencontre avec un enfant polyhandicapé ne coule pas de source. Plus
il est démuni, plus nous le sommes dans notre capacité à communiquer avec lui et à le comprendre. Ses capacités d’expression sont limitées, car d’une part le langage est absent, et d’autre part les indices
non verbaux – parfois à peine perceptibles – traduisent surtout des
besoins, voire des manières qui diffèrent de nos signes habituels. Nous
devons quitter notre registre de communication et découvrir celui de
cet enfant, en particulier pour se donner une chance de se rencontrer.
La synchronie relationnelle notamment est lente. Il nous faut patienter avec confiance et constance que l’enfant esquisse un signe d’un «il
y a quelqu’un sous ce corps abîmé». Lors des tout premiers face-àface, nos appels ressemblent à autant de bouteilles lancées à la mer :
trouveront-ils leur destinataire ? Parfois, nos interpellations se perdent
dans des profondeurs abyssales. Il n’y a pas toujours d’écho en retour…

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Pourtant, cela ne signifie ni que la coquille est vide, ni que la rencontre est impossible. Dans l’ici et maintenant, la rencontre n’aura pas
lieu, mais l’enfant en a-t-il seulement le désir ? Son moment est-il le
nôtre ? Comment le savoir puisque bien souvent nous sommes à l’initiative de la relation ? «C’est une forme d’attitude soignante primordiale que de reconnaître “du présumé sujet” là où le sujet n’apparaît
pas encore», nous dit Durey (2005). Il nous faut ainsi prendre le temps
d’apprivoiser dans notre regard et notre corps la subtilité des indices infraverbaux (regards, mimiques, états toniques, postures, mouvements, respiration) et subverbaux (rires, pleurs, cris, vocalises) souvent
infimes, afin d’appréhender les états intérieurs de plaisir, de déplaisir
ou de douleur chez l’enfant. La disponibilité psychocorporelle du psychomotricien est alors pleinement convoquée pour accueillir et imprimer en lui (au sein du contenant psychique et corporel qu’il forme)
l’expression de l’enfant avec empathie. Cette qualité thérapeutique est
justement définie par Cyrulnik (1997) comme «l’aptitude sensorielle
à percevoir les indices et les signaux émis par le corps de l’autre». Le
dialogue tonico-émotionnel et le toucher sont à privilégier avec l’enfant polyhandicapé. Cette communication du corps à corps m’apparaît
essentielle et incontournable pour se rencontrer autrement et tisser une
relation respectueuse et confiante avec lui. Enfin, le psychomotricien
attribue de fait une valeur intentionnelle à l’ensemble des indices non
verbaux qu’il perçoit de l’enfant comme s’ils lui étaient adressés, afin
qu’un jour – peut-être – un de ces indices devienne un code de communication. Cette reconnaissance d’une intentionnalité potentielle
appelle l’enfant à se vivre comme sujet-désirant. La compréhension de
l’enfant polyhandicapé repose d’autant plus sur une impression, une
perception intuitive et sensorielle, et donc sur sa propre subjectivité,
que la manifestation corporelle d’un oui ou d’un non, d’une demande
ou d’un refus de sa part est loin d’être aisément identifiable. «Si la
parole ne passe qu’à sens unique, des soignants vers les soignés, étant

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Au bain sensoriel, nous avons choisi de trianguler les relations possibles. Ainsi, il y a toujours un témoin dont la présence se révèle capitale tant pour parer les éventuels fantasmes mortifères que pour attester la vivance de Coraline, à la fois sur l’instant comme dans l’après
et l’ailleurs, avec autrui (l’équipe éducative et soignante, la famille).
La tiercéité a aussi été pensée comme étayant la tentative de compréhension du sujet. Grâce à ma propre expérience théorico-pratique de
l’eau, je suis sensibilisée aux divers éprouvés corporels suscités par ce
médiateur. Cela me permet d’accompagner le vécu de Coraline de mots
éventuellement porteurs de sens pour elle. Je lui «prête» mes perceptions, mes émotions, mon imaginaire, mes pensées, mes mots… un
peu – oserais-je dire – comme je lui prête mon corps pour bouger, se
déplacer, prendre, manipuler, découvrir, danser, s’ouvrir sur le monde… Pour autant, je veille à ne pas enfermer Coraline dans ma subjectivité en évoquant aussi les éprouvés rapportés par d’autres (que ce
soient des patients qui ont le langage, des étudiants en formation de
psychomotricité dans l’eau ou des publications). Rosane apporte aussi
son univers, alors qu’en même temps que Coraline elle s’approprie l’eau
et la redécouvre avec fraîcheur, spontanéité et émerveillement. Nous
tentons d’approcher et de mettre du sens sur les éprouvés potentiels de
Coraline. Lorsque les mots des accompagnants sont congruents avec
son vécu, alors Coraline se sent reflétée, entendue et profondément
comprise. Cette reconnaissance de soi par l’autre renforce la cohérence
de l’être, la perception d’unité et de globalité psychocorporelle et procure le sentiment d’exister comme celui de son identité. «Être deviné
est donc un besoin fondamental chez l’être humain» (Robert-Ouvray,
2007).

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plus souvent chargée d’un “sens éprouvé” plutôt que d’un “sens compris”, il apparaît capital que les soignants se parlent entre eux» (Durey,
2005).

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La psychomotricité par la médiation du bain sensoriel s’intéresse à
ce qu’il y a de plus profond dans l’homme, c’est-à-dire la peau (Paul
Valéry, cité par Anzieu, 1995) et la vie refait surface chez l’enfant polyhandicapé, aussi démuni soit-il. ■

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Ajuriaguerra (de) J. (1971), «L’enfant et son corps», Information psychiatrique, 47, 5.
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Bibliographie



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