Le portage thérapeutique en psychomotricité .pdf



Nom original: Le portage thérapeutique en psychomotricité.pdfTitre: 1Cairn.infoAuteur: 2Cairn.info

Ce document au format PDF 1.4 a été généré par PDFsharp 1.0.898 (www.pdfsharp.com)(Infix Pro) / PDFsharp 1.0.898 (www.pdfsharp.com) (Original: mbt PDF assembleur version 1.0.26) / PDF PT 3.30 (pdf-tools.com), et a été envoyé sur fichier-pdf.fr le 07/05/2013 à 19:48, depuis l'adresse IP 41.137.x.x. La présente page de téléchargement du fichier a été vue 1596 fois.
Taille du document: 1.3 Mo (9 pages).
Confidentialité: fichier public


Aperçu du document


16/07/08

18:49

Page 71

Document téléchargé depuis www.cairn.info - - - 41.137.23.160 - 07/05/2013 19h20. © ERES

Le « portage »
thérapeutique
de la dyade mère-bébé
en psychomotricité
Brigitte Basuyau-Rouquette

La naissance marque le passage d’un portage amniotique à un portage dyadique. Une nouvelle matrice nourricière prolonge le portage intra-utérin et ses fondations
physiologiques par celui des bras, du sein, des biberons, des
soins, des câlins, des regards, de la voix, des sourires, du
toucher, des émotions, des mots. La sollicitude maternelle
permet au nouveau-né de déployer ses éprouvés et sa sensorialité. Tout un tissage vibratoire affectif et relationnel s’y
organise autour de la polarité maternelle. Cette matrice
psychoaffective a pour première mission d’aider le toutpetit à faire l’expérience d’un monde étrange et nouveau,
qui n’a pour l’instant ni source ni horizon hors de cet
accueil, un monde où absence et présence se trouvent
confondues. Elle apaisera les états de tensions que cette
rencontre va générer.

Brigitte Basuyau-Rouquette, psychomotricienne, brigitterouquette@free.fr

71

Document téléchargé depuis www.cairn.info - - - 41.137.23.160 - 07/05/2013 19h20. © ERES

Spirale 46

Spirale 46

16/07/08

18:49

Page 72

Spirale n° 46

72

thérapeutique qui accompagne en écho le portage
de la dyade mère/enfant.
La maman
Anté, péri et postnatal :
porte en elle,
jusque dans le passage de la naissance
la relation au
et l’enjeu du portage
bébé, l’emdans la mise en place
preinte, la
de la dyade
mémoire de
son histoire,
d’une histoire familiale. Dans son inconscient en
grande partie, cela accompagne « en sourdine » sa
relation au monde et au bébé. En effet, cette part
détachée d’elle-même ne peut exister sans une
matrice qui formate, décode, encode, engramme les
éléments de l’expérience partagée, à la lumière du
seul référentiel disponible : le sien… Cette sorte de
« formatage » matriciel, actualisé dans la relation
et le portage dyadique, est indispensable pour que
les afférences (sensorielles, proprioceptives, émotionnelles…) puissent s’organiser, s’orienter et se
structurer vers une élaboration à la mesure des
développements de l’appareil psychique du bébé.
Cette base de données, en partie commune, est
enracinée dans une mémoire organique qui a parcouru la vie intra-utérine dans une progressive
intensification jusqu’à son apogée au moment de la

Document téléchargé depuis www.cairn.info - - - 41.137.23.160 - 07/05/2013 19h20. © ERES

Document téléchargé depuis www.cairn.info - - - 41.137.23.160 - 07/05/2013 19h20. © ERES

Non-assouvissement immédiat
de ses besoins, manque de repères,
étrangeté angoissante exacerbée
par la totale dépendance de son
univers, environnement trop agité,
préoccupé…, le nourrisson
est définitivement coupé du prétendu nirvana embryonnaire.
Les aléas du début de la vie
du tout-petit ne manquent pas pour rappeler que son
apprentissage de
la vie ne commence pas forcément de
façon paradisiaque. La pathologie
viendra parfois marquer de son
sceau l’indicible, l’inacceptable, la
souffrance des déchirures et des
deuils.
L’accompagnement thérapeutique en psychomotricité dans cette
étape de la petite enfance pourra se
développer dans un soutien du portage maternel, et étayer la
construction d’un édifice encore
non architecturé. C’est ce parcours
que je propose, celui d’un portage

Spirale 46

16/07/08

18:49

Page 73

Document téléchargé depuis www.cairn.info - - - 41.137.23.160 - 07/05/2013 19h20. © ERES

naissance. Ce vécu commun est le bain inconscient profond du bébé, il est
donc en lien avec son correspondant inconscient maternel, et ses possibilités de traitement préconscient et conscient. Cette mémoire maternelle de
l’anténatal de la vie intra-utérine jusqu’à la naissance est le lieu d’un attachement. À la naissance, les afférences sensorielles et affectives peuvent
ainsi être médiatisées efficacement par la maman ; sa sollicitude, enrichie
de cette mémoire partagée, pourra jouer son rôle d’adoucissant dans le
vécu des situations de séparation.
Lors d’hospitalisations prolongées, comme nous allons le découvrir
avec l’histoire d’Elléna, cette empathie au bébé sera parfois empêchée et ne
pourra plus se mettre au service des besoins nutritionnels, respiratoires,
affectifs et relationnels du bébé.
Elléna a passé ses dix premiers mois de vie à
l’hôpital. Elle a subi une réanimation à la naissance. La découverte d’une atrésie de l’œsophage nécessite son hospitalisation, à l’âge de trois semaines. Une alimentation artificielle doit être mise
en place momentanément. La découverte de problèmes cardiaques rend
impossible la reprise des biberons. La maman dit qu’Elléna se faisait vomir
pour qu’on la regarde Elle a été attachée à 4, 5 et 6 mois pour gavage. Un
jour, en prenant son bain, elle arrache son intubation respiratoire. Elle sera
alors assistée d’une CPAP (assistance respiratoire à l’aide d’un masque à oxygène) juste pour la nuit. Sa maman est contente qu’Elléna ait arraché son
tuyau quand elle n’était pas là ; elle avait tellement peur qu’on lui reproche
son manque de vigilance ! Elle est critique par rapport à l’hôpital qui a tardé
à reconnaître sa capacité à s’occuper d’Elléna. « Il faut beaucoup insister
pour se faire entendre », dit-elle. Le gavage est remplacé par une gastrostomie, nourrissage artificiel par sonde stomacale qui va permettre le

L’histoire d’Elléna

retour à la maison. Elléna progresse
rapidement depuis sa sortie de l’hôpital. Son père n’aimait pas aller à
l’hôpital, il n’était pas à l’aise dans
ce contexte. Maintenant il joue avec
Elléna et les relations s’améliorent,
car Elléna refusait de rester seule
avec lui. La maman accepte la prise
en charge psychomotrice car elle
souhaite une aide « musculaire »
pour Elléna. Elle désire qu’Elléna
récupère un développement psychomoteur correspondant à son âge.
Lorsque j’accueille Elléna et sa
maman lors de cette première
séance de thérapie psychomotrice,
Elléna est revenue à la maison
depuis quinze jours. La maman
redoute cette première séance.
La prise de contact se fait par
petites touches, avec Elléna dans les
bras de sa maman. Sa langue sort en
permanence de sa bouche, comme
un petit bout de langue en tension.
Ses yeux divergent. Elle est inquiète,
mais rencontre mon regard par
petits flashs. Elle babille très peu, et
ne bouge pas. Au contact, Elléna
73

Document téléchargé depuis www.cairn.info - - - 41.137.23.160 - 07/05/2013 19h20. © ERES

Le « portage » thérapeutique de la dyade mère-bébé en psychomotricité

Spirale 46

16/07/08

18:49

Page 74

Document téléchargé depuis www.cairn.info - - - 41.137.23.160 - 07/05/2013 19h20. © ERES

retire vivement sa main. Maurice
Poyet nous parle du toucher ostéopathique : « Pas plus fort qu’un
papillon se posant sur une fleur. »
Même intention légère ici, car
même dans l’interrelation, une trop
forte pression du contact peut provoquer le retrait. Elléna retire vivement sa main, son pied ou son
regard, pour revenir goûter un peu
de cet échange furtif. La main qui
se retire, c’est le pied qui se présente, un regard qui s’apaise et
s’égaye d’un petit babil. Malgré les
tensions d’Elléna, évoquant un fort
taux de stress, (parfois Elléna se
tape la tête), l’espace d’une rencontre autorisée par l’écoute
maternelle peut éclore quelques
instants. Elléna est tenue adossée
contre le ventre de sa maman, bougeant très peu. Ma présence au travers de mes mains semble acceptée
au creux de cette dyade. Mes mains
au contact du ventre et du
dos d’Elléna semblent
autoriser un peu plus de
mouvement.
74

La rencontre se fait dans l’accueil du portage
maternel, et au travers du filtre de la dyade. Le portage soutient l’activité des éprouvés du bébé, dans
l’appui du psychisme maternel. Les premiers éprouvés de l’enfant s’activent au travers de la voix, du
regard, des mots, du toucher maternel. La maman
offre le filtre de son psychisme afin d’ouvrir et de
rassurer le bébé dans la rencontre à l’autre. Cette
première rencontre de la psychomotricienne et de
la dyade sollicite ces premiers canaux de la communication précoce, et propose la situation à vivre
au cœur rassurant de l’activité dyadique.
La position d’Elléna évolue, elle est assise latéralement sur les genoux, et vient chercher un câlin
vers sa maman, s’amuse ensuite à venir vers moi.
Son regard s’apaise beaucoup. La maman dit que
cela arrive parfois, mais que cela ne dure pas.
Elléna se met à pousser fortement sur ses pieds,
toujours contenue par les mains de sa maman et les
miennes, en simple soutien et accompagnement de
ses mouvements. La maman est contrariée. Elléna
veut se mettre debout avant d’être capable de se
tenir assise, et cela ne lui semble pas du tout cohérent. Dans ce toucher ventre-dos, Elléna mobilise
intensément son bassin. Rassurée par ce contact
qui anime sa petite fille, la maman veut aller vite,
elle a très envie de mettre Elléna au tapis. Sans
attendre qu’Elléna manifeste son envie, elle la pose,

Document téléchargé depuis www.cairn.info - - - 41.137.23.160 - 07/05/2013 19h20. © ERES

Spirale n° 46

Spirale 46

16/07/08

18:49

Page 75

Document téléchargé depuis www.cairn.info - - - 41.137.23.160 - 07/05/2013 19h20. © ERES

et immédiatement Elléna est inquiète. Le changement a été trop rapide, ce
que constate la maman. Le retour dans les bras rassure l’enfant immédiatement.
Madame a peur qu’Elléna s’étouffe. Elléna ne porte jamais les mains à
la bouche, refuse la cuillère. Elle repousse la main de sa mère quand elle
l’approche. Elle accepte cependant la nourriture déposée par petites
touches sur ses lèvres. Exclusivement le salé, le sucré la fait vomir. Elle participe aux repas familiaux en spectatrice. Ses parents espèrent qu’elle imitera sa sœur.
Souvent Elléna n’est pas en forme. Elle est très encombrée, sa maman
dit qu’elle se fait vomir pour évacuer les glaires. Elle est relationnellement
éteinte, avec une activité respiratoire exacerbée, des manifestations corporelles autour des glaires, de la toux, du mal de ventre. Je suis inquiète
pour Elléna qui me semble en prise avec des sentiments
complexes, et difficiles à reconnaître. La nutrition est dissociée de ses connexions relationnelles, gustatives, perceptives ; ce sont les irritations des glaires, de la toux, des
vomissements qui semblent remplacer le vide de la sensorialité. Bouche empêchée, mains empêchées et respiration forcée…, je suis en
prise avec ce mal-être quand, tout à coup, Elléna change instantanément
de comportement, comme si elle avait été réanimée, sa maman me dit :
« Ça y est c’est fini… »
Ces mots résonnent comme un commentaire extérieur, une tentative de réassurance qui masque mal l’incapacité à interpréter,
traduire ces éprouvés angoissants. Je pense à Jean Bergès qui
parle de la fonction d’interprète de la mère. Comment jouer
pour cette maman le rôle de traductrice mais aussi de porteparole dont la fonction dyadique se nourrit quand les liens du nourris-

sage, des éprouvés et des mots sont
altérés ?
J’observe très attentivement
Elléna qui, pendant ce temps,
explore son visage, enfonce ses
doigts dans ses oreilles, dans ses
yeux, tire ses joues, approche les
mains de sa bouche. Quand elle
rejoint les genoux de sa mère, elle
continue son exploration vers la
bouche de sa maman dont elle
cherche à forcer le passage avec la
main ou un objet. Cela se
produit chaque fois
qu’Elléna est malade,
elle montre alors une
très grande activité au
niveau de son visage, et cela
disparaît dès qu’Elléna va mieux.
La sensorialité d’Elléna s’éveille
dans la maladie. Comment l’aider à
s’éveiller en dehors de la maladie
pour que la sensorialité reste
vivante, dans une plus grande continuité d’être en relation. Le lien
perdu du nourrissage maternel, au sortir du gavage,
peut-il se retisser dans l’imi75

Document téléchargé depuis www.cairn.info - - - 41.137.23.160 - 07/05/2013 19h20. © ERES

Le « portage » thérapeutique de la dyade mère-bébé en psychomotricité

Spirale 46

16/07/08

18:49

Page 76

Document téléchargé depuis www.cairn.info - - - 41.137.23.160 - 07/05/2013 19h20. © ERES

tation, ou dans un conditionnement ? Comment l’aider à se combiner au « portage affectif, relationnel » ?
La maman a essayé de pratiquer les exercices conseillés par
l’hôpital : tracer les lignes entre
l’oreille et la bouche d’Elléna,
mettre le doigt dans sa bouche,
masser les gencives, ressortir et
refaire les même gestes de l’autre
côté du visage tout en récitant un
texte précis… C’est trop fastidieux !
dit-elle. Coupable de ne pas y arriver, pressée par l’entourage familial,
elle se sent démunie, et tente de se
rassurer en disant que cela viendra.
Le désir de « faire manger » Elléna
n’a-t-il pas à se ressourcer dans la
rencontre avec la nourriture dans
les bras de sa mère, sans cuillère,
sans intrusion trop importante.
Cette voie va s’esquisser pour cette
maman qui n’a jamais pris le temps
de prendre Elléna dans ses bras
pour partager un moment de plaisir
autour de la nourriture. Le vide que
la maman ressent chez sa fille lui
76

fait dire que la bouche pour Elléna « est tabou ».
Ces paroles m’apparaissent comme celles d’une
observatrice extérieure. Elles nous montrent combien il reste de chemin pour les « re-calibrer » dans
la dyade, et qu’elles deviennent celles d’une interprète, ensuite d’une porte-parole. C’est tout l’enjeu
du portage thérapeutique, les retrouvailles des bras
nourriciers et des bras du parler dont parle Joël
Clerget.
Elléna préfère être debout, dans son trotteur.
Elle est rarement allongée sur un tapis. Dès qu’elle
est au sol, en position ventrale, elle pleure. Elle a
passé tellement de temps allongée. Ce n’est que
petit à petit que mère et fille apprennent à repartager un temps où la maman allongée, détendue et
ouverte à l’expérience d’un vécu plus autonome
d’Elléna, lui offre la sécurité de son contact, et lui
permet de jouer au sol, de se tourner vers l’arrondi
sécurisant de son corps, allongée à son niveau.
Elléna peut se tourner vers le miroir, jouer de ses
mains, de ses pieds contre la glace, des objets
qu’elle secoue, et du regard qu’elle vient chercher,
du contact qu’elle accepte, franchissant peu à peu
des barrières qui paraissaient infranchissables.
L’histoire d’Elléna semble avoir fermé des
espaces de découverte de plaisirs et de satisfactions gustatives, sensorielles, qui se répercutent en
cascade sur tous les registres de développement. Le

Document téléchargé depuis www.cairn.info - - - 41.137.23.160 - 07/05/2013 19h20. © ERES

Spirale n° 46

Spirale 46

16/07/08

18:49

Page 77

Document téléchargé depuis www.cairn.info - - - 41.137.23.160 - 07/05/2013 19h20. © ERES

plaisir du mouvement, du vécu de la corporalité, est détourné au profit de
la station debout, vécue sur un mode auto-excitatif, fait d’impulsions sur
ses appuis, d’un emballement qui se globalise, autocentré, coupé de la relation, la tête renversée, les yeux divergents, comme si elle se secouait pour
se procurer des sensations. Nous pouvons à ce moment émettre l’hypothèse
que l’enfant, dans son excitation verticale, comme dans le jeu avec ses
glaires, cherche, dans une sorte d’activité autostimulante, à combler un
vide, une coupure de la relation dont elle a besoin pour exister. Ce mouvement et ces surexcitations autocentrées et discordantes me paraissent traduire un mal-être, et parler des désaccordages comme une disjonction dans
la relation. La verticalité est conquise illusoirement dans la dépendance
(quasi prothétique) de l’appui externe du trotteur.
La semaine suivante, encore nourrie de cette expérience apaisante au
sol avec sa fille, Madame espère que de nouveau, Elléna voudra s’allonger.
Toutes les tentatives vont échouer. Pas question encore pour Elléna de jouer
à se retourner. Quand il arrive qu’elle se retrouve sur le ventre, cela lui est
rapidement insupportable. Le rappel des manipulations, la présence de la
sonde de la gastrostomie la rendent craintive. Ce qui s’était produit de
façon spontanée la séance précédente ne pourra se reproduire par une
injonction, même la plus douce possible. Elléna se raidit instantanément
dès le moindre rapprochement au sol. J’exprime à la maman que, pour
Elléna, se retrouver au sol est peut-être moins intéressant que de retrouver
sa sécurité dans les bras maternels. La mettre au tapis et l’allonger ne
résout pas l’insécurité qui provoque blocage et malaise.
Je sens le désarroi s’installer dans l’insistance de la maman et je propose de permettre à Elléna de retrouver cette sécurité au travers du portage des bras de sa mère. Un jeu s’ensuit presque instantanément : Elléna
est assise sur les genoux de sa maman, se met debout sur ses appuis, se

regarde dans la glace, se rassoit, se
redresse ; nous l’accompagnons du
contact de nos mains, et de nos voix.
De la détente s’instaure, Elléna
s’abandonne à cette petite rythmie,
et peu à peu va jusqu’à s’allonger
dans les bras de sa mère étonnée…
Puis le jeu se poursuit, en ventral à
présent ; Madame accueille Elléna
qui sourit pour la première fois et
s’abandonne à ce jeu nouveau. Sa
maman se laisse aller sur le gros
coussin, Elléna glisse sur ses appuis,
se redresse, se tourne vers moi,
attrape mon visage, agrippe ma
bouche, me sourit et repart en ventral sur le ventre de sa mère…
Pendant que nous prenons rendezvous pour les prochaines séances, la
psychomotricienne stagiaire présente lors de ces rencontres observe
Elléna complètement détendue et
allongée sur les jambes de sa mère
qui porte ses mains doucement dans sa
bouche…

77

Document téléchargé depuis www.cairn.info - - - 41.137.23.160 - 07/05/2013 19h20. © ERES

Le « portage » thérapeutique de la dyade mère-bébé en psychomotricité

Spirale 46

16/07/08

18:49

Page 78

La restauration
du portage dyadique
Document téléchargé depuis www.cairn.info - - - 41.137.23.160 - 07/05/2013 19h20. © ERES

Le portage thérapeutique recherche une
fluidité retrouvée de la
relation. Il accompagne la façon dont la dyade peut
s’emparer de cette disponibilité. Contrôlant notre tendance à vouloir « corriger » l’autre, nous devrons rester
fluide, préserver et renouer le lien, ne pas l’accaparer, ni
le distendre, étayer sans s’opposer, permettre à l’autre
de trouver sa place juste, et de s’ouvrir à cette nouvelle
vie relationnelle. Le portage thérapeutique ouvre ainsi à
l’expression et au sens de ce qui se vit, tout comme le
signifiant maternel qui, de ses mots, préserve l’enfant
de l’empreinte d’un indicible.
Le positionnement empathique, dans notre manière
de traduire pour mieux comprendre et retraduire la
situation, ne se situe pas dans un « jugement » extérieur.
Il n’a pas à s’approprier un savoir sur l’autre, une compétence, un pouvoir de transformation. Comme un écho
qui s’offre aux éprouvés et à la pensée, il vise simplement à redynamiser la fonction d’interprète et de porteparole chez la maman, et à lui permettre de la retrouver
dans la relation au bébé au quotidien. Le portage maternel, celui qui fait exister, rassure et fait grandir, n’est-il
pas essentiel ?
Sans contester une indication médicale souvent
imposée, l’assistance respiratoire parfois associée au
gavage opère de fait une disjonction entre le portage
maternel, les soins et la nutrition, détournant la pre78

mière expérience du monde
vers le sas des techniques
nécessaires. C’est comme un
hiatus à l’issue de la période
utérine, qui crée comme un
tampon isolant et inerte dans
la
relation
mère-bébé.
L’intrusion et l’inconfort ajoutés à la coupure relationnelle,
à cette étape très précoce du
développement, paraissent ici
nécessiter tout un travail de
suture et de réhabilitation
dyadique.
Chez le tout-petit, les perceptions, émotions et sensations sont habituellement
médiatisées, filtrées par la
relation maternelle. Le gel ou
le détournement de la gestion
de ses besoins interfère donc
avec la mise en place de la
relation dyadique. La sollicitude maternelle a du mal à
s’établir et peut se figer. La
gestion des besoins de l’enfant,
mécanisée, automatisée par
une contrainte extérieure,

Document téléchargé depuis www.cairn.info - - - 41.137.23.160 - 07/05/2013 19h20. © ERES

Spirale n° 46

Spirale 46

16/07/08

18:49

Page 79

Document téléchargé depuis www.cairn.info - - - 41.137.23.160 - 07/05/2013 19h20. © ERES

risque d’aseptiser un lien maternel qui a besoin de s’ajuster et de se tisser
dans l’interrelation des éprouvés, des sentiments et de la parole, et de s’inscrire dans une relation, une histoire qui donne sens.
Comme l’hôpital le pronostique, c’est lorsque Elléna manifeste son
refus total de son assistance respiratoire que le temps est venu pour elle de
s’en libérer, et c’est au retour à la maison qu’Elléna peut exercer cette autonomie.
Les retrouvailles parentales coïncident avec la possibilité d’une respiration autonome, comme si le retour à la maison de l’enfant hospitalisé et
appareillé ouvrait la possibilité de reprendre l’histoire du lien là où il s’est
arrêté, comme une nouvelle naissance à la relation et au sens, une réappropriation de la fonction parentale au service de l’accordage à l’enfant.

En conclusion

Lorsque le bébé arrive en consultation en raison
d’une pathologie, d’un mal-être, d’un handicap…,
il est porté par ses parents et le plus souvent dans les bras de sa maman ;
c’est celle-ci qui porte la demande.
Mais au-delà de cette démarche apparente, c’est déjà tout un
contexte, toute une complexité que nous avons à recevoir. Chaque fois singulière, la situation accueillie nous parle de rendez-vous manqués, de
paroles impossibles, de regards déviés ou brouillés, d’accordages
qui se cherchent et ne se trouvent pas… Elle nous parle de souffrance partagée, d’une relation difficile, qui se cherche.
Nous sommes convaincus que, chaque fois que cela est
possible, l’action thérapeutique passe par la
restauration de la relation dyadique mère-bébé,
et plus particulièrement la réhabilitation de
la polarité maternelle dans cette fonction

dyadique, avec la capacité de sollicitude, d’écoute, d’accueil, de portage,
de porte-parole.
Chaque fois qu’elle sera confortée, la relation sera un facteur
démultiplicateur, catalyseur du portage thérapeutique.
Notre mission est sans doute
moins utile et efficace dans la
démonstration de notre compétence
que dans la restauration de celle de
la mère et de la dyade, offrant en
prime, avec l’aide du père, une
ouverture au monde, à l’environnement proche, puis de plus en plus
élargi. Le portage thérapeutique est
donc à concevoir dans ce modèle
dyadique, avec une capacité à
accueillir les éprouvés, à établir des
liens, à œuvrer humblement et avec
tout le tact nécessaire à la restauration de la capacité de porter, de sentir, de penser et de dire, pour que la
souffrance et les difficultés trouvent
leurs solutions et leurs sens.

79

Document téléchargé depuis www.cairn.info - - - 41.137.23.160 - 07/05/2013 19h20. © ERES

Le « portage » thérapeutique de la dyade mère-bébé en psychomotricité


Aperçu du document Le  portage thérapeutique en psychomotricité.pdf - page 1/9
 
Le  portage thérapeutique en psychomotricité.pdf - page 2/9
Le  portage thérapeutique en psychomotricité.pdf - page 3/9
Le  portage thérapeutique en psychomotricité.pdf - page 4/9
Le  portage thérapeutique en psychomotricité.pdf - page 5/9
Le  portage thérapeutique en psychomotricité.pdf - page 6/9
 




Télécharger le fichier (PDF)


Le portage thérapeutique en psychomotricité.pdf (PDF, 1.3 Mo)

Télécharger
Formats alternatifs: ZIP



Documents similaires


le portage therapeutique en psychomotricite
se former au portage
s il te plaet apprends moi a faire mes lacets
apports du bilan sensori moteur en psychomotricite
pm ref clini
le toucher en therapie psychomotrice

Sur le même sujet..